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3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 21:07

 

Je ne vais pas écrire longuement sur l'élection européenne. D'autres l'ont bien fait comme Jacques Sapir et de façon assez approfondie. Ou encore Michel Drac qui a fait une vidéo sur le sujet, il faudra moi-même que je pense un jour à faire des vidéos puisque le public ne lit pour ainsi dire plus ce qui explique probablement en partie l'évolution électorale française. Quoi qu'il en soit je me devais tout de même d'en parler même rapidement et avec peu d'inspiration je dois bien l'admettre. Le premier enseignement pour moi c'est bien que les Français perçoivent sans trop bien l'admettre ou le comprendre que les élections européennes sont essentiellement une supercherie. Les lecteurs de ce blog le savent déjà, le pouvoir du parlement européen est quasiment nul. La commission européenne ayant la totalité des pouvoirs ce qui fait de l'Union européenne une véritable dictature bureaucratique sans légitimité populaire comme base d'existence. La seule légitimité de cette structure étant celle que lui octroient de fait les états membres par l'intermédiaire des gouvernements. Cette structure politique étrange est à l'origine de l'absence d’engouement pour ces élections d'ailleurs . Et ce n'est pas la faible augmentation de la participation par rapport à la dernière édition qui y changera quelque chose.

 

L'élection n'encourage donc guère la participation. Jacques Sapir note cependant que le débat sur l'élection s'est rapidement transformé en vote pour ou contre Macron. Une espèce de référendum interne à travers les élections européennes. L'on peut effectivement y voir cela notamment à cause de la polarisation autour du vote RN – LREM . Il y a eu, semble-t-il, un vote utile dans ces deux partis politiques qui ressemble de plus en plus au couple Charybde et Scylla de la mythologie grecque tant les votants ont peu d’engouement pour ces derniers. Et pour cause Macron est le pire dirigeant que la France n'ait jamais eu et je pèse mes mots. Quant au RN il a fait campagne en disant littéralement le contraire de ce qu'il disait deux ans auparavant. Le simple fait d'ailleurs que les mêmes électeurs aient continué à voter pour RN alors qu'il a fait un virage à 180 ° sur le plan intellectuel est un contre sens logique. Cela signifie soit que les gens ne lisent pas les programmes à jour et ne se tiennent pas au courant des changements. C'est une hypothèse qui doit représenter malheureusement une bonne partie de l'électorat et ce n'est pas à négliger. Soit que les gens votent RN uniquement par rébellion anti-système. C'est une espèce de vote pas très sérieux dont le seul but est de dire qu'ils ne sont pas contents. On remarquera que dans la seconde hypothèse on peut tout à fait imaginer un effondrement du RN à la moindre apparition d'une réelle alternative un peu plus intéressante.

 

Cette polarisation est en réalité une fausse polarisation dans le sens où il s'agit en grande partie d'une supercherie. Le RN n'arrivera jamais au pouvoir. Il a fait le choix en 2017 après l'élection présidentielle de mettre fin à sa dédiabolisation afin justement de continuer ce petit jeu de dupe qui permet de nourrir les bouches du parti sans pour autant prendre le risque de réellement exercer le pouvoir. Pour moi très clairement le RN est un parti d'escroc purement et simplement. L'absence de cohérence intellectuelle et le choix d'une radicalisation anti-immigré obsessionnelle, couplé à un délire macro-économique néolibérale version extrêmement droite, rend ce parti dorénavant passablement grotesque et sans intérêt. Michel Drac dit lui même comprendre la stratégie, moi je ne crois pas du tout qu'ils aient une stratégie de redressement national ou de montée au pouvoir. Je suis persuadé qu'avec la ligne de 2017 celle d'une sortie de l'UE et de l'euro le parti aurait fait un score largement supérieur et je pense que les dirigeants du RN le savent pertinemment et que c'est pour ça qu'ils ont changé de tactique. Ils ont sciemment cassé leur dynamique qui était celle de la ligne Philippot. On assiste donc au retour du plafond de verre que le RN a décidé de reconstruire tout seul. Je n'aurais qu'une formule pour définir le RN actuel, c'est qu'ils sont plus racistes que patriotes.

 

La bonne nouvelle de l'élection est la mort de la France Insoumise. La ligne multiculturaliste délirante que Mélenchon a prise sous l'influence des groupuscules d'extrême gauche a fini par tuer son parti. Alors certes ils ne sont pas encore morts, mais ce n'est plus qu'une question de temps. Le rôle de pôle de protestation stérile étant prise par le RN, l'absence de cohérence programmatique et l'obsession pour les idéologies religieuses importée d'Amérique du Nord (Mouvement LGBT, Vegan, les nombreux courants communautaristes) a fini par tuer le dernier représentant d'une pseudo-gauche. L'abandon du discours social et l'incohérence européenne aura eu raison de FI. Quant au discours écologiste, le courant bourgeois de l'écologie a eu plus de succès. L'électorat des petits diplômés, ceux qui sont culturellement dans la classe dominante parce qu'ils ont des diplômes, mais qui n'ont pas les revenus qui vont avec, ont préféré les écolo-européïste. Tant qu'à choisir une secte, pour se donner bonne conscience autant prendre celle dont on peut parler avec les gens de notre milieu social proche. Le vote écologiste n'est évidemment pas représentatif d'une éventuelle élection nationale. Comme une partie de l'électorat vote sans intérêt aux Européennes, ils ont voté écolos un peu par hasard en quelque sorte. Le soufflé écolo retombera dès qu'une élection sérieuse se présentera.

 

La mort des souverainistes est elle une non-surprise. Alors je ne m'étendrais pas sur les scores ridicules que ce soit de l'UPR ou des patriotes. Que l'un surpasse l'autre n'a guère d'intérêt vu le score. Mais cette situation nous met devant une évidence crasse. La question de la sortie de l'euro ou de l'UE n’atteint même pas l'esprit de 2 % des électeurs. Alors probablement une partie a préféré voter RN pour faire barrage au fascisme de Macron. Oui j'aime bien inverser cet argumentaire puisqu'en un sens notre gouvernement correspond bien mieux à la définition du fascisme. Quoi qu'il en soit il est effectivement tant de se poser la question de la stratégie. Faut-il encore se représenter sur des listes électorales ou alors ne vaut-il pas mieux travailler dans l'ombre en faisant de l'éducation populaire. Je n'ai pas de solution toute faite, mais on ne peut pas continuer ainsi.

 

 

La dépolitisation massive comme phase terminale de la civilisation marchande ?

 

Au final, ce que nous apprend cette élection c'est surtout l'état de délabrement de la politique en France. L'on savait déjà que le personnel politique français avait atteint un niveau de nullité sans précédent. Le simple fait qu'un type comme Macron ait pu monter au pouvoir en est la preuve. On savait également que la corruption et le clientélisme étaient monnaie courante. On sait maintenant que les politiciens ne sont en fait que le reflet d'une évolution générale en France qui touche toute la population. L'homoéconomicus n'a pas de temps à consacrer à la politique puisqu'il n'est pas payé pour ça. Je vois dans cette évolution le résultat naturel de l'idéologie libérale. Puisque tout tourne autour du marché, puisqu'il n'y a d'activité que lorsqu’il y a marchandisation de la relation humaine et de l'activité alors la politique elle-même devient un marché où l'on fait ses courses. Chaque couche sociale chaque individu s'invente des priorités en fonction de ses propres croyances et va chercher sur le marché politique ce qui correspondra le mieux à son intérêt ou à ce qu'il croit être son intérêt. La question de la citoyenneté, de l'action collective, l’abnégation, le patriotisme et les vertus qui sont nécessaires au bon fonctionnement d'une démocratie ne sont pas viables dans une société libérale fondée sur le vice et l'obsession de l'enrichissement personnel.

 

Nous arrivons donc aux limites du libéralisme économique. Pendant longtemps on a cru, ou on a fait semblant de croire que le libéralisme était un tout. Que la liberté du marché, des individus, de la politique  marchaient ensemble. Il faut dire que pendant longtemps le libéralisme économique a côtoyait les anciennes structures de la société héritée du passé. La religion, l'état, la culture anthropologique, les diverses formes de socialisation non marchande ont longtemps continué d'exister malgré les coups de plus en plus forts que la civilisation marchande leurs données. Mais il semble que la France et les divers pays d'occident en soient arrivés à la phase terminale. La politique est morte. Après la religion, après la structure familiale, après la socialisation gratuite d'autrefois, c'est maintenant le fait politique lui-même qui disparaît dans les méandres de l'intérêt individuel. Mais là il y a un énorme problème pour la civilisation libérale qui pointe. En mettant au pouvoir des gens de moins en moins intéressés par la chose publique. En ayant une population de moins en moins encline à s’intéresser à la chose publique et à l'intérêt public. Vers quelle direction tendent naturellement l'état et la structure politique ? Vers la tyrannie tout simplement. La négation du collectif, la négation de la politique et de la vie sociale ne peuvent mener que vers une tyrannie . Le libéralisme économique a tué le libéralisme politique alors que l'on pensait que c'était complémentaire.

 

Il n'y a malheureusement aucune raison d'être optimiste pour l'avenir. Tout porte à croire que les problèmes vont s'accumuler jusqu'à rendre la situation intenable. L'histoire française se fait ailleurs dans les nombreux accidents qui risquent d'arriver à cause des contradictions fondamentales de la globalisation, de l'euro et de l'Union européenne. L'histoire n'est pas terminée tant s'en faut. Mais il va falloir admettre que celle-ci s'écrit ailleurs. L'on peut toujours espérer que l'euro éclate par l'action d'une autre nation. On parle de l'Italie par exemple qui aurait un plan de sortie de l'euro. Je penche personnellement toujours pour une fin de partie organisée par l'Allemagne sous l'influence de sa propre hubris. Quoi qu'il en soit ce n'est probablement pas des électeurs français que viendra la solution et c'est bien dommage.

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commentaires

Jo 07/06/2019 12:05

Vous avez tout dit : "Après la religion, après la structure familiale, après la socialisation gratuite d'autrefois, c'est maintenant le fait politique lui-même qui disparaît dans les méandres de l'intérêt individuel". Tous les aspects de la société sont impactés, le Monde a oublié que c'est sur l'intérêt collectif qu'on a réussi à se construire et évoluer. Aujourd'hui quand on dit à quelqu'un de prendre une décision pour le bien commun, si individuellement il n'en tire pas profit alors il ne l'acceptera pas (c'est pour cela qu'il est de plus en plus difficile de prendre des décisions communes à tous les niveaux). On compare souvent les électeurs à des moutons mais je dirais qu'aujourd'hui ces "moutons" ne font plus parti du même troupeau et qu'il n'avancent plus dans la même direction. Et à ce jeu, une bonne meute de loups (qui partagent les mêmes intérêts, car eux savent la force du collectif) aura vite fait de décimer le troupeau à petit feu. A ce rythme là je ne vois pas de sortie à court terme très réjouissante. Le retour des valeurs familiales et la resociabilisation de la société seraient un bon début pour faire comprendre aux jeunes générations que le partage et la clé de la réussite.

yann 12/06/2019 22:21

" On compare souvent les électeurs à des moutons mais je dirais qu'aujourd'hui ces "moutons" ne font plus parti du même troupeau et qu'il n'avancent plus dans la même direction."

En fait je pense qu'on ne peut réellement être un individu que lorsqu'on a une conscience collective forte. Étrangement les individualistes qui constituent notre société ne sont plus ni des citoyens, ni des individus pensant par eux même. Ils sont en fait beaucoup moins libre que leur ancêtres pourtant encastrés dans des traditions et des structures collectives fortes. C'est tout le paradoxe de la société moderne qui vante les qualités de l'individu libre tout en produisant une incroyable homogénéité intellectuelle et comportementale que ce soit au niveau de la culture, de la consommation ou de la politique. L'individu esseulé ne songe qu'à une chose faire partie du troupeau quel qu'en soit le prix.

Tom Personne 04/06/2019 17:40

Je ne m'attendais pas à un miracle mais le score cumulé de l'UPR et des Patriotes est quand même minable.
Et pourtant, les partis de gouvernement classiques et la LFI se sont effondrés. Il devrait donc y avoir un boulevard pour une vraie alternative.
Bien sûr, les élections européennes ne servent à rien mais tout laisse à penser que nous partons pour le même résultat à la prochaine présidentielle (sauf pour les électeurs de EELV qui rentreront à la maison macroniste quand ça redeviendra sérieux).
C'est certainement, au moins en partie, le produit d'une forme d'effondrement intellectuel, culturel et moral mais le soulèvement des gilets jaunes montre quand même que la France n'est pas encore morte. Alors, n'est-ce qu'une illusion ? Est-ce juste le dernier sursaut avant le plongeon dans le néant ?
Il faut absolument que le mouvement des gilets jaunes trouve un débouché politique et cela ne pourra se faire que sur un projet de consensus populaire s'opposant point à point au consensus élitaire néolibéral.
Je croyais que l'UPR pourrait être ce débouché et depuis quelque temps, je pensais même à adhérer mais maintenant, je doute de plus en plus. J'attends les annonces qu'ils feront sur leur web TV après les réunions internes qu'ils ne doivent pas manquer pas d'avoir.
Mais s'ils ne décident pas de se remettre en question pour passer à la vitesse supérieure, pour moi, ça sera une autre forme d'engagement à trouver.
Malgré la crise rampante, ou peut-être précisément parce qu'elle est rampante, les gens sont encore trop engourdis pour réaliser la gravité de la situation du pays. Est-ce qu'on doit vraiment en être réduits à attendre une nouvelle Jeanne d'Arc ou un nouveau Charles de Gaulle sortis de nulle part ? Et quand ?

yann 12/06/2019 22:15

"Il faut absolument que le mouvement des gilets jaunes trouve un débouché politique et cela ne pourra se faire que sur un projet de consensus populaire s'opposant point à point au consensus élitaire néolibéral."

Entre ce qu'il faudrait et ce qui arrive vraiment il y a malheureusement souvent un gouffre. Je ne crois pas à une solution politique en France. Comme souvent dans notre histoire c'est un choc externe qui cassera le système. D'ailleurs il y aurait-il eu un De Gaulle sans la seconde guerre mondiale et l'invasion du pays? Quand le pays sera trop affaibli et que le système bancaire se fracassera sur la prochaine crise alors peut-être qu'on aura une réaction. Mais pas avant malheureusement.