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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 12:43

  Je parlais, il y a peu, des propos de Pierre Manent qui m'ont d'ailleurs inspiré un texte sur le lien entre la posture morale et l'impuissance politique. Et bien Pierre Manent  a répondu récemment aux questions d'Alain Finkielkraut dans un interview extrêmement intéressant. L'émission se place sur la question des frontières et Pierre Manent fait ici une éloge constructive et intelligente du besoin humain de frontière. Manent attaque surtout l'idée toute occidentale qui voit aujourd'hui la frontière comme un élément de frein à la mise en exergue de ce qu'il appel la nature humaine. Bien loin d'empêcher l'humanité de montrer le meilleurs d'elle même, la frontière et les nations sont en fait les seules constructions qui crée l'homme civilisé. C'est la frontière qui rend possible l'existence de la diversité humaine sous son meilleurs jour. Nier les frontières nier les nations c'est nier la diversité du monde.  La négation des frontières est donc tout simplement anti-humaniste, elle est une idéologie profondément dangereuse pour notre espèce. Pierre Manent va donc bien plus loin que je ne l'ai fait en sortant largement du cadre  des questions bassement économique. Tout comme Malakine qui fait le lien entre la frontière étatique et les mécanismes cellulaires, Manent montre que sans frontière il n'y a pas d'homme civilisé, pas de culture et pas d'avenir. Il explique également que cette idéologie post-nationale n'est valide qu'en Europe, qu'elle n'a en fait aucune existence en dehors de notre continent décadent.

 

Cet état de fait va ramener très brutalement l'Europe à la réalité, ce sont les autres zones du monde, non soumises à cette aveuglement post-national qui vont nous rappeler, par la brutalité, la réalité de l'existence des frontières. Enfin Manent souligne le fait qu'en réalité cette vision européenne du monde n'est pas complètement différente de ce que l'on a pu connaitre à la période coloniale. En réalité l'Europe est toujours persuadée d'être au-dessus des autres civilisations, elle est sûr de pouvoir les broyer dans son no mans lands post-frontalier. Mais les difficultés grandissantes du multiculturalismes ou la dégradation économique engendrée par la mondialisation néolibérale sont en train de montrer, dans les faits, que non, notre société n'écrasera pas les autres sphères culturelles. Et que non l'avenir n'est pas un monde unifié sous un seul drapeau libéral et anglophone. Il est maintenant difficile de savoir quel sera la réaction des populations européennes lorsqu'elles se réveilleront de leur longue léthargie euro-libérale et post-nationale.  D'autant que les conséquences en Europe qu'elles soient économique ou sociale rendent déjà  la vie de nos concitoyens particulièrement difficile.

 

 

 

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Published by Yann - dans politique
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commentaires

olaf 13/10/2010 06:32



Lamy n'a rien compris, par Allais :


http://www.marianne2.fr/Le-testament-de-Maurice-Allais_a198475.html


 


 



La Gaule 13/10/2010 00:16



Le commentaire précédent concerne bien sûr le texte suivant sur les "riches". Erreur d'aiguillage !



La Gaule 13/10/2010 00:13



Un smicard à temps partiel peut dépenser jusqu’à 60 % de ses revenus dans un loyer qui ne lui permettra d’intégrer souvent qu’un logement
inconfortable et mal chauffé. Nous sommes retournés, dans l’hébétude générale, au dix neuvième siècle, quand la moitié des revenus de l’ouvrier passait dans l’achat du pain.


L’augmentation des prix alimentaires du à « l’intégration » de l’agriculture mondiale étant devant nous, il y a clairement une impasse
à l’horizon dans la survie d’une large fraction de la population. Dire que dans l’IPC de l’INSEE la part du logement représente encore 14 % du total !


Plus que jamais cette situation montre que dans l’immobilier la « loi de l’offre et de la demande » est une farce, dissimulant la
réalité crûe d’un rapport de force complètement déséquilibré. Les prix et les loyers dans ce secteur sont exorbitants parce que les vendeurs et les bailleurs sont en position de force  de les proposer comme tel. Les acheteurs à budget modeste et les locataires  n’ont pas le choix, puisque celui-ci
se résume bien souvent à accepter ce qu’on leur propose ou  faire du camping.


Les lobbies de la pierre étant bien en cours et très actifs auprès des pouvoirs en place (Sarkozy par exemple n’a toujours pas renoncé à sa
marotte de la « société de propriétaires »), je ne vois pas très bien comment la situation pourrait se débloquer, sinon par un collapsus général entraînant à la fois l’effondrement des
revenus  et l’inflation des prix alimentaires. La seule marge de manœuvre des pouvoirs publics en faveur des ménages deviendra alors celle-là.


Toujours au chapitre « notre belle espérance de vie va avoir du souci à se faire », j’ai lu hier un article hallucinant dans un
exemplaire des Echos abandonné par mon voisin d’autobus. Nous sommes bientôt en passe  de redevenir complètement « à poil » face aux
maladies infectieuses, le taux d’inefficacité des antibiotiques atteignant désormais les deux chiffres (plus de dix pour cent pour les infections urinaires banales et… la tuberculose). Même les
dernières molécules mises en chantier pour lutter contre les infections nosocomiales perdent chaque année du terrain. Certains médecins parlent de désastre sanitaire programmé.


La cause en serait le vieillissement des produits, qui accusent déjà soixante dix ans d’âge pour les pénicillines, l’inflation des prescriptions
provoquées par leur passage dans le domaine générique, et bien sûr l’atonie de la recherche dans le secteur. Le journaliste expliquait avec une certaine candeur que les antibiotiques
intéressaient peu les laboratoires, ces médicaments ne pouvant être mis en vente trop cher sur le marché (libéralisme, quand tu nous tiens !).


Décidément, entre les incertitudes économique, climatique, politique et maintenant sanitaire (tout se tient), sommes nous projetés en
1340 ?



La Gaule 12/10/2010 02:39



Dans l’imaginaire des pionniers qui ont fait l’Amérique, la « frontière » était aussi la métaphore de la civilisation, que l’on
repoussait sans cesse au-delà de ce qui semblait possible auparavant (on peut bien sûr discuter la méthode et les dégâts collatéraux). Il était révélateur que Kennedy réactive ce symbole,
longtemps après l’achèvement de la conquête de l’Ouest, alors que la dynamique de l’expansion américaine commençait à donner des signes d’essoufflement. Il est donc paradoxal que tous les
américanolâtres qui encensent l’Europe, cette béquille de l’amérique, aient tenté de bannir le mot « frontière » de  leur déjà pauvre
vocabulaire de base !


Ci-après comme rappel, la dernière de Juvin, qui voit précisément la frontière revenir en force dans les stratégies de l’avenir, et qui laisse
entendre (je l’interprète du moins ainsi) combien l’économisme gargantuesque de notre époque aurait besoin d’être borné par des frontières, symboliques celles-là.


http://www.realpolitik.tv/comment-va-le-monde/comment-va-le-monde-octobre-2010