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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 20:35

  greau-jean-luc-photo-c-helie-gallimard-coul-11.jpgLe dernier interview donné par Pascale Fourrier avait comme invité l'excellent Jean Luc Gréau qui comme à son habitude s'est concentré sur l'essentiel. Il décrit et défend depuis longtemps un protectionnisme pour revitaliser le tissu industriel européen et français profondément malade. Mais dans cet interview il décrit également le risque grave auquel s'expose les puissances européennes, un risque dont elles ne soupçonnent même pas l'existence. Ce risque c'est celui du déclin absolu, et non relatif.

 

  Le déclin absolu s'est déjà produit à de grandes échelles on pense à la civilisation musulmane, à l'empire romain, à l'Espagne du 16ème siècle qui ne sait jamais vraiment remise de la fausse richesse créées par ses mines d'or et ses pillages en Amérique du sud. Mais on oublie souvent des déclins plus proches de nous historiquement qui sont pourtant exemplaire de ce qui pourrait se produire si les puissances européennes ne prennent pas enfin leurs problèmes économiques au sérieux. L'empire Ottoman et l'Inde sont des exemples pratiques de ce que le libre-échange maintenu par idéologie, stupidité ou colonialisme dans le cas de l'Inde peut provoquer sur une longue période.

 


   Le déclin et le commerce

 

Le libre-échange pratiqué constamment à toujours conduit au déclin absolu

 

  L'exemple de l'empire Ottoman est le plus frappant son poids ne va cesser de diminuer au cours du 19ème siècle avant de disparaître à la fin de la grande boucherie de 1914-18. Ce déclin est le fruit en grande partie de la destruction de l'artisanat et de l'industrie locale face à la concurrence occidentale, mais il faut bien voir qu'avant la révolution industriel l'Europe n'était pas plus riche que l'empire Ottoman. Ce dernier était même une menace constante pour les puissances d'Europe et notamment pour l'empire Austro-hongrois. .Le déclin de cette puissance est bien le fait d'une rupture lié à la non industrialisation de l'empire. Cette non-industrialisation est évidemment du au fait que l'industrie locale n'a pas été protégé et encouragé à produire des produits aptes à concurrencer les marchandises européenne, et surtout britannique.

 

D'ailleurs il faut savoir que l'empire Ottoman était la coqueluche des libre-échangistes au 19ème. Paul Bairoch l'économiste suisse, a même fait cette citation incroyable d'un partisan du libre-échange intégrale J.R. McCullock qui dit dans son « dictionnaire du commerce »: « Il est assez étrange de constater que, dans le domaine des échanges commerciaux, nous ne pouvons qu'adresser nos louanges au gouvernement turc, qu'il est agit intentionnellement ou par négligence. ». En effet comme le note Bairoch les importations n'étaient pas taxé à plus de 3% soit quantité négligeable. Comme je l'avais noté dans mon texte sur la concurrence, celle-ci n'a de sens qu'entre égaux en cas contraire elle produit une destruction massive de l'industrie la plus faible ou la moins avantagé. L'empire Ottoman ne s'en est jamais remis, l'une des civilisations les plus puissante de la planète s'est écroulé pour cause de non politique commerciale.

 

  Un autre cas de démolition par libre-échange intégral est l'Inde, là encore il s'agissait d'un pays riche et prospère avec une grande variété de productions artisanales. Mais les colonisateurs britanniques n'ont vue dans l'Inde qu'un marché pour leurs exportations, le déséquilibre commerciale constant qui s'établit entre la Grande-Bretagne et son immense colonie va condamné celle-ci à un déclin dont elle ne fait que se sortir aujourd'hui. On pourrait d'ailleurs ironiser sur le fait qu'aujourd'hui la situation s'est inversé.

 

  On pourrait multiplier les exemples et je ne peux que vous conseiller encore une fois la lecture des travaux de Paul Bairoch en la matière. Tous les pays sous-développé actuelle son d'ancien libre-échangistes ce n'est pas une théorie bancale comme celle de la théorie des avantages comparatifs,non, ce sont des faits historiques issus de l'expérience commerciale du 19ème et 20ème siècle. Or dans la science ce sont les fait qui comptent et non les théories aussi plaisantent et reposantes soient elles pour l'esprit.

 

Le contre exemple historique américain

 

  L'ascension surprenante des USA coïncidence avec une fermeture commerciale sans équivalent dans le monde. Contrairement à la légende qu'ils se sont eux mêmes forgés les USA ne se sont pas construit sur le libre-échange bien au contraire. Ce graphique va vous le montrer jusqu'à la deuxième guerre mondiale les USA taxait très fortement les importations, ce n'est qu'après la mise en place de leur domination militaire et politique qu'ils devinrent des libre-échangistes, non sans arrières pensés bien évidement. Comme leur prédécesseur anglais, ils pensaient que leur avance était telle que nul ne pourrait jamais les rattraper, mais comme à chaque fois le libre-échange s'est retourné contre ses promoteurs. Ce qui n'était qu'une stratégie de domination à court terme se transformera en principes naturels qui finalement conduiront au déclin macro-économique et à l'effondrement impérial.

DroiUSARGU

 

  Vous remarquerez que les droits de douanes furent augmentés au lendemain de la guerre de sécession. Car oui contrairement à la légende, là encore, les USA n'ont pas fait la guerre pour libérer les esclaves, la durée de la ségrégation le montre d'ailleurs, les noirs étant restés des habitants de seconde zone longtemps après Lincoln, mais pour des intérêts purement économiques. Ainsi le nord industriel ne pouvait pas se développer à cause de la concurrence britannique féroce, le nord était donc pour le protectionnisme commercial, et pour l'abolition de l'esclavage comme caution morale. Le sud lui était pour le libre-échange car l'esclavage lui donnait une AVANTAGE COMPARATIF... vis à vis de l'étranger en matière agricole en plus de ses avantages naturelles en terre vastes et riches. Avec la défaite du sud l'Amérique est devenu largement protectionniste et a réussi son industrialisation, le sud lui a décliné.

 

Avec la domination de l'empire américain les entreprises américaines se sont mis à rêver d'exporter le made in america partout dans le monde et particulièrement dans l'Europe dévastée. Les intérêts industriels ont alors oublié leur protectionnisme qui les avaient avantagé si longtemps et se sont mis à prôner le libre-échange ce qui produira des changements puissant dans l'économie US. Tout comme l'abrogation des "Corn laws " et la mis en place du libre-échange l'ont fait pour la grande-Bretagne un siècle avant, l'abolition des mesures de contrôle commerciale va progressivement devenir un dogme et faire décliner l'industrie US.

 

  Déclin relatif ou absolu

 

 La différence entre les deux est assez simple à comprendre, la France du 19ème siècle est un exemple de déclin relatif . Notre pays a du son déclin en terme de poids essentiellement à une raison démographique, alors que la France était quatre fois plus peuplé que la Grande-Bretagne en 1800 la population de cette dernière était plus élevé en 1900. Notre pays a connue une stagnation démographique d'un siècle au moment même ou le reste de l'Europe puis de la planète connaissaient un boom sans précédent de leur population. Cependant la France s'est industrialisé elle est resté une grande puissance, en déclin certes mais continuant à faire partie de l'histoire et des pays avancé. Le niveau de vie français a continué à grimper et nous avions une industrie, une agriculture et des capacités militaire toujours croissante. La France a su protéger son industrie et quelques expérience de libre-échange furent rapidement abandonné, comme quoi nos élites d'alors avaient un peu plus de plomb dans la cervelle.

 

A l'inverse le déclin absolu entraine une baisse du niveau de vie général de la population, une perte de souveraineté et une faiblesse qui peut au final carrément détruire des institutions et des pays qui avait pourtant vécu des siècles durant. L'empire Ottomans existait depuis 1299 il a pourtant été détruit en l'espace de quelques générations son déclin économique ayant nourrit des séparatisme locaux il éclata en 1922. De la même manière des peuples créatifs et intelligents contraints au libre-échange comme l'Inde perdirent tout une partie de leur savoir faire et s'enfoncèrent dans la misère. On peut rajouter l'exemple sud américain. Le fait que l'Amérique du Sud soit resté en régime de libre-échange explique en grande partie la différence d'évolution avec l'Amérique du Nord.



Notre avenir


L'Europe et l'occident ne peuvent que décliner à court terme

 

La situation française du 19ème s'est aujourd'hui étendu à toute l'Europe, la grande Europe incluant la Russie représentait 25% de la population mondiale en 1920, elle ne fait plus que 12% aujourd'hui probablement moins de 7% en 2050. Même si le niveau de vie s'accroit au rythme planétaire le poids relatif ne peu que diminuer. Donc quoique ne nous fassions nous ne pèserons plus jamais comme nous l'avons fait par le passé.

 

De plus au début du 18ème siècle le niveau de vie de la planète était partout à peu près équivalent. L'industrialisation d'une partie du monde va enclencher un déséquilibre historique de grande ampleur qui va favoriser les peuples d'occidents ce qui va leur permettre, momentanément, de peser bien plus lourd que leur poids démographique. C'est cette période que nous enterrerons aujourd'hui avec le retour de la Chine en attendant l'Inde, l'Amérique du sud et l'Afrique.

 

Mais comme je l'ai expliqué précédemment il y a une différence importante entre déclin relatif et absolu et ce que nous faisons aujourd'hui en matière économique déterminera ce qu'il adviendra de notre pays et de notre continent. Voulons nous nous effondrer comme l'empire Ottomans en maintenant le libre-échange tout en croyant toujours être les plus intelligents et les plus avancés? Puis disparaitre des pages d'histoires, laissant nos éventuels descendants sur une terre dominer peut-être par des puissances étrangères. Ou allons nous accepter notre déclin et nous y préparer en protégeant ce qui peut l'être, en maintenant une industrie et un potentiel  de création et de production sur notre sol. Et pourquoi pas en relançant la natalité pour qu'a moyen terme notre continent reste un poids important dans le monde.

 

Demain la science viendra d'Asie

 

Il faut définitivement tordre le cou à l'idée que nous nous spécialiserons dans les sciences c'est une escroquerie intellectuelle un argument bidon issu d'une théorie qui s'est révélé fausse et nuisible à l'essai, celle des avantages comparatifs. Comme le fait remarquer Jean luc Gréau dans son deuxième interview rien que la Corée du Sud produit plus d'ingénieurs que les USA, or la Corée du Sud ne fait que 49 millions d'habitants! Imaginez la Chine puis l'Inde, près de trois milliards d'habitants à eux deux, il faut être cinglé pour croire qu'ils ne vont pas être le cœur de la science de demain. Notre adaptation au monde de demain devra donc se faire en maximisant les scientifiques aptes à parler les langues asiatiques par exemples et à copier ce qui se fera la-bas (thèses, brevets, nouveau concepts). Croire que nous tiendrons à la course est chimérique, nous seront derrière un peu comme nous l'étions avec les USA, ou comme avec le Japon actuel. Le protectionnisme permettra  l'installation d'entreprises asiatiques intéressées par nos marchés, sur notre sol. Elle transfèrerons ainsi des savoir-faire acquis dans le nouveau centre du monde.

 

Je sais que la perspective d'être à la périphérie des grandes civilisations fait mal au cœur des occidentalo-centriste mais sur les 2000 dernières années l'histoire du monde s'est surtout faite en Asie. La Chine a toujours était la première puissance du monde, et même à son apogée l'empire Romain n'aurait pas pu rivaliser avec les armés chinoises . Deux siècle de domination occidental ce n'est finalement pas grand chose. Pourtant cela n'a pas empêché nos ancêtres de vivre, d'inventer leur propres façon d'exister. Les occidentaux doivent se sortir de l'esprit de domination issu d'une période courte de la révolution industrielle s'ils ne le font pas et s'ils se laissent enfumer par leur pseudo-grandeur passé nous allons droit au déclin absolu. Accepter notre déclin s'est voir qu'aujourd'hui nous sommes les faibles et que nous pouvons à notre tour être les victimes de l'histoire et c'est accepter le besoin du protectionnisme comme élément régulateur. Ceux qui prônent le libre-échange sont comme le dit Gréau des racistes qui croient toujours en la domination de l'occident.

 

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

Sous Caporal CHEF La Gaule 06/03/2010 22:37


Je lui suis surtout extrêmement reconnaissant de me le vendre sans trop gonfler le prix d'une semaine à l'autre. Quant à "choisir" d'aller acheter mon pain à Pékin plutôt qu'à Calcutta, voir au
coin de ma rue, c'est un rêve de libre-échangiste en postcure.
Bonne chance pour le sevrage.


jean 06/03/2010 15:55


@Sous-caporal CHEF:
Quand je vais chercher du pain, je ne demande pas au boulanger de m'être éternellement reconnaissant.Mais vous peut-être.


Sous Caporal CHEF La Gaule 05/03/2010 22:38



Tout cela était pour dire que la guerre, comme la politique dont elle n’est
qu’un aspect, n’est pas une superstructure de l’économie. Ce serait trop simple.


 Le capitalisme porte la guerre
comme la nuée porte l’orage ? Cela ne mange pas de pain de le dire, même si la condensation au sein du cumulonimbus relève largement de l’aléatoire. Comme la conflagration de l’été 1914 du
reste, où il s’en est fallu de peu que les empires européens ne s’effondrent en suivant leur petit bonhomme de chemin.


A Gettysburg comme à Verdun, des masses humaines se sont étripées avant tout
parce qu’elles étaient motivées pour le faire, avec comme but principal d’haïr très fort le zigoto d’en face et de sauver sa peau. Ce constat  brut
peut sembler désespérant à quiconque refuse de voir les comportements humains excéder la loi des rendements décroissants ou l’équilibre de Pareto, ou je ne sais quel autre concept
pauvre.


Aujourd’hui, les grands prêtres et les petits fidèles de la nouvelle religion
économie rivalisent d’imagination pour scruter leurs abats et répandre leurs diagnostics imparables sur l’instant T du déclin, du redressement, de la reprise, de la crise (2017, car telle est la
marge de sécurité des emprunteurs -tu parles Charles) etc. etc.


Foutaises ! Le chaos qui secouera nos sociétés sera un non sens
économique, comme d’habitude depuis la nuit des temps.


 


@ Jean


 


Vous avez raison cela ressemblerait plutôt à de l'altruisme, voir à de la
xénophilie. Nos chinois et nos indiens nous en seront  d'ailleurs éternellement reconnaissant. Vous faites quoi comme boulot ?



jean 04/03/2010 21:08


Faudra qu'on m'explique en quoi acheter des produits étrangers est raciste.


Sous Caporal CHEF La Gaule 04/03/2010 05:08



LA GUERRE DE SECESSION 111


 


« …les noirs étant restés des habitants de seconde zone longtemps après
Lincoln mais pour des intérêts purement économiques ».


 


Non ! Là encore raccourci simpliste. D’abord n’oubliez pas que Lincoln n’a
guère eu loisir de s’occuper de son bébé, ayant pris une balle dans la nuque à peine la guerre terminée.


Tout porte à croire que cet homme volontaire, autodidacte mais d’une grande
culture, avait auparavant parfaitement compris les enjeux de l’émancipation des anciens esclaves. Par exemple en Louisiane, occupée dès le début de la guerre par les soldats yankees, il s’attacha
personnellement à lancer un programme général d’alphabétisation des enfants d’esclaves. Le sort des états du sud eut peut-être été très différent s’il avait pu briguer un autre
mandat.


Après sa disparition, la gestion de l’après guerre par ses successeurs (surtout
Ulysse Grant) fut au contraire calamiteuse. Le pouvoir fédéral se déchargea rapidement de ses missions de pacification en les confiant à des intermédiaires privés (une spécialité américaine)
tristement célèbres, les fameux « carpetbaggers », aventuriers affairistes venus faire fortune sur les deniers publics et le racket local. Leurs excès entraînèrent l’apparition de
mouvements d’autodéfense revanchards comme le ku klux klan, dont il faut souligner qu’il n’était au départ que peu préoccupé par le problème posé par les nouvelles populations d’esclaves
affranchis.


Surtout les vainqueurs commirent l’erreur monumentale de ne pas chercher à
reconstruire le sud en s’appuyant sur les anciennes élites aristocratiques, seul repère moral possible pour une société abasourdie et déboussolée par la défaite. Au contraire, celles-ci furent
ostracisées en étant interdites de toute fonction élective.


On ne rappellera jamais assez non plus combien cette guerre fut meurtrière sur
le plan militaire et très éprouvante pour les populations civiles du sud (les colonnes infernales de Sherman ne firent pas dans la dentelle). Grande fut la tentation pour beaucoup de quitter ce
monde ravagé, cela d’autant plus que l’opportunité s’en présentait avec l’ouverture des immenses territoires de l’Ouest. C’est ainsi que, déjà châtré de ses élites naturelles, le sud se vida
aussi de ses éléments les plus dynamiques.


Toutes les conditions en fait furent réunies pour installer le sud dans la pire
configuration sociale qui soit. Une masse d’anciens esclaves laissée en friche par leurs libérateurs, face à une petite bourgeoisie blanche arriérée, devenue socialement dominante sur les ruines
d’un désastre militaire, et répondant par la terreur raciste à l’angoisse que représente la masse menaçante des nouveaux affranchis.


Aucun intérêt économique suprême n’a dicté une telle configuration. Rien que
l’oubli d’une terre confinée restée en rade de l’histoire, alors que celle-ci, au moins jusqu’à la première guerre mondiale, allait se jouer sur les trois quarts restant du pays, entre le Nord
triomphant et l’Ouest de toutes les promesses.


 


J’espère que vous tirerez profit de ces observations, la guerre de sécession
étant pour moi, je le répète, l’élément constitutif majeur de l’histoire de ce pays (plus que la seconde guerre mondiale à mon avis). Comme l’avait pressenti l’écrivain James Lee Burke, dans son
très beau roman « Dans la brume électrique… » Nous n’avons sans doute pas fini de voir ressurgir des cadavres de ce conflit là.