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27 mars 2019 3 27 /03 /mars /2019 23:16

Les anciens lecteurs de ce blog le savent probablement, je n'ai jamais eu une grande attirance pour l'écologie. Non que les questions écologiques ne soient pas intéressantes ou même importantes. Nul ne saurait véritablement rester insensible à la question de la survie même de la vie terrestre et de l'humanité . Jaques Ellul qui fut l'un des premiers penseurs de l'écologie reste d'ailleurs l'un de mes auteurs préférés. Dans son célèbre « Grand bluff technologique », il avait bien montré toute l'absurdité du technicisme moderne qui tend à produire de plus en plus de choses inutiles tout en créant le besoin par le marketing. Mettant ainsi en place une course à la consommation sans fin dont le seul but est un accroissement absurde du taux de profit et la justification de sa propre existence. Tout cela est vrai et la question de l'écologie est tout à fait pertinente à l'heure où nous parlons. Mais j'ai aussi apprécié du même auteur « Les nouveaux possédés » un livre qui annonçait le retour d'une société primitive guidé par des croyances absurdes et de nouvelles religions. À l'époque où Ellul a écrit ce livre, il parlait plutôt des mouvements sectaires, du marxisme, du phénomène de chanteurs idolâtrés et des diverses formes de retour des pensées magiques comme l'astrologie et ses multiples dérivées absurdes. Mais ce qu'annonçait Jacques Ellul dans son livre c'était bel et bien un retour du religieux sous une forme inédite.

 

 

Féminisme, écologisme, véganisme, communautarisme, européisme, néolibéralisme et autres fétiches modernes.

 

Comme vous l'aurez compris ici ce qui me gêne dans l'écologisme actuel, ce n'est pas la question écologique, mais l'usage qui est fait de ce questionnement par certains groupes. Car on assiste petit à petit à une expulsion de la raison et de la réalité du domaine public. Plus personne ne semble s'intéresser au monde réel dans notre société. Si vous pensez que j'exagère comment pouvons-nous analyser autrement que par une fuite hors de la réalité le comportement des élites françaises et européennes actuelles ? Le gouvernement français a-t-il seulement fait le bilan par exemple de la monnaie unique et de l'euro ? Les dernières données montrées pourtant par des instituts pro-européens allemands ont pourtant prouvé l'aspect extraordinairement néfaste de l'euro sur l'économie française. Nombreux sont les auteurs, y comprit issus du sérail, qui critiquent ouvertement la monnaie unique. Je ne parlerais pas de Jacques Sapir qu'on ne présente plus, mais de Jospeh Stigliz ou encore d'Ashoka Mody ancien assistant-directeur au FMI qui a écrit un livre à succès sur le sujet dont le titre annonce la couleur « EuroTragedy ».

 

Et pourtant nos dirigeants s'accrochent contre toute forme de raison ou de réalisme minimal . Macron préfère faire la guerre à sa population, remettre en cause l'état de droit, les libertés civiles et provoquer une guerre civile plutôt que de remettre en cause l'euro et la construction européenne. En temps normal avec des dirigeants normaux pour résoudre la crise des gilets jaunes, le gouvernement aurait annoncé la hausse du SMIC de 20 % et il aurait dévalué ensuite le franc de 30 % pour compenser. Et les problèmes auraient été résolus, les inégalités se seraient réduites au prix d'un peu d'inflation, mais d'une croissance plus forte et de création d'emploi. Mais là rien, on fait la politique du pire au nom des « valeurs européennes ». Valeurs dont on ne sait plus très bien ce qu'elles sont puisque l'UE est la première à violer tous ses principes en caricaturant la novlangue chère à Orwell. Je pourrais parler des folies entourant l'histoire de l'influence russe sur les élections américaines dont les enquêtes récentes ont démontré toute l'absurdité. On peut donner de nombreux exemples de croyances irrationnelles qui servent désormais de politiques publiques .

 

S'il y a derrière probablement des intérêts économiques comment ne pas y voir aussi une forme de croyance religieuse ? De nouvelles croyances religieuses particulièrement fortes chez les dominants dont les croyances collectives anciennes ont été particulièrement abîmées ces dernières années. De la même manière attention à vous si vous doutez du réchauffement climatique anthropocentrique ou du bien fait de la chasse au manspread ridicule des féministes. Depuis plusieurs décennies, l'occident semble ainsi frappé d'une maladie incurable qui le rend fou. De multiples idées absurdes sorties d'on ne sait où s'imposant subitement comme des priorités publiques absolument vitales. Et tout cela pendant que les questions essentielles du monde réel sont purement et simplement ignorées. Comment alors être surpris par la surprise provoquée par le mouvement des gilets jaunes chez les prétendues élites ?

 

On pourrait définir cette maladie comme étant une forme de fétichisation des idées. C'est un processus général qui est produit par l'évolution d'une société où les individus sont de plus en plus esseulés et où les liens d'autrefois ont disparu . Parce qu'il est seul, l'individu cherche à rentrer dans des groupes, mais comme les groupes traditionnels ont disparu les nouvelles formes de socialisation passent par de nouveaux identifiants arbitraires se fixant sur tout et n'importe quoi. Ces identifiants, ces marqueurs qui font de vous un membre de ce groupe ne peuvent en aucun cas être remis en cause, car ils deviennent identitaires à savoir qu'ils fournissent un moyen commode pour les membres du groupe de s'identifier entre eux par rapport aux autres. Les religions modernes n'ont rien inventé, elles suivent le chemin des anciens mouvements collectifs avec la même force, mais aussi les mêmes errements et dangers. Ces nouvelles religions créent leur propre langage commun leur propre référence et ce jusqu'à en devenir presque incompréhensible aux non-membre. Il suffit pour s'en convaincre d'écouter une féministe afrocentristre luttant contre les idéologies racisées ... Ces nouveaux groupes pratiquent l’intolérance et la chasse à l'hérésie et aux païens qu'il faut impérativement convertir ou éradiquer. L'on compare souvent la situation actuelle de l'Europe et des USA à la chute de l'Empire romain. Il y a du vrai dans cette comparaison. Mais l'on pourrait tout aussi bien la comparer à la poussée des hérésies chrétiennes produite par la bible de Gutenberg et l'accès à la lecture des textes sacrés par le plus grand nombre. Internet jouant ici un peu le rôle de l'imprimerie. On attend la prochaine guerre de Trente Ans .

 

Ces nouvelles religions entrent donc dans le débat public tout étant passablement contraires à la raison et aux principes scientifiques. Et cela ne choque personne. Les modernes gobent sans réagir les idées les plus absurdes jusqu'à la caricature. Les débats sont tronqués quand ils existent et la virulence des partisans de telles ou telles idéologies devient de plus en plus palpable. Le débat devient en réalité impossible pour la bonne et simple raison que les débatteurs ne cherchent pas la vérité ou un quelconque rapport au réel. Le but des débatteurs est simplement de convertir les infidèles exactement comme les intégristes des religions traditionnelles. Ils cherchent à élargir la taille de leur groupe y compris en faisant la chasse à d'autres. Le féminisme obsédé par l'inégalité salariale va jusqu'à remettre en cause la sélection des scientifiques pour y imposer des critères égalitaristes absurdes basés sur la proportion de femmes plutôt que sur les compétences . Mais ce féminisme triomphant se voit de plus en plus contesté par l'autre idéologie religieuse montant l'islamisme qui cherche à retourner les principes féministes contre lui en présentant le voile comme une liberté féministe. Ne nous y trompons pas. La cause de femmes n'a rien avoir avec ces débats. Les féministes modernes se fichent des femmes au moins autant que les islamistes. Il s'agit simplement de groupes qui cherchent à étendre leur influence pour acquérir puissance et revenu. Et peu importe si demain l'on remet la terre plate au programme scolaire ou que les futures chercheuses sélectionnées par quota ne sachent même pas faire de la physique élémentaire. L'important c'est la défense de l'idéologie et du groupe qui en tire profit.

 

Car si au départ les nouvelles religions ont pour objet la création d'un langage commun pour permettre une resocialisation de l’individu esseulé. Mécanisme qui en soi n'est pas une mauvaise chose même s'il s'agit d'admettre ici l'échec total de la société individualiste. Rapidement ces groupes se structurent et les membres les plus puissants en tirent force, revenu et pouvoir. S'en suit un processus qui transforme alors véritablement l'idéologie en groupe religieux à la manière des marxistes d'autrefois ou des néolibéraux, qui continuent eux à nous empoisonner la vie. À cela s'ajoute notre système capitaliste et marketing qui adore mettre les gens dans des cases pour faire des ventes en gros. Ce n'est pas l’idéologie islamique qui a créé par exemple le hallal, mais bien l’industrie capitaliste avide de marchés nouveaux à conquérir. Il y a souvent collusion entre les intérêts capitalistes et le communautarisme . Il suffit de voir la multiplication des enseignes communautaires dans nos villes sans parler de la fragmentation du marché en de multiples sous-ensembles des produits bios aux produits végans . Chaque groupe religieux veut sa part, et qu'elle soit la plus grosse et la plus visible possible. La nourriture est d'ailleurs un lieu identitaire particulièrement recherché par les religions, car elle permet de séparer physiquement les consommateurs et de rassembler le groupe.

 

Les nouvelles religions au secours de la grande bourgeoisie.

 

Au-delà de la simple course au profit commercial les idéologies et religions modernes sont aussi des outils puissants qui permettent à certains groupes de protéger ou de favoriser leurs intérêts au détriment de la cause nationale et de l'intérêt général. L'affaire des gilets jaunes a été révélatrice en la matière. Les bourgeois ont ainsi beaucoup gausser la comparaison faite par les GJ entre les taxes sur l'essence, le diesel d'un coté et la non-taxation du kérosène de l'autre. C'est à l'évidence une injustice, mais pourtant les bourgeois grands défenseurs de l'environnement n'ont guère réagi favorablement à cette évidence. Alors certes l'on peut parler la question des engagements internationaux qui interdisent l'action en la matière, mais en aucun cas contredire le fait qu'il y a là une évidente injustice. Je pourrais ici aussi mettre exergue le fait que les politiques écologistes se font systématiquement contre les intérêts des moins bien lotis quand il s'agit de taxe. Et que les aides quand il y en a prennent systématiquement la forme de crédit d'impôt qui bien sûr n'ont d'intérêt que pour ceux qui en payent le plus à savoir les classes aisés. Quelle serait donc la réaction des bourgeois de l'écologie si demain par exemple nous nous amusions à proposer de mettre des quotas de consommation limite sur les produits pétroliers pour toute la population française ? Cela dans le but de diminuer la consommation de façon rationnelle et égalitaire . Il est évident qu'une telle mesure serait rejetée par les mêmes bourgeois qui font pourtant de l'écologie une soi-disant priorité. On a ici la preuve que l'écologie n'a guère d'importance pour les écologistes, tout comme les droits des femmes disparaissent dès qu'ils entrent en conflit avec les intérêts des classes sociales qui en font la promotion. On cherche toujours des féministes pour combattre la dégradation des conditions de la femme chez les gros pays pétroliers. On cherche aussi des partisans LGBT pour combattre la lapidation des homosexuels dans certains pays. Mais non, mieux vaut parler du mariage gay .

 

C'est que les dominants de notre société ont un gros problème. Les vieilles croyances qu'ils avaient su construire patiemment de l'européisme au libéralisme triomphant des années 80 commencent à avoir du plomb dans l'aile. À force d'aller contre la réalité, celle-ci finit par user les cordes des idéologies mêmes les plus solides. On a beau dire comme des perroquets que la concurrence fait toujours baisser les prix les gens voient bien que non. On peut présenter la globalisation comme un truc formidable, les gens voient la dégradation de leurs conditions de vie et la poussée du chômage. On a beau dire que l'immigration c'est génial, les gens voient dans leur vie réelle la criminalité exploser, et la société se fragmenter ethniquement. Les dominants ont besoin d'idéologies neuves de remplacement et c'est à cela que sert l'écologisme actuel, rien d'autre. Et si vous attendez de gens si mal intentionnés qu'ils règlent réellement les problèmes de l'épuisement des ressources ou de la pollution, c'est que vous n'avez pas tout à fait compris à qui vous avez affaire.

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Tom Personne 28/04/2019 12:24

Je rebondis sur ce billet un peu tardivement, après avoir découvert que le blog avait repris du service, ce dont je me réjouis.

J'ai moi-même réfléchi à ce sujet récemment, et je suis arrivé à la conclusion que... je viens enfin de comprendre le sens du pari de Pascal.
Fondamentalement, personne ne peut échapper à l'angoisse existentielle de la solitude face au néant, mais peu d'entre nous ont la force nécessaire pour regarder le vide en face, voir aucun.
C'est pourquoi nous ressentons le besoin de parier notre existence sur un grand dessein, qui nous fera gagner une forme ou une autre d'immortalité (surnaturelle ou simplement symbolique).
En Europe, depuis que le Dieu chrétien n'en finit pas de mourir, nous avons essayé toutes sortes d'idéologies de substitution :
- la grande nation coloniale, et sa mission civilisatrice,
- le paradis prolétarien du marxisme-léninisme, ou le socialisme scientifique,
- les diverses formes de fascisme, et leur opposé polaire, le pacifisme,
- l'exceptionnalisme états-unien,
- ...etc.

Mais il y a comme un problème de rendement décroissant des idéologies : elles s'épuisent de plus en plus vite, et convainquent de moins en moins, en plus d'être à l'origine d'un coût humain considérable.
C'est pourquoi nous sommes désormais arrivé à l'ère des micro-idéologies :
- féminisme,
- humanitarisme,
- véganisme,
- identitarisme,
- islamisme,
- ...etc.

Pour les membres des classes supérieures, l'Europe (toujours désignée comme telle, et jamais comme Union Européenne) est le grand dessein sur lequel ils ont parié leur destin.
L'échec est donc impossible à admettre, car cela signifierait qu'ils ont mal évalué leur pari de Pascal.

En conclusion, je pense qu'on ne dépassera cette situation que par l'invention d'un nouveau grand récit à même de convaincre la majorité, du bas jusqu'au haut de la société.
Rien ne dit qu'on y parviendra !