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2 septembre 2019 1 02 /09 /septembre /2019 22:13

 

L'on voit poindre ces derniers temps des textes qui lient la faiblesse de la croissance à la seule question démographique. C'est particulièrement vrai sur le site lesakerfrancophone.fr que personnellement je n'apprécie guère pour plusieurs raisons. Il n'est pas ici question de faire le procès de ce site qui après tout ne fait que donner son opinion sur divers sujets qui concernent les questions économiques ou politiques comme je le fais moi même. Mais il faut cependant bien voir que ce site tire ses analyses de la version américaine, qui elle-même est une représentante du courant libertarien américain. Un courant de pensée pour lequel je n'ai guère d’appétence et qui par certains côtés s'avère encore plus dogmatique et réactionnaire que les néolibéraux . Il faut bien voir que le courant libertarien voue par exemple un culte à l'écrivaine Ayn Rand qui était quasi explicitement une darwiniste sociale. Les pauvres sont pauvres parce qu'ils le méritent et il est anormal de faire une politique d'éducation publique. L'éducation devant être réservée aux gens supérieurs qui ont les bons gènes. Je crois important de rappeler ce qu'est le courant libertarien tant je vois l'influence qu'il commence à exercer chez certains de mes compatriotes surtout chez les prétendus nationalistes. Le darwinisme social ou l'eugénisme sont, je crois, particulièrement étrangers à la culture française et j'aimerais bien que cela le reste à titre personnel. Le mythe du marché totalement dérégulé qui fonctionne tout seul comme par magie grâce à la sainte loi de l'offre et de la demande atteint chez les libertariens des sommets d'absurdité.

 

 

Il arrive bien sûr aux libertariens de dire des choses raisonnables et vraies parfois bien évidemment, mais c'est souvent pour de mauvaises raisons. Il paraît que cela arrive même à Macron de temps en temps. Je me bornerais donc ici rapidement de répondre à la question que ce texte des Saker sur le lien entre la croissance et la démographie. Pour l'auteur de ce texte, Chris Hamilton, la fin du monde arrive donc en 2020. Pardon, je voulais dire la fin de la croissance de la population chez les pays qui consomment le plus et donc la fin de la croissance économique tout court. C'est ma foi aller un peu vite en besogne et grandement simplifier le rapport entre la démographie et le développement économique qui n'est pas si simple qu'un produit en croix puisse le résoudre. Tout d'abord, le premier économiste moderne à vraiment avoir abordé le sujet de façon sérieuse fut Keynes, grand ennemi des libertariens et des apôtres du libéralisme. Il faut relire sa Lettre à nos petits-enfants qui résume ce lien entre la démographie et le progrès économique. Si la croissance économique est effectivement en partie le fruit de la croissance de la population, elle est aussi le fruit des gains de productivité et de la hausse du revenu qu'ils permettent. Au demeurant, monsieur Hamilton fait dans son texte une preuve de son adhésion à l'idéologie libertarienne par cette formule : « Penser qu’une plus grande productivité ou l’innovation peut créer une plus grande activité économique n’a pas de sens dans un contexte de dépeuplement. Les diminutions indéfinies du nombre de consommateurs par opposition aux augmentations indéfinies de la capacité ne font que créer une surcapacité et une déflation toujours plus grandes. » En lisant cette phrase, je me suis demandé si l'auteur comprenait bien le sujet dont il traite.

 

Ce monsieur nous explique en gros que le progrès technique n'améliore pas la richesse globale. C'est d'une bêtise sidérante si je puis me permettre. En réalité, c'est seulement la hausse de la productivité du travail qui permet l'amélioration du niveau de vie. Il y a ici une confusion entre la croissance globale qui inclut l'effet croissance démographique et l'effet hausse des salaires avec celle de la productivité et le seul effet de la croissance démographique. Or comprenons-nous bien, la seule croissance intéressante c'est la croissance produite par la hausse de la productivité et le progrès technique. Doubler le PIB du pays en doublant sa population ne fait pas de votre pays un pays plus riche par tête . Le niveau de vie reste exactement le même. Certes, vous êtes plus gros et vous pouvez jouer les gros bras avec vos voisins, mais vous n'êtes pas plus riche. Par contre, maintenez donc votre PIB en diminuant de 20 % votre population et votre PIB par tête aura augmenté de 25 % CQFD. Évidemment tout ceci n'est pas aussi simple. Il est vrai que les investisseurs anticipent l'évolution du marché pour faire leurs investissements. Et dans un pays avec une tendance déclinante sur le plan démographique, ils auront naturellement tendance à diminuer leurs investissements. Mais c'est là qu'il faut bien comprendre la Macroéconomie et les propos de Keynes sur la question qui reste toujours infiniment plus intéressante que les divagations libérales sur le marché libre.

 

Quand Keynes écrit son texte « Quelques conséquences d'un déclin de la population », il s'intéressait sur les effets à long terme d'une baisse de la population sur le comportement macroéconomique général. Loin de faire un mauvais procès à Malthus, il en a fait un certain éloge rappelant d'ailleurs que Malthus n'avait pas seulement critiqué la croissance trop rapide de la population, il a également à la fin de sa vie reconnu qu'un déclin démographique pouvait être tout aussi redoutable. Comme beaucoup de choses en ce bas monde il vaut mieux choisir la voie de la modération, ce n'est pas un hasard si mon blog s'appelle le bon dosage après tout. Pour Keynes la croissance démographique ce n'était pas forcément quelque chose de souhaitable. Il pensait même qu'une légère baisse pouvait permettre d'améliorer plus rapidement les conditions de vie de la population sans pour autant tomber sur des natalités extrêmes comme certains fous nous le proposent chez les écologistes extrémistes. Mais cette amélioration du niveau de vie par la légère baisse de la population n'est possible que si certaines conditions sont réunies. Et ces conditions ne sont justement pas remplies dans le cadre du laissez-faire libéral justement. D'où probablement l'inquiétude de notre ami libertarien qui vient de s’apercevoir que le déclin démographique condamne définitivement le libre marché et ses dogmes.

 

En effet la croissance économique produite par la hausse permanente de la population permet au marché libre de se réguler d'une certaine façon par le simple effet de redressement que constitue l'augmentation permanente de la demande par la hausse de la population. Dans ce cadre optimiste sur le plan démographique même si le marché fait n'importe quoi comme à son habitude ses craquements seront finalement corrigés par la hausse de la demande produite par l'effet démographique. Même si les salaires et les investissements baissent sur une période postérieure à un craquement de bulle l'effet démographique permettra au marché de se redresser naturellement. Bien sûr, on ignore ici la catastrophe que représente pour des millions de personnes le fait de perdre leurs emplois et de mourir de faim, mais l'on se place du côté de l'idéologue libéral et darwiniste. L'important c'est que finalement le marché se remet à fonctionner grâce à la béquille démographique. Or que se passe-t-il si cette béquille disparaît ? C'est simple, le marché ne remonte jamais. Pire que ça, les entrepreneurs nourrissent la dépression en réduisant leurs investissements et en licenciant. C'est la fameuse formule de Keynes "Demain nous serons tous morts". On notera tout de même que même avec sa béquille démographique le marché fonctionne extrêmement mal en produisant d'énormes gaspillages, des inégalités, sans parler du chômage structurel. Les USA des années 30 avaient beau avoir une forte croissance de la population, l'économie n'a réellement redémarré qu'avec le New Deal, puis la guerre qui permit politiquement à Roosevelt de faire des plans de relance à la mesure de la crise de surproduction.

 

Plus la démographique chancelle, moins il faut d'inégalités.

 

L'on voit donc que la croissance démographique n'est pas la panacée universelle que décrit notre économiste libertarien ici. Et puis rappelons que l'Afrique a une croissance économique relativement faible alors que sa démographie est galopante ce qui explique d'ailleurs en grande partie la situation déplorable du continent. La Croissance par tête n'augmente pas assez vite pour sortir le continent du sous-développement. J'avais parlé du lien entre développement et croissance démographique dans un texte en 2017 d'ailleurs. Pour en revenir à notre sujet, l'on voit bien que le déclin démographique est un problème pour une économie fondée sur le marché libre et dérégulé. Enfin si tant est que l'on puisse penser qu'un tel modèle économique fonctionne réellement . Je rappelle comme je l'ai dit dans un précédent texte que le monde magique de l'économie autorégulé n'a fonctionné en apparence depuis quarante ans que grâce aux endettements publics, privés et à l'accumulation de dettes extérieures de certains pays. Si de tels endettements n'avaient pas existé, la crise des années 70 aurait fabriqué la plus longue dépression de l'histoire. La situation actuelle est donc un retour à ce tournant des années 70 qui n'avait en fait aucun rapport apparent avec la démographie puisque les pays développés de cette époque étaient encore avec une croissance démographique importante. C'est avant tout par idéologie que l'occident s'est suicidé pour le dogme du marché libre.

 

Quoi qu'il en soit l'effet dépressionnaire du déclin démographique est évident, mais comment le combattre ? Et bien c'est simple, pour éviter de voir la demande s'effondrer il faut augmenter la consommation par tête pour compenser la baisse du nombre d'habitants. Et pour augmenter la consommation par tête, il faut augmenter en partie les salaires. C'est-ce qu'avait bien compris Keynes, lorsqu'il prévoyait qu'à terme, le déclin démographique couplé à l'économie régulée d'après-guerre, condamnerait à mort les rentiers. Et c'est probablement ce changement dans le rapport de force entre salariés et rentiers provoqué par le changement démographique qui a favorisé en partie la globalisation. L’occident utilisant l’expansion démographique du reste du monde pour empêcher une redistribution trop favorable aux salariés contre les intérêts des rentiers. On a là peut-être le motif principal de la globalisation des années 80-90 dont on paie le prix aujourd'hui. Alors vous allez me dire pourquoi donc seulement augmenter les salaires? En augmentant les revenus des plus riches, on augmente aussi la demande non ? Et bien l'expérience montre que la propension à consommer est d'autant plus forte que vous êtes pauvres. Plus vous êtes riches et plus vous épargnez une part importante de vos revenus. Au point que distribuer de l'argent aux milliardaires revient directement à augmenter l'épargne du pays, ou l'évasion fiscale dans un régime de libre circulation des capitaux . D'où ce que l'on doit penser des imbéciles qui croient relancer la demande en diminuant les impôts des plus riches n'est-ce pas Emmanuel ? Évidemment cette nouvelle épargne n'est pas investie puisque la demande est faible. Comme la demande pilote l'investissement, croire qu'on va relancer la croissance en augmentant l'épargne des plus riches est simplement stupide. Il faudrait être idiot pour investir quand on ne voit pas comment cet investissement pourrait nous rapporter de l'argent. Donc ce lien entre le niveau de consommation et le niveau de richesse est assez logique en fait. Même en supposant que les appétits des humains puissent être sans fin un riche ne mangera jamais deux steaks lorsqu'un seul lui suffit à se rassasier même si ce steak est d'extrême qualité et très coûteux.

 

L'on voit donc que d'un point de vue technique pour compenser la baisse de la demande provoquée par la contraction de la population il faut augmenter les bas salaires et réduire les inégalités du pays. Faire une politique de grands travaux pourrait aussi être imaginable, mais ce n'est valable que pour les pays moins avancés et ayant un gros besoin d'infrastructures, pas pour les pays avancés. C'est formidable non ? Pour résoudre notre problème économique, il faut donc faire en sorte que nos pays soient moins durs avec les plus faibles. C'est formidable, mais c'est aussi terrifiant à la fois. Parce que ces quarante dernières années l'occident et les pays développés on fait exactement le choix inverse avec la mondialisation. L'exemple le plus frappant est le Japon qui a continué à participer à la globalisation en tirant ses salaires vers le bas ce qui explique en grande partie sa faible demande et sa déflation aggravant par la même sa situation démographique. En effet, les jeunes Japonais n'ont pas les moyens de fonder une famille pour une grande partie d'entre eux. Beaucoup de jeunes très diplômés ont des salaires de misère à 800 euros par mois. Et cela en travaillant très dur avec des heures invraisemblables. Le Japon est l'un des pays de l'OCDE où le coefficient de Gini s'est le plus dégradé depuis les années 90 . Il n'y a pas de mystère dans la faiblesse de la natalité nippone. C'est d'autant plus grave que le pays a un système scolaire totalement privé et très coûteux.

 

Le seul moyen d'affronter la crise démographique sera donc de mettre fin à l'idéologie du libre marché . Le libre-échange qui tire les salaires vers le bas aggrave considérablement la crise en empêchant justement une redistribution de la rente vers le travail. En prenant un tournant franchement inégalitaire, l'occident ne s'est absolument pas préparé à la crise démographique. Bien au contraire, il a optimisé ses chances de fabriquer une très grande récession et une déprésession en ce sens je rejoins l'auteur libertarien sur les conséquences. Mais des solutions existent. Bien évidemment l'on ne saurait également ignorer que la méthode keynésienne n'a de sens que pour une démographie raisonnablement en baisse. Une natalité comme celle de Hong Kong à 1 enfant par femme rend impossible tout politique économique raisonnable. Comme je l'ai dit précédemment, il faut garder à l'esprit qu'il faut un certain sens de la mesure. Un pays connaissant un tel déclin démographique doit tout mettre en œuvre pour relancer sa natalité et revenir au moins à 1,7 1,8 enfant par femme. Limite basse d'une gestion économique raisonnable à terme. Une démographie à un enfant par femme ou moins condamne à la disparition pure et simple du pays en quelques générations seulement. On est plus là sur une question économique.

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commentaires

La Gaule 03/09/2019 15:14

1)

'''D'où probablement l'inquiétude de notre ami libertarien qui vient de s’apercevoir que le déclin démographique condamne définitivement le libre marché et ses dogmes.''''

Je vous suis bien, mais je ne vois pas comment trop comment renverser la vapeur dans le contexte actuel où tout concoure à ce que la démographie soit bien le facteur majeur qui nous entraîne sur cette pente funeste.
Bairoch disait que dans un paradigme économique général donné le vainqueur était toujours celui qui ne jouait pas le jeu, mais je ne suis pas sûr qu'une telle latitude soit encore donnée aux nations compte tenu de l'intégration financière extrême des économies aujourd'hui.
Je crois que le point faible de votre argumentaire (béton sur le plan théorique j'en conviens) est précisément son parti-pris macro-économique idéal.
Si Keynes a raison -je n'ai rien contre croyez-le bien- je ne vois pas d'autre solution qu'un super gouvernement mondial keynésien pour faire triompher ses idées et imposer un soutien mondial de la demande (Yann, Attali même combat ? Je rigole).
Dans un commentaire précédent vous me dites que tout viendra du dollar et les choses iraient alors très vite. Mais cette chute du dollar présumée imminente cela fait aussi des lustres que l'on nous l'annonce. Et qui a intérêt à sa chute aujourd'hui ?
Le dollar c'est la morphine, et les banques centrales le gang hiérarchisé des dealers autour de la FED.
La Chine ? J'ai plutôt l'impression qu'elle mène sournoisement la politique de la baignoire percée pour régler le problème de ses avoirs en dollar, dans un temps qui s'annonce long et forcément aléatoire.
Vous avez reconnu vous-même que la situation économique mondiale après quarante années de globalisation aveugle était devenue « inextricable ».

Comme tous les gens formés en économie (ou formatés, mais là vous êtes plutôt une exception du genre), vous avez tendance aussi à lier machinalement et sans nuance des termes comme « PIB » « investissement » « richesse », alors que je ne suis pas sûr non plus que le PIB rende réellement compte de la richesse pas plus que l'investissement en soit une promesse absolue de création -ce que l'on nomme investissement relève souvent à l'évidence de la consommation pure et simple.
Pour moi, une politique d'investissement qui ne sert qu'à bétonner un peu plus le pays en cages à lapin moches et mal foutues et à booster le commerce du sandwich turc et de la boutique de toilettage pour chien ou de tatouage donnera sûrement des points au PIB, mais où est la richesse dans ces cas de figure ?
Mais je sais combien ces questions peuvent nous emmener loin et Todd en avait fait une synthèse presque philosophique dans son Illusion Économique (son seul ouvrage généraliste qui pour moi n'a pas pris une ride vingt ans après sa sortie).
Vous savez très bien aussi qu'une politique de relance générale actuellement servirait d'abord aux nations mercantilistes comme l'Allemagne et la Chine et plaiderait plutôt pour le maintien de la globalisation en l'état qu'à un retour au protectionnisme.
Mais comme les importations figurent dans le saint PIB (la seule vraie relique barbare des ultras libéraux), ce ne sont pas dans les colonnes des Échos que l'on s'en souciera. Non ?

'''C'est avant tout par idéologie que l'occident s'est suicidé pour le dogme du marché libre.''''

Tant qu'à rester dans la philosophie... Là encore je vous renvois à Todd. Cette idéologie avait un fondement sociologique obligé qui était les effets pervers de l'éducation de masse, soit le décrochage des classes éduquées par rapport aux couches sociales sous-jacentes.
En somme, la globalisation et le libre-échange constituaient le cargo par lequel ces classes sociales ont pris le grand large -avec l'individualisme sans état d'âme qui en découlait logiquement- laissant les autres se débrouiller à quai.
Mais tout ce processus s'est bien fait dans un cadre économique précis qui en a constitué le socle obligé et qui était l'état providence d'inspiration keynésienne. Non ?
Bien sûr que vous en convenez avec moi puisque vous avez souvent développé ce thème dans vos textes. Votre amour quasi charnel du keynésianisme vous l'aura fait oublier un temps (là, je charrie carrément).

Blague à part, je reproche -fort prétentieusement- à Keynes de ne pas avoir résolu le problème qu'avait posé Marx : comment réconcilier le travail et le capital, et son corollaire, comment conserver le lien entre le salarié et la plus-value de son travail.
Et cela a toujours été pour moi non pas une question philosophique mais de simple bon sens, avec pour seul bagage officiel comme base de réflexion un certificat de stage de niveau III en comptabilité gestion (équivalence bac+2 avec ouragan dans le dos).
Pourquoi par exemple TOUS les bilans d'entreprise cachent A L'EVIDENCE un fantôme qui est le salarié ?
Après la remise à zéro annuelle du compte de résultat le salarié a disparu comme n'importe quelle autre charge de consommation (électricité, flotte, PQ etc.) et l'on ne perd jamais une occasion de vous rappeler que vous n'êtes -irrémédiablement- qu'un coût, une charge.

« Le salarié, c'est l'emmerdeur qui empêche l'entreprise de tourner toute seule » avais-je dit un jour à un employeur qui entonnait son hymne routinier à la charge salariale. -cela lui avait d'ailleurs fort déplu.

(Raison pour laquelle je suis également hostile par principe à tout intéressement basé sur le bénéfice, cette entourloupe du salaire.
Parce que je trouve la chose parfaitement injuste, cela sans même parler du fait qu'un bénéfice est aujourd'hui d'autant plus manipulable comptablement que vous montez dans la hiérarchie des entreprises.
A qualité de travail égale de son salarié, une entreprise peut-être en bénéfice ou en perte sans qu'il y soit pour quelque chose, et le priver d'intéressement en cas de perte le rend obligatoirement coupable de la situation).

Il me semble que le Général de Gaulle avait commencé d'apporter une réponse (timide) à cela dans son fameux projet de participation (soumis au référendum en 1969), en réintégrant le salarié au passif du bilan -comme ressource donc- sous le capital.
Mais la sainte alliance de la droite d'affaire et de la gauche social-démocrate de marché -dont Macron est l'avatar ultime- tua ce frémissement dans l’œuf.
Je ne dis pas bien sûr que ce genre de problème ne puisse être débattue dans un cadre théorique keynésien -pragmatiquement rien ne s'y oppose et nous allons de toute façon devoir concilier de hautes exigences avec un pragmatisme total. Pas simple.
Mais il serait bon aussi que des gens comme vous orientent leurs lumières sur ces questions bien triviales.
Au moins pour que « nos » (ceux de mes amis) arrière petits enfants aient une chance d'en profiter...

2)

Sur le site du Saker, je vous reproche -mollement puisque vous avez en partie raison- là encore votre point de vue trop centré sur la théorie économique.
J'avais aussi remarqué leur orientation patente à ce niveau mais j'ai pris l'habitude de faire avec. Je pourrais dire la même chose d'Entelekheia, un autre très bon site généraliste qui présente souvent des articles passionnants de réflexion sur l'histoire -comme celui-ci :

http://www.entelekheia.fr/2019/08/20/pour-comprendre-la-brutalite-du-capitalisme-il-faut-remonter-aux-plantations-des-usa/

Mais leurs articles purement économiques sont souvent peu intéressants et je ne les lis plus, tout simplement.
A quoi bon perdre mon temps sur le Saker avec un Brandon Smith qui déblatère depuis des années les mêmes conneries sur le Nouvel Ordre Économique Mondial et les réunions secrètes de ses grands sachems à masque de loup ?
Et pourtant je reste convaincu d'une guerre sociale générale pilotée à vue par leS oligarchieS (j'insiste sur le pluriel), mais par simple intérêt de classe et par effet d'aubaine au moins depuis les réformes monétaires de Nixon.
Mais la aussi la nuance peut-être de bon ton. L'un des meilleurs articles que j'ai lu sur l'impasse monétaire du bitcoin et des monnaies scripturales en général était de Brandon Smith (normal, ces gens sont aussi accroc au retour de l'étalon or).
Dans le même registre, j'ai cité l'article d'Hamilton parce qu'il posait au moins clairement le problème démographique au moyen de statistiques incontestables.
Au chapitre du rabâchage vous auriez pu aussi évoquer les prêcheurs de l'apocalypse sous leurs immeubles effondrés par manque de pétrole comme Orlov ou Kunstler. Mais là encore, nuance. Parce qu'ils le font avec un regard judicieux sur la société américaine et en plus avec une forme plaisante, ce qui compte aussi.

Le problème est qu'il s'agit d'un site américain et qu'en matière géopolitique c'est dans cette frange intellectuelle que l'on trouve les gens les plus lucides et les plus offensifs sur ce que représente désormais l'Amérique pour le reste du monde et l'examen sans concession de la genèse du processus.
Et à ce niveau les articles de personnages comme Moon of Alabama, Pepe Escobar (lui est brésilien et de gauche ce qui montre que ce site pratique plus l'œcuménisme que le sectarisme) Andrei Koribko, Ron Unz ou le Saker en personne sont à mon avis irremplaçables en ce moment.
Vous n'avez pas une telle qualité dans la gauche américaine d'aujourd'hui, dénaturée par ses deux biais cognitifs que sont l'apocalypse climatique et les névroses sociétales -un trait perceptible aussi en France dans un très bon site orienté à gauche comme celui de Berruyer.
A un échelon inférieur, je pourrais en dire autant de nos libertariens à nous, comme Sannat, Gave ou Bertez. Lorsqu'ils enfourchent leur dada libéral, je tourne le bouton, c'est tout.
Maintenant, les meilleurs articles sur la crise des gilets jaunes, je crois que ce sont eux qui les ont écrits -mis à part ceux de Michéa et du blogueur Descartes, deux personnages qui se démarquent d'ailleurs complètement des lubies sociétales de la gauche.

Sur la personne du Saker, j'estime qu'il y a à boire et à manger dans son prétendu libertarisme. Un ancien officier des services secrets américains d'origine suisse vivant en Russie et converti à l'orthodoxie religieuse pratiquante ?
Il doit quand même y avoir du tirage de cheveux douloureux pour concilier ça avec la foi quasi païenne et égotiste de la sinistre Ayn Rand ! Et il y a trop de profondeur chez lui pour marcher longtemps de pair avec ce genre d'idéologie simpliste.
En témoigne ce dernier article qu'il a produit sur son site et que je trouve admirable, d'abord par sa réflexion prospective sur la notion d'empire -s'il n'y a pas de fin de l'histoire il y en aura sans doute une pour les empires.

https://lesakerfrancophone.fr/le-dernier-empire-occidental

Ensuite parce qu'il resitue bien la réforme grégorienne -le cœur nucléaire de la chrétienté en marche- à l'origine de la vocation impérialiste de l'occident.
Mais, au lieu d'en tirer une sorte de credo identitaire atavique et mystique, il explique pourquoi l'occident doit au contraire se garder d'une telle dérive qui lui est de toute façon désormais interdite.
Marcel Gauchet -pour qui j'ai une vénération particulière- n'a pas écrit mieux.

A bientôt. Je me mets au vert pour quelques temps -vaches, poules, cochons (zoophile maintenant !) et vertes prairies.
Au plaisir de vous lire quand même.

Yann 07/09/2019 22:35

"Si Keynes a raison -je n'ai rien contre croyez-le bien- je ne vois pas d'autre solution qu'un super gouvernement mondial keynésien pour faire triompher ses idées et imposer un soutien mondial de la demande (Yann, Attali même combat ? Je rigole)."

Pas du tout. Keynes était un pragmatique qui savait très bien qu'il était impossible de coordonné les politiques économiques entre pays . C'est bien pour ça qu'il a fait de long plaidoyers pour le protectionnisme et la réduction des interactions économiques entre nation. Comme il le disait lui même les arts, les voyages, les idées autant de choses qui sont par nature internationales. Mais les marchandise et la finance doivent impérativement rester dans le cadre de la nation. Si théoriquement un gouvernement mondial pourrait résoudre le problème cela ne veut pas dire que dans le monde réel c'est possible ou souhaitable.

"Pour moi, une politique d'investissement qui ne sert qu'à bétonner un peu plus le pays en cages à lapin moches et mal foutues et à booster le commerce du sandwich turc et de la boutique de toilettage pour chien ou de tatouage donnera sûrement des points au PIB, mais où est la richesse dans ces cas de figure ?"

L'investissement dans le bétonnage à l'heure actuelle c'est surtout du gaspillage lié aux taux d'intérêts trop bas à cause de l'euro et aux activités de services hypertrophiés. Si la France devait avoir une politique qui lui est propre il y aurait un changement dans l'orientation de l'investissement.

Pour ce qui est du PIB tout dépend de votre définition de l'enrichissement aussi . Le PIB tout comme les indicateurs macroéconomiques ne sont pas parfait loin de là mais on fait avec.

"Sur le site du Saker, je vous reproche -mollement puisque vous avez en partie raison- là encore votre point de vue trop centré sur la théorie économique."

Il n'y a pas que des textes libertariens sur le site des saker, mais ils sont quand même largement majoritaire. Et je ne sais pas vous mais personnellement le darwinisme social et l'eugénisme c'est vraiment pas quelque chose que j'apprécie.

"Au chapitre du rabâchage vous auriez pu aussi évoquer les prêcheurs de l'apocalypse sous leurs immeubles effondrés par manque de pétrole comme Orlov ou Kunstler."

On sent quand même chez Orlov un certain chauvinisme russe, mais bon il a un certain sens de l'humour .

"-un trait perceptible aussi en France dans un très bon site orienté à gauche comme celui de Berruyer."

Oui l'écologisme c'est un peu l'ultime frontière de la gauche pour faire un peu Startrek. La limite à ne pas dépasser. Mais c'est bien tant qu'on ne touche pas à l'écologie on peut critiquer l'UE et l'euro sur le site à Berruyer c'est déjà un progrès par rapport à la gauche d'il y a dix ans.

" Sannat, Gave ou Bertez"

Je ne suis pas sur qu'ils soient libertarien. Ce sont des libéraux classiques il me semble. Je ne pense pas qu'ils adhèrent au darwinisme social et au struggle for life typique de la pensée libertarienne américaine. A dire vrai je ne pense pas que beaucoup de français puissent y adhérer mentalement.

"A bientôt. Je me mets au vert pour quelques temps -vaches, poules, cochons (zoophile maintenant !) et vertes prairies.
Au plaisir de vous lire quand même."

Attention à ne pas devenir Vegan quand même d'autant qu'il parait que cela augmente les risques d'avoir un AVC.