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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 16:13

Qu'est-ce que la vérité ? Il est des questions comme celle-ci qu'il faut parfois se poser. Des questions si fondamentales, que nous les adultes oublions parfois de nous les poser. La réponse pouvant nous effrayer par sa complexité et son influence sur nos vies de tous les jours et même sur notre être. C'est ce genre de question que les enfants demandent pourtant tout naturellement eux qui se questionnent avec la candeur naturelle qui les caractérise. Qu'est-ce que la vérité ? C'est une question que nous devrions nous reposer nous qui allons voter, mais qui voyons tous les jours des êtres pensants s'affrontant sur la définition même de la vérité. Pensez-donc, nos courageux journalistes n'ont ils pas décidé récemment de décerner un prix à la vérité. De présenter même un outil informatique pour permettre à tout un chacun de discerner la vérité du mensonge. C'est que nos journalistes eux ne doutent en aucune façon de ce qu'est la vérité. Je dois avouer que je les admire. Non vraiment, avoir une si grande foi dans sa vérité c'est tout bonnement admirable. Pensez donc, moi qui doute de tout même de mes émotions et de mes pensées comment pourrais-je les critiquer ? Peut-être devrais-je demander au Decodex comment faire pour trouver la vérité ? Quels sont donc les équations mystérieuses et les algorithmes merveilleux qui permettent si facilement à un ordinateur dénué de toute intelligence de trouver pourtant ce que les philosophes et les scientifiques du monde entier s'échinent à trouver avec effort et humilité depuis des siècles. Au diable l'épistémologie et la méthode scientifique, vive le Decodex.

 

Enfin j'ai un peu menti. Je ne doute pas de tout, non. À vrai dire je ne doute pas du fait que la terre est ronde, que Л c'est environ égal à 3,1416, que les oiseaux ont de plumes ou que la France a pour capitale Paris. Mais qu'est-ce qui fait que certaines affirmations poussent au doute quand d'autres sont admises comme des vérités établies ? Si nous avions dit à un de nos compatriotes de l'an mille que la terre est ronde ou que la vitesse de la lumière est de près de 300 000 km/s qu'elle aurait été sa réaction ? Il nous aurait pris pour des fous, il suffit de voir ce qui est arrivé à ce pauvre Giordano Bruno pour savoir ce qu'il en coûtait de travestir la vérité commune d'alors. La terre ronde ? Mais vous n'y pensez pas. Qu'arriverait-il donc les gens du dessous, si ce n'est tomber dans le vide. Heureusement pour nous Galilée, Copernic et Newton sont passés par là. Mais pourquoi croyons-nous dans ces scientifiques ? Avons nous nous-mêmes expérimenté les réflexions de newton et démontré ses thèses ? Certains l'on fait dans leur cursus éducatif, mais c'est loin d'être le cas de tous le monde.Et pour beaucoup il s'agit souvent de souvenir imprécis. Pourtant nous ne remettons pas en doute la mécanique des points, ou le phénomène d'inertie, pas plus que la rotondité de la terre, ou la composition des vitesses. De la même manière, peu d'entre nous remettront en doute le fait que la terre est ronde sauf quelques hurluberlus de Tunisie. Nous écoutons les scientifiques parler de trous noirs, d'étoiles géantes situées dans d'autres systèmes solaires, de galaxie aux nombres d'étoiles gigantesque. Rares sont les gens du commun à faire de l'astrophysique ou de l'astronomie et pourtant nous les croyons. Nous leur faisons confiance, alors que nous doutions de Paco Rabanne lorsqu'il nous annonçait la fin de la France lors de la destruction de la station Mir.

 

La différence entre les deux n'est pas tant dans la démonstration de la véracité des propos. Comme je l'ai dit rares sont les gens à pratiquer l'astronomie ou l'astrophysique. Nous faisons surtout confiance aux scientifiques et à leurs institutions parce qu'ils ont un cursus, une méthode et des principes qui ont fait leurs preuves dans le temps. La pensée scientifique a mis du temps à acquérir cette confiance, et cette confiance peut-être fragile. Les institutions scientifiques sont le fruit d'un labeur ininterrompu d'erreurs et essais, de confrontation entre la théorie et l'observation. Les institutions scientifiques peuvent se tromper, mais elles ont acquis en partie la capacité à accepter et à apprendre de leurs erreurs. Cependant les institutions scientifiques telles que nous les connaissons aujourd'hui sont le produit d'un autre temps. D'une époque plus lente où le processus de compréhension des choses était étalé dans le temps confronté méthodiquement à l'expérience. La connaissance réellement scientifique prend du temps et du recul. Elle nécessite des vertus comme l'honnêteté, l'abnégation, l'humilité, la persévérance et la patience. Ces institutions se sont aussi construites sur leur propre processus de mesure. La science n'est pas démocratique parce que la vérité scientifique n'est pas l'avis majoritaire de la population, aussi bien formée soit-elle. Elle est d'abord la résultante d'un processus de discernement et de répétition d'expériences.

 

La science n'a pas pour fondement l'autorité des hommes, mais le jugement indépendant des faits. C'est un truisme que de dire que la grande différence entre les sciences dites molles et les sciences dures tient à cet appel aux faits extérieurs à l'opinion humaine. Cependant s'il est facile de s'accorder sur une mesure par la répétitivité d'une expérience en physique, ou en chimie, c'est beaucoup plus difficile en sociologie ou en économie. Est-ce à dire pour autant que ces domaines ne sont pas des sciences ? Tout dépend du sérieux du jugement. La méthode scientifique peut tout à fait être employée dans ces domaines, mais force est de constater que c'est bien plus compliqué à réaliser qu'on ne le croit. Si les économistes passent plus de temps à émettre des théories basées sur des robinsonnades, c'est qu'ils n'ont pas en pratique les moyens de mesurer et d'expérimenter leurs raisonnements, aussi sophistiqués soient-ils. D'où l'usage abusif de l'expression «  toutes choses égales par ailleurs » qui sert de prémisse d'affirmation à tous les raisonnements économétriques de représentation du réel. Étant sous-entendues nos variables sont supposées être indépendantes, car sinon le raisonnement devient simplement caduc. Niez donc la prémisse de l'homme calculateur, rationnel et recherchant en permanence et en tout lieu son profit personnel et tout l'édifice libéral s'écroulent.

 

La science moderne est née d'une civilisation littéraire et patiente

 

Les vertus que je viens d'énumérer comme prédisposition culturelle à la recherche de la vérité, vous remarquerez au premier abord qu'elles semblent de moins en moins pertinentes dans le monde qu'est le nôtre. La recherche de la vérité, celle qui est vérifiable, quantifiable, mesurable est le fruit d'un long travail. Elle nécessite du temps et du recul. Chose qui était l'apanage de tout intellectuel ou penseur jusqu'au milieu du 20e siècle. Pour nous informer, nous lisions alors beaucoup. Le livre, le journal et la lettre étaient le fondement de la transmission du savoir et de la compréhension. Par leur nature propre, ces médiums de l'information d'alors étaient lents, poussant naturellement à la patience et au recul. Ce n'est évidemment plus le cas aujourd'hui. La recherche de la vérité nécessite également une indépendance de vue. Il s'agit là probablement de l'élément le plus important qui soit. Pour reprendre l'adage classique, l'on ne doit pas être juge et parti, c'est notablement vrai lorsque l'on prétend faire de la recherche scientifique.

 

Dès lors l'on peut se questionner sur l'influence grandissante des nouveaux médias. La question n'est évidemment pas nouvelle, Pierre Bourdieu avait bien évidemment mis en exergue l'influence néfaste de la télévision sur l'information de la population. Il avait aussi très justement souligné l'influence de plus en plus néfaste de la télévision sur l'université. L'exemple des nouveaux philosophes plus médiatique qu'universitaire démontrant la grande difficulté qu'ont les institutions traditionnelles de la pensée scientifique face à la puissance sans cesse croissante des médias. Les médias pèsent plus que les institutions scientifiques, ou les universités. On pourrait citer par exemple les multiples débats sur le réchauffement climatique anthropocentrique démontrant assez largement que ce sont les croyances véhiculé par les médias qui s'imposent plus que la raison scientifique. Je ne parlerais pas ici du nucléaire qui souffre systématique d'avis démagogique et peu rationnel . Les médias de masse devenus dominants depuis le milieu du 20e siècle ont transformé notre civilisation sans que nous prenions véritablement conscience du danger qui courrait. Les sujets les plus complexes sont traités avec légèreté, et vite oubliés lorsqu'ils ne sont pas sous le feu des projecteurs.

 

Les hommes politiques prisonnier du temps présent médiatique n’octroient plus du temps que pour les sujets qui passent à la télévision. On les voit ainsi se jeter sur tel ou tel sujet tel des médecins d'urgence oubliant les causes d'hier ou d'avant hier, puis abandonnant le sujet quelques jours après la fièvre médiatique. La hiérarchie même des sujets d'importances de l'actualité montre tout l'effondrement que ce ballet médiatique ridicule produit. Les orientations sexuelles ou la défense de sujets passablement secondaires devenant des causes nationales, les problèmes profonds de la société devenant quantité négligeable. L'on octroie ainsi dix fois plus de temps médiatiques au sport, ou flagornerie de quelques stars du moment qu'à la cause du chômage ou de la misère qui frappent le pays. L'on ne parle de politiques économiques ou d'autres sujets sérieux qu'aux moments très succincts des élections puis l'on s'étonne de la bassesse de ces mêmes élections. Le niveau baisse, mais nous les médias, nous n'y sommes pour rien. Heureusement maintenant il y a le Decodex n'est-ce pas ? Le principe même du Decodex en dit long sur la dégradation de la raison, l'on juge un site mauvais ou faux dans son entièreté, mais les tenanciers du site ont-ils seulement les moyens d'analyser correctement tous ces sites en conformité avec les principes de la raison ? La réponse est non bien évidemment. Dès lors il est tout aussi simple de dénigrer des sites réputés sérieux parce que quelques erreurs se glisseraient par-ci par-là. L'on peut dire d'une information qu'elle est fausse par la vérification, c'est beaucoup plus difficile de le dire d'une œuvre entière surtout lorsqu'on a ni les moyens ni la volonté de vérifier. Et puis l'on peut toujours poser la question qui fâche, qui va décoder le Decodex ? Quel processus vont vérifier les vérificateurs ? Les membres du Decodex devraient aller s'instruire chez Wikipedia pour comprendre ce qu'est une démarche visant à chercher la vérité en sachant pertinemment que tout le monde peut se tromper.

 

Internet accélère la dégénérescence provoquée par les médias de masse

 

Les effets des médias de masse ont été catastrophiques sur bien des plans. Cependant internet n'est pas nécessairement la solution absolue que certains voient à cette dégradation. Comme je l'avais écrit il y a quelques années internet a un énorme avantage par rapport aux médias classiques, il est horizontal et non vertical. Il déconcentre en quelque sorte la puissance de la communication à l'inverse de la télévision ou la radio qui par nature favorisent les pouvoirs d'argents. Parce qu'il est beaucoup moins coûteux de produire de l'information, et d'émettre des idées sur internet, on a eu une impression de libération démocratique. À tel point que certains croient dur comme fer qu'internet fut responsable du vote contre le TCE en 2005. J'ai personnellement quelques doutes sur la question, mais passons. On oublie cependant qu'avec l'avis de tout le monde qui s'exprime librement s'accompagne les mouvements de foules. Celui qui gagne sur internet dans la lutte pour la communication n'est pas celui qui a raison, mais celui qui convainc les foules. Loin de favoriser la quiétude, la patience et la raison internet et la communication ultrarapide ont plutôt accentué les déboires provoqués par l’absence des grandes vertus permettant la réflexion de fond. La grosse différence avec les médias classiques tenant plutôt du fait que personne n'y contrôle les bulles de communication.

 

S'il existe sur internet une culture du raisonnement et de l'écrit, elle n'est pas majoritaire, tant s'en faut. Twitter, Facebook ou les Youtubeurs ont beaucoup plus de poids que les intellectuels, les scientifiques, Wikipedia ou les raisonneurs du dimanche comme le modeste taulier du Bondosage. Sans vouloir jouer les Cassandres, je crois que la situation de déséquilibre est pire sur internet qu'à la télévision. Et l'on retrouve sur les sites de streaming vidéo exactement les mêmes mécaniques de crétinisation et de recherche de l'audience à tout prix que l'on retrouve à la télévision parfois même en pire faute de toute forme de régulation. Dès lors une réflexion sur la question de la régulation de la communication sur internet n'est pas à négliger. L'anarchie communicative couplée à l'anonymat a produit une grande culture d’irresponsabilité que ce soit dans la forme ou dans le fond. Pour paraphraser Desproges , on peut douter de tout, mais pas avec n'importe qui ou n'importe comment. C'est pourtant ce que font largement internet et les réseaux sociaux.

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Published by Yann
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commentaires

RST 20/04/2017 23:35

2 citations me viennent à l'esprit en lisant ton texte.
Une de Nietzsche que j'aime beaucoup: "Ce n'est pas le doute qui rend fou: c'est la certitude"
Une de Slobodan Despot dans la revue Elements:"Les faits n'existent qu'au travers de la narration qu'on en fait"
Les journalistes des médias dominants feraient bien de les méditer.

yann 21/04/2017 10:19

@RST

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec ta seconde citation comme tu peux le penser. Cependant la question va au-delà du journalisme. C'est un problème qui tient à l'influence des nouveaux médias sur l'esprit des gens de notre temps. La dégradation de l'information et de la qualité de la pensée est bien trop générale pour qu'on puisse seulement l'imputer aux journalistes.