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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 16:36

Apres-l-Empire-Essai-sur-la-decomposition-du-systeme-americNous conviendrons avec Philippe Grasset, qui vient d'inaugurer sur son site la première vidéo en ligne, que l'histoire s'accélère. L'accumulation d’événements apparemment disparates peut soudain éclairer le sens de notre temps et surtout nous révéler ce qui se cache parfois derrière l'apparence des choses. Si l'on convient maintenant que les événements d'Ukraine ont été promulgués par l'UE et les USA, il ne faut pas pour autant penser que ces groupes aient une réflexion profonde sur l'impact des actions qu'ils mènent. Comme je l'ai déjà dit sur ce blog l'individualisme délirant qui mène l'esprit des élites occidentales, couplées au mécanisme de la communication empêche de voir dans l'action qu'elles mènent un sens profond, une stratégie. Nous avons plus affaire à une action désordonnée et incohérente mue par des intérêts multiples et divergents. Ce que Philippe Grasset nomme le chaos est le résultat de cette propension des élites occidentale à se laisser happer par le présent et la pression externe. Ce sont les événements qui les mènent plutôt que l'inverse. Mais pour prendre conscience de l'importance des événements actuels, et notamment du fait que la Russie et la Chine commencent sérieusement à vouloir se passer du dollar. Encore faut-il peut-être réexpliquer pourquoi, cette question du dollar est fondamentale.

 

L'étalon dollar, Keynes avait raison

 

Le rôle du dollar en tant qu'étalon date de l'accord de Bretton Woods en 1944. C'est malheureusement le plan américain de Harry Dexter White qui sera préféré à la stratégie de Keynes. Un plan dont nous voyons aujourd'hui qu'il a conduit l'Amérique et le monde dans une impasse même si à court terme il pouvait sembler cohérent. L'accumulation par les USA d'une grande quantité d'or pendant la Seconde Guerre mondiale grâce aux excédents commerciaux du pays ayant asséché le reste du monde, l'idée de faire en sorte que le dollar devienne une monnaie garantie par l'or n'était pas dénuée de sens. Le dollar était effectivement à l'époque aussi solide que l'or, car les USA étaient la nation la plus productive. Les effets nocifs que Keynes avait bien vus venir ne se sont fait sentir que quelques années après. Les pays se mirent en effet à accumuler des dollars dans leur banque centrale grâce à leurs excédents commerciaux. L'Europe reconstruite et le Japon connurent des gains de productivité qui les firent rattraper rapidement les USA. De sorte que dès les années 60 les USA eurent des déficits commerciaux permanents avec ces deux zones. C'est à ce moment-là que le Général de Gaulle (1965) eut ce discours mémorable demandant l'abandon du dollar comme monnaie de référence mondiale. Le seul problème est que de Gaulle qui était influencé par Jacques Rueff en la matière n'imaginait comme seul recours qu'un retour à l'étalon or. Un étalon qui s'il avait la qualité de mettre toutes les nations à égalité commerciale avait aussi la fâcheuse tendant à la stagnation de la masse monétaire. C'est le Bancor de Keynes que de Gaulle aurait dû prôner, mais c'était aussi un homme de son temps. Une monnaie internationale indépendante de tous les états nations qui aurait permis une égalité dans l'échange comme l'or, mais qui aurait pu suivre les besoins mondiaux d'une augmentation de la masse monétaire. Parce qu'il n'y a aucune raison que la croissance de la masse monétaire soit inutilement limitée par l'évolution de l'extraction d'un métal précieux. Petite remarque si l'euro avait été une monnaie commune, il aurait pu devenir une espèce de Bancor. Mais là encore l'idéologie l'a emporté sur le bon sens.

 

 

 

Quoi qu'il en soit, il est évident que la possibilité pour les USA d'émettre une monnaie internationale est un avantage considérable dont ils usent et abusent en permanence. L'on remarquera tout de même que le cadeau que la communauté internationale fait aux USA est un cadeau empoisonné pour le peuple américain. Car les grandes inégalités qui traversent ce pays sont aussi dues en partie à cet avantage. Car si le prolétaire américain est devenu inutile à cause du libre-échange ce n'est pas uniquement pour cela. La nature internationale du dollar permettant à ce pays d'acheter gratuitement comme le disait de Gaulle des marchandises partout dans le monde le système de production local est devenu inutile. Le couplage de la liberté de circulation des marchandises avec le rôle du dollar a probablement été l'arme fatale qui a tué le système industriel américain. Une arme qui a transformé les USA en un système capitaliste patrimonial comme l'a si bien décrit le site criseusa. Un système dont on voit mal comment les USA pourraient sortir sans de graves problèmes macro-économiques. La défense du dollar et sa nature internationale font donc partie de la priorité absolue pour le gouvernement US. Comment en effet continuer à étendre les bases militaires américaines et à financer le colossal déficit extérieur du pays si les étrangers n'acceptent plus votre papier monnaie comme paiement ?

 

L'un des mécanismes du maintien du dollar est le rôle d'acheteur en dernier ressort qui a été très bien décrit par Emmanuel Todd dans son livre « Arpès l'empire ». Tout se passe comme si les USA étaient devenus l'état keynésien de la planète entière. Les déficits commerciaux,et les déficits publics US permettant à la planète de continuer à chanter même avec des déséquilibres commerciaux croissants. La peur du rééquilibrage commercial poussant les Asiatiques et les Européens à continuer à acheter du dollar pour maintenir le consommateur américain en place et éviter ainsi un effondrement de la croissance mondiale. On l'a vue en 2007, la simple division par deux du déficit US a entraîné des récessions partout. L’Allemagne, le Japon, et la Chine ayant été particulièrement frappée par l'effondrement de la demande US. L'on peut imaginer la déflagration que ce serait si les USA commençaient à avoir un équilibre voir à connaître des excédents pour rembourser leur dette extérieure colossale. L'autre pilier du dollar peut-être le plus solide est l'usage qui est fait de cette monnaie dans les échanges de matières premières. Le pétrole ou le gaz sont achetés en dollar parce que le dollar permet d'acheter n'importe où dans le monde. On en revient à la nature internationale de la devise américaine. Les pays producteurs de matière première préfèrent les dollars pour la bonne et simple raison que tout le monde les accepte. Le dollar est en quelque sorte devenu une convention, il est la monnaie du monde, quelles que soient les qualités intrinsèques de l'économie US. Maintenant rien n'interdit de penser que la convention peut être brisée si suffisamment de pays refusent purement et simplement le dollar comme monnaie de paiement.

 

 

La chute de l'empire

 

Les partisans de l'empire américain atlantiste et souvent pro-européen ont tendance à négliger cet aspect monétaire de l'empire. Il est vrai que l'on parle depuis longtemps déjà du risque qui plane au-dessus des USA, et comme toute prévision et analyse même négative elle est raillée tant qu'elle n'advient pas. C'était la même chose pour l'euro. Qui se souvient de la façon dont ont traité les sceptiques de la monnaie unique lorsqu'ils disaient que cette monnaie conduirait au désastre en Europe et ferait croitre les tensions en produisant chômage et misère. Il en va de même avec le dollar. On sait pertinemment que ce système monétaire international ne fonctionne pas et qu'il conduit à des déséquilibres dangereux, mais rien ne permet de dire ni de prévoir un effondrement brutal ou une évolution progressive. On sera vraisemblablement dans un phénomène non linéaire brutal, une singularité au sens mathématique qui nous fera passer d'un monde dominer par le dollar à un monde complètement différent. Reste à savoir ce qui potentiellement pourrait produire ce changement d'état au sens physique du terme. Reste que comme dans le cas du changement d'état de l'eau en glace la variation brutale fait qu'il est difficile de concevoir l'élément qui sera déterminant.

 

C'est dans ce contexte que toute nouvelle pouvant intervenir sur le rôle du dollar doit être prise au sérieux. Parce qu'il s'agit d'une question éminemment sérieuse. Car d'elle découle tout un tas de possibilités économiques et géopolitiques, tout un tas de conséquences d'une gravité apocalyptique littéralement. Surtout que le monde est déjà dans une situation de fragilité exceptionnelle du fait même d'ailleurs de la domination US sur le plan culturel et intellectuel. Les accords gaziers et monétaires entre la Chine et la Russie suite à l'affaire ukrainienne font partie de ces événements anodins de prime abord pouvant conduire à des conséquences extrêmement graves pour l'empire de l'Ouest. Cela fait maintenant quelques années que les puissances industrielles montantes comme la Chine cherchent à construire une alternative au dollar. Les différents accords Sawp d'échange monétaire bilatéraux permettant de commercer et d’investir sans l'intervention du dollar. La stratégie chinoise consistant à couper petit à petit les fils reliant les diverses zones commerciales du monde du dollar. La chine a même fait un accord avec l'Europe et l'Allemagne en la matière. Évidemment les Chinois ne peuvent brusquer les choses sous peine de provoquer le fameux changement de phase dont personne ne sait où il pourrait nous mener. Mais l'affaire de l'Ukraine et l’agressivité croissante des USA et de leurs satellites ont conduit, semble-t-il, les puissances des Bric à accélérer le mouvement.

 

Il ne faut pas non plus sous-estimer le rôle de l'euro dans l'affaire. Si cette monnaie peut sembler à première vue comme une tentative de sortir de l'influence du dollar, la nature du pouvoir politique européen nous rappelle pourtant bien qui dirige le continent. Les accords transatlantiques ne faisant qu'entériner l'inféodation politique de l'Europe sur les intérêts US. Le simple fait que les élites européennes conduisent le continent vers sa destruction est en soi un soutien au rôle du dollar comme monnaie de référence. Qui irait donc confier ses capitaux à une monnaie d'un continent en perdition. L'on peut d'ailleurs se demander à la suite de Jacques Sapir si l'effondrement de l'euro n'aurait pas comme effet domino de faire tomber le dollar. Les problèmes de la monnaie européenne servant en quelque sorte d'écran de fumée aux problèmes du dollar. Là encore les déséquilibres ont raison de la monnaie. L'accumulation d'excédents d'un côté cause inéluctablement l'effondrement des pays déficitaires conduisant au désastre général. Lorsque Keynes proposait le Bancor, il pensait à un système permettant la croissance de la masse monétaire tout en maintenant les équilibres des balances des paiements. Quel que soit le prochain système monétaire international sans cette référence à la nécessité d'équilibre, il finira exactement dans le même état que le système actuel.

 

Il serait tout de même drôle que l'UE et le délire de ses membres à commencer par la Pologne qui semble avoir un rôle de première importance dans la crise ukrainienne, finissent par produire l'effondrement de l'empire qu'ils aiment tant à l'issue de leur plein gré. Les europhiles et atlantiste délirant qui ont soutenu la monnaie unique conduisant l'UE et l'Europe dans les décombres de l'histoire, pourrait ainsi par leur aveuglement faire tomber également l'empire américain en déclenchant une série d’évènements faisant tomber le dollar de son piédestal. Comme le disait Todd sur la Pologne récemment en plaisantant: « attention à la Pologne, elle est en partie responsable de l'effondrement de l'URSS ». Si les Polonais arrivent à faire tomber par inadvertance l'empire US l'on pourra les en remercier.

 

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

yann 25/04/2014 00:29


@La Gaule 


 


C'est plutôt l'empire version toddienne. On verra bientôt où cette affaire nous mènera de toute façon. 


 


@Jard


Le débat n'a pas vraiment d'intérêt je ne suis pas physicien et Raymond la chute non plus que je sache. J'ai tendance à plutôt me fier à des gens qui connaissent leur affaire en la matière.
 Il se trouve que la filiaire au Thorium est défendu par des physiciens du CNRS, et que c'était la solution préférée de Pierre-Gilles de Gennes notre prix nobel de physique aujourd'hui
décédé. Ils sont quand même mieux palcé que nous pour avoir un avis sur la question. D'autant que contrairement à l'économie la physique est une vraie science 

La Gaule 24/04/2014 01:14


La phrase exacte qui concluait son l’aparté d'Elvis était : "Il est possible que la Pologne soit en train de s'occuper de l'Union Européenne". 


Sous entendu à mon avis que la Pologne joue à fond la carte américaine pour mieux jouer la leur propre. Ce serait bien dans la continuité de la stratégie de ce pays qui avait marqué son entrée
dans l'Union en concluant un marché d'avions militaires avec les américains au détriment de ceux qui avaient le plus appuyé leur candidature, les français !


L'Union européenne a-t-elle jamais été le problème de la Pologne ? Qui s'est d'ailleurs habilement maintenue hors de la zone euro, sur le modèle de son vieil allié de l'ouest, la grande Bretagne.


Un mole occidental slave, sur le modèle de l'antique grand duché de Pologne-Lituanie et englobant une partie de l'Ukraine (plus la Slovaquie et la Moldavie) leur conviendrait très bien et
conviendrait très bien à tout le monde (y compris aux russes) en cas de reflux de ce que vous appelez de manière très soralienne (c'est bien) l'Empire.


Car les polonais sont suffisamment matois pour bien avoir envisagé toutes les conséquences de leur attitude dans la crise ukrainienne.

jard 23/04/2014 08:40


Hors-sujet: Patrick Raymond parle du thorium. Il n'a pas le même avis que toi. Un débat entre vous deux ne serait-il pas très intéressant? jard