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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 21:40

Apres-l-Empire-Essai-sur-la-decomposition-du-systeme-americ

C'est vrai, le grand méchant international est officiellement mort, même si apparemment il n'y a ni cadavre, ni preuve, nous devrions croire les autorités concernées sur la foi de photos apparemment truquées. Mais de toute façon ce n'est pas Ben Laden qui est mort, c'est l'objet de son existence médiatique. Ce terroriste islamiste fut le symbole d'une époque folle, celle qui commença avec l'effondrement de la bulle internet au début des années 2000 et l'effondrement des deux tours jumelles le 11 septembre 2001. Dix ans plus tard, on constate que l'économie US est dans un état bien pire qu'à l'époque et que l'argument militariste qui avait permis de cacher la catastrophe macro-économique américaine par quelques années de conflits militaires n'est plus possible aujourd'hui. La mort officielle de Ben Laden clôt donc cette curieuse époque, celle où une nation et une région du monde en déclin accéléré ont cru qu'elles étaient encore en ascension, se permettant des aventures délirantes sur le plan militaire. Aventures dont on a pas encore mesuré toute l'étendue des effets néfastes pour l'occident comme pour le reste de la planète.

 

Du micromilitarisme, au microréformisme économique théâtral

 

  Je ne parlerai pas ici des multiples thèses sur l'effondrement des tours jumelles, personnellement je n'ai guère de doute sur le fait qu'il s'agissait bien d'un attentat et non d'un complot ourdi par une obscure organisation américaine. Cependant, l'usage de la situation qu'en on fait les autorités américaines rend compréhensible ce doute. Car le 11 septembre a bien été utilisé à des fins géostratégiques et non pour faire la guerre au terrorisme comme dans les discours de ce pauvre Bush. Cependant avec le recul et la vitesse d'effondrement de l'empire américain, qui peut encore croire que les dirigeants de ce pays sont capables de tels complots. Eux dont les politiques extérieures n'ont fait que fragiliser encore plus la position américaine dans le monde. La situation des USA n'a en effet jamais été aussi fragile depuis dix ans. Les bulles qui ont été fabriquées pour maintenir la consommation américaine n'ont plus d'effet et l'Amérique n'a pas réussi à refaire son tour de passe-passe de l'ère Clinton qui avait, il est vrai, coïncidé avec l'apparition des nouveaux médias comme internet pouvant alors faire croire à une nouvelle révolution industrielle. La suite n'a pas vraiment donné raison à cette thèse, la révolution informatique n'ayant pas produit la progression de la productivité escomptée avant l'explosion de la bulle internet. Le fait est que les politiques économiques de la décennie qui s'est écoulée furent, comme Ben Laden, des produits virtuels, fantasmatiques, n'ayant que peu de lien avec le réel, mais ayant pourtant largement orienté les efforts publics des puissances occidentales. On a fait la guerre à un terrorisme mondialiste totalement virtuel. Comme on a englouti des sommes délirantes dans les multiples produits financiers tous plus pourris les uns que les autres comme la montré la suite de l'histoire. Dans les deux cas, c'est le fantasme et l'idée que se firent les Occidentaux de la réalité du monde à travers leurs médias et leurs visions des choses, qui enfantèrent ces crises monstrueuses. Crises qui aujourd'hui emportent tout sur leur passage.

 

    Le caractère anecdotique de la mort du leader virtuel de l'intégrisme islamiste révèle les changements et la rupture qui s'est produite depuis le début de la crise économique américaine de 2008. L'illusion ne marche plus, ou de moins en moins. Le toc des discours virtuels se montre sous son vrai jour, c'est un simple échappatoire à la réalité que l'on ose plus affronter en occident. Le système médiatique occidental est lui-même emporté dans la tourmente. Le réel montrant toutes les affabulations économiques ou politiques à répétition, dont ce système s'est rendu coupable. Je dis occident parce que malheureusement l'Europe est dans le même état. Son virtualisme,  pour reprendre le terme de Philippe Grasset, c'est l'euro et l'UE. Mais ce fantasme aussi se fracasse sur le mur du réel. De la même manière que la mort de Ben Laden n'influera en rien sur les conflits moyen-orientaux déclenchés par la folie occidentale de ces années délirantes. Les guerres officiellement déclenchées pour arrêter ce terroriste perdureront, alors que ce dernier est mort. Guerres qui continueront à affaiblir des puissances occidentales aussi orgueilleuses qu'impuissantes. Emmanuel Todd avait qualifié à juste titre le comportement américain de micromilitarisme théâtrale, mais dans la situation actuelle même ce micromilitarisme devient hors de porté. Les USA dont la monnaie ne tient plus qu'à un fil ne peuvent plus accroître leurs déficits qu'ils soient commerciaux ou budgétaires. La mécanique est définitivement enrayée, comme on a pu le voir récemment en analysant une nouvelle fois la situation économique des USA. Rien n'a vraiment changé depuis que Todd a écrit son bestseller "Après l'empire", les déficits commerciaux sont toujours là, mais les relances de la demande intérieure par de multiples endettements, même protubérants, n'ont plus aucun effet sur la croissance du pays. Ils ne font en fait qu'alimenter la croissance de la puissance montante chinoise accélérant ainsi le déclin de la puissance nord-américaine. La seule chose que n'avait pas prévu Todd c'est le spectaculaire affaissement des puissances européennes. Il a manifestement sous-estimé les effets de l'euro sur les sociétés d'Europe occidentale. On ne voit d'ailleurs guère aujourd'hui comment l'Europe actuelle pourrait survivre à l'effondrement de sa puissance de tutelle, à moins de tomber sous la coupe d'une nouvelle tutelle, chinoise cette fois-ci.



  Les USA comme l'Europe ne pouvant plus changer leur situation en restant dans les règles qu'elles ont elles-mêmes mises en place, ne leur reste que la démonstration verbeuse. Dans le cas des USA le micromilitarisme théâtral n'est plus possible, on le sait en coulisse. Même si on évite de le dire en public. Un pays qui voit certaines de ses villes licencier tous ses profs d'un coup, comme dans le Wisconsin, aurait bien du mal à justifier de nouvelles dépenses militaires. L'occasion était pourtant belle avec ces « révolutions »  arabes dont on ne sait pas d'ailleurs si l'Oncle Sam y est totalement étranger, mais les limites de l'empire sont atteintes. D'autant que les multiples défaites pour des coûts astronomiques ont rendu le contribuable américain nettement plus regardant en la matière. Le patriotisme américain s'arrête souvent au niveau du portefeuille, c'est d'autant plus vrai lorsque ce dernier se vide très vite. Après tout les USA n'ont il pas était fondé sur une simple affaire de taxe. Alors que faire quand vous allez dans le mur, que vous dirigez les USA et que vous ne pouvez en aucun cas violer les principes qui officiellement ont fait votre prospérité comme le libre-échange? La cartouche militaire n'étant plus viable on se rabat sur des microréformes financières et économiques, à l'image de la souris dont ont accouché les autorités américaines sur la réforme du système financier qui a pourtant provoqué la plus grande crise depuis 1929. L'impuissance actuelle de l'occident n'est pas uniquement liée à l'idéologie qui habite nos élites, elle est en grande partie liée à la communication et aux images que le système a donné de lui-même.



Comment donc les USA pourraient-ils rompre avec le système qu'ils ont mis en place ? D'autant que la situation du dollar les contraint à ne rien faire à court terme pour inquiéter leurs principales sources de financement asiatiques. Car n'en doutons pas, si les USA se mettent à se protéger de la chine commercialement, le dollar plongera instantanément. En Europe la situation est assez similaire, la construction européenne est une bureaucratie incapable de s'adapter aux contraintes changeantes. Elle ne peut que répéter son logiciel fondateur néolibéral. Ce qui est étonnant c'est qu'en définitive les contraintes extérieures sur l'Europe sont beaucoup moins fortes que sur les USA. La zone ne dépend pas encore des finances chinoises, la paralysie est entièrement due à l'organisation de l'Europe elle même. Pire, ce qui pose problème au continent est également ce qui justifie l'existence même des instances européennes, l'abolition des frontières et des nations. De sorte que seul l'effondrement de la construction européenne pourrait en réalité sortir l'Europe de sa léthargie économique et de son impuissance congénitale. Dès lors, on comprend pourquoi les discours fantasmatiques ont remplacé les discours rationnels. Puisqu’il est rationnellement impossible de s'en sortir en restant dans le cadre du système, alors autant détourner l'attention de la population sur d'autres préoccupations. Mais l'histoire s'accélère, et la mort de Ben Laden rappel au système que diriger par les mensonges ne peut avoir qu'un temps. Un jour ou l'autre, le réel nous rattrape.

 

 

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Published by Yann - dans politique
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commentaires

Tietie007 20/10/2011 16:13



Ca fait longtemps que les américains ne sont plus que des tigres de papier ...La nouvelle puissance se trouve sur le continent asiatique !



philippe 07/05/2011 12:25



Bravo pour cet excellent article.


Ca fait plaisir de voir qu'il y a en France des penseurs profonds qui savent relier toutes les pièces du puzzle .



philippe 07/05/2011 12:24



Bravo pour cet excellent article.


Ca fait plaisir de voir qu'il y a en France des penseurs profonds qui savent relier toutes les pièces du puzzle .



gouin 04/05/2011 16:54



Juste pour signaler que, aussi pertinente que puisse être cette analyse, elle devient littéralement illisible du fait des fautes d'orthographes qui provoquent des contresens et des erreurs. En
bref, je renonce à lire un tel charabia... Désolé, mais à l'heure des correcteurs ortho, cela devient risible de faire de telles bourdes. Cordialement



olaf 03/05/2011 10:26



Ca y est j'ai fait imprimer des centaines de tea shirts pour l'été, Che Gevara devant et Ben Laden derrière, estampillé CIA.