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19 juillet 2019 5 19 /07 /juillet /2019 21:15

Encore une nouvelle « réforme » du système de retraite français une réforme qui se lit dans le sens de la réduction des droits et du coût selon les sempiternelles idioties issues de la pensée économique libérale. Chaque gouvernement français y met du sien depuis plusieurs décennies avec une aptitude de moins en moins grande à chaque nouvelle génération d'hurluberlu pour cacher les effets catastrophiques sur l'économie du pays. Il est tout de même incroyable que le pays qui a la démographie la moins mauvaise d'Europe de l'Ouest soit celui qui au final détricote le plus son système de retraite. Car rappelons-le tout de même, la France n'est pas l'Allemagne ou l'Italie sur le plan démographique. Si les idéologues libéraux ont fortement entamé ces dernières années notre système d'allocation familiale qui a permis un maintien relatif de la démographie française, la France reste dans une situation démographique beaucoup moins alarmante que nos pays voisins. En France le gros problème économique c'est le CHOMAGE. Un chômage qui réduit les rentrées fiscales et les cotisations ce qui rend le système effectivement intenable en l'état.

 

Il est tout à fait absurde dans un pays qui a 6 millions de chômeurs et de travailleurs précaires ainsi que des salaires insuffisants dans leur ensemble de voir le gouvernement se concentrer sur une politique visant à augmenter le temps de cotisation économique pour les retraites. Disons le tout net, c'est purement stupide pour ne pas dire plus. Dans cette affaire comme dans beaucoup d'autres concernant la macronie se cache probablement des raisonnements tout autre que la sauvegarde du système de retraite. Très clairement, Macron, en bon libéral qu'il est, lorgne sur les délirants systèmes par capitalisation dont l’inefficacité macroéconomique et la dangerosité à long terme ont pourtant fait leurs preuves depuis longtemps. Comme dans le cas de l'éducation nationale le système de retraite n'est pas directement privatisable, les libéraux utilisent donc la bonne vieille méthode des petits pas. On rend le système public de moins en moins intéressant en cassant les droits des retraités et dans le même temps on encourage la capitalisation privée. Dans l'éducation nationale, on démolit l'instruction publique et l'on favorise les écoles privées. Même chose pour la récente réforme des droits pour les chômeurs qui ne vise à terme qu'à obliger les salariés à prendre des assurances privées. Analysez donc toutes les « réformes » libérales depuis quarante ans et vous verrez rapidement que c'est ça le vrai but de ces politiques, rien d'autre. Il n'y a chez Macron aucune espèce de volonté de réformer ou de sauver le système de retraite actuel qui serait soi-disant en danger. Mais il y a par contre une vraie volonté de mettre fin au système public français de redistribution sous toutes ses formes.

 

Les dépenses des uns sont les recettes des autres et vice versa

 

Bien sûr, ces réformes ne favorisent pas la croissance et le dynamisme économique c'est le moins que l'on puisse dire. La grande déconstruction qui frappe le modèle français depuis quarante ans a d'ailleurs accompagné la crise depuis le début, mais bien plus que cela, cette déconstruction est en grande partie à l'origine de la crise. Car l’incertitude radicale sur l'avenir dans lequel plonge les Français ces destructions-privatisations à répétition mine de l'intérieur la population française. Comment avoir des projets de famille, de vie, de travail quand tout devient précaire ? Les systèmes sociaux d'après-guerre ne sont pas venus là par hasard. C'est bien les effets de la crise de 29 et de l'effondrement de la civilisation libérale qui a conduit à construire ces systèmes auxquels nous devons en grande partie la croissance stable des années 45-74 . La glorification du libre-échange et de la globalisation ont conduit naturellement à remettre en question ces systèmes puisqu'ils entraînent un surcoût du travail. Mais ce que les libéraux ont oublié c'est que la contraction des salaires à l'échelle mondiale ne peut produire qu'une crise de surproduction. Crise qui continue inlassablement de ronger de l'intérieur toutes les économies de la planète. Faire une planète de misérables sous rémunérés ce n'est finalement pas si bon que ça pour les affaires. Même la Chine tombe maintenant en panne, on attend les préconisations du FMI sur le coût délirant des salariés chinois bien trop payer pour ce qu'ils font.

 

Il est bien malheureux de voir que les quelques critiques éparses sur les réformes des retraites se contentent généralement d'en critiquer la forme ou le contenu sans vraiment contredire la philosophie générale. Car c'est sur le fond que cette réforme est stupide. La philosophie générale qui conduit les politiques de Macrons est absurde, elle mène vers une aggravation de la crise et une précarisation générale des futurs retraités. Alors que le président de la République devrait multiplier ses efforts en vue de réduire le chômage le voilà qu'il en vient à démolir les derniers résidus à peu près fonctionnels du modèle français.

 

Le système par répartition est un système de retraite très intelligent bien plus que le système par capitalisation. Ce système est proche du fonctionnement naturel en ce sens que les actifs du présent payent pour les retraités du présent. Alors que le système par capitalisation est un système complètement gangrené par la spéculation des marchés financiers. Il peut mettre en danger le revenu de millions de personnes par les simples soubresauts dont sont régulièrement victimes les marchés d'actions.

 

Au-delà de la question du système de retraite c'est donc toute la logique individualiste qui caractérise la philosophie libérale qui est problématique. Elle ignore parfaitement les interactions qui contraignent et qui lient les citoyens entre eux. Pour un libéral il y a le privé qui produit les richesses et le secteur public qui gaspille. Un publicitaire produit des richesses, un instituteur du service public les gaspille. Je caricature à peine. Dans les faits pourtant d'un point de vue comptable c'est exactement la même chose. L'instituteur consomme et fait marcher le PIB de la même manière que le publicitaire. Le statut des personnes n'a aucun rapport avec la richesse qu'ils produisent ou non. Par contre, le secteur privé est privé comme son nom l'indique alors que le secteur public appartient à l'ensemble des Français. Et l'on voit là la vraie motivation des défenseurs de la privatisation totale. Il s'agit en fait de rétablir une forme avancée de féodalisme. Il est étrange d'imaginer que le libéralisme dans sa forme terminale conduit à reconstruire le système économique qu'à l'origine il combattait. Et c'est pourtant bien vers cela que le libéralisme économique conduit, vers un néoféodalisme.

 

En défendant sans cesse l'idée que le privé c'est mieux que le marché c'est formidable, les libéraux dépossèdent de plus en plus les citoyens du fruit du labeur de leurs aïeux. Avec pour conséquence des privatisations de monopoles à l'image des autoroutes qui font exploser les prix tout en démolissant la qualité des services. Même chose pour l'énergie, les transports ferroviaires, l'éducation, la santé, et j'en passe. Je vous laisse imaginer le résultat quand tout sera splendidement privatisé. On peut déjà le voir aux USA où même des cadres supérieurs ont peine financièrement à se faire soigner pour des maladies même parfois bénignes. Les USA sont un cas d'école, ils ont poussé la logique néolibérale à son paroxysme à tel point que la durée de vie diminue maintenant. En Grande-Bretagne le libéralisme a conduit pour la première fois à une augmentation de la mortalité infantile. Quand on sait l'importance de ce genre de statistique, je me demande ce qu'en pense Emmanuel Todd lui qui nous dit que le monde anglo-saxon a changé.

 

Au fond, le capitalisme n'est guère différent du féodalisme. Comme le disait Keynes, la seule différence est dans la nature du capital. Dans les sociétés du moyen âge, le féodalisme s'appuyait sur un capital terrien. Plus on possédait de terre, plus on était riche, tant qu'on avait bien sûr la main d’œuvre pour la travailler. Dans ce que l'on nomme le capitalisme, c'est l'argent et les titres qui font la richesse. C'est en fait beaucoup plus dangereux, car beaucoup moins lié à la réalité physique du monde comme pouvait l'être le capital terrien du féodalisme. L'idéologie libérale n'a été qu'un moyen intellectuel pour justifier le passage d'une forme de féodalisme vers une nouvelle beaucoup moins stable et beaucoup plus dangereuse au final. Ce fut le remplacement du noble et de l'aristocrate par le bourgeois et l'entrepreneur capitaliste. La crise de 29 ainsi que la pression politique exercée par les pays communistes ont permis un temps à l'Europe de l'Ouest de sortir de ce système en mettant au point des modus vivendi plus civilisés excluant le marché et le capital de bon nombre d'activités jugées trop importantes pour être laissées aux aléas des folies et des excentricités des riches et des marchands. Ce temps est fini depuis les années 70 et surtout depuis la fin du communisme. Les Européens et les Français se retrouvent à nouveau en proie aux divagations macroéconomiques qui ont fait du 19e siècle une époque si terrible pour la majorité de nos ancêtres. Il n'y a plus d'autre modèle possible selon la doxa dominante. L'on pourra alors leur dire qu'il n'y a que la mort qui nous attend, car le seul modèle possible ne nous mènera qu'à cette triste fin.

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commentaires

L
@ Dah Machin

Devriez plutôt vous adresser à l’Élisée, ils ont chopé une maladie terrifiante.
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Y
J'ai effacé ces pubs ridicules . Désolé pour le retard J'étais sans Internet deux semaines et c'était pas si mal .
L
Encore que le système féodal était un système aussi stable que fécond jusqu'au début du quatorzième siècle -en gros jusqu'à Philippe le Bel.
En témoigne la densité des populations -il faudra presque quatre siècles après l'effondrement du Moyen âge pour que la population européenne retrouve son niveau d'alors- lequel s'expliquait tant par l'atténuation des famines (merci au réchauffement climatique de l'Optimum Médiéval) et des grandes maladies que, finalement, le peu de conflits qui mirent au prises les états royaux et impériaux pendant la période -il est vrai que les croisades constituaient un exutoire efficace.
Il existait -mis à part le pouvoir royal- des stabilisateurs puissants au pouvoir seigneurial qu'était l’église au fait de sa splendeur temporelle et intellectuelle (Saint Thomas fut aussi un précurseur du rationalisme) et l'organisation productive des cités en corporations.
Le système féodal, tout comme le nôtre actuel, accoucha d'un « monde plein » (cf. Braudel), dont il fut incapable de trouver la clé de dépassement.
Après trois siècles de convulsion, il accoucha de l'ancien régime, système incarné par la monarchie absolue en France, qui fut lui incapable de s'adapter aux mutations techniques, économiques et finalement sociales de son époque.

Petit développement sur les classes moyennes car il s'agit pour moi d'un point central sur les sujets que vous abordez dans vos trois derniers articles.

Le blogueur Descartes a un point de vue marxiste sur la question mais qui, je pense, est très juste et en tout cas constitue une base de discussion intéressante.
Pour lui, appartient aux classes intermédiaires -terme qu'il préfère à « classes moyennes- celui qui récupère une partie de la plus-value de son travail parce qu'il a gardé un pouvoir de négociation avec les classes dominantes, lesquelles possèdent le capital.

Je crois que ce tableau collait parfaitement à celui de la société française giscardienne puis miterrandienne (au moins dans sa première phase jusqu'en 1988) qui véhiculait la fameuse promesse du « deux français sur trois » de Giscard.
C'est ainsi qu'une partie importante de la classe ouvrière fut aspirée vers le haut, ce qui introduisit un certain brouillage de classe dans les commentaires de la caste pensante sur le phénomène.
Il suffit de relire sur ce qui se disait dans la presse de l'époque (« Le Monde » déjà) sur « le social en tant que paramètre de gestion »et autre fable qui aujourd'hui ne font même plus sourire.

Mais la centrifugeuse de la mondialisation néolibérale s'était déjà mise en route, dûment acceptée par ceux-là même qui avaient transformé les principaux partis politiques en partis de classes moyennes, et des pans entiers de la société (que l'on pense d'abord aux petits commerçants) disparaissaient déjà dans le marais des victimes impuissantes de la grande transformation du temps.

Aujourd'hui, quand vous dites que « la classe moyenne est appelée à disparaître » vous devriez plutôt dire qu'elle a déjà disparu, puisqu'une majorité de ses cadres a, au fil du temps, perdu le pouvoir de négociation qui lui garantissait son statut.
Mais comme il y a un décalage entre la nouvelle question sociale et la perception qu'en ont ses acteurs -décalage dûment entretenu et renforcé même par les moyens de diffusion culturels- la majeure partie de ces éléments perdus se pense encore comme faisant partie intégrante de la classe moyenne et agit -et surtout vote- en conséquence.

De mon côté, lorsque je dis qu'il faut penser la politique en dehors ou contre les classes moyennes, c'est de ce décalage de perception dont je parle et qu'il faut absolument faire prendre conscience à ses victimes.
La crise des gilets jaunes étaient positive dans le sens où ses acteurs ont au moins réalisé qu'ils ne pouvaient plus matériellement coller à la fiction sociale que l'on attendait d'eux. Du moins tant que les chiens de berger de la gauche ne se sont pas attachés à ramener le troupeau égaré dans les thèmes sociétaux chers à la fraction supérieure des classes intermédiaires.

Celles-ci constituent désormais à l'évidence la frontière inférieure étanche de la collaboration avec les classes dominantes, et il ne faut pas se leurrer sur les fictions propagées par de nombreux blogueurs d'un « peuple » qui ferait front commun face au « un pour cent des plus riches ».
Cette situation est figée car le pouvoir oligarchique, incarné actuellement par Macron, a besoin de ce noyau dur social pour entretenir ses fictions électorales, et il l'entretiendra.
Répondre
Y
"La crise des gilets jaunes étaient positive dans le sens où ses acteurs ont au moins réalisé qu'ils ne pouvaient plus matériellement coller à la fiction sociale que l'on attendait d'eux. Du moins tant que les chiens de berger de la gauche ne se sont pas attachés à ramener le troupeau égaré dans les thèmes sociétaux chers à la fraction supérieure des classes intermédiaires."

Je n'ai jamais dit que la crise des gilet jaune était inutile. Mais elle n'a pas la porté que certains lui ont donné. Elle exprime quelque chose d'important et c'était plaisant de voir des français de plusieurs catégories sociales se battre ensemble avec un certains patriotisme. Seulement cela reste un phénomène assez marginal par rapport à la taille du pays. Les grèves de 95 avait mobilisé largement plus de monde, mais c'était au siècle dernier de l'eau à coulé sous les ponts.

Il est vrai qu'une grande partie des cadres n'ont pas encore conscience qu'ils finiront comme les autres à la poubelle. Le libre-échange va conduire à l'éradication de toute forme de production en France et à une concentration des richesses comme on en a jamais vu dans l'histoire.

"Cette situation est figée car le pouvoir oligarchique, incarné actuellement par Macron, a besoin de ce noyau dur social pour entretenir ses fictions électorales, et il l'entretiendra."

Je ne suis pas si sûr de l'intelligence des macronistes et de leur champions. La réforme des retraites et de l'assurance chômage en défaveur des cadres ne fait pas penser à une grande intelligence stratégique. On a affaire à des crétins savant si vous voulez mon avis et on aura à un moment donné une perte de contrôle de grande ampleur. Il faudra voir ce qui se passera à la prochaine crise macro-économique qui approche à grand pas.