Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 22:28

  Grande question que beaucoup de monde devrait se poser avant de parler de compétitivité, ou de la puissance de l'Allemagne et de ses excédents commerciaux. Car s'il est aujourd'hui vue comme la quintessence de l'efficacité économique le saint Graal que toute nation doit forcement atteindre cela n'a pas toujours était vrai. Il est difficile de dater le moment ou cette croyance absurde à vue le jour, ou plutôt à revue le jour puisque la volonté d'avoir des excédents commerciaux cela s'appelle faire une politique mercantiliste. Politique que les premiers économistes libéraux eux mêmes avaient pourtant critiquaient en leur temps, il s'agissait à l'époque d'accumuler de l'or dans les comptes commerciaux. Les mercantilistes pensaient que la richesse du monde était limitée, et que cette richesse s'exprimait  par la quantité d'or et de matières premières qu'un pays pouvait posséder.  Plus un pays avait d'or plus il était riche. Ces thèses furent ridiculisées par les premiers libéraux, notamment Adam Smith, la richesse d'une nation tient plus à ses savoir-faire,  à ses entreprises, à la qualité de ses hommes qu'aux quantités d'or qu'une nation possède.

 

      Quoiqu'il en soit le fait d'accumuler des excédents commerciaux revient au même d'un point de vue comptable que ce que prônait les mercantilistes en leur temps. La différence c'est que l'on accumule des devises étrangères ou des titres de dette  en lieu et place de l'or. Mais les déséquilibres commerciaux sont en réalité récent durant toute la fameuse période des trente glorieuses les nations du monde équilibraient à peu près leur balance. Ce n'est qu'avec l'abrogationrichard-nixon-poisson-davril du système de Bretton-Woods en 1971, avec la suppression du change dollars-or par Nixon que les balances commerciales vont commencer à se déséquilibrer, de plus en plus fortement. Durant la période 45-71 les balances équilibrées ne semblaient pas vraiment gêner la prospérité de nos nations, bien au contraire. C'est le système a taux de change flottant qui a permis aux déséquilibres d'apparaitre, aidé en cela par les principes du libre-échange totale et de la libre circulation des capitaux. Il faut bien comprendre que d'un point de vue collectif, à l'échelle mondiale, toutes les balances commerciales s'équilibre, les excédents des uns devenant les déficits des autres. Il ne peut pas y avoir de nations en excédent sans qu'il y est parallèlement des nations en déficit.

 

    On comprend donc que par nature un système économique mondiale qui produit des déséquilibres permanents toujours dans le même sens ne peut que produire des crises à répétition. Les pays rempli de dettes faisant faillite et entrainant les pays excédentaire dans leur chute. Si la Chine est si généreuse en achat de titre de dette US ou maintenant Grecques c'est qu'elle ne veut pas que ses clients fassent défaut sur leur dette et arrêtent de consommer chinois.  Mais si l'on reste sur cette vision à court terme des choses on est tout de même dubitatifs devant l'absurdité du système. Diable les américains ne se rendent-ils pas compte de l'aberration qu'il y a à maintenir ces déséquilibres? Certes ils permettent aux américains de consommer des produits moins cher fabriqués en Chine, mais les autorités voient bien que cela détruit des emplois aux USA. De la même manière les chinois se rendent bien compte qu'un jour ou l'autre leurs clients feront faillite. Et franchement des clients ce n'est pas ce qui manque en Chine. Pourquoi alors exporter en Europe ou aux USA surtout que maintenant la Chine n'est plus vraiment en retard techniquement.

 

Les déséquilibres commerciaux et la lutte des classes

 

    La vérité c'est que ces déséquilibres commerciaux sont le résultat d'une lutte des classes à l'échelle planétaire. Tout se passe comme si nous avions une révolution marxiste à l'envers, c'est à dire dans le fait, une alliance pratique entre les classes dominantes chinoises, allemandes, américaines française, japonaises, etc... Contre les classes travailleuses de chacune de ces nations. En effet les déséquilibres commerciaux ont pour principal intérêt de permettre le maintient de la croissance technique sans avoir à répartir les fruits des gains de productivité. Pour maintenir sa croissance  sans exporter, la Chine aurait dû  augmenter les salaires au rythme de ses gains de productivité, cela aurait signifié ces dix dernières années une croissance salariale de 10% par an, au bas mot.  Mais cela voulait dire aussi une répartition des richesses plus équitable au sein de la population chinoise et par conséquent une remise en cause certaine de l'organisation politique du pays. En effet un tel accroissement du niveau de vie aurait produit une classe moyenne importante qui aurait eu le temps intellectuel et les moyens de questionner l'organisation politique du pays. De ce problème les élites chinoise n'en voulaient pas, elles ont alors préféré la fuite en avant vers l'excédent pour éviter ce qui s'est produit en occident avec l'élévation du niveau de vie. Le cas de l'Allemagne ou du Japon est finalement assez  similaire, car  dans ces pays l'explosion des excédents est aussi synonyme d'une flambée inégalitaire . L'Allemagne voit aujourd'hui sa structure sociale se désagréger et les inégalités exploser comme jamais. Le Japon quant à lui est devenue aussi inégalitaire que les USA alors même qu'il était le pays le plus égalitaire de l'OCDE il y a 15 ans en matière de revenu. Notons d'ailleurs que pour le Japon et l'Allemagne les excédents ne se sont pas accompagné d'une croissance forte, c'est le moins que l'on puisse dire. Leur niveau de vie était déjà trop élevé pour que les exportations compensent la contraction de la demande intérieure produite par les politiques inégalitaires de concentration des richesses.  Quoiqu'il en soit les excédents permettent le maintient d'un dynamisme sans avoir à répartir les richesses à travers la hausse des salaires. Si l'Allemagne se retrouvait toute seule il lui faudrait bien hausser ses salaires pour absorber sa production c'est bien le monde extérieur qui lui permet de maintenir ses inégalités internes. On a bien affaire à une lutte des classes par commerce extérieur interposé.

 

    Dans le cas des pays déficitaires ce n'est guère mieux, les USA ont vue des villes entières se désindustrialiser comme à Detroit. Mais grâce aux importations les riches américains ont pu voir leur niveau de vie exploser pendant que le reste de la population étaient jeté dans la misère et que les déficits commerciaux devenaient vertigineux. Pour maintenir un semblant de croissance on a endetté les pauvres et la classe moyenne, créant une économie fictive dans laquelle nuls ne produisaient mais tous consommaient. Là encore on voit que le commerce extérieur permet de désolidariser la classe sociale dominante du pays, du destin du reste  de la population. En Asie il y a de la croissance grâce aux exportations, aux USA on  a de la croissance par l'endettement.  Le couple exportateur importateur devenant une danse macabre sur la tête des salariés et des chômeurs des anciens pays industrialisés et des nouveaux esclaves d'Asie.

 

Le protectionnisme rend solidaire les classes sociales

 

   Bien sûr la fausse gauche qui était censée permettre aux pseudo-démocraties occidentales de faire une politique constante de croissance des inégalités tout en donnant une illusion démocratique de changement, a fait semblant de donner des solutions aux problèmes. Elle a ainsi tenté de vendre aux populations des politique d'imposition plus importante pour les riches, en France ce fut la création de l'ISF un impôt dont la relève coûte plus cher que ce qu'il rapporte à l'état. Bien sûr on ne voulait pas vraiment taxer les amis donc avant de mettre en place l'ISF on a d'abord libéralisé la circulation des capitaux pour qu'ils puissent ainsi échapper à ce nouvel impôt de façade purement marketing. Ils sont malins les socialistes français. Faire de grandes embardés sur les Impôts permet au système politiques pseudo-démocratique de faire croire qu'il y a une vrai opposition entre la gauche et la droite. Mais si d'un point de vue théorique l'imposition des capitaux permettrait de réduire les inégalités dans les faits les conditions posés rendent une telle politique, si elle était réellement réalisé, inapplicable.  Les gauches officielles des pays occidentaux le savent très bien.

 

  Puisque c'est le libre-échange qui est à l'origine de l'explosion des inégalités et les déséquilibres commerciaux qui en sont ses effets pratiques, seule la suppression de ce dernier pourrait ramener à une certaine égalité sociale. Que le travailleur français serait avantagé s'il n'était pas concurrencé par l'armada démographique du tiers-monde. Quand on y songe, avec le déclin de la population active le plein emploi serait très vite retrouvé et les patrons bien vite obligés de hausser les salaires pour garder leurs salariés devenus trop rare. Voila une politique mille fois plus efficace pour réduire les inégalités que les éternels discours sur les impôts de toute sorte. Il est d'ailleurs curieux que nul ne songe à l'absurdité qu'il y a avoir un nombre croissant de chômeur en Europe, alors que nos nations se dépeuplent. Quoiqu'il en soit j'espère que vous ne prendrez plus les discours de gauches qui parlent d'équité par  l'impôt sur le revenue comme seule solution à tout les problèmes, au sérieux. Seule une remise en cause du libre-échange peut sérieusement redresser les inégalités. J'espère également que les allemands ou les chinois comprendront un jour que leurs excédents commerciaux ne sont pas une bénédiction, ou le résultat de leur excellence, mais le signe de la guerre que leur font leurs propres élites.  

 

 

PS: Rien à voir avec mon texte, quoique, mais je tiens à saluer l'économiste Maurice Allais qui vient de nous quitter à 99 ans. Seul prix Nobel d'économie français, il n'aura pas eu le plaisir de voir ses propositions monter de son vivant au pouvoir en France. Il nous a quitté au moment même où ses craintes sur la désindustrialisation fruit du libre-échange atteint son apogée en Europe. Je tiens dire adieu à Allais, nous continuerons le combat, en espérant qu'un jour nos compatriotes comprendront enfin les erreurs que sont la mondialisation néolibérale et le laissez-faire total.   

 

allaisepe.jpg 

Partager cet article

Repost 0
Published by Yann - dans économie
commenter cet article

commentaires

A-J Holbecq 15/10/2010 09:16



Il n'est pas inintéressant de visualiser le cumul de la position nette de la France.






yann 12/10/2010 22:40



@Bertrand


On verra bien, l'histoire aime bien se foutre de notre gueule  on pourrait bien avoir quelques surprises. C'est
TINC (There is no certitude) principe de Yann, avec comme seule certitude  que la réalité est beaucoup trop chaotique pour nos pauvres esprits limités d'homo-sapiens.


 


@RST


C'est marrant cela ressemble vachement au Bancor de Keynes ou aux propositions de la charte de la Havane. Tu me dira il n'y a pas des millions de solutions à ces problèmes.  Tout le problème
c'est comment politiquement on installe un tel système? Les américains auraient du écouter le plan de Keynes en 1944 au lieu du plan Dexter, mais ce qui est fait est fait. Et il n'y a aujourd'hui
plus de puissance capable d'imposer une telle solution à l'échelle mondiale. A la limite cela se fera sur des zones régionales, entre quelques pays consentant, mais je doute de la création d'une
telle organisation avant longtemps. Déjà que l'on a pas eu le bons sens de le faire en Europe...


 


@La Gaule


Vous allez rire mais lorsque j'étais étudiant j'étais libérale aux sens Madeleiniste du terme.... C'est dire si j'ai évolué moi même en huit ans environs. Mais il est vrai que j'ai toujours eu au
cœur l'intérêt de mon pays et je pense que pour Maurice Allais ce fut la même chose. On accepte facilement de changer d'avis lorsque l'on se rend compte que les moyens que l'on propose ne mène
pas à la fin désiré. PAr contre lorsque l'on ne cherche que la réussite sociale, ou les facilités économiques personnelles alors là effectivement la réalité on s'en fout. C'est pour cela que l'on
a d'ailleurs vue tout ces trotskystes devenir des néolibéraux. Ils n'ont en fait jamais été intéressé par l'intérêt des populations mais uniquement par leur intérêt personnel à court terme. Voir
par exemple Denis Kessler.


 


 


 


 


 



La Gaule 12/10/2010 02:12



Adieu Momo ! Il faut rappeler aussi que cet homme est parti de très loin de ce qu’il fut à l’arrivée (notre arrivée à tous), proche de la
fameuse société du Mont Pèlerin et partisan enthousiaste de la construction européenne, dont l’objet fut TOUJOURS la mise en chantier du libéralisme économique en Europe comme levier politique.
Son net démarquage par la suite vis à vis à ses positions de jeunesse peut-être interprété effectivement comme du bon sens, j’y décèle aussi une exigence plutôt rare chez les économistes et qui
mérite bien le terme d’humanisme.



valuebreak 11/10/2010 20:44



je voudrais m'associer à l'hommage que Yann rend à Maurice Allais.


 


avant que d'être un économiste, c'était un homme de bon sens. cette qualité qui fait le plus défaut à nos "élites" ...



RST 11/10/2010 19:29



@ Yann


Tout à fait d’accord avec toi. Encore un très bon texte


Et c’est bien pour cela que le problème principal que devraient résoudre les gouvernements n’est pas celui de la dette mais bien celui des déséquilibres commerciaux.


J’avais assisté au cours d’une réunion de Chômage et Monnaie à  un exposé très intéressant sur le système que P.Davidson a proposé pour régler le problème de ces déséquilibres.
Une des mesures préconisée est la suivante :   


« Une mécanique à seuil oblige un pays excédentaire à dépenser son excédent de 3 manières


- acheter des produits d’un autre pays,


- investir à l’étranger,


- fournir une aide financière directe à un pays débiteur (don).


Si ces excédents n’ont pas été dépensés ou donnés dans un temps prédéfini, alors la chambre de compensation confisque les dits excédents et les répartis entre les membres déficitaires.


Ce point est fondamental. Il assure qu’aucun pays, en épargnant trop, ne mette les autres en déficit et les force à freiner leur demande, déprimant ainsi la demande globale. De plus, il place
la charge de l’ajustement sur le pays excédentaire. »


Pour plus de détails, voir ici :


http://www.chomage-et-monnaie.org/2002/07/490/