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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 22:25

 sortir de l-UE Mon collègue Malakine vient de faire une critique du programme économique du FN et de sa stratégie en matière de sortie de la zone euro. Il défend en grande partie les orientations du FN qu'il juge être sur la bonne voie.   Il est vrai aussi que le FN est à l'heure actuelle le seul parti d'une taille raisonnable à prendre en compte ces réalités économiques du pays. A savoir que la France connaît une situation qui dans les conditions actuelles est inextricable. En réalité, si la France reste dans la zone euro et dans une situation de libre-échange intégrale, le seul chemin que nous pourrons prendre est celui du déclin économique et de la misère généralisée, soit par la banqueroute de notre système économique, soit par sa déconstruction volontaire sous l'effet des contraintes de plus en plus délirantes de l'endettement public et de la concurrence étrangère. La vraie démagogie consiste en fait à dire que l'on peut améliorer la situation des français sans s'attaquer à au moins l'une des contraintes qui ruinent notre l'économie, le libre-échange, l'euro, ou l'émission monétaire privatisée.

 

  Or dans son programme, le FN fait face à ces questions de premier ordre quand d'autres partis les nient comme l'UMP ou les esquivent autant qu'il le peut à coup d'euphémismes comme le PS. On peut critiquer les orientations du FN sur divers sujets ou même sur ses choix de stratégie économique qu'il emploie pour répondre à ces contraintes. Maisle fait est qu'il essaie d'avoir un programme cohérent. Cependant si l'on regarde bien les propos tenus dans les quelques textes que l'on peut trouver sur le site du Fn, on se rend compte que la stratégie n'est pas si claire que cela. On trouve également des restes des visions libertariennes de l'économie qui ont longtemps été le fer de lance du programme économique du FN.  Quoiqu'il en soit je profite de la publication de la stratégie du FN sur la sortie de l'euro pour essayer d'en faire une critique rapide.

 

La stratégie de sortie du FN

 

  Avant d'entamer la question du programme de sortie de l'euro du FN une remarque sur la conclusion du document. C'est un document qui est librement téléchargeable sur le site du FN. Le document sur la sortie de l'euro en 12 points finit avec une phrase disant: "Avec la dislocation de la zone euro, la monnaie d’occupation est morte, alors vive le Franc !" cela ne fait pas très sérieux. J'ai toujours fortement critiqué  l'euro, mais jamais je n'aurais écrit une telle chose. C'est absurde, l'euro est une monnaie idiote et mal conçue, mais les français et leurs élites ont largement participé à sa conception ridicule. Parler ici de monnaie d'occupation semble vouloir exonérer notre élite et nos citoyens de leurs erreurs, il y a quand même eu une majorité de français pour voter "Oui" en 1992 que je sache. Alors on peut dire qu'ils étaient mal renseignés ou manipulés, mais ils ont dit oui à cette triste aventure. A l'heure actuelle tout ce que l'on peut dire c'est que l'euro fut plus une erreur qu'autre chose. A la rigueur peut-on parler d'une monnaie faite uniquement pour les actionnaires et les rentiers de toutes sortes, mais certainement pas d'une monnaie imposée par des puissances étrangères comme semble le suggérer cette phrase. Il est vrai cependant l'on retrouve là une des obsessions du FN le complot étranger.

 

  Sur le programme de sortie en lui même que vous pouvez lire sur ce lien, il y a plusieurs remarques à faire.  C'est un texte assez synthétique il n'y a pas vraiment d'explication sur le pourquoi de telle ou telle décision. Il faut manifestement avoir réfléchi à ces questions pour comprendre l'aspect judicieux ou non de ces stratégies. Ce n'est pas gênant pour les lecteurs de ce blog qui connaissent bien ces questions. Cependant  l'on peut se demander si les arguments purement rationnels auront l'effet escompté sur le grand public qui aujourd'hui croit malheureusement que la dévaluation est une catastrophe et que l'inflation est l'ennemie de l'humanité. Il faut  compter avec trente ans de propagande libérale. Le programme se résume à 12 étapes je ne parlerai que des étapes sujettes à discussion pour moi. Première remarque préalable le FN ne pense pas la possibilité d'un changement en interne de la zone euro, c'est pourtant l'une des stratégies évoquées par Jacques Sapir qui est quand même cité dans le texte. En même temps, il est vrai que le texte à pour but d'expliquer une sortie de l'euro il est donc normal que cette hypothèse ne soit pas étudiée dans ce texte. Mais comme il n'y a aucune référence à une stratégie autre que la sortie pure et simple de l'euro, on peut supposé que le FN ne pense pas à un tel stratagème. Je dis cela alors que personnellement je suis plutôt favorable à une rupture volontaire et claire plutôt qu'à une stratégie du fait accomplit comme l'est la stratégie qui la préférence de Jacques Sapir ou de Jacques Généreux, l'économiste du Front de Gauche. Je rappelle que Sapir à proposer de faire des politiques de financement direct auprès de la banque de France ou des politiques protectionnistes en violation avec les accords européens. Cette politique du fait accompli poussant nos partenaires, surtout allemand, soit à revoir leur copie sur l'euro et le protectionnisme, soit à quitter l'euro. L'avantage de cette stratégie étant que la France ne serait pas directement responsable de l'explosion de la zone euro, l'autre avantage c'est que l'on agirait directement sur les variables les plus problématiques de l'économie française.

 

  Un autre point qui est pour moi problématique ou du moins qui pose quelques questions est le point numéro 4 qui stipule que "Restaurer la Banque de France dans ses prérogatives d’institution monétaire (mais elle conservera son autonomie vis-à-vis de l’Etat !)". On voit ici poindre la question qui fâche. Il faut quand même limiter les possibilités pour l'état d'emprunter parce que sinon, sous les effets du populisme, il pourrait être tenté par des dépenses abusives non couvertes par l'impôt. La peur de la planche à billets, voila le motif de cette mesure. C'est une vraie question que celle-ci et on trouvera chez les alternatifs des gens qui sont contre cette idée et d'autres qui sont pour. Même un économiste comme Lordon n'est pas du genre à vouloir redonner entièrement la planche à billets à l'état. Mais il faut bien comprendre ce que cela signifie, cela veut dire que nous n'avons pas confiance dans les gens qui nous gouvernent. Notre système démocratique est assez responsable pour qu'on lui donne l'arme nucléaire ou la gestion de l'éducation de nos enfants, mais pas la monnaie? Qu'il faille une séparation des pouvoirs d'accord, mais dès lors pourquoi ne pas par exemple préconiser que le futur président de la banque centrale et le comité de direction soit élues ou quelque chose du genre? En tout cas cette indépendance de la banque centrale est une idée libérale il faut en avoir conscience elle peut avoir de nombreux effets pervers. D'ailleurs, l'indépendance de la FED aux USA n'a pas empêché des politique monétaires absurdes par le passé, celle-ci se fixant sur tel ou tel chiffre pour faire sa politique et pas forcement sur l'intérêt du pays dans son ensemble.

 

Sur le point 5 du projet : "Abroger la loi du 3 janvier 1973 qui interdit à l’Etat d’emprunter à la Banque de  France et qui l’oblige à se financer de façon onéreuse auprès des banques privées et des marchés financiers internationaux;" Il aurait fallu plus d'éclaicissements ici. Je crois que quelqu'un qui n'a pas étudié la question de l'emprunt public ne risque pas de comprendre l'importance de la chose.  On l'a vu récemment avec la réaction ridicule de Francois Hollande lorsque quelqu'un lui a posé cette question. Le fait est que les gens pensent dans leur majorité qu'il est normal qu'un état emprunte sur les marchés financiers. Si le dogme libéral s'est aussi bien répandu c'est parce qu'il s'appuie en général sur les expériences individuelles. Les gens empruntent à la banques alors pourquoi n'en serait-il pas ainsi de l'état? C'est pouruoi le fait que l'état emprunt sur les marchés est self-evident comme disent les anglo-saxons. Evidemment quand on y réfléchit c'est absurde. L'état ne doit emprunter que s'il a besoin de denrées que le pays ne produit pas et que le pays avec qui il échange ne veut rien de ce que nous produisons. En bref, on a besoin d'emprunter à l'étranger que si on a un déficit commercial. Autrement il suffit de créer la monnaie nécessaire aux investissements locaux et çà la banque de France peut très bien le faire toute seule. Il aurait donc fallu à mon sens une petite explication sur cette question pour clarifier les idées. Il faut toujours partir du principe que ceux qui lisent un programme ne sont pas forcement des économistes ou des gens éclairés sur ces questions.

 

Autre remarque le point six nous dit que l'euro perdra instantanément sa crédibilité sur les marchés financiers avec l'annonce de la sortie de la France de la zone euro. Ce n'est pas si sûr que çà. Personnellement je ne m'avancerai pas vis-à-vis de l'action des marchés, ces derniers sont en fait imprévisibles. Suivant les orientations des premiers temps après l'annonce, nous aurons une bifurcation sur la valeur de l'euro,c'est sûr, mais bien malin celui qui pourra dire dans quel sens cela ira. Les marchés pourraient tout aussi bien se dire à court terme que l'euro deviendrait un nouveau Mark et sa valeur exploserait d'un coup. Il faut voir qu'une fois un choix fait, le marché par effet d'anticipation moutonnière, ne va faire que suivre cette première orientation. On aura alors un effet d'emballement soit un effondrement de la monnaie unique, soit comme je l'ai dit une explosion de sa valeur. La seule chose qui soit peu probable c'est un maintient du cours de l'euro à sa valeur précédente.  


8. Etablir de façon temporaire un contrôle des changes, levé, une fois la situation financière stabilisée ; Une question, mais pourquoi ne pas maintenir le contrôle des changes plus longtemps? Et d'ailleurs, quitte a avoir une vraie rupture pourquoi diable, continuer de laisser le marché décider de la valeur du franc? Les chinois ne laissent pas flotter leur monnaie et cela leur réussit plutôt bien. De plus, contrôler les changes est un moyen pratique de contrôler aussi l'entrée et la sortie des capitaux...

 

  Le point numéro 11 pose aussi un problème intellectuel. Il affirme que le franc pourrait se réévaluer par rapport à certaines monnaies, car ces dernières sont les monnaies de pays en grosses difficultés. On en conviendra pour les PIGS dont nous avons longuement parlé ici. Mais face au dollar il y a peu de chance que cela arrive. Et ce serait à l'heure actuelle extrêmement dommageable pour l'économie française. Non pas à cause de la production américaine en elle même, mais parce que les monnaies asiatiques sont collées au dollar. Si le Franc  s'apprécie face au dollars, il prendra automatiquement du poids face au Yuan ou au Won coréen, ce qui n'est pas vraiment une bonne chose pour nous connaissant notre déficit commercial avec la Chine ou la Corée du Sud. Une chose est sûr il est certains que nous dévalureons face au futur Mark. Autre chose qui me chiffonne dans le raisonnement c'est cette phrase:"Cette dévaluation prévisible de l’ordre de 20 à 25 % du Franc aurait plus d’avantages que d’inconvénients. Elle augmenterait certes de 20% la dette extérieure, souscrite en Euros (à condition que l’Euro existe encore !), soit 67% de la dette." " Il est en effet curieux de voir que notre dette serait toujours libellé en euro alors que d'après le scénario nous sommes sorties de la zone en question. Les quelques propos suivants semblent supputer qu'il y aurait un euro commun, mais si tel était le cas j'ose espérer que notre dette serait quand même convertie en franc. Après tout lors du passage inverse notre dette n'est pas restée en franc, et pourtant vue l'évolution de la monnaie unique cela aurait réduit considérablement la dette publique française si nous l'avions fait. Ce morceau du texte semble effectivement montrer que les analyses a été écrites un peu trop rapidement, les incohérences le montrent.

 

  Enfin, il ne faut pas oublier le problème des dévaluations compétitives que le texte n'aborde pas, c'est le même problème chez DLR au passage. Une monnaie stable n'est pas une mauvaise  chose en soi, au contraire même. Cependant si vous habitez la seule zone monétaire qui est stable alors que le reste des pays de la planète ne cessent de jouer sur leurs monnaies, vous êtes le dindon de la farce monétaire. En ce sens l'Europe avec la monnaie unique a perdu l'occasion de reconstruire un système monétaire stable tel qu'il a existé pendant l'application des accords de Bretton-Woods de 1945 à 1971. Car la fameuse période des trente glorieuse c'était aussi une époque où le dollars était convertible en Or, et où les monnaies avaient des valeurs stables et fixées, non pas par les marchés, mais par les états, suivant les conditions des équilibres commerciaux. A cela s'ajoutaient des politiques protectionnistes comme en Europe avec la préférence communautaire. On ne dévaluait que rarement et suivant des conditions particulières comme celles de 1958 en France. Les monnaies ne variaient pas tout les jours suivant des envies erratiques du marché. La folie d'une construction européenne inspiré par des fédéralistes américano-centriques nous aura donc fait perdre de vue le seul intérêt de l'Europe, celui d'être un outil au service de l'indépendance des pays membres et non de leur coercition. Nous aurions dû faire une monnaie commune et introduire en Europe les règles d'équilibre que les américains ont brisé en 1971. Il aurait fallu faire de l'Europe un système de Bretton-Woods en plus petit. Il serait donc bon de proposer, en plus de la sortie de l'euro, une perspective à l'image d'une union méditerranéenne comme je l'avais présenté sur ce blog. Cela aurait en plus un caractère fortement déstabilisant pour ceux qui présentent le FN comme un parti raciste. Si ses membres proposent une union avec les pays du Maghreb dans le but de créer, non pas un stupide super-état fédéral, mais juste une zone de stabilité commerciale et monétaire, les accusations tomberont à l'eau. De plus une telle politique de développement de l'Afrique du Nord serait un bon moyen de lutter contre l'immigration de masse. Et un bon moyen de mettre fin aux nombreuses dissensions que l'histoire a pu produire entre les deux rives de la méditerranée.  

 

Le cas échéant et en fonction de l’évolution future du SMI, le Franc pourrait être adossé ultérieurement à un étalon monétaire polymétallique constitué d’un panier de monnaies et de métaux précieux (Or, argent platine, platinum..). Le fantôme de Jacques Rueff aurait-il prit possession des économistes du FN? Si Rueff était pour l'or, c'était surtout parce qu'il permettait l'échange international sans avoir besoin d'une monnaie mondiale qui appartienne à une nation en particulier en l'occurrence le dollar. Mais un système monétaire international la France ne peut pas l'instaurer seule dans son coin. Vouloir adosser notre monnaie le futur franc à des matières premières voila bien le retour des politiques suicidaires des années 30. La France  d'alors, Keynes l'avait qualifié de pays de vieux paysans assis sur leur tas d'or. Cela provoquerait une surévaluation grotesque de notre monnaie et un effondrement instantané de l'économie nationale. Pour trouver un système monétaire stable, il faudra comme je l'ai dit précédemment faire une nouvelle Europe et construire avec nos futurs partenaires un système monétaire prenant en compte le besoin d'équilibrer les balances commerciales en permanence. Les économistes du FN seraient  bien inspiré de lire les propositions de la charte de la Havane par exemple qui était allée vraiment dans le bon sens mais qui ne fut jamais appliquée, faute de volonté des USA. Pour trouver un bon système monétaire international pas besoin de ressortir la relique barbare. 


  

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

yann 19/04/2011 21:36



@Olaf


 


Je suis un peu surpris de la réaction de Gréau. Je savais qu'il n'était pas franchement partisan de la sortie de l'euro mais dire que ce serait une folie d'en sortir est largement excessif.
L'Islane s'en est très bien sortie dans l'euro, de même que la Suisse la Norvège ou la Suède qui elle est pourtant dans l'UE.


 


@  A-J Holbecq


 


Merci pour votre réponse.



A-J Holbecq 19/04/2011 08:19



@albert


 


Si la France quitte seule l'euro pour revenir au franc et que l'euro y survit c'est une position différente du cas où la france quitte l'euro à la suite d'un "éclatement" de celui ci ( il serait
de toute façon impossible de rembourser en euros) .


 


Dans ces deux cas - et sauf mise en place immédiate d'une "monnaie commune de réserve" pour le second cas - la France aura besoin d'emprunter sur les marchés les devises internationales (euro qui
survit, yen, franc suisse, dollars..) pour satisfaire ses besoins de financement du solde (négatif actuellement ) de la balance générale des paiements (30 à 40 milliards d'euros par an, ce qui en
fait n'est pas grand chose... on s'aperçoit qu'il y a tellement de capitaux en attente de placement que les taux, j'en fais le pari, ne dépasseraient pas 5% au début... et baisseraient ensuite si
la politique est bien menée.


 


la position du FN (augmentation de 20% de la dette du fait que celle ci serait libellée en euro me semble actuellement "politique" : puisque au moment du retour au franc la parité serait 1 pour
1... la dette est nécessairement transformée en ce taux devient simplement libellée en francs (ça c'est l'hypothèse où l'euro survit...)



olaf 18/04/2011 22:32



Quleques réactions des intéressés :


http://www.slate.fr/story/36809/programme-economique-fn-inspiration



albert 18/04/2011 17:22



Une chose que je ne comprends pas : si on supprime la loi de 1973 qui empêche la monétisation de la dette publique par la banque centrale,
il ne devrait plus y avoir de spéculation contre la dette publique puisque de toute façon la France n’emprunterait plus sur les marchés et ne serait donc plus soumise aux taux d’intérêts
demandés par les marchés et les agences de notation ?



Malakine 18/04/2011 11:33



Tu es sûr que les commentaires sur le blog de Laurent ne venaient tout simplement pas de sympathisants DLR. Plutôt gentillet et angélique ce qu'il a produit tout de même ... pas de substitution,
tu parles !

L'intérêt c'est d'éviter une attaque spéculative sur la dette de la France avant même d'arriver aux manettes. Tu imagines la joie de son adversaire au second tour si l'élection se joue sur fond
de crise financière dont la perspective d'accession au pouvoir de MLP serait rendu responsable par toute la presse ?