Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 21:58

 

Alors que la farce électorale européenne est maintenant terminée, les affaires ont repris. Ainsi la commission européenne a-t-elle menacé l'Italie pour cause de dette excessive le lendemain des élections. On admire le planning et l'incroyable culot des tyrans de la bureaucratie néolibérale en action. L'on ne saurait mieux montrer l'inanité de la construction européenne qu'avec cette affaire, car comme dans la crise grecque l'UE se transforme en père Fouettard. On imagine l'état français en pareille situation avec une région ou une commune surendettée. En viendrait-il à punir les régions en difficultés ? Non, la population et l'état soutiendraient bien au contraire la région ou la commune en difficulté allant jusqu'à reprendre les dettes et faire du rééchelonnement pour sauver ce qui peut l'être. Mais voilà, la France est une nation, l'Europe est un carcan libéral qui n'a que faire de la solidarité ou du sens de l'intérêt général. D'ailleurs de quel intérêt général pourrait-on parler dans le cas de l'UE ? Celui de l'Allemagne ? Celui de la France ? Ou peut-être celui des multinationales qui arrose largement les institutions bureaucratiques bruxelloises ?

 

L'UE c'est le père Fouettard libéral qui tape toute personne, toute nation ou toute organisation n'entrant pas dans le cadre de l'agenda libéral plus obtus qu'il ne l'a jamais été dans toute l'histoire de cette idéologie utilitariste malsaine. Peu importe la réalité, les effets réels des politiques libérales et le fait que l'UE est une zone économiquement morte depuis 20 ans. Si ça ne marche pas, c'est qu'il n'y a pas assez d'austérité, pas assez de privatisations, pas assez de marchés, pas assez de libre-échange et d'ouverture de frontière. Si l'économie va mal, c'est nécessairement parce qu'il n'y a pas assez de libéralisme, car le libéralisme c'est la science et la raison. C'est drôle comme l'UE ressemble de plus en plus à l'URSS en fin de course . Les deux grandes idéologies matérialistes faussement opposées finissant de la même façon dévorée par leurs propres contradictions et leur incapacité à regarder le réel tel qu'il est . C'est dur de ne voir une réalité ne correspondre à aucun schéma préétabli fait de bout de raisonnements uniquement logiques dans leur cadre. À force de vouloir réduire le monde à des robinsonnades, les libéraux ont fini par ignorer complètement le monde réel.

 

La zone euro n'en finit pas de punir les victimes de plus en plus nombreuses de son dysfonctionnement interne. Dysfonctionnement qui n'est pas le produit d'une mauvaise politique, mais bien d'une erreur fondamentale de compréhension de ce que sont une monnaie et une nation. La zone euro, qui est un fantasme de libéral où la monnaie échappe à la tutelle publique et au citoyen, est une resucée de l'étalon or. Avec les mêmes conséquences et les mêmes impasses macroéconomiques à la différence près que seuls les pays de la zone euro en subissent les effets délétères, là ou l'étalon or produisait marasme et insuffisance de la demande à l'échelle planétaire. Le taux de chômage et la misère sociale sont devenus les variables d'ajustement pour maintenir l'euro alors que c'est à la monnaie de s'adapter pour répondre aux besoins de la population. Cette chosification de la politique que constitue le libéralisme économique est au cœur de la crise que nos sociétés traversent et ce n'est pas plus de libéralisme qui nous sauvera bien au contraire.

 

Les minibots, un coup de bluff à l'Italienne ?

 

Le nom m'a fait bien rire, me rappelant une série comique abominable pour la jeunesse sortie sur TF1 lorsque j'étais gamin dans les années 80 et qui s'appelait les Botes. Serait-ce un signe précurseur qu'il ne s'agit là que d'une blague italienne pour faire semblant de changer quelque chose à la situation du pays ? C'est que le gouvernement Salvini patauge un peu dans la gadoue. Il a été certes très populaire et il est très populaire à l'extrême droite en France où il est présenté comme l'homme qui arrête l'immigration en Italie. Enfin il arrête surtout l'immigration dans les médias à la manière d'un Trump. Mais sur les principaux problèmes de l'Italie à savoir un chômage prohibitif et un déclin économique extrêmement grave il ne fait pas grand-chose. Et pour cause le gouvernement Salvini ne veut pas sortir de l'euro et de l'UE. De la même manière que Tsipras en Grèce, les anti-systèmes d'Italie se sont vite englués dans la contradiction fondamentale qu'il y a entre le discours volontariste et patriotique d'un côté et le blocage politique que constitue l'appartenance à la zone euro et à l'UE.

Croissance économique en % du PIB ( source OCDE)

On ne peut pas d'un côté critiquer les conséquences d'une politique libérale qui conduit au marasme économique, à la désindustrialisation et à la destruction de l'emploi tout en continuant comme un imbécile à en chérir les causes que sont l'euro et l'UE. Mais cette contradiction se retrouve dans toutes les oppositions au système actuel. Le RN en France s'il parvient un jour au pouvoir se retrouvera exactement dans la même situation. Du reste, la situation économique italienne est relativement contrastée. Par certains côtés l'Italie est actuellement en moins mauvaise posture de la France. En effet, l'Italie connaît clairement un rebond de ses exportations et un excédent commercial, mais tout comme dans le cas de l'Espagne cet excédent est aussi le fruit d'un chômage élevé traduisant une demande intérieure léthargique. L'agressivité de la commission européenne sur la dette publique italienne est en réalité une cabale politique contre Salvini. L'Italie va moins mal que la France et n'accumule pas de déficit externe elle. Cela valide l'idée d'Emmanuel Todd sur le fait que l'Allemagne qui domine l'Europe et la commission caresse la France dans le sens du poil pour éviter un éclatement de la zone. Elle ne doit pas penser que l'Italie puisse sérieusement rompre avec le délire européiste.

Balance commerciale nette (exportations - importations) . Seule la France affiche encore un gros déficit

En clair l'Italie s'est adaptée à l'euro et à la crise de 2008 en créant du chômage comme la France des années 80-90 qui avait sauvé le SME en fabriquant des millions de chômeurs en ne dévaluant pas. La grosse différence c'est que la France des années 90 avait encore une démographie positive à savoir que la population active continuait à augmenter. Le chômage en France, on ne le dit jamais assez, ne résulte pas d'une nullité française, mais d'une démographie largement moins mauvaise que celle de ses voisins.

 

L'italie a plus de chomage que la France avec une démographie largement moins dynamique.

La croissance des années 90 en France était trop faible pour absorber les nouveaux venus sur le marché de l'emploi. Il aurait fallu des politiques plus expansionnistes ce qui entrait en contradiction avec le dogme monétariste d'un côté et celui du libre-échange de l'autre. Le chômage en France résulte d'une politique délibérée des dirigeants français et non d'un hasard d'une particularité de la culture française.  L'Italie actuelle est dans un état similaire sauf que la population active baisse. La part des 15-65 ans montre la forte baisse par rapport aux années 90. Et étant donné le taux de natalité, cette situation n'est pas près de s'arranger. Si l'Italie connaît une petite baisse du chômage, ce n'est donc pas tant par sa croissance économique que par la contraction progressive de sa population. L'immigration qui a touché fortement l'Italie ces dernières années est bien évidemment favorisée par le capital qui cherche impérativement à compenser la grève des ventres de la population italienne. Mais tout comme en Allemagne l'immigration essentiellement africaine et musulmane se retrouve de plus en plus rejetée malgré les besoins économiques grandissant en la matière.

 

On se retrouve ici dans une contradiction typique du fonctionnement des économies de « marché » entièrement mues par le court terme et l'intérêt marchand individuel. La crise démographique n'est pas nouvelle. Elle est connue depuis les années 70 . Le démographe Pierre Chaunu et d'autres avaient pourtant bien prévenu les autorités des conséquences à long terme d'une très faible natalité. Mais les idéologues du laissez-faire ont ignoré la chose, car au long terme le marché réglera le problème. Sauf que la solution du remplacement démographie trouve de moins en moins d'appui dans la population. Et elle trouvera à l'avenir de moins en moins d'endroits où trouver des travailleurs jetables d'ailleurs. Rappelons que la transition démographique est un phénomène maintenant planétaire et qu'en 2050 la quasi-totalité de la planète manquera de bras. On se demande où le marché ira alors chercher son armée de réserve. Là encore l'idéologie libérale se fracasse sur le réel. Les populations ne sont pas interchangeables et les êtres humains ne sont pas des Legos qu'on peut déplacer à sa guise pour combler les manques. Sans une intervention publique massive pour redresser la démographie l'Italie tout comme les autres pays européens sont condamnés à l'effondrement à plus ou moins brève échéance.

 

Mais évidemment cette intervention à un coût, un coût qui nécessite une régulation sur le commerce à terme puisqu'il renchérit le prix du travail local. Sur ce plan démographique, le gouvernement Salvini semble vouloir agir du moins dans sa communication. Mais il se retrouve pied et mains liées par les contraintes extérieures européennes. En effet, comment avoir une politique nataliste sans augmenter les charges patronales ou les impôts ? Il n'y a pas magie. Pour encourager les Italiens à avoir des enfants, il leur faut des emplois rémunérés correctement et une vraie politique familiale . Et tout cela a un prix, un prix qui n'est pas compatible avec le laissez-faire libéral dont l'UE est le principal défenseur. Comment augmenter le coût du travail sans mettre en péril la balance commerciale italienne ? Il faudrait pouvoir protéger l'économie italienne par des dévaluations ou des taxes à l'importation comme commence à le faire Trump aux USA. Mais c'est impossible dans le carcan européen. Là encore Salviny se retrouve le cul entre deux chaises. Mais bien sûr il n'est pas le seul coupable. Car comme en France la bourgeoisie locale ne tient pas à une sortie de l'UE. Et pour cause la nouvelle Lire serait probablement dévaluée en cas de politique massive de lutte contre le chômage et pour la relance démographique pourtant indispensable à la survie du pays à long terme. La contradiction du gouvernement italien est donc le produit de la contradiction des Italiens eux même. On peut maintenant dire qu'il s'agit d'un mal latin puisque ce genre de contradiction se retrouve en Espagne, en France et en Italie.

 

L'on peut donc se demander si Jacques Sapir ne prend pas ses désirs pour des réalités en annonçant que l'Italie prépare sa sortie de l'euro avec les minibots. En effet rien dans l'action de Salvini ne fait penser à une telle orientation. Techniquement l'Italie est en fait mieux placée que la France pour sortir de la zone euro. Le pays n'a plus de déficit extérieur, mais un excédent, et la dette extérieure italienne est moins forte que celle de la France. Mais voilà, la population italienne est contre la sortie de l'euro. Tout comme en France on ne peut qu'assister à un match politique se résumant soit à un monopole de libéraux compulsifs menant à la destruction progressive de tout ce qui fait marcher la société à l'image des réformes de plus en plus idiotes et extrémistes de Macron. Soit à un gouvernement de type pseudo-patriotique comme Salvini qui fait semblant de défendre la nation pour satisfaire un peu la partie de la population condamnée économiquement par la globalisation et l'euro. Vous savez maintenant à quoi ressemblerait un éventuel gouvernement RN au pouvoir. Il suffit de regarder l'Italie et ce n'est guère brillant. Qu'on se le dise l'euro mourra probablement d'une crise extérieure et non d'un revirement politique.

Partager cet article
Repost0

commentaires

D
Je suis d'accord globalement avec ce texte sauf pour ce qui est de la demographie mondiale puisqu'il reste encore deux "bombes" demographiques, L'Afrique subsaharienne et l'Inde. Les taux de natalité a tendance à baisser certes, mais beaucoup trop lentement et il y'a largement le temps de faire disparaitre les causasiens d'Europe par metissage. En esperant que l'evolution ne soit que genetique parce que la civilisation occidentale a quand même fait quelques trucs sympas.
Répondre
Y
L'inde n'est plus une bombe démographique dans les grandes villes la natalité est déjà sous le seuil de reproduction et elle baisse très vite. En plus il y a un phénomène dramatique de surnatalité des garçons puisque les parent choisissent plutôt d'avoir des garçons que des filles. Ce qui fait qu'il va y avoir à l'avenir comme en Chine (c'est même pire en Inde) plus d'hommes que de femmes ce qui va mécaniquement réduire encore plus le nombre de naissance.

La seule exception est effectivement l'Afrique pour l'instant, mais je ne doute pas non plus de la baisse dans cette région. Aucune culture ne semble échapper au phénomène.
L
Un petit commentaire sur vos deux derniers billets dont les conclusions ramènent au même constat désabusé.


« Qu'on se le dise l'euro mourra probablement d'une crise extérieure et non d'un revirement politique. »
« Quoi qu'il en soit ce n'est probablement pas des électeurs français que viendra la solution et c'est bien dommage. »

Nous sommes bien d'accord mais -comme vous le répondez d'ailleurs à un commentateur- cette situation n' est pas neuve, au moins en regard de notre histoire.

Le cas de Gaulle n'a rien innové à ce chapitre. Y aurait-il eu la république s'il n'y avait pas eu le désastre militaire de Sedan et l'invasion du pays ? Le drame politique et social de la Commune en découle directement et la France, encore largement royaliste de cœur, s'est résignée à la république uniquement parce que l'hypothèque des « partageux » était levée.
La France n'a réellement rompu avec l'Europe du Congrès de Vienne qu'à cette date, ce que ni les soubresauts de 1830 et 1848 et encore moins les péripéties électorales qui les avaient accompagnés n'avaient réussi à faire.
Auparavant, Napoléon le corse avait gravé dans le marbre certains principes de la révolution, au moins pour ce qui concerne l'organisation civile. On ne peut pas dire non plus que le vote des français y avait été pour quelque chose et pour cause !
Beaucoup plus loin encore, la France avait été à l'agonie pendant les guerres de religion sous les menées intérieures de la couronne d'Espagne et c'est un homme providentiel, issu lui-même de la périphérie du pays, la Navarre, qui nous avait sauvé la mise.
Et je parle pas de la nation mort-née en 1429 -à cette date toute indiquait que le royaume était passé sous la tutelle anglaise- ressuscitée à peine deux ans plus tard par un autre phénomène venu de ses marches lointaines, Jeanne d'Arc.

C'est ainsi. La France marche à la convoitise des autres, aux péripéties frondeuses ultra-violentes et aux hommes providentiels qui en sortent d'on ne sait où, pas à la politique raisonnable et apaisée portée par les masses. Je constate d'ailleurs que cent cinquante ans de république colorée au suffrage universelle n'ont rien arrangé à ce niveau.
L'hypothèse toddienne, qui verrait notre pays porté par une perpétuelle tension entre des systèmes familiaux contradictoires et leurs substrats contemporains, reste séduisante mais toujours aussi peu engageante pour notre avenir.

« Faut-il encore se représenter sur des listes électorales ou alors ne vaut-il pas mieux travailler dans l'ombre en faisant de l'éducation populaire. Je n'ai pas de solution toute faite, mais on ne peut pas continuer ainsi. »

Les deux mon capitaine et ô que si vous allez devoir continuer ainsi ! Le rôle d'éducateur vous va d'ailleurs très bien. Il faudra en tout cas vous résigner à voir le débat d'idées relégué dans les coulisses, votre terrain naturel, là où le peuple ne s’éveille que lentement et quand il ne peut plus faire autrement.

Pour le reste ce sera magouilles, conspirations, coups fourrés et stratégies sans état d'âme ni nostalgie, comme d'hab depuis des lustres (à ce niveau de Gaulle n'a pas été mal dans le genre en 1958 et je ne parle pas de « l'impitoyable guerre civile » qui a sévi dans tous les rangs sous l'occupation).
Mais à la mesure des gens qui nous font face, lesquels sont malins comme des singes pervers et se foutent éperdument du débat d'idées, eux. La com la plus sotte mais aussi souvent la plus efficace leur en tient lieu. Désolé pour vous de le prendre en considération.

Sur le RN par exemple, complètement d'équerre avec vous et même plus, parce que j'ai vu la structure de l'intérieur et qu'il semble, je vous l'ai déjà dit, que certains éléments vous échappent (comme sur Salvini d'ailleurs).
Oui, mais voilà, il n'y avait qu'eux pour montrer à Macron qu'il n'était pas tout seul. Et cela n'a rien à voir avec l'adhésion à leur principes (ils en ont ?), et encore moins avec le prurit du défoulement.

En conclusion, travailler inlassablement dans l'ombre, enfoncer les clous dans la moindre faille et saisir toutes les opportunités même les moins ragoutantes. Il n'y aura pas d'autre menu et le vote fait partie de la tambouille.
Et attendre, la tête froide et sans perdre de vue certains principes -là où vous avez un rôle a jouer.
Notre heure viendra.
Répondre
Y
Merci pour ce commentaire et pour cet effort pour positiver un peu, cela doit être mon athéisme qui me confine au rôle de dépressif chronique.

"Sur le RN par exemple, complètement d'équerre avec vous et même plus, parce que j'ai vu la structure de l'intérieur et qu'il semble, je vous l'ai déjà dit, que certains éléments vous échappent (comme sur Salvini d'ailleurs)."

J'ai vu que les médias essaient de faire monter la nièce de Marine Le Pen en ce moment. Sa tentative d'union des droites avec son racisme quasi maladif couplée à une caricature économique du thatchérisme n'est guère rassurant pour l'avenir.

Si la France a eu des périodes très difficiles dans son histoire elle avait tout de même toujours gardé son cœur culturel et historique. J'ai quand même la désagréable impression que cette fois le pays a vraiment un gros problème, peut-être fatal. Mais vous avez raison ce n'est pas une raison pour baisser les bras.