Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 21:20

  9782802722298FS.gif  L'un des arguments répétés inlassablement depuis trente ans par le discours libérale est que la fonction publique coute trop cher au pays. La base du raisonnement tient au fait que toute organisation économique optimale, pour un libéral, doit forcement être le produit de la fameuse loi de l'offre et de la demande qui s'exerce dans le cadre du marché.  Tout ce qui est en dehors du marché est par essence non optimal puisque non soumis à la dite loi de l'offre et de la demande. Il y aurait beaucoup à dire sur ce principe de base, en premier lieu la loi de l'offre et de la demande en elle même, n'est jamais vraiment vérifiée lorsque l'on regarde les évolutions de prix sur les marchés. Les marchés en eux même ne font pas évoluer les prix comme l'hypothèse logique le voudrait, et il est malheureux que les économistes confondent l'esthétisme d'une théorie, sa beauté logique, avec le réel. Car quelque soit un raisonnement, aussi beau soit-il, c'est la mesure du réel qui doit en valider ou non la véracité. Le fait est que le marché en lui même traduit plus des rapports de force sociaux qu'une réelle évolution entre l'offre et la demande. Celle-ci nécessitant d'ailleurs une égalité entre les différents acteurs qu'il est impossible d'obtenir dans le monde réel. On peut même affirmer que plus un marché est "libre", c'est en dire sans encadrement externe, moins la loi de l'offre et de la demande s'applique. Nous pourrions allègrement rajouter le problème de la spéculation qui fait qu'en définitive des gens qui n'ont rien à faire sur un certains marchés, par exemple les denrées alimentaires, viennent y imposer leur présence simplement pour gagner de l'argent en spéculant.  A ce sujet d'ailleurs beaucoup de personne s'inquiètent d'un retour de la spéculation sur les productions agricoles et on comprend mieux ici pourquoi des nations comme la Chine pratiquent les prix forcés sur certaines denrées alimentaires. Cela permet tout simplement d'éviter les famines dont le but serait d'enrichir certains spéculateurs, ce contrôle des prix  n'empêche pas la Chine de connaitre pourtant une explosion de sa production agricole bien au contraire.

 

    Quoiqu'il en soit en excluant ces erreurs multiples qui proviennent de la croyance un peu naïve dans l'efficience des marchés, le principe même d'une fonction publique qui pèserait affreusement sur le reste de l'économie me pose problème. Pour deux raisons essentielles, la première c'est que la fonction publique si elle ne correspond pas à la demande d'un marché au sens économique direct du terme, est tout de même sous la coupe de l'état. Or l'état est lui même le fruit de la représentation nationale qui par définition en France est élu donc correspond à la volonté du peuple. Dés lors on peut dire que la fonction publique obéi à une certaine forme de marché non par le biais du marché économique mais par celui du marché politique. Bien sûr ici nous voyons l'opposition latente qu'il y a entre le libéralisme politique et le libéralisme économique, le second reniant de plus en plus le premier.   Rien n'empêche les français de mettre au pouvoir des politique voulant réduire le nombre de fonctionnaire, ou les augmenter dans tel ou tel secteur d'activité. Donc dire que la fonction publique serait une espèce de monstre autonome n'ayant de compte à rendre à personne est quand même largement exagéré. D'autant que cela fait longtemps en réalité que la fonction publique française subit des coupes sombres, et il se pourrait à terme que les français se mettent à regretter la faiblesse du nombre de fonctionnaire. Et l'actuelle politique débile qui consiste à ne pas renouveler un fonctionnaire sur deux, sans se soucier justement des besoins et donc de l'offre et de la demande, devrait choquer en premier lieu nos amis libéraux si prompte à s'inquiéter des actes non validé par le marché. Quoi de moins respectueux du marché qu'un dirigeant qui licencie ses salariés sans se soucier de savoir s'il pourra fournir les produits demander par le marché.

 

L'économie est un circuit fermé

 

  Le deuxième point, le plus important est qu'il est bien difficile d'un point de vue comptable de distinguer qui nourrit qui dans le système économique globale.  Dire que la fonction publique est nourrie pas le secteur privé parce qu'elle est payée par l'impôt c'est bien vite oublier que les fonctionnaires font écouler à leur tour ce qu'ils reçoivent sous la forme de consommation. Si nous licencions du jour au lendemain toute la fonction publique que resterait-il du secteur privé français? De toutes ces PME qui vivent de la consommation de ces salauds de fonctionnaires? Nous pourrions inverser le raisonnement et dire que ce sont les salaires du publique qui permettent au finale à une bonne partie de notre économie, notamment celle des petits commerces de continuer à subsister. D'autant que grâce à une certaines sécurité de l'emploi, les fonctionnaires français sont les derniers travailleurs du pays à pouvoir un peu se projeter dans l'avenir, cela permet d'obtenir des emprunts plus facilement à la banque que lorsque l'on est intérimaire. Ce qui augmente le pouvoir d'achat de la fonction publique et donc leur propension à consommer.  Dans une société totalement dérégulée où les salariés sont traités comme des chiens et où l'industrie et les bons emplois s'en vont en Chine, les fonctionnaires sont le dernier socle de stabilité sociale, après leur disparition il n'y aura plus d'économie à proprement parlée, juste un No Man's Land peuplé de misérables se battant pour les miettes d'une société disparue, celle de l'emploi stable.

 

      En poussant le raisonnement plus loin on pourrait même dire que d'un point de vue collectif les fonctionnaires créent leur propre salaire. Si l'on omet la création du circuit en lui même ce qui nous ramènerait à la question monétaire, le salaire versé au fonctionnaire, s'il est entièrement consommé, va ensuite s'écouler dans l'économie du pays faisant de l'activité qui elle même emploiera des gens, qui eux mêmes verseront des impôts qui paieront au final  le fonctionnaire la boucle est bouclée.  Bien sûr cela n'est pas une raison pour employer les fonctionnaires dans des emplois inutiles d'un point de vue collectif, mais cela rend caduc le raisonnement qui tient d'argument fatal à nos amis libéraux, non la fonction publique n'est pas payée par le secteur privé. Quand à la question de l'utilité si l'on doit vraiment la poser alors peu d'emploi serait à même de réellement produire de la richesse en France. Pour ma part seules l'agriculture et l'industrie produisent réellement des choses utiles, choses sans lesquelles tout le reste de l'économie s'effondre. Or en additionnant l'emploi dans le secteur primaire  et secondaire on tombe à seulement  25% de la population active, et c'était avant la crise, cela n'a pas du s'arranger depuis puisque ce sont les secteur qui détruisent le plus d'emplois. Or ce sont ces secteurs qui créent réellement la richesse du pays, tout le reste n'est que répartition dans les activités moins essentielles. C'est donc plutôt ces populations là qui portent le reste du pays, l'opposition n'est pas entre fonction publique et secteur privé, mais entre secteurs parasitaires et secteurs productifs et on trouve les deux dans le privé comme dans le publique.  L'affaiblissement de notre nation tient à l'affaiblissement des secteurs qui sont à la source même de notre richesse car comme le disait si bien Rousseau : " Du même principe on peut tirer cette règle,qu'en général les arts sont lucratifs en raison inverse de leur utilité et que les plus nécessaires doivent enfin devenir les plus négligés." 

 

Nous avons négligé les secteurs de base qui faisaient la prospérité du pays, taper sur la fonction publique qui serait la cause de tout nos maux n'est qu'un moyen pour les libéraux de détourner l'attention de nos concitoyens des véritables problèmes. A n'en pas douter l'utilité d'un professeur fonctionnaire formant de futurs techniciens ou ingénieurs est infiniment plus grande que celle d'un footballeur professionnel, pourtant, ce dernier, le marché a décidé de le payer infiniment plus.

 


Partager cet article

Repost 0
Published by Yann - dans économie
commenter cet article

commentaires

valuebreak 04/10/2010 12:00



@ la Gaule :


merci de votre réponse.


je prend le temps de la lire et de la comprendre avant de donner suite ...



La Gaule 03/10/2010 19:53



2)


Je crois au bout du compte que dans le nouveau concert des nations qui se met en place, ce
sont vos considérations qui sont caduques, si vous admettez implicitement que toute intervention publique doit obligatoirement se diluer dans une sorte d’énorme trou noir géopolitique que vous
appelleriez « Le Global » (je salue au passage le retour parfaitement irrationnel du Grand Tout).


Plus que jamais les ensembles politiques nationaux ou régionaux devront être structurés et
charpentés (et armés !) pour être à même de survivre dans la foire d’empoigne qui s’annonce, c’est-à-dire tout simplement trouver leur créneau de repli, et trouver les fonds nécessaires pour
le faire.


La question du retour sur investissement ne se pose pas puisque le monde global sans
frontière que nous avons entrevu est blessé à mort et que les frontières vont ressurgir et s’imposer inexorablement face aux intérêts particuliers. Nous n’aurons donc pas le choix, et c’est là
seulement que le bât blesse pour nous autres occidentaux, car nos marges de manœuvre sont faibles en regard du niveau de nos endettements et de nos capacités productives amoindries ?


Notre problème aussi est qu’au cours des dernières décennies le monde a basculé dans un
paradigme mortel pour l’organisation de nos sociétés. Contre Yann, je crois que les effets de ce  basculement ne sont pas réversibles, parce que
celui-ci a eu pour moteur un bouleversement culturel qui a brutalement propulsé l’individu pulsionnel comme LE principe de mesure de toute organisation collective (au bout du compte on a
substitué le troupeau bêlant des individus rois à l’assemblée responsable des citoyens). Je ne vois donc pas, dans le morcellement généralisé actuel, renaître comme le phénix l’état providence
des trente glorieuses, propulsé par la puissante volonté collective du corps des citoyens et nourri par une vague de prospérité sans précédent.


Pour être à la fois rassembleur et garant du corps social l’état devra être à la fois
inventif et frugal. Il ne pourra de toute façon plus constituer la manne providentielle d’une vaste classe moyenne chargée d’apporter au monde l’intégration économique globale et la démocratie
sans limite. L’idée que nous avions eue de la mondialisation est morte précisément parce que ce rêve d’une « moyennisation » globale du corps social est devenu impossible. Les nouveaux
promus dans la galerie des grands de ce monde ne paraissent pas non plus obsédés par ce mirage.


L’état aura pour lui la désillusion constructive des individus –peut-être redevenus
citoyens par ce seul biais- et la certitude pour eux qu’il constituera la digue ultime avant la ruine de tous.


Cordialement.


(Pour ce petit exposé j’ai beaucoup emprunté aux idées d’Hervé Juvin, dont j’avais donné
des liens il y a quelque temps. Je suis cependant moins pessimiste que lui sur un point, la monétisation de la dette, qu’il semble écarter à priori comme solution. Pour moi tout sera une question
de mesure et de prudence, comme le reste, l’hiver sera rude…).



La Gaule 03/10/2010 19:52



@ Valuebreak


1)


Je ne suis bien sûr pas non plus d’accord avec vous. « Globalement » comme vous
dites, si l’économie mondiale tient encore debout depuis l’explosion de ses contradictions (mises en place de longue date) fin 2006, c’est parce que des forces d’inertie anciennes et des
dynamiques nouvelles, liées aux masses nationales, ont empêché précisément les flux internationaux de jouer sans entrave.


-         
Inerties anciennes liées au compromis fordiste que l’on peut toujours juger dépassé (moi le
premier). En attendant je ne vois pas ce que la ruine totale de la population ajouterai à une situation financière et économique catastrophique, si ce n’est bien sûr de considérer qu’à long terme
nous serons tous morts, mais que les forces pures du marché sans entrave nous aurons ramené la prospérité pour mille ans. Je sais bien qu’il y a une querelle quasi sémantique sur les
responsabilités respectives des acteurs privés et publics dans la crise, mais depuis que je m’intéresse à la chose, je n’ai pas remarqué que ces derniers avaient l’exclusivité  de « l’empilement des niveaux de responsabilité et des décisions contradictoires à brève échéance ». Les libéraux ont l’habitude d’avancer que le
détonateur de la crise –les crédits immobiliers « subprimes »- a été mis en place par les pouvoirs publics américains par l’intermédiaire technique des GSE. Mais ils oublient au passage
que ce mécanisme avait une raison politique, qui était de stabiliser la base électorale conservatrice (qu’elle soit républicaine ou démocrate a peu d’importance) en créant un parti de
propriétaires, tout en compensant la compression salariale par la création d’un pouvoir d’achat fictif gagé sur la valeur immobilière. Et cela n’avait d’autre but que d’assurer la continuité
d’une politique ultralibérale au service d’intérêts privés, prioritairement ceux de Wall Street. L’expression de « keynésianisme privé » employée par certains est donc ici parfaitement
justifiée.


 


-         
Dynamiques nouvelles liées au fait que la phase anglo saxonne de la mondialisation, celle
qui avait misé sur l’interconnexion et l’interdépendance totale des institutions financières et monétaires sous la férule du dieu dollar, est en train de s’achever. Que « les flux soient
internationaux depuis belle lurette », ce n’est pas moi qui vous dirai le contraire puisque j’ai cru comprendre que c’était déjà le cas sous les romains ! L’existence d’états nations
puissants n’a pas plus empêché l’explosion du commerce international des matières premières et des marchandises au cours des derniers siècles, y compris dans les séquences mercantilistes et
protectionnistes. Je crois par contre que la main mise des flux financiers sur tous les autres n’aura été qu’une parenthèse historique brève, menée par des états hégémoniques qui n’avaient plus
que cette arme pour masquer l’inexorable déclin de leurs capacités productives, (lui-même lié à l’entropie qui gouverne toute destinée humaine collective). C’est parce que des puissances
nationales nouvelles ont résisté implicitement à cette hégémonie que l’équilibre du monde semble avoir brusquement basculé de leur côté. L’inde par exemple, incontournable sur le plan industriel
bien qu’elle ait refusé l’ouverture de son marché intérieur autant à Wallmart qu’à Microsoft ou à cocacola ! La Chine, énorme puissance nationale, qui pratique le protectionnisme par l’arme
monétaire comme nous jouons aux échecs, et dont la nature politique inédite devrait faire taire tous nos débats oiseux sur « Le libéralisme « versus « Le socialisme » (deux
catégories intellectuelles rebattues également promises au dépérissement). Il y a un singulier aveuglement des élites occidentales à s’imaginer que tout va repartir « comme avant » (en
fait à peine plus de trois décennies, une poussière dans le temps historique), une nouvelle locomotive identique à l’ancienne se positionnant sur les rails pour tirer le même convoi. On ne voit
déjà pas pourquoi les nations émergentes sacrifieraient  ce qui a fait leur succès récent –le passage du capital productif du nord ouest à l’est et au
sud du monde- sur l’autel de la finance, laquelle n’aura été pour elles qu’une arme stratégique dans le jeu international. « Le monde change » certes, mais prise telle quelle la formule
a tout de l’incantatoire et du magique. La deuxième phase de la mondialisation a en fait commencée et elle sera un nouveau cloisonnement du monde, où la richesse de l’histoire et de la géographie
va reprendre ses droits. Un entrepreneur chinois travaillant pour l’export reste d’abord un chinois, piloté à plus ou moins longue distance pour l’instant par le parti communiste de son pays. Les
« élites mondialisées » occidentales (en fait souvent incultes et décadentes, n’ayant qu’un économisme dogmatique et pauvre pour tout viatique) risquent de l’apprendre rapidement à
leurs dépens.



valuebreak 03/10/2010 08:17



bj à tous les trois.


premier point : il est absolument clair que ce sont les 25% d'emplois productifs qui supportent tout le système privé/public travailleurs/retraités.


deuxième : il est évident également que les flux sont internationaux depuis belle lurette. que la question de la rétrocession des salaires de la fonction publique dans le privé est caduque depuis
longtemps. donc globalement (notez le globalement hein !) la fonction publique est un poids et non pas une ressource.


troisième et principal : la fonction publique est un frein colossal à l'adaptation à un monde qui change ... l'enchevêtrement des lois, l'empilement des niveaux de responsabilités, les décisions
contradictoires à brève échéance .... résultent en une inertie ... catastrophique ...   je ne vous ferai pas l'injure de donner des exemples de ce troisième point, ils sont légion ...



La Gaule 03/10/2010 00:42



@ Malakhine


 


Symétriquement à ta parenthèse, est-ce que tu considères que tous les fonctionnaires statutaires font moralement du service public ? Mon
propos d’ordre général n’appelait donc pas une réponse strictement juridique puisque je n’étais pas sur ce terrain là, comme tu ne l’étais pas toi-même dans le texte auquel je faisais allusion.
Maintenant si tu veux absolument étaler ta condescendance, fais nous donc ton cours de droit !


(PS : j’ai travaillé jadis cinq ans au Centre National d’Etudes Spatiales –en tant qu’agent de sécurité- avec un contrat de droit privé.
J’étais donc bien placé pour côtoyer des fonctionnaires –détachés de leurs administrations respectives, des flics par exemple- et d’autres personnes qui ne l’étaient pas).


 


@ Yann


 


Non, il arrive que l’histoire bégaie mais elle ne retourne jamais sur ses pas. Je crois qu’il y aura un nouveau paradigme et un autre compromis
(forcément même, nous sommes d’accord là-dessus) mais pas celui-là. Nous n’avons sans doute pas le même angle de vue pour en juger (ce n’est pas un reproche). Mon problème chronique, chaque jour
qui passe, c’est de savoir si ma boîte ne va pas couler et si mon immeuble ne va pas être vendu à la découpe (je n’en fais pas une maladie non plus, j’en ai vu d’autre).