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3 avril 2019 3 03 /04 /avril /2019 22:53

Parler de la Grande-Bretagne en cette période de lutte pour la liberté des peuples à disposer d'eux même est assez difficile. La violence du pouvoir Macroniste et les incroyables atteintes au principe même de la démocratie en France et au sein de l'Union européenne nous font paraître le pays de sa gracieuse majesté comme un pilier de la défense des valeurs démocratiques. Mieux avec le Brexit la Grande-Bretagne est presque devenue en Europe le petit village d'Asterix défendant à cœur et à cris les principes les plus essentiels de la civilisation européenne de ces 200 dernières années l'autodétermination des peuples et le respect de l'indépendance nationale. Il est tout à fait normal les principaux opposants à l'UE et à l'euro cherchent dans les donnés britanniques des preuves que ces institutions ne sont ni nécessaires ni aussi utiles qu'elles le prétendent. Mieux les défenseurs de la fin de l'UE et de l'euro vont souvent trop loin en présentant la Grande-Bretagne comme une nation performante et enviable tout cela grâce à sa non-présence dans la zone euro, et à sa presque sortie de l'UE.

 

Mais comme toujours la réalité est assez différente. L'on exagère à la fois le poids de l'appartenance à l'UE sur l'économie anglaise et l'importance qu'aura la sortie de l'UE sur l'économie anglaise. Il est tout de fois normale qu'un pays aussi malade que la France lorgne avec envie vers l’Angleterre. Que ce soit au niveau de la croissance ou du taux de chômage ou même des inégalités la France est maintenant derrière la perfide Albion .

 

La situation économique britannique

 

En France de plus en plus l'information économique se réduit progressivement à quelques paramètres. L'on nous présente ainsi certains pays comme dynamique avec des taux de croissance nettement plus forts qu'en France ou des taux de chômage nettement plus bas. Mais en réalité la vision de l'économie d'un pays ne peut être à peu près correcte que si elle inclut un ensemble de données plus large . Ainsi la Grande-Bretagne affiche un taux de chômage nettement plus faible que la France, mais est-ce suffisant pour en conclure que la Grande-Bretagne va beaucoup mieux ? Pas vraiment . L'Espagne et la Grèce ont longtemps fait figure de champion de la croissance jusqu'à ce que la réalité de leur dynamisme apparaisse au grand jour. Il en va de même de la Turquie par exemple qui est aujourd'hui rattrapée par la réalité et son déficit extérieur monstrueux. En réalité, la France et la Grande-Bretagne ne diffèrent guère sur le plan macro-économique, et ce malgré l'euro sur la période 2002-2012 ce qui n'est pas vraiment flatteur pour les Anglais. C'est essentiellement depuis 2012 que l'on assiste à un écart constant entre la croissance anglaise et la croissance française en faveur des Anglais. L'écart entre la croissance française et britannique diminue sur la période 2014-2017 qui correspond comme par hasard au fléchissement de l'euro de 20 % par rapport au dollar entre 2013 et 2014 et qui avait permis la légère amélioration économique en France et en Europe sur cette période.

 

Cependant si les écarts de taux de change expliquent en grande partie les écarts de croissance il ne faut pas oublier que la Grande-Bretagne accumule maintenant de gros déficits commerciaux extérieurs. La Grande-Bretagne même si elle n'est pas dans l'euro a quand même un déficit commercial équivalent à celui de la France. Alors c'est un déficit commercial qui est accompagné d'une hausse du PIB plus importante entre 2012 et 2017, mais c'est tout de même préoccupant quand à durabilité à long terme de ce régime de croissance. Tout comme dans le cas des USA la Grande-Bretagne a une croissance alimentée par l'importation et les déséquilibres . Plus grave lorsque l'on regarde qui sont les principaux partenaires économiques de la Grande-Bretagne l'on retrouve les USA comme principal acheteur déficitaire ainsi que l’Irlande en second. Les principaux pays avec lesquels la GB est en déficit étant la Chine, et l'Allemagne. De ce fait ce qui permet en partie à la GB de compenser ses déficits extérieurs avec la zone euro et la Chine ce sont ses excédents avec les USA . De sorte que la situation britannique est amplement liée à la situation américaine. Or comme je l'ai dit et comme on le verra dans une prochaine analyse économique rien n'est moins viable que la croissance américaine actuelle qui est repartie comme à l'époque de Bush sur les envolées d'endettement publiques et privées.

 

Balance commercial de la GB (source https://www.gov.uk)

 

Que deviendra donc la balance commerciale britannique quand la demande intérieure américaine se retournera et que les Usa rééquilibreront volontairement ou non leur balance commerciale ? Quid des effets d'un éventuel protectionnisme américain vis-à-vis des Anglais ? Hypothèse qui n'a rien de farfelu en soi, les nations n'ont pas d'ami, elles n'ont que des intérêts. Il n'y a pas lieu de penser que les USA ne veuille pas rééquilibrer leur commerce avec la Grande-Bretagne après tout même le Canada est touché par les changements de politiques à Washington. En ce sens, la question de la sortie ou non de l'UE n'est donc pas si importante que ça. La Grande-Bretagne reste un pays néolibéral pratiquant avec conviction l'idéologie dominant l'économie mondiale depuis les années 70. L'accumulation de contradiction produite par cette idéologie qui conduit certains pays à accumuler des excédents pendant que d'autres accumulent des dettes n'est toujours pas discutée en Angleterre. Même les défenseurs du Brexit anglais sont pour la plupart de farouches partisans des dérégulations macroéconomiques à commencer par le plus célèbre d'entre eux Nigel Farage. Dès lors que l'Angleterre sort ou pas de l'UE n'a guère d'influence sur les politiques économiques britannique.

 

Le plus surprenant par contre lorsque l'on regarde les données comparatives entre la France et la Grande-Bretagne c'est maintenant les inégalités sont semblables dans les deux pays. En Effet si l'on se fit à l'indicateur du coefficient de Gini donné par la banque mondiale la France a rattrapé la Grande-Bretagne sur le plan des inégalités de revenu. Il s'agit en réalité d'un croisement qui s'est opéré sur la décennie 2006-2016. Le coefficient de Gini a diminué en GB alors qu'il a clairement augmenté en France. Rappelons que plus ce coefficient est bas, moins il y a d'inégalité, et vice-versa. Il s'agit là d'un des effets les plus défavorables de l'euro sur l'économie française.

Coefficient de Gini comparé entre la GB et la France (source Banque mondiale)

Les effets du Brexit

 

Comme nous l'avons vu, l'économie anglaise dépend pour ses importations de la zone euro et de la Chine principalement. La Norvège elle joue évidemment un grand rôle pour des questions énergétiques. L'Union européenne à 27 représentait tout de même 43,5 % des exportations britanniques en 2015. Il est donc évident qu'il y aura un effet s'il n'y a aucun accord commercial entre les différents partis. Cependant l'UE est lourdement excédentaire avec la GB. Comme nous le voyons sur le graphique suivant qui compare la balance commerciale entre la GB et les pays de l'UE ou ceux qui sont en dehors de l'UE. Ainsi en 2018 la Grande-Bretagne avait un excédent de 37,4 milliards de livres sterling contre un déficit de 61,4 milliards avec l'UE.

Liste des pays où la GB est excédentaire
Liste des pays où la GB est déficitaire

On peut donc se poser la question fatale. En cas de fermeture commerciale brutale qui est le gagnant qui est le perdant. Celui qui a des déficits commerciaux ou celui qui a des excédents ? Et bien sans vouloir faire une réponse de normand « ça dépend ». Tout dépend des facteurs de production potentiels locaux, des possibilités de substitution par importation et de la réactivité du pays en question ainsi que des politiques menées. Les Anglais sont des ultralibéraux, leur première réaction va donc être de vouloir substituer leurs importations européennes par d'autres provenances. Mais l'Angleterre est une île et les substitutions rapides ne sont pas si simples que ça ni forcément si rentables. Ce que l'on peut dire c'est que les premiers bénéficiaires de la rupture entre la Grande-Bretagne et l'UE vont être les pays les plus proches de la Grande-Bretagne n'appartenant pas à l'UE. Les Suisses vont probablement bénéficier de la situation tout comme les Norvégiens. La Russie voire même les pays du Maghreb pourraient en tirer profit. Les gros perdants seront la France, l'Allemagne et l'Italie avec une baisse de la demande de leurs produits alors même que leur demande intérieure est atone. La Chine, le Japon ou encore la Corée du Sud profiteront eux aussi de l'amoindrissement de leurs concurrents européens. Mais la Grande-Bretagne pourrait aussi voir une élévation de sa production nationale avec évidement comme effet secondaire possible une remontée de l'inflation au grand dam de la City. Une situation qui serait favorable aux travailleurs anglais, mais beaucoup moins aux rentiers du coin ce qui explique d'ailleurs très largement la haine du Brexit chez les riches et les classes supérieurs britannique. Il n'est pas exclu non plus que le pays connaisse une très forte inflation dans le pire des cas. Il ne s'agit pas là de soutenir l'abandon du Brexit, mais de bien voir qu'en réalité personne ne maîtrise totalement la question. La Grande-Bretagne est un pays qui est grandement désindustrialisé, reconstruire une industrie prend du temps . Des changements trop brutaux engendrent potentiellement des effets d’emballement, voire d’effondrement monétaire. C'est peu probable, mais pas totalement exclu. Le plus probable sera certainement la substitution massive d'importation malheureusement pour les producteurs locaux.

 

 

Bien évidemment tout dépendra globalement de la réaction en Europe. La Grande-Bretagne ne deviendra pas protectionniste avec le Brexit et c'est bien dommage pour sa population d'ailleurs. Les réactions hystériques sur le Brexit sont globalement absurdes. Il est même probable que l'on assiste à des changements quasiment négligeables. Il est par contre indéniable que cette sortie aura un effet psychologique réel sur les membres de l'UE car pour la première fois cette construction perdra un membre et pas des moindres en taille. C'est donc surtout sur le plan de la communication et de la propagande que le Brexit se passe bien plus que les seules questions économiques. La situation économique anglaise nous rappelle d'ailleurs que la sortie de l'euro ne saurait en aucun cas à elle seule résoudre les problèmes français. Le modèle anglais est tout aussi déséquilibré que le nôtre bien que ces derniers aient conservé leur monnaie. Ils vont juste un peu moins mal.

 

 

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