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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 23:01

  Voilà, nous y sommes. L'élection qui ne sert à rien et qui est pourtant essentielle va se produire demain. Loin du tintamarre habituel des événements électoraux nationaux, l'on peut d'ores et déjà affirmer que le pouvoir en place à tout fait pour minimiser les débats. La propagande pro-européenne est d'ailleurs devenue grotesquement voyante tant sa démesure en temps d'antenne aura dépassé toutes les autres pensées. Même le plus aveugle des idéologues européistes ne sera pas resté impassible devant ce décalage entre la prétention démocratique du corps dominant de notre société et sa praxis totalitaire. Et pourtant comme en 2005 l'on sent une lourde colère monter qui pourra demain s'exprimer dans les urnes. Une expression qui se retrouvera tout autant dans le vote contestataire que dans le non-vote tout aussi contestataire d'ailleurs. Le fait est que la rupture entre les Français et plus généralement les peuples d'Europe et l'UE est aujourd'hui consommée. Même s'ils ne savent pas souvent exprimer pourquoi, les peuples mettent clairement en doute l'efficacité de l'UE pour résoudre leurs problèmes. C'est qu'ils la vivent eux la crise. Un chômage galopant, des pays en ruine et renvoyés dans le tiers-monde à l'image de la Grèce. Ils peuvent certes continuer à vouloir l'euro, mais c'est certainement plus par l'ignorance du fonctionnement monétaire et par la peur de l'inconnu que par adhésion réelle. Ainsi va la vie politique européenne qui se résume systématiquement par le choix du moins pire. L'on s'étonne de la morosité ambiante après çà.

 

L'abstention est une expression fictive

 

Le débat se réduit donc à la question de savoir s'il faut ou non voter demain. La question a d'ailleurs pris du gallon avec les interventions successives et contradictoires de deux penseurs de la pensée alternative et fortement eurosceptique. Je parle bien sûr ici d'Emmanuel Todd et de Jacques Sapir. Jacques Sapir a affirmé sur son blog qu'il irait bien voter même s'il garde pour lui même ses intentions de vote ce qui est tout à fait son droit. L'on imagine dans le cas contraire les récupérations et les colères stupides que provoquerait son alignement momentané à tel ou tel parti politique. Les partis n'ont en fait guère d'importance dans l'affaire, car ce qui compte c'est le mouvement global de rejet de l'UE et de l'euro. À l'inverse Emmanuel Todd a choisi l'abstention. Il m'est décidément bien difficile de parler en bien de Todd dès qu'il fait des choix politiques. Cela en devient même étrangement répétitif. Son vote « Oui au TCE» en 2005, son hollandisme révolutionnaire en 2012, et maintenant l'abstention aux Européennes. Faut-il être aveugle à la politique concrète pour faire des prévisions de long terme ? C'est la question que l'on pourrait se poser en voyant les accumulations d'erreurs d'Emmanuel Todd sur le sujet.

 

Mais il n'est malheureusement pas le seul à appeler à l'abstention chez les eurosceptiques. C'est une ligne courante à gauche en faite, puisque le MRC de Jean Pierre Chevènement a appelé lui aussi à l'abstention, l'on peut faire la même remarque du Mpep de Jacques Nikonoff. Il s'agit là probablement d'une réaction épidermique à l'absence de représentation eurosceptique qui soit de gauche sur le plan de l'étiquette politique. Les positions ambiguës du Parti de Gauche sur la question européenne ayant empêché les eurosceptiques de gauche de voter pour lui les yeux fermés. Les penseurs de gauches préfèrent partir pêcher plutôt que d'éventuellement voter pour un parti estampillé à droite, mais eurosceptique. Comme je l'ai déjà dit, l'homme de gauche, à défaut d'aimer les frontières nationales, garde bien volontiers celles de son idéologie, et avec des fusils si nécessaire. Vous pourriez avoir 99 % de programme en accord avec l'homme de gauche, il vous réfutera que le 1% justifie l'arrêt complet de toute discussion potentielle. On ne s'étonnera pas sous cet angle du fractionnement en de multiples clans alternatifs des partis de la gauche alternative. Transformant ainsi leur force de pensé en inaction collective congénitale.

 

 

 

 

Pour en revenir à Emmanuel Todd il s'est longuement expliqué sur la question de l'euro et de l'élection dans une réunion organisée justement par le parti de gauche. Une réunion avec trois personnalités à l'euroscepticisme légèrement différent. François Ruffin, Emmanuel Todd et Jacques Généreux ont ainsi pu débattre de la question européenne dans une intéressante discussion. Je noterai tout d'abord que Jacques Généreux, bien que critique vis-à-vis de l'UE, arrive tout de même à faire quelques oublis dans son analyse. Pour le peu que j'ai pu appréhender de sa pensée actuelle sur la question de l'euro, il met comme problème principal de la monnaie unique sa conformité avec l'idéologie néolibérale. À savoir que l'euro et l'UE sont des instruments qui ont favorisé les politiques antiétatiques propres à l'idéologie de Friedman, Hayek et compagnie. Il dit notamment que d'après lui l'euro ne joue que comme justificateur de ces politiques de contrition du secteur public. Les néolibéraux ont échoué à cadenasser totalement les politiques budgétaires des états puisque ces derniers ne respectent jamais les critères des traités. C'est en substance le propos principal de Jacques Généreux, qui est secrétaire national à l’économie du Parti de gauche. Je constate qu'il ne fait nulle part mention du vice fondamental de la monnaie unique qui se traduit par l'inéluctable divergence des balances paiements. Et je m'explique, du coup, des propos erronés récurrents de Jean Luc Mélenchon sur la question. Ce dernier a ainsi récemment déclaré : «  La Banque centrale européenne doit changer son statut. Si elle change et si on accepte cette idée qu’il faut une harmonisation sociale et fiscale, alors nous aurons un ensemble économique cohérent qu’il sera possible d’impulser et l’euro peut servir de circulation sanguine. Mais sinon, on ne va tout de même pas mourir pour une monnaie ! ».

 

On peut voir ici l'influence de Généreux sur Mélenchon quand à la question de la monnaie unique. En tout cas, les deux hommes partagent clairement une vision proche sur la question. Or comme je l'ai dit à de multiples reprises sur ce site, tout comme l'a démontré Jacques Sapir par le raisonnement et par des analyses chiffrées. L'euro ne fonctionne pas parce qu'il ne peut pas fonctionner ni pratiquement ni théoriquement. La question de l'uniformisation fiscale ou sociale est hors propos puisque même en réalisant, ce qui relèverait du nettoyage des écuries d'Augias, cela ne ferait nullement converger les taux d'inflation ou l'évolution démographique. La diversité culturelle et humaine de l'Europe lui interdit l'usage d'une seule monnaie comme moyen d'échange.  Et d'ailleurs même en supposant que cela soit éventuellement possible sous la force d'un super-état très violent et uniformisant, l'on peut se demander si c'est souhaitable. La force de l'Europe en tant que continent tient au génie de ses petits peuples si divers et si nombreux sur un territoire si exigu. Tenter de les uniformiser revient à détruire la biodiversité culturelle si nécessaire à la créativité à long terme. Vouloir faire l'Europe une super-France relève pour moi pratiquement du crime contre l'humanité.

 

Quoi qu'il en soit en écoutant Généreux je comprends mieux l'étrange scepticisme que le parti de gauche produit chez les eurosceptiques. D'ailleurs, Ruffin soulève très bien la question du protectionnisme et l'étrange timidité de ce parti sur cette question essentielle. Comment en effet défendre demain publiquement ce que l'on défend uniquement du bout des lèvres en privé ? Cela soulève effectivement la nature de l'électorat du Front de gauche qui n'est pas un électorat ouvrier, mais plutôt un électorat de la moyenne bourgeoisie. On retrouve ici l'analyse limpide du blogueur Descartes partisan lucide du Front de Gauche qui connaît bien les limites de Jean Luc Mélenchon et de son parti. Pourrait-on tout de même dire que le Front de Gauche fait partie de l'opposition à l'UE et à l'euro? En l'état, je n'ai pas l'impression. Et les propos récurrents qui ressortent fréquemment de ses dirigeants m'incitent à l'exclure de l'opposition au système. L'on comprend mieux dès lors l'action de Todd. Incapable de voter à droite, il en vient à la conclusion qu'il faut s'abstenir quitte à justifier cela derrière une hypothétique déstabilisation de la légitimité de l'UE à travers l'abstention. Mais c'est un argument bien faible et je crois qu'il le sait pertinemment. Aux USA les élections attirent peu d'électeurs sans que le système soit remis en cause. L'on pourrait même objecter qu'étant donné l'évolution de la mentalité des élites, cela pourrait justifier à leurs yeux un retour au suffrage censitaire. Une évolution que beaucoup de dirigeants actuels doivent souhaiter ardemment.

 

Pour une stratégie de vote terre-à-terre

 

Là où je rejoins Todd cependant c'est sur le fait que ce sont les événements externes à la vie politique qui vont faire muter la situation. En ce sens il a raison, la politique à court terme en elle même n'a que peu d'intérêt. Qu'elle soit nationale ou Européenne d'ailleurs. Cependant, il faut bien comprendre que si les évènements qui nous feront sortir de l'euro ne sont probablement pas d'ordre démocratique, cela ne signifie pas pour autant qu'il ne faille rien faire. Il faut au contraire préparer l'après-effondrement. Et dans cette optique, plus il y aura de réflexions, de partis, d'intellectuels, de politiques, d'économistes, et de citoyens préparés à l'inéluctable, et plus vite nous pourrons repartir sur de bonnes bases une fois l'orage passé. C'est en ce sens qu'il faut voter demain, non pour un quelconque espoir de redressement pratique par l'importance de nos votes, mais par le soutien logistique que nos voix peuvent apporter aux partis et aux personnalités alternatives. Il faut planter les graines qui demain permettront de vastes récoltes. Il faut que des réseaux humains eurosceptiques et alternatifs se multiplient, qu'ils grignotent petit à petit le mieux de la pensée dominante. Pour que l'instant de la panique résultant de l'effondrement total de la civilisation néolibérale euro-atlantiste ne se transforme pas en catastrophe totale. Mécaniquement le public et le débat se tournera vers ceux qui auront pensé l'après-crise et non vers ceux qui n'auront rien fait. J'invite donc les quelques lecteurs de ce blog à voter demain pour le parti qu'ils veulent tant qu'il s'avère anti-européen ou au moins critique sur l'UE et l'euro. Pensez cela non comme un acte militant, ou idéologique, mais comme un pari sur l'avenir. Un soutien financier et matériel indirect aux idées alternatives pour qu'après demain l'on puisse enfin y voir clair.

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Published by Yann - dans élections
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commentaires

passparla 26/05/2014 08:00


c'est fait et ça a marché,merci de nous faire contribuer à une meilleure compréhension des enjeux.

jard 26/05/2014 06:47


C'est la première fois, à 51 ans, que j'arrive en tête d'une élection, cela fait bizarre. Dénouement, ce 25 mai, du désaccord entre l'alliance avec le FN ou pas.

Antoine 25/05/2014 23:33


Moi je n'ai pas voté! Je ne l'ai d'ailleurs jamais fait pour ce genre d'élection. Participer à une élection c'est reconnaitre la légitimité de l'institution qui l'organise et de l'institution qui
est élue. Or l'UE a perdu toute légitimité à cause de ses échecs économiques et politiques le "parlement européen" n'en a jamais eu cer il n'existe pas 1 peuple européen.


Nous aurons d'autres occasion de nous exprimer dans des élections françaises locales ou nationales.


Antoine

yann 25/05/2014 19:16


Idem. En espérant qu'un jour nous pourrons réellement voter dans un référendum pour une sortie de l'UE et de l'euro.

RST 25/05/2014 10:44


A voté (pour ce texte et pour les élections )