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28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 15:13

 

Les événements s'accélèrent à une vitesse incroyable. Le système médiatique et les classes sociales dominantes s'affolent aussi vite qu'elles se sont emballées au lendemain du premier tour des présidentielles. Le discours sur les heures les plus sombres de notre histoire est de retour. Il faut dire que le poulain pur sang du néolibéralisme à du mal à manier autre chose que les positions morales et les discours creux. Il est très difficile de cacher la médiocrité du personnage, d'autant plus que l'hubris qui caractérise les classes possédantes a tendance à leur faire dire malencontreusement tout haut ce qu'elles pensent tout bas. À l'image de Jacques Attali conseillé permanent de l'Élysée depuis les années 80, et pour qui les fermetures d'usine ne sont que des anecdotes. Faut-il y voir une resucée du point de détail de Jean-Marie Le Pen ? Ils se lâchent de plus en plus ouvertement les néolibéraux. Et cela à un rythme nettement plus rapide que ce que j'escomptais avec la mise en place d'une présidence ouvertement libérale. Car il n'y a plus ici d'illusion dans la présentation du discours. En 2012 l'ennemie de Hollande c'était la finance. Avant même d'être élu Macron nous dit : « Je ne vais pas dire aux Français que je vais défendre leurs intérêts face à Berlin ». Je l'aime bien ce Macron finalement . Son ingénuité va lui faire dire trop honnêtement pour qui il roule. Il est vraiment le candidat idéal pour faire couler le système.

 

Mais cela n’empêche pas les thuriféraires du système de continuer à nous vendre le discours du camp du mal contre le camp du bien. Et peu importe les réalités historiques comme le fait par exemple que le Nazisme était surtout le produit de la petite bourgeoisie et du patronat apeuré par la montée du communisme en Allemagne. À l'époque les riches votaient pour les nazis, les pauvres votaient pour les communistes. Cela donne une autre image au combat contre le fasciste dans l'élection française n'est-ce pas ? Qui détient la maîtrise des médias ? Qui défend l'intérêt des riches et des puissants ? Qui utilise la menace et toutes les bassesses pour arriver au pouvoir ? Marine Le Pen ou Emmanuel Macron ? Le fascisme n'est pas nécessairement là où l'on croit qu'il est. Du reste, rappelons pour l'anecdote et la culture du pitoyable ex-maire de Paris qu'Hitler n'a pas été élu. Son parti politique était même en déclin avant sa mise au pouvoir par des petits arrangements avec la droite conservatrice de l'époque. Le parti nazi a obtenu au maximum 36 % des votes allemands. Et citons Wikipedia sur cette affaire :

 

«  Le 30 janvier 1933 vers midi, Adolf Hitler atteint son but : il est nommé chancelier de la République de Weimar après un mois d’intrigues au sommet organisées par l’ancien chancelier Franz von Papen, et grâce au soutien de la droite et à l’implication du Parti national du peuple allemand (DNVP). »

 

C'est bien l'alliance de la bourgeoisie patronale avec un gourou venu de nulle part et soutenu par une propagande constante qui va monter au pouvoir. Mais arrêtons là les comparaisons vaseuses et approximatives qui permettent au système néolibéral de cacher la défense outrageuse de ses intérêts et parlons de la France actuelle.

 

La lutte des classes en France

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J'avais donné dans mon texte précédent la comparaison entre le vote Macron/Le Pen et le taux d’industrialisation du pays en 1958. Cette comparaison montrait l'opposition latente entre la France qui soufre du libre-échange, de la surévaluation monétaire, et celle qui est moins touchée par celle-ci. La France du fonctionnariat, la France du tertiaire, de la finance et des professions libérales. Cette dichotomie saute aux yeux, mais elle n'a rien de nouveau. Après tout Chirac en 1995 avait fait une campagne sur la fracture sociale. La fracture s'est simplement considérablement aggravée notamment par le fait que l'euro est entre-temps devenu notre monnaie. À cela s'ajoute la fragmentation spatiale provoquée par les bulles immobilières . En effet en 1995 si la fracturation économique avait déjà durement frappé le pays, les classes sociales étaient encore relativement mélangées. La période de la bulle immobilière en France va progressivement expulser les populations les moins fortunées des centres-ville. Cette évolution prenant littéralement un tournant caricatural dans la ville de Paris.

 

Cette concentration de la richesse expliquant l'incroyable disparité entre le vote des Parisiens et celui de la France dans son ensemble. Alors que le FN fait 21,3 % sur l'ensemble du territoire, il ne fait que 4,99 % à Paris. EM faisant lui 34,8 % contre 24% dans l'ensemble de la France. C'est à se demander effectivement si Paris peut encore réellement jouer son rôle de capitale du pays. Nous avons ici la démonstration des effets catastrophique de la bulle immobilière sur la vie politique française. Les élites du pays avaient déjà la mauvaise habitude de vivre séparément, elles vivent maintenant complètement en vase clos. Ce qui ne les empêche pourtant pas de déclamer leur ouverture au monde et la fermeture maladive dont seraient porteurs les ploucs de province. Paris est devenu un bunker géant pour personnes fortunées.

 

Pour en revenir aux questions économiques. L'évolution spatiale du pays est mise en exergue par les deux cartes précédentes. Mais un tableau statistique encore plus parlant sur l'évolution du pays a été mis en ligne il y a peu par le site Real-World Economic Review. Le site étant anglo-saxon il a l'immense mérite d'être peu influencé par la corruption et le copinage du système universitaire français. Il porte un regard neutre sur la situation française. Et l'image des deux courbes suivantes est absolument limpide, mais aussi dramatiquement caricaturale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Que nous dit ce graphique ? Il indique deux courbes, en bleue nous avons l'évolution de la croissance sur la période 1950-1983, en abscisse nous avons les couches sociales de la population séparée par tranche de 20 %. Cela va des 20 % les plus pauvres au 0,01 % les plus riches. La courbe verte nous indique la croissance économique pour ces mêmes couches sociales de 1983 à 2014. Je crois que la comparaison se passe pratiquement de commentaire. On voit que, pendant les trente glorieuses, la croissance a été non seulement plus forte pour la majorité de la population, mais qu'elle a en plus été nettement plus favorable aux couches populaires. Cela démontre les effets des politiques keynésiennes, et dont Keynes lui-même nous disait qu'elles finiraient par euthanasier les rentiers. Les 85 % du bas de la pyramide sociale ont eu une croissance moyenne de 3,5 % par an et par adulte, c'était une remarquable homogénéité dans l'évolution économique.

 

La croissance depuis 1983 se concentre elle majoritairement sur les 5 % d'en haut. Et plus vous êtes haut dans la pyramide du revenu et plus vous bénéficiez de la croissance économique. Les classes sociales du milieu sont les grandes perdantes du système néolibéral. Je ferais remarquer au passage qu'une bonne partie des classes moyennes ont voté Macron et continueront à le faire alors même qu'elles sont les principales perdantes du système. On ne peut pas gagner une élection présidentielle avec seulement 5 % des électeurs. Ces deux courbes montrent, plus encore que les cartes, la lutte des classes qui se joue dans notre pays et qui prend la forme de la lutte entre la nation et le parti de l'étranger. Elle montre aussi la fragilité de cette domination. Car la classe sociale à laquelle appartient Macron ne peut dominer le système que parce que les classes moyennes ont l'illusion d'appartenir au même monde et aux mêmes intérêts. C'est cette illusion qui pourrait paradoxalement éclater avec l'élection de cet illusionniste de plateau télé. Macron n'est pas le candidat de la France qui gagne, c'est le candidat des rentiers et des parasites qui tuent notre pays à petit feu depuis trente ans.

 

Le vrai racisme d'aujourd'hui est social

 

Au stade où nous en sommes peut-on encore parler de lutte des classes ? En effet une lutte semble désormais un terme trop faible pour définir la réalité dans laquelle nous sommes. Car l'explosion des inégalités s'accompagne d'une culture de la haine, une véritable celle-là. Celle de la haine de classe. Une haine qui prend de plus en plus ouvertement forme avec des références constantes aux diplômes par exemple. Les sans-diplômes votent Le Pen. Étant sous-entendu les imbéciles votent Le Pen. Tel est le discours dominant chez les classes supérieures parisiennes. Quelques regards aux propos tenus par certains journalistes sont suffisants pour voir cette réalité. Il n'y a ni compassion, ni compréhension, ni empathie, juste une avalanche d'insultes et de grossièretés comme on pouvait en voir contre les noirs aux USA dans les années 60. Mais en fait le simple fait que ces pauvres votent Le Pen montre qu'ils sont loin d'être des imbéciles justement. Car ils ont bien compris où sont leurs intérêts réels. Et si l'on regarde la courbe que j'ai donnée précédemment c'est bien plus les cadres supérieurs et autres classes moyennes qui votent Macron qui sont des imbéciles en votant contre leurs intérêts. Qui est le plus malin, celui qui se fait couillonner en applaudissant, ou celui qui sort des négociations en renversant la table ?

 

Dans la France de 2017, interdire à quelqu'un d'aller dans un lieu parce qu'il est Arabe ou Noir est, heureusement, considéré comme inadmissible. Il est par contre totalement toléré de chasser les habitants d'une ville en faisant grimper les prix de l'immobilier. Il est tout aussi normal de sélectionner les gens en fonction de leurs revenus. L'épuration économique est totalement tolérable . On peut briser des millions de vies par une monnaie surévaluée et conduire des millions de gens à l'indigence puis au suicide. Ce n'est pas un génocide, hein, c'est la loi du marché. Un peu comme naguère, l'on justifiait le commerce d'esclaves au nom de la loi de l'offre de la demande. Rien de très nouveau au pays du libéralisme décomplexé. On 'a même des sites de rencontre où le premier critère passe par la taille du portefeuille. De fait si le racisme ethnique a bien disparu contrairement au discours lénifiant des élites qui combattent des fantômes pour faire oublier les vrais problèmes. Le racisme social lui ne s'est jamais aussi bien porté. Il est même un gage de haute valeur qualitative quand on est président de la République n'est-ce pas, monsieur Hollande ?

 

Ce racisme social, dont les propos d'un Jacques Attali ne sont finalement qu'une minuscule démonstration, tant à produire un fascisme d'un nouveau genre. Un fascisme ouvert aux immigrés, mais fermé aux pauvres du pays local. Un fascisme qui a en plus la prétention d'une pureté morale absolue se présentant comme le camp du bien contre les sans-dents, et bientôt les sans âmes. La question que je me pose au final est: « Est-ce que ce fascisme peut aller aussi loin que ses glorieux ancêtres ? » Aura-t-on bientôt des camps de concentration pour mal pensant ? Ces gens finiront-ils par exterminer les gueux au nom du bien ? J'ose espérer que les Français se réveilleront avant que nous n'en arrivions à ça. Macron, je l'espère, va servir de détonateur et faire exploser le lien entre les classes moyennes et les 5 % d'en haut. On verra si à long terme, c'est le FN ou un autre camp politique qui bénéficiera de cette rupture. Ce qui est certain c'est que l'élection de Macron marque une rupture durable et la fin des illusions sur une nation égalitaire. La France de 2017 est effectivement raciste, elle déteste ses pauvres.

 

 

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Published by Yann - dans politique
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commentaires

Pierre Feuille Ciseaux 29/04/2017 20:38

J'émets l'hypothèse que la réecriture de l'épisode électoral hitlérien n'est pas fortuit.
J'ai été elevé avec cette version de l'histoire , dans la France post Acte Unique et maastrichtienne , dire que le "peuple ne vote pas toujours bien" était une ritournelle qui revient encore de temps en temps ...dans la bouche de ceux qui défendaient la constrution européenne ou l'économie de marché ,voire la société de marché.
L'hostilité à l'égard du procéssus démocratique prend tellement de visages qu’on se demande pourquoi ils se donnent encore tant de mal à organiser des élections ?

A ce titre je ne parlerais pas de fascisme (point de pouvoir autoritaire ,pour l’instant) mais de totalitarisme,il existe déjà toute une littérature pour évoquer la nature totalitaire du capitalisme , mais là ou les choses changent comme vous le dites si bien ,c’est qu’il commence à s’incarner à travers des hommes et des femmes politiques , et plus seulement des stars du showbiz ou des mega patrons.
La détestation que peut nourrir le peuple à l'égard de ses dirigeants est d'une autre nature...quand ils nous trahissent c'est le contrat social qui est rompu et pas un simple contrat de travail.

Quant au basculement hypothétique de la classe moyenne provoqué par son expulsion des centres villes ,je trouve l’analyse brillante mais l'illusion qui dure et que vous évoquez ,celle qui les pousse à penser qu'ils appartiennent à la même classe que l’élite supérieure : cette illusion est en réalité bien concrète , c'est la consommation de masse.
Comme eux ils voyagent,achètent des produits de luxe (bradés ou en s'endettant) ,achètent de la bonne bouffe ,vont au resto...la méfiance à l'égard du populisme de gauche ou de droite ne disparaitrait pas de si tôt je le crains.

Yann 30/04/2017 13:30

Vous avez raison sur la question du fascisme et du totalitarisme. Je me rappelle d'ailleurs de l'excellent livre d'André Bellon qui portait ce doux nom de "Totalitarisme tranquille" pour définir notre régime actuel.

Sinon sur cette question Claude Rochet qui tient un excellent site que je viens juste de découvrir a écrit un texte sur la question du fascisme justement. Avec une vision assez inquiétante du marquis de Macron.

http://claude-rochet.fr/de-la-nature-du-fascisme/

D.T 29/04/2017 14:57

Avec un peu de chance Macron avec l'alliance neoliberale qui se formera à l'Assemblée, vont tenter la "theorie du choc" et vont se planter tellement vite qu'ils ne finiront même pas leur legislature. Ca sera preferable à cette politique rampante de detricotage qu'on a eu sur plusieurs legislatures qui s'est averée efficace quand on voit l'augmentation des grandes fortunes en captant la valeur ajoutée.
Je ne crois pas qu'ils iront jusqu'a instaurer une dictature pour se maintenir, ils n'ont pas ce côté "couillu" des dictatures arabes ou des dictatures sud americaines d'il y'a quelques années. Devenir dictateur c'est risquer sérieusement sa vie et je ne vois pas nos oligarques faire ça. On pourra espérer une dissolution et une cohabitation dans deux ans avec des souverainistes. J'essaie d'être optimiste.

Yann 30/04/2017 13:27

@D.T

Il est aussi possible qu'on se retrouve simplement avec un pays momentanément ingouvernable et sans majorité claire. C'est peut-être la meilleure option en fait. Il faudra voir au moment des législatives.

Pour ce qui est de la dérive totalitaire, le pire n'est pas certain, mais il est possible. Le capital n'a pas vraiment été mis en danger depuis 1945. En premier parce que le compromis keynésien a permis pour un temps de calmer le jeu. Ensuite, parce que grâce aux médias mainstream le capital a pu contrôle sans trop de problèmes les démocraties avancées. Mais il est allé tellement loin que son contrôle sur les médias ne lui permet plus de totalement dominer la société. On le voit dans les réactions épidermiques des classes possédantes sur ce second tour, elles s'énervent et deviennent violentes. C'est seulement verbal pour l'instant, mais on sait la violence latente du capital quand on connait l'histoire. Rien n'interdit de penser qu'ils agiront plus ouvertement dans les années qui viennent. On peut même imaginer un usage massif de la technologie pour faire taire les dissidents.

RST 29/04/2017 12:11

Analyse brillante comme d'hab. Je fais tourner sur internet (cui,cui)

Yann 29/04/2017 13:41

Merci RST.

Mes condoléances pour Jean Baptiste BERSAC. Je ne le connaissais que par ses quelques écrits, mais il est toujours bien malheureux de mourir si jeune.

Dulieux 29/04/2017 11:53

Excellent article ! Autant il est vrai qu'incriminer les seuls grands médias quant à la situation dans laquelle nous sommes à l'aube de ce 2è tour est oublier la/les mains dans lesquelles ils se trouvent. La véritable opposition qui structure aujourd'hui notre pays est sociale, comme vous le démontrez magnifiquement ici. Mais cette question est éminemment taboue, que ce soit dans la presse ou dans les conversations.

Yann 29/04/2017 13:39

Il n'y a effectivement pas que les grands médias. C'est une convergence d'intérêt lié à la nature même du capitalisme qui concentre toujours plus le pouvoir entre quelques mains.

«  Mais cette question est éminemment taboue, que ce soit dans la presse ou dans les conversations. »

Elle est taboue parce qu'en parler remettrait en cause les intérêts dominants. Mais en réalité la population est de moins en moins dupe. Le problème est que les classes moyennes pensent encore que pour l'instant elles auraient trop à perdre à remettre en question le système. Mais avec les purges libérales qui nous attendent sous Macron, les classes moyennes vont probablement basculer dans le camp de la révolte. C'est un peu ce qui s'est passé avec Trump ou le Brexit.

interlibre 28/04/2017 21:13

Tout d'abord je suis très heureux de votre retour. Ça me fait plaisir de vous lire de nouveau. Merci ! NDA vient de se rallier à MLP, ça va pas aider le front républicain. Mardi prochain résultat de la consultation de la FI qui ne sera pas une consigne mais juste à titre indicatif. Si il y a beaucoup d'abstention ça pourrait faire douter un kandubien en mode grosse panique....

Yann 29/04/2017 13:46

J'ai vu ça effectivement. C'est très courageux de sa part, même si je ne sais pas si c'est une bonne idée. Je suis surtout bien surpris par la brutalité des réactions des défenseurs du système. Quand je parlais de nouveau fascisme, je ne croyais pas si bien dire. Leur absence de retenue et leur violence en disent long sur leurs motivations réelles.