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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 00:20

 

38ce4623-30cf-4986-b983-ea24e7349325.jpgIl n'est plus guère nécessaire de démontrer la nocivité de la spéculation. Les bulles et les krachs qu'elles produisent sont des fléaux qui ravagent des nations entières. Mais ces phénomènes ne sont pas d'ordre naturel ou météorologique, comme aiment à le faire croire nos médias dominants et tous ceux qui ont intérêt à défendre une aberration conceptuelle. L'économie n'a pas besoin de la spéculation pour fonctionner, elle n'a d'ailleurs pas besoin de bourse non plus au risque de surprendre. L'on sait d'ailleurs qu'aujourd'hui la bourse a plus une fonction de parasite économique que de mécanisme de prise de risque et de financement de l'économie réelle. Une PME ou une startup auront intérêt à chercher ailleurs que sur la bourse un endroit pour financer leur futur développement, enfin si elles veulent faire de vieux os. Il est vrai que dans notre univers de communication virtuel l'exemple de quelques exceptions suffit souvent à faire croire à la nécessité de ces parasites que sont les différentes bourses mondiales. Pour en revenir à la spéculation, il n'est pas nécessaire d'être un génie pour comprendre que les bulles et les krachs ne sont pas intrinsèquement nécessaires au fonctionnement d'une économie. Et que l'on ne me sorte pas le chaos créateur d'un Shumpeter. Car sa théorie s'adressait surtout à la question de l'évolution technique et au changement de technologie, non à la spéculation financière. Il est donc logique de vouloir mettre fin à la spéculation. Encore faut-il savoir comment faire en pratique et non jeter un concept creux comme "Interdisons la spéculation" ou "Interdisons les paris sur les variations de prix" ce qui revient en fait au même.

 

La séparation des activités bancaires

 

 

Le premier moyen est aussi celui qui a le plus été utilisé par le passé. Ce fut d'ailleurs l'une des mesures phare de Roosevelt lors de son accession au pouvoir, la séparation des activités bancaires grâce à la fameuse loi du Glass-Steagall Act. Il faut dire qu'après la crise de 1929 la haine vis-à-vis du système bancaire était très forte aux USA. Dans ces conditions politiquement extrêmement favorables à la régulation, FDR eut les coudées franches pour faire ce qu'il voulait en la matière. Le Glass-Steagall Act  consistait en une séparation entre des banques dites de dépôt et les banques d'investissement ou d'affaire. Cela limitait en quelque sorte le terrain de jeu de la spéculation en interdisant aux banques de jouer avec l'argent que les épargnants avaient mis en dépôt. À l'heure actuelle, les grandes banques occidentales jouent avec tout l'argent dont elles disposent sur les marchés financiers. Cela permet aux effondrements financiers d'avoir des répercussions sur l'épargne. Ce qui peut produire les fameux bankrun puisque rien n'est en fait à l'abri d'un effondrement total pas même votre petit compte épargne à 3.5%. Avec le Glass-Steagall Act on met une grande partie de l'épargne du pays à l'abri d'un tel effondrement. En France la Banque postale ou les caisses d'épargne étaient des exemples de banque de dépôt, l'argent mis sur ces comptes ne pouvait servir qu' à des investissements sûrs, mais à faible rendement à l'image du financement des HLM.  

 

 

On peut voir ce principe de séparation des activités bancaires comme en quelque sorte une extension du principe de séparation des pouvoirs de Montesquieu. On sépare ici les pouvoirs d'influence économique et non les pouvoirs législatifs et exécutifs, mais le but est le même, éviter les abus. On peut imaginer d'ailleurs aller plus loin dans la séparation des activités bancaires et faire en sorte qu'il y est des métiers bancaires et des instruments de financement hautement spécialiser et cloisonné. On réduirait certainement ainsi la fameuse fluidité des marchés, mais on y gagnerait certainement en terme de stabilité économique. Quand on voit les multiples erreurs d'investissement qu'ont produit les diverses spéculations ces vingt dernières années, il n'est pas certain que l'innovation des entreprises en pâtirait. Ce serait probablement le contraire qui se produirait. Car le métier d'investisseur serait de nouveau un métier de gens sérieux et non de croyants accrochés aux variations instantanées de la bourse.

 

La limitation monétaire



La deuxième source de la formation des bulles c'est dans la nature même de notre système monétaire qu'on la trouve. C’est ce que Irving Fisher le grand économiste contemporain de Keynes avait bien compris lui qui mettait les effets de levier des banques au cœur de la formation des bulles. Car c'est cet effet de levier qui permet aux banques en pratique de créer de la monnaie à travers les prêts qu'elles procurent. En effet, les banques pouvant prêter plus qu'elles n'ont en caisse, cela revient à leur permettre de créer de la monnaie qui sera ensuite utilisée dans l'économie réelle par l'emprunteur. Bien évidemment, cette monnaie laisse une trace comptable contrairement à l'émission de monnaie pure que peut produire la banque centrale. Cette monnaie est une monnaie-dette qui a nécessité un emprunt pour exister, mais son effet sur l'économie réelle est équivalent à l'émission monétaire traditionnelle. On peut donc dire que les banques privées créent la monnaie au même titre que la banque centrale.



Le problème c'est que les banques défendent avant tous leur intérêt particulier, elles n'ont pas une vision globale de la société et de ses besoins. Elles émettront donc de la monnaie de façon décentraliser sans tenir compte des besoins globaux de la société. Elles ne changeront pas d'attitude même si les chiffres globaux de l'inflation sont trop forts ou les prix dans tel ou tel secteur sont trop bas ou trop forts. La seule chose qui compte ce sont leurs profits et leurs intérêts. Cette manière décentraliser de produire de la monnaie est extrêmement dangereuse. D'une part parce que les banques par effet de contrainte par mouvement de foule seront obligées d'aller dans le sens du vent des marchés. Ainsi si les prix dans un secteur grimpent, les banques doivent y investir et suivre le mouvement. Car comme le disait Keynes, sur un marché mieux vaut avoir tort avec la foule que raison contre elle. Les acteurs privés bancaires sont sujets aux mouvements de foule au même titre que les individus, car les banques qui passeraient à côté d'un « bon coup » par prudence, risqueraient de se faire racheter par un concurrent plus gros, et verraient leur cote s'effondrer. Il ne faut pas nécessairement en vouloir aux banques pour leur comportement, car c'est la structure de notre organisation qui les conduit à se comporter comme elles le font. Ensuite, cette décentralisation conduit les banques à ignorer les effets qu'elles ont sur l'économie globale du pays. En décentralisant l'émission monétaire, on rend caduque la possibilité pour la banque centrale de maitriser l'inflation dans un sens ou dans un autre. On l'a bien vue pendant la crise quand les banques ne voulaient plus prêter par manque de confiance. Elles ignorent parfaitement le fait que leur comportement collectif produit des phénomènes de type autoréalisateur et que la crise se nourrit de leur comportement égocentrique. C'est cela qui avait poussé un économiste comme Lordon à prôner la nationalisation des banques pour éliminer ce comportement de joueur en solo. Face à un problème collectif, il n'y a que des solutions collectives qui sont impossibles à obtenir avec des acteurs bancaires privés.



C'est dans ce contexte que la proposition de Fisher prend tout son sens. Il s'agissait pour lui d'interdire tout simplement aux banques de pouvoir prêter de l'argent qu'elles n'ont pas. Pour cela on oblige les banques à emprunter à la banque centrale l'argent qu'elles comptent prêter aux particuliers ou aux entreprises. On change ainsi la hiérarchie en rendant effectivement le pouvoir monétaire à la banque centrale et à l'état. Ce qui est finalement normal puisque l'émission monétaire est le fait du prince qui dans une démocratie est le peuple qui est représenté normalement par ses élus et son état. Cette centralisation de la production monétaire permettra à la banque centrale de mieux contrôler l'émission de monnaie et de faire en sorte qu'il n'y est pas d'émission monétaire trop élevée ou trop faible en regard des besoins globaux de la société. On sort ainsi d'un système anarchique dans lequel chacun joue seul dans son coin conduisant à des mécanismes de crises auto-entretenues et l'on rentre dans un système de jeu collectif. Ce système n'a pas besoin de nationaliser les banques. En les obligeant à emprunter auprès de la banque centrale, on les oblige naturellement à rentrer dans le cadre des besoins nationaux. Dans ce système la banque centrale aura un réel moyen de maitriser l'inflation ou la déflation.

 

La limitation des acteurs sur les marchés



Dernière chose pouvant permettre de mettre fin à la spéculation, la mise en ordre des marchés eux-mêmes. La spéculation née en partie du fait que les acteurs des marchés ne se comportent pas tous comme le suppose la théorie sur laquelle les marchés sont basés. L'hypothèse de l'offre et de la demande se base en effet sur l'axiome qui veut que celui qui achète un bien en ait BESOIN. Un fabricant de câbles électriques a besoin de cuivre, il est donc normal qu'il en achète. Le producteur de cuivre, lui, va essayer de répondre au besoin de l'acheteur, le prix se fixant suivant la fameuse loi de l'offre et de la demande. Le problème dans ce petit jeu, c'est qu'il y a d'autres acteurs qui se fichent éperdument du cuivre et qui n'en ont pas besoin, par contre ils sont intéressés par le fait de pouvoir faire des gains substantiels sur le marché du cuivre et ils ont de l'argent. Ces acteurs que l'on nommera spéculateurs vont donc fausser la loi de l'offre et de la demande en produisant une demande artificielle uniquement mue par l'appât du gain.



C'est contre ce phénomène qu'il nous faut agir si l'on veut que les bulles ne se forment plus en faisant en sorte que les seuls acteurs d'un marché soient ceux qui ont un réel besoin à remplir. Bien évidemment, le concept est plus facile à décrire qu'à mettre en pratique. Suivant les secteurs une telle limitation sera plus ou moins facile à mettre en œuvre. On pourrait imaginer des permis d'échange permettant à certains acteurs d'acheter telle ou telle chose sur tel ou tel marché. Comme dans la première mesure de ce texte ,on se retrouve donc avec une logique de compartimentation qui permet de mettre en œuvre une rationalisation de l'organisation économique. Mais ce n'est pas très surprenant. Car comme le disait dans son dernier livre Régis Debray, la mise en place des frontières, de limites, ramène de l'ordre là où leur suppression amène le chaos. Le cloisonnement des activités, des nations, des pouvoirs politiques ou économiques permet l'action du logos. Les cloisonnements les frontières permettent à l'esprit humain d'organiser, de mettre de l'ordre dans le chaos. Sans cela l'action devient impossible, car l'esprit ne peut comprendre le fonctionnement des choses et les multiples imbrications rendent irrationnel le fonctionnement des sociétés. Dans le cas du marché la liberté totale s'est traduite par la mort de la régulation par l'offre et la demande. La limite ne vise donc pas à mettre fin au marché, mais à lui rendre la raison et sa fonction de base. Fonction qui n'est pas d'enrichir une minorité, mais de permettre l'échange.

 

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

yann 08/08/2011 08:33



@olivier seutet


Oui je suis d'accord sur vos propositions, cependant sur le rôle de la bourse il se trouve que diverses études ont montré qu'elle parasite les entreprises plus qu'elle ne les finance.  La
plupart des entreprises se financent encore à l'ancienne c'est à dire en passant par une banque ou sur fond propre. La bourse à l'heure actuelle est plus une pompe à rente qu'un mécanisme qui
aide à la création d'entreprise et au financement des investissements risqués, ce qui étaient pourtant sa justification à l'origine.


@Sancelrien


On est d'accord.


@La Gaule


Oui c'est tout à fait çà. Il faut faire en sorte que les seuls acteurs d'un marché soit des gens qui usent de ces marchés par besoin réel et non par volonté spéculative. Mais comme je l'ai dit
c'est plus facile à dire qu'à faire. Comme votre exemple du pétrole le montre il faut toujours compter avec l'avarice des individus. Quelque soit le système il faudra quand même un état
indépendant et actif sur ces questions. Sur le pétrole on a affaire typiquement à un problème concurrentiel, ce secteur est extrêmement concentré. Ce n'est pas un marché lorsqu'il n'y a qu'un
deux ou même trois acteurs, l'état dans ce cas se doit d'intervenir quitte à menacer de nationaliser une entreprise qui se comporterait ainsi. Et c'est à l'état de faire en sorte de ne pas se
retrouver dans une situation de pénurie créé par son manque de prévoyance énergétique. L'exemple récent des terres rares chinoises est  assez exemplaire en la matière. Ces terres rares il y
en a en fait partout mais pour des raisons de gains à court terme tout le monde se fournit en Chine, les autres producteurs ayant abandonné les filons situés dans d'autres pays. Résultat la chine
a le monopole des terres rares et fait un chantage sur les industriels de hautes technologies qui les utilisent. Ce type de comportement n'est possible que lorsque l'on créé des situations de
monopole.


@Wagrez


C'est peut-être ironique, mais je ne contrôle pas les publicité qui sont édité figurez-vous. Cela marche par lien avec les mots utilisés, comme c'est un blog d'économie les mots bourses,
spéculation ou croissance qui reviennent souvent font que les algorithmes des logiciels donnent comme liens ce genre de site. Ce n'est pas de mon fait.


 


 



Wagrez 06/08/2011 08:28



Simple remarque: il est amusant de trouver sur votre blog un lien vers un site de trading sur le Forex (Finexo) et un lien publicitaire pour HSBC. Car quoi de plus spéculatif que le Forex?



La Gaule 05/08/2011 23:56



Merci d’être revenu. Votre démonstration est claire et synthétique comme d’hab., surtout à propos de Fisher. Il me semble pourtant que votre
définition de la spéculation fait mal la part des choses entre la spéculation classique, celle de « l’accapareur » (on pense aux rétenteurs de grains qui guettaient les disettes avant
la révolution française pour les revendre au prix fort) laquelle relève encore du stade où l’on spécule sur une matière première bien précise en la stockant (cela même de manière symbolique), et
la spéculation plus moderne, sophistiquée et abstraite, où l’on parie sur des indices de prix, peu importe ce qu’ils recouvrent.


C’est d’ailleurs une distinction intéressante que faisait Jorion (ça lui est arrivé d’en faire).


Je ne vois pas comment votre système de « droit d’échange », si j’ai bien compris, nous permettrait de nous débarrasser des
premiers.


Autrement dit par exemple, comment empêcher un pétrolier de stocker du pétrole à des fins spéculatives (la fameuse « crise »
d’approvisionnement de 1973 n’a jamais été autre chose).


Jorion posait même carrément le problème de savoir si ce type de spéculateurs étaient finalement les plus dangereux pour la stabilité de
l’économie mondiale, et je crois qu’il avait raison (mais c’était pour mieux plonger dans ses histoires obsessionnelles d’interdiction « totale » des paris sur les prix, grâce sans
doute au concours éclairé des anges).


Il n’y aurait donc pas d’autre régulation possible des marchés de matières premières que les cloisonner dans des critères professionnels stricts
mettant en jeu les producteurs concernés  entre eux et les distributeurs spécialisés. Qu’une banque ou un fonds de placement ne puisse plus rien avoir
à glaner (ou à glander) directement sur le marché du soja ne serait déjà pas si mal. Suis-je bête ?


 



Sancelrien 05/08/2011 15:00



Très juste. On oublie trop que la Bourse ne crée aucune richesse réelle. Pas la moindre. Elle enrichit certains spéculateurs, elle en ruine d'autres. Point barre.



olivier seutet 04/08/2011 10:40



La spéculation n'est pas le fait de l'existence de marchés (les différentes bourses étant ces marchés) mais de l'absence de règles saines de fonctionnement de ces marchés : quels produits ? dans
quelles conditions ? entre quels acteurs ?


Un marché est surveillé par des autorités régaliennes afin d'éviter que des produits illicites soient échangés, afin de s'assurer que des procédures de saine concurrence soient
respectés, afin que les acteurs qui interviennent soient solvables.


Tous le marchés de gré à gré sur les produits financiers devraient être prohibés à tous les acteurs faisant appel à l'épargne individuelle afin au moins de remettre sous le regard des autorités
les transactions pouvant avoir des conséquences sur l'épargne publique. Déjà le problème serait cerné.


Sur ces marchés, il serait urgent de revenir à quelques règles simples :


- un fixing journalier par Bourse


- une interdiction des ventes à découvert


- une obligation de livraison du physique à l'échéance.


Toutes les bourses sont utiles si elles favorisent la liquidité entre instruments financiers (actions, obligations, produits de couverture de risque). Ce qui est nocif est l'utilisation de ces
marchés ou de manière dévoyée (programmes de gestion automatisés, ventes à découvert) ou par des acteurs qui n'on rien à y faire (banques de dépôt, fonds qui n'ont pas d'activité physiques,
etc...). C'est bien le rôle des autorités régaliennes, depuis la nuit des temps, de promouvoir les marchés tout en les surveillant étroitement. La difficulté actuele est d'organiser la régulation
sur des espaces économiques suffisemment vastes pour qu'elle soit efficace : l'Europe pour unhe fois pourrait servir à quelque chose.