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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 23:09

 La crise économique que nous traversons n'a pas que des répercussions purement économiques. La révolution de la maîtrise de la fécondité des années 60 n'a pas eu comme seule conséquence la baisse tendancielle de la natalité dans les pays les plus avancés. Elle a aussi lié la fécondité des nations à des phénomènes autrefois découplées d'elle. En un sens pour la première fois dans l'histoire les crises et la vision du futur de la population ont une incidence directe sur la dynamique démographique des peuples. Il s'agit là d'un phénomène qui n'existait pas dans les années 30. Un phénomène qui aggrave d'ailleurs les effets de la crise à long terme puisque celle-ci entraîne maintenant la natalité à la baisse. Nous commençons seulement à concevoir que le contrôle des naissances n'a pas que des avantages pour les sociétés, mais aussi de nombreux inconvénients. Car avec la « maîtrise » vient aussi la responsabilité, nous savons bien en France à quel point une basse fécondité peut hypothéquer l'avenir pour longtemps.

 

La natalité US chute

 

Dans le graphique suivant, on voit très bien la corrélation qu'il y a entre la crise économique et la baisse de la fécondité. On pourrait d'ailleurs rajouter, que le chômage de masse trentenaire des pays ouest-européens, n'est pas pour rien dans la faible fécondité de ces pays. Même si l'économie n'explique pas tout. Il est clair qu'un fort chômage, couplé avec un pessimisme général, et à une facilité d'usage des techniques de contrôle de la fécondité, favorise la faible natalité. Le plus grave c'est que cette crise casse une petite remontée que l'on pouvait voir se profiler en Europe. Même l'Espagne avant la crise voyait sa natalité légèrement remonter. Mais si l'impact de la crise se fait déjà sentir sur la fécondité européenne, celle-ci étant déjà faible. La chute n'est pas aussi prononcée que dans les pays où la natalité était en apparence plus raisonnable.

Statistique-comparative-de-fertile.png

 Graphique provenant de la revue population et société n°498 de l'INED. 

 

L'on voit très bien sur les données du graphique de l'INED que c'est aux USA et en Islande que la fécondité a le plus baissé. Le cas de l'Islande est tout à fait représentatif des effets démographiques de la crise puisque s'il y a bien un pays qui a connu des déboires c'est bien celui-ci. On ne parlera pas ici des méthodes de sortie de crise de la société islandaise. Des méthodes qui n'ont malheureusement pas inspiré le continent. Elles étaient trop démocratiques et égalitaires sans doute. Mais il se trouve qu'avant la crise l'Islande connaissait une bonne hausse de la natalité qui avait même dépassé le seuil de reproduction avec 2,2 enfants par femme. Oui vous avez bien lu. L'Islande était un pays européen qui arrivait à avoir une natalité soutenable à long terme. Malheureusement, la crise a cassé cette ascension commencée dès le début des années 2000. Elle montre en tout cas qu'il est tout à fait possible pour un pays européen et développé de connaître une natalité normale. Nous ne sommes pas condamnées à la disparition démographique et à l'immigration de remplacement. En tout cas, nous ne le serions pas si nos politiques économiques n'étaient pas aussi folles.

 Evolution natalité US

 

 

Si le cas de l'Islande ou même de l'Irlande représente bien cette liaison entre économie et natalité, le cas des USA est plus discutable. À première vue pourtant ce pays subit un ralentissement de la natalité en corrélation avec la crise. C'est d'ailleurs cette baisse fait paniquer le New York Times dans un article récent paru à ce sujet. Les USA sont en effet extrêmement soucieux de leur croissance démographique. L'expansion démographique soutenant leurs visées expansionnistes sous-jacentes dans l'idéologie de leur "destinée manifeste". Il se trouve cependant que si la baisse de la fécondité américaine est bien corrélée en apparence à la crise ce n'est pas toute la population américaine qui est concernée. Comme vous pouvez le constater sur les graphiques qui suivent, c'est en fait surtout la natalité des Hispaniques qui s'aligne sur les pratiques en vigueur aux USA à l'occasion de la crise économique. Il est d'ailleurs bon de noter que si les USA ont souvent été montrés en exemple en matière de démographie et de dynamisme, le fait est qu'il devait l'essentiel de ce dynamisme à leur source locale d'immigration. Il était en effet étrange de voir des nations comme la Grande-Bretagne l'Australie ou le Canada avoir des taux de fécondité de l'ordre de 1,7 à 1,8 enfant par femme alors même que les USA dépassaient les 2 enfants par femme. Étant donné la proximité des structures familiales, historiques et économiques entre ces pays. Quelque chose ne collait pas. En fait, les WSAP avaient la même fécondité que leurs cousins d'outre-mer ou du Canada. C'est le fait migratoire sud-américain et principalement mexicain qui donnait cette impression de dynamisme.

 

 fécondité racial aux USA

La baisse de la part des naissances hispaniques indique une très forte baisse des naissances dans cette population. C'est de là que vient principalement la baisse générale de la fécondité US. Source : CDC

 

Mais c'est terminé, les latinos semblent enfin aligner leur fécondité sur celle des locaux. C'est d'ailleurs sur la baisse des fécondités des teenagers que l'on voit cet alignement des mœurs démographiques. Elle reste encore plus élevée que celle des blancs et des Asiatiques, mais l'évolution est tout de même spectaculaire en l'espace de 20 ans puisque ces naissances sont plus que divisées par deux. On peut finalement y voir le signe de l'intégration des Hispaniques quoique le Mexique a lui-même évolué en ce sens. Comme nous l'avions vu lors d'une analyse de la société américaine, la concentration hispanique dans certaines régions du sud est telle qu'imaginer une intégration est proprement ridicule. Cependant, il semble que sur le plan de la natalité la crise ait réussi une uniformisation du comportement démographique. Donc si la natalité a effectivement baissé aux USA cela concerne surtout les populations dont la fécondité était encore à un haut niveau avant la crise. Des populations n'ayant pas encore tout à fait passé la transition démographique. On peut ici supposer que cette population étant encore relativement jeune par rapport au reste de la population du pays elle peut plus facilement retarder l'âge de la première ou de la deuxième naissance. Un peu à l'image de ce qui s'est passé en Europe ou aux USA dans les années 70. Les blancs eux ont une fécondité plus basse, mais aussi plus tardive. Il arrive un moment ou l'on ne peut plus reculer l'âge de procréation, surtout si l'on est une femme. La plus grande résistance de la fécondité de ces populations tient probablement à cette réalité triviale.

 

 natalite-des-adolenscents.png

 La baisse de la natalité précoce chez  les hispaniques indique peut-être un mouvement réel d'intégration. 

 

L'étrange résistance démographique française

 

C'est peut-être d'ailleurs ce qui explique en partie du moins l'étrange résistance de la démographie française. Comme l'indique le premier graphique de cette analyse, la fécondité française semble mieux résister à la crise que celle des autres pays. La première explication qui vient est celle d'une crise pour l'instant moins grave dans ses conséquences pour la population de notre pays. Il est vrai que les conséquences de la crise en France ne font que commencer à arriver. Et que l'on ne verra vraiment si le pays résiste que lorsque les effets catastrophiques des politiques socialo-libérale feront doubler le chômage et chuter les salaires. On pourrait aussi citer l'état providence qui tant bien que mal amortit encore pour un temps les effets de la crise sur la fécondité. Il reste cependant clair que la reprise de la natalité que nous connaissons depuis l'an 2000 commence à s’essouffler alors que nous sommes encore assez éloignés du seuil de reproduction. C'est d'autant plus vrai d'ailleurs si l'on exclut la fécondité des populations d'origine étrangère en France.

 

L'arrivée des méthodes moderne de contrôle des naissances ont eu un effet dévastateur sur la démographie des pays occidentaux. Que l'on s'en réjouisse ou non, le fait est que l'on est passé d'une fécondité comme œuvre du hasard à une fécondité entièrement dicté par la contrainte de l'anticipation sur le futur. D'ailleurs, un coup d’œil rapide sur l'évolution de la fécondité française en dit plus qu'un long discours sur ce sujet. Avant l'introduction de la pilule dans les années 60, la natalité variait plutôt au grès des grands événements historiques. On pense évidemment à l'effroyable boucherie de 1914 et de la Seconde Guerre mondiale. Depuis l'effondrement des années pilules 1960-1970 la fécondité est plus liée à la situation économique. On voit d'ailleurs le court effet des plans de relance de 1981 puisque la natalité fait alors un bond qui a duré aussi longtemps que la politique pseudo-keynésienne du parti socialiste. On remarque également que la légère amélioration de la situation économique à la fin des années90 a également eu un effet positif sur les naissances. Cette simple analyse peut nous faire dire sans trop d'exagération que la relance de la natalité passe donc en grande partie d'une relance économique et d'un retour à l'espoir pour les millions de français qui sont anxieux lorsqu'ils pensent à l'avenir.

loadimg.jpeg

Evolution à long terme de la fécondité française INED

 

 

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Published by Yann - dans démographie
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commentaires

Emmanuel B 09/06/2013 22:47


ça ne vous aura pas echappé :


http://www.marianne.net/allemagne/L-Allemagne-moins-peuplee-qu-on-l-imaginait_a24.html

La Gaule 01/06/2013 02:19


 


Le genre de vie « urbain » et la fameuse « moyennisation » de
la société, tous les deux liés à la dynamique du compromis fordien, sont aussi à l’origine de la baisse de fécondité de nos sociétés, mais dans un faisceau de facteurs infiniment
complexe.


Au Canada, ce sont historiquement les classes aisées anglophones urbanisées qui ont été affectées les premières par le phénomène, suivies par
les classes plus populaires du même groupe linguistique à mesure qu’elles s’installaient en ville, et ensuite les classes francophones urbaines les plus favorisées, avant que ce marqueur
démographique ne s’étende à l’ensemble de la société de ce pays.


Concernant le groupe francophone, il est connu que le facteur identitaire a joué un rôle, même s’il s’est exprimé à travers le prisme religieux
que l’on met généralement en avant pour expliquer la chose. Pour les québecquois, faire beaucoup d’enfants étaient aussi une question de survie culturelle.


On peut se demander si, toutes proportions gardées et à dynamique inversée, une tendance semblable n’affecterait pas la France d’aujourd’hui, où
les problèmes sociaux ont tendance à « s’éthniciser ».


C’était le constat que faisait Christophe Guilluy il y a trois ans, troublé par le fait que la France « allogène » soit rurale, soit
exilée à la périphérie semi rurale des principales métropoles, maintenait généralement mieux sa natalité que son homologue restée en ville –une donnée sur laquelle un Todd ferait bien de se
pencher.


Il remarquait aussi que cette « ancienne » France –en fait une facette de la nouvelle- ne gardait bien souvent de son appartenance à
la classe moyenne que… Le simple sentiment d’en faire partie, au-delà de ses revenus et de son statut réel !


Inversement, Guilluy mettait le doigt sur le mythe des quartiers banlieusards à dominante immigrée « les plus déshérités de France »,
alors que dans ces zones, autour d’authentiques et nombreux ghettos de pauvreté, une petite bourgeoisie d’origine exogène prenait aussi manifestement son essors (il rappelait simplement que le
« neuf trois » figurait dans les départements les plus dotés du pays). Si cela était possible d’être étudié ( ?), il est à parier que cette frange de la population montrerait une
natalité tendanciellement semblable à celle des autochtones.


 


Au-delà du redoutable problème de l’insécurité croissante qui ronge la société française, et qu’il sera toujours difficile
« d’ethniciser » de bonne foi (dans la mesure où l’immigré qui « joue le jeu » de l’autonomie économique régulière en souffre autant que les autres), le ressentiment d’une
France contre l’autre se nourrit d’une authentique menace de déclassement social des allogènes.


Comment ces tendances vont évoluer dans l’ouragan de la grande dépression qui ne cesse de s’étendre ? Je parie sur le fait que la crise va
porter un coup d’arrêt à l’extension tentaculaire  des grandes métropoles urbaines, cela au moins en occident (un Patrick Reymond sur son blog est
sans doute dans le vrai avec ses projections rétro).


Pour gérer la chose en France –que l’on pense à l’infernale perspective posée par la mégapole parisienne- il sera de toute façon nécessaire de
revenir à un aménagement serré du territoire et,  pour cela, de restaurer une centralité administrative qui en ait la volonté et les moyens.


Autrement dit, il faudra re-concentrer l’administration pour mieux déconcentrer les grandes villes. Pas l’inverse, et au mépris des lubies
régionalistes germano-européennes.


Le renouveau et l’équilibre démographique du pays passeront aussi par là, comme cela s’est toujours fait d’ailleurs chez nous dans le
passé.