Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 20:20

    le-capital-de-karl-marx-version-manga-01.jpgS'il y a bien quelque chose de dangereux en France, c'est  le sous-investissement chronique dans la recherche l'inovation ou plus simplement dans le développement d'activités industrielles.  Le capitalisme français investit peut dans le développement industriel, de la même manière nos grandes entreprises sont plutôt frileuses en terme de recherches scientifiques. Il faut dire que la nature du capitalisme n'est pas nécessairement de faire les meilleurs investissements pour la communauté à long terme. Le capitale ne cherche en effet à faire qu'une seule chose, croître le plus rapidement possible, ou perdre le moins possible lorsque la situation macro-économique est instable. Pour que le capitalisme donne des effets positifs, il faut impérativement qu'il soit encadré de façon à ce que son moteur, le profit, ne se fasse pas par la contraction du niveau de vie du reste de la population. Si les libéraux ont raison de mettre l'intérêt comme étant un puissant moteur d'action humaine capable de soulever des montagnes, il n'en demeure pas moins que cela n'est bon pour la société que si ces intérêts individuels n'entrent pas en contradiction avec l'intérêt générale. L'orientation prise par le capitale depuis trente ans montre à quel point le capitalisme libéré de toute entrave se transforme rapidement  en poison, même là où pourtant il avait fait des miracles en terme d'évolution du niveau de vie. Le passage d'un capitalisme industriel capable d'orienter vers un certains progrès le travail humain, à un capitalisme financier qui au contraire ne croit qu'au détriment du reste de la population et qui s'apparente plus à un jeu de casino qu'à autre chose, n'a fait que confirmer cette réalité. Tout seul, sans états, sans frontières et sans limites, le capitalisme n'est qu'une forme de barbarie. 

 

Responsabiliser les investisseurs

 

      Pour retrouver une économie productive, c'est à dire une économie capable de satisfaire à ses propres besoins, nous aurons besoin de changer le rôle du capital dans notre économie. Il ne s'agit pas ici d'entrer dans les discussions éternelles sur pour ou contre le capitalisme, c'est un débat anachronique et sans intérêt qui ne passionne en définitive que les adorateurs de l'idéologie marxiste dont on a pu voir les effets à long terme. La question n'est pas de savoir s'il est bon qu'il y est des gens qui fonctionnent uniquement par l'intérêt économique individuel, le fait est qu'une grande partie d'entre nous agissent ainsi. Non, le problèmes est de créer les contraintes collectives qui permettront d'orienter ces comportements humains amoraux dans le sens de l'intérêt général. Changer l'être humain est une trop grande tache, mieux vaut en connaître ses limites pour s'employer à créer une société relativement décente pour un maximum de personne.  Une fois que l'on a abandonné l'idée très religieuse de changer l'homme, du moins à court terme, peut-être pourra-t-on en partie, et petit à petit, soigner les principaux maux dont notre société est atteinte.

 

  En premier lieu l'on pourrait s'atteler à faire en sorte que les actionnaires soient plus responsables face aux entreprises qu'ils possèdent. En effet l'évolution de nos société ont transformé les actionnaires en de simples spéculateurs n'ayant en réalité aucun attachement sur ce qu'ils possèdent. Si la gestion des entreprises est devenues si inhumaine, c'est en grande partie parce que ceux qui les possèdent ne les considèrent que comme des citrons à presser. L'être humain se comporte mal souvent parce que les effets des décisions qu'il prend lui sont invisibles, on est d'autant plus  détaché d'un problème que l'on est loin du terrain d'application. Il en va de même avec les entreprises et les actionnaires, le fait que ces derniers puissent à tout moment vendre ou acheter des actions uniquement en se fondant sur la valeur instantanée de celle-ci, rend la relation actionnaire-entreprise complètement malsaine. Inversement cela oblige les entreprises à se plier à la logique des marchés financiers plutôt qu'à la logique de leurs intérêts propres à long terme. C'est ce qui explique que des entreprises championnes de la bourse déclinent sur de longues périodes par épuisement. On sait d'ailleurs qu'aujourd'hui la bourse est financé par les entreprises plus que l'inverse, celle-ci considère uniquement les entreprises comme des rentes et non comme des aventures humaines de long haleine. C'est un changement drastique du capitalisme, la financiarisation  détruisant petit à petit le tissu économique et les entreprises qui ont eu la mauvaise idée de se financer par le marché boursier.

 

      Il faut donc réparer le lien entre les actionnaires et les entreprises et cela passe par la responsabilisation des acteurs financiers. Il faudrait associer les investisseurs sur le long terme et le meilleur moyen pour cela est bien évidement de transformer la nature des actions. En lieu et place d'être une forme d'épargne que l'on peut retirer à tout moment, il vaudrait bien mieux obliger les détenteurs d'actions à les garder pendant un laps de temps minimal à définir. On pourrait même favoriser par les impôts les actionnaires de long terme, ceux qui s'investissent réellement dans le devenir de l'entreprise qu'ils possèdent. Ainsi on pourrait avoir une durée minimale de six mois pour la possession d'une action d'entreprise, celle-ci ne serait pas vendable pendant cette période. Les gens qui revendrait leurs actions au bout de six mois se verraient taxer leur revenues globaux provenant de leurs portefeuilles d'action à un niveau maximum, à l'inverse les actionnaires ayant une faible propension à varier leur portefeuille, ceux qui se comportent correctement avec les entreprises en gardant leurs actions plusieurs années, se verraient progressivement détaxé jusqu'à un taux là aussi à définir.  Il faudrait définir un outil permettant de mesurer  la vitesse de variation dans la compositions des portefeuilles d'action, plus ce taux serait bas, plus plus le changement serait lent et moins l'actionnaire se verrait taxé. Ce serait un bon moyen de diminuer les comportements irrationnels du marché et cela sortirait nos entreprises de l'esprit de court terme dans lequel le système de la finance dérégulé les a plongé. A l'échelle nationale nous pouvons aussi déployer de nouvelles façons de financer les entreprises, par des banques publiques par exemple, mais cela sort du cadre de réflexion sur la responsabilisation du capital.

 

Petit remarque tout de même avant de passer au point suivant. Un tel changement dans l'organisation du financement des entreprises devra nécessairement prendre la précaution de rendre globalement les investissements plus visqueux comme disent les économistes. La préférence pour la liquidité étant fortement encrée dans les comportements humains l'on risque, si l'on y prend par garde, de voir l'argent s'investir dans les secteurs où la possibilité de retrait rapide serait toujours élevé, plutôt que dans le financement des entreprises. Il ne faudrait pas par mégarde assécher le financement des entreprises car tel n'est pas le but de ce genre de mesures, pour se faire il faut que la possibilité d'investissement à gain rapide mais à forte liquidité soit impossible ou très coûteuse.

 

La science, l'agriculture et l'industrie avant tout

 

    Un deuxième point est à prendre en considération dans l'usage du capital, c'est celui de son orientation. La France a grandement besoin de se réindustrialiser et pour se faire nous devons faire en sorte que les investissements industriels soient les plus attractifs sur le plan de l'intérêt économique. Il est évident que la mise en place de barrières douanières et une dévaluation monétaire favoriserait ces investissements. Car en rendant les importations plus cher et les producteurs locaux nettement plus compétitif nous rendrons dans le même temps plus intéressant le fait de posséder des actions d'entreprises de production hexagonale. Cependant au-delà de ces mesures de bon sens et de circonstance, nous pourrions aussi voir comment favoriser les emplois et les entreprises à haute valeur ajouté face au secteur des services, ou à l'investissement immobilier.  Nous pourrions par exemple user de taux d'intérêts très bas pour les entreprises industrielles, cela pourrait se faire grâce à un pôle d'investissement public ou directement par la banque de France (cela présuppose bien évidement la rupture avec la construction européenne actuelle).

 

    Mais pour ce qui est des investissements privés, nous pourrions là encore jouer sur l'exonération d'impôts. Pour que nos entreprises investissent plus dans la recherche et le développement nous pourrions baisser les charges sociales sur les employés travaillant en R&D. On a eu l'habitude en France, sous l'influence libérale, de faire de la baisse de charge essentiellement sur les bas revenues, c'est une absurdité grotesque qui a produit des trappes à misère en favorisant les bas salaires, en effet pourquoi hausser les salaires si cela signifie augmenter les charges en plus? A l'inverse une baisse de charges sur des emplois qualifiés dans la recherche et l'industrie serait en réalité beaucoup plus positif sur la qualité des emplois à long terme et sur notre innovation dans le secteur privé. Dans le même temps nous pourrions aussi rendre beaucoup plus coûteux les investissements dans les secteurs des services, du tourisme ou de l'immobilier. En résumé nous augmenterions les charges sur les emplois de services et nous les diminuerions dans les secteurs scientifiques industrielles ou agricoles.   La France pullule  d'hôtels, de musées et de lieux de loisir en tout genre, l'orientation touristique dont bon nombre de nos politiques se félicitent n'est pourtant pas si géniale que cela pour notre économie. Elle détourne des flux d'investissements productifs vers une économie festive et faiblement productive, tout comme elle détourne bon nombre de talent vers des métiers non productifs et pas réellement créatifs. Je n'ai personnellement pas envie de voir mon pays devenir un lieu touristique pour  riches chinois comme le souhaitait récemment ce pauvre Houellebecq. Enfin n'oublions pas les subventions publiques et une nouvelle politique de planification industrielle, c'est essentiel pour faire une coordination à l'échelle nationale de l'industrie et de la recherche. Autre secteur à favoriser l'agriculture alternative, celle qui nous permettra de continuer à nourrir la population lorsque nous n'aurons plus de pétrole, mais c'est un autre débat.

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Yann - dans économie
commenter cet article

commentaires

D.T 12/06/2011 14:08



Beaucoup de bon sens dans cet article.


Baisser les charges sociales selon le secteur, c'est tout bête mais je n'ai entendu personne sortir cette idée !



yann 04/03/2011 19:59



@Samuel


Disciple d'Aglietta? Non pas vraiment, mais lorsque l'on se questionne sur un problème et qu'il n'y pas une infinité de solution, il est normal de tomber sur des convergences quand on a un tant
soit peu d'honnêteté intellectuel.


 


@RST


C'est certains ces solutions ne correspondent guère à l'intérêt économique de ceux qui dominent nos sociétés. Mais ce n'est pas une première historique, nous allons vers des temps troubles. Comme
je crois de moins en moins à la solution électorale à cause du poids toujours délirant des médias mainstream, je pense que nous allons malheureusement en passer par la case conflit civil et
révolution. J'aimerai vraiment que cela s'est passé comme en Islande une purge véritablement démocratique  .


@La Gaule


Attention ne prenez pas mes propos pour une attaque contre ces professions, c'est souvent un travail difficile et pénible. Je pense simplement que globalement nous avons une industrie touristique
hypertrophié en regard du reste de l'économie. Nous sommes quand même la première destination touristique de la planète pour un pays de 64 millions d'habitants c'est beaucoup. Et plutôt que de
développer ces activités je préfererais que nous orientions la jeunesse dans les sciences et  l'industrie que nous avons trop négligé ces vingt dernières années. Cependant il est vrai qu'une
réindustrialisation aura forcement un impact qualitatif sur les secteurs de métiers des services et notamment ceux de l'industrie hôtelière. 



RST 04/03/2011 17:18



@ Yann


Dans le même ordre d’idée, d’autres ont proposé de supprimer les cotations en continu à la bourse. Toutes ces propositions vont dans le même sens :
redonner à l’économie une échelle de temps compatible avec l’existence humaine. La simplicité des mesures que l’on pourrait prendre est telle qu’elle démontre à elle seule qu’il s’agit d’une
volonté délibérée de ne pas les mettre en œuvre et non d’une quelconque impossibilité pratique 



samuel 03/03/2011 03:27



 Ce que vous dites n'est pas très éloigné de ce que dit Aglietta lors de cette conférence :


 http://www.dailymotion.com/video/xdy5gn_xerfi-michel-aglietta-colloque-la-f_news


 


Aglietta : "croissance verte" / yann : "ré-industrialisation"


Aglietta : "taxe carbonne et subventions aux activités vertes" / yann : "protectionnisme douanier"


Aglietta : "dévaluation" / yann : idem


Aglietta : "haute valeur ajoutée, R&D, nouvelles technologies" / yann : idem


Aglietta : "fonds d'investissement public" / yann : "pole de credit public"


 


yann est-il donc un disciple d'Aglietta ?



La Gaule 03/03/2011 01:27



« La France pullule  d'hôtels, de musées et de lieux de loisir en tout genre, l'orientation touristique dont bon nombre de nos politiques se félicitent n'est pourtant pas si géniale que
cela pour notre économie ».


Certes, mais est-ce que les hôtels –particulièrement ceux implantés de longue date dans le tissu urbain- y sont toujours pour quelque chose ? J’ai connu l’époque, pas si lointaine cela
remonte aux années quatre vingt, où l’écrasante majorité de la clientèle de l’hôtel  où je sévis (dans une grande ville de province mais également à vocation touristique) était
une clientèle d’entreprises.


Il y avait bien sûr en premier lieu celle relevant de la fonction commerciale -les fameux VRP entre autres- mais qui montrait au moins que si l’on prospectait encore beaucoup dans ces années là,
c’était aussi parce que l’on produisait encore quelque chose sur le territoire national.


Mais il y avait aussi une clientèle plus directement impliquée dans la production : équipes intervenant sur des chantiers qui pouvaient être très longs, nouveaux promus en quête d’un
logement, stagiaires en formation etc.


Ces clientèles ont commencé à s’évaporer à peu près au même moment, effet de l’hémorragie de la fonction industrielle et des métastases de la maladie (coupes sombres dans les budgets et les
forfaits journaliers, restructurations, externalisations et nouvelles méthodes managériales pour rhabiller le tout dans le catéchisme libéral).


Pour les indépendants bien plus que pour les chaînes, l’alternative est devenue alors simple : s’adapter et chercher à capter de nouvelles clientèles ou disparaître. C’est ainsi que la
première moitié des années quatre vingt dix vit une hécatombe d’hôtels indépendants en ville, à mesure d’ailleurs que poussaient comme des champignons les « boîtes à chambres » à la
périphérie, mieux ciblés sur la précarité organisée du travail itinérant et les sacro-saints besoins touristiques.


Nous avons de notre côté trouvé effectivement un nouveau souffle en nous rabattant sur une clientèle plus étroitement liée aux « services », au tourisme et au
« culturo-festif », lequel prospère généralement comme un chancre malin sous la coupole des collectivités locales et territoriales (une plaie, nous sommes bien d’accord, mais qui ne
durera pas plus que les possibilités d’emprunt des mêmes structures et la manne des subventions nationales).


Mais ne vous trompez pas de cible, la relance d’une économie réellement productive en France verra aussi un nouveau départ pour toutes les structures attenantes. L’hôtellerie en particuliers, car
les nouveaux besoins donneront aussi une masse de personnes itinérantes qu’il faudra bien accompagner et surtout loger.


Des personnes qui éprouveront peut-être aussi le besoin de redécouvrir notre beau pays pendant leurs loisirs, en des temps où les tribulations lointaines deviendront de plus en plus onéreuses,
faute de carburant.


Moi qui regrette beaucoup la clientèle de mes débuts, surtout parce qu’elle était moins humainement pénible, je serai preneur… Si je n’étais pas mortel de condition.