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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 19:08

  Notre prophète préféré vient encore une fois de faire un coup d'éclat médiatique ce matin à France Inter en réactualisant son discours sur les concepts zombis. En gros pour Emmanuel Todd s'il y a bien un homme qui a une mauvaise image de la droite c'est Nicolas Sarkozy, car pour lui les électeurs de droite sont soit des racistes, soit des riches. Interprétation du vote de droite pour les élites de l'UMP qui explique en grande partie les erreurs de stratégie électorale employées. Emmanuel Todd trouve également que le vrai moteur du FN est à rechercher dans son programme économique, le FN n'ayant plus besoin de produire un discours sur l'immigration parce que l'UMP et son activisme, essentiellement verbal sur la question, auraient déjà mis sur orbite le parti de Marine Le Pen.

 

  Sinon je remarque que Emmanuel Todd semble de moins en moins confiant dans la possibilité d'un éventuel protectionnisme européen. Il me semble qu'il a changé d'avis quant à la probabilité d'un tel évènement. Je pense que le comportement de l'Allemagne pendant la gestion de la crise a dû lui faire changer d'avis. Même s'il maintient que le protectionnisme européen est la meilleure solution, son application politique devient pratiquement impossible en regard des intérêts à court terme de la puissance germanique.  Il craint à juste titre que le FN ne se présente en étant le seul grand parti avec un programme de sortie de l'euro et d'un retour au protectionnisme. J'aurai par contre une seule critique sur les propos de Todd, je crois qu'il va un peu loin en disant que le protectionnisme et la fin de l'euro sont aujourd'hui sérieusement envisagés par la majorité de la population. Pour les classes moyennes aisées je crois que le travail de déconditionnement idéologique reste à faire, quand on voit encore un type comme Copé dire que la sortie de l'euro est un extrémisme, il y a encore beaucoup d'explications à donner pour convaindre. Et il n'est pas le seul à penser cela. Dans les millieux encore épargnés par la mondialisation et la contraction économique, l'euro reste un tabou intouchable. Sans parler des peurs quasi millénaristes concernant l'inflation qui était totalement diabolisée par trente ans de discours monétariste.

 

 

 

 

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Published by Yann - dans politique
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commentaires

Emmanuel B 04/04/2011 11:23



@Yann


Oui bien sûr mais celà n'explique pas la bêtise de ne viser qu'un si étroit segment électoral. Le cynisme de Sarkozy & Co ne fait guères de doute, mais comment qualifier le cynisme quand il
représente aussi une forme de suicide?


Cela correspond en revanche à une conception du choix politique délié de tout aspect rationnel. Tout ne serait plus qu'affaire de perception subjective lié au temps court de la séquence
électorale et non de résultats s'inscrivant dans la réalité. Sociologiquement, on peut d'ailleurs prendre les choses à l'envers. Il y a bien déboussolement des catégories traditionnellement
ancrée à droite (paysans, médecins, etc., etc.) d'où absentation massive et nouvelle mais aussi allergie radicale du côtés des catégories plus portées à gauche. Comment penser que l'on peut
gagner une élection nationale si l'on rassemble les suffrages de moins de 5% du personnel de l'Education Nationale, par exemple? Et après les mesures vexatoires de ces quatre dernières années,
mon évaluation sauvage ne doit pas être loin de la réalité. C'est la même chose pour l'université, l'hôpital, etc. etc. Bien sûr dans tous ces secteurs la droite a toujours été minoritaire, mais
une des surprises de 2007 était bien les relativement bons scores qu'y a fait Sarkozy. Cinq ans plus tard, ne reste à l'évidence qu'un rejet armé jusqu'aux dents qu'aucune campagne de
communication, aussi brillante soit-elle, ne viendra lézarder.


Si une explication idéologique peut se faire jour, on peut peut-être la trouver dans sa culture du dissensus. Sarkozy (et Buisson, bien sûr) ont leur modèle de ce point-de-vue de l'autre côté de
l'Atlantique où l'offensive ultra-droitière des années 80-90 s'est apparemment soldée par la victoire culturelle de la droite. Apparemment, ils croient qu'en clivant à l'image de ce modèle-là la
société française, ils tireront les marrons du feu à la fin. Leur raisonnement se fonde aussi vraisemblablement sur l'idée qu'il y a un mouvement droitier en Europe même, lié au vieillissement de
la population (une idée partiellement juste mais à l'impact surrévalué à mon humble avis). Entre parenthèses, c'est dans ce cadre que le rôle de quelqu'un comme Eric Zemmour (malgré certains
aspects sympathiques du personnage) est en grande partie pernicieux. Mais pour revenir à Sarkozy, il saute aux yeux que l'exemple américain n'est absolument pas transposable ici. Il suffit de
prendre les exemples du poids historique respectif de la religion ou de la tradition socialiste des deux côtés de l'Atlantique pour saisir en deux secondes à quel point les assises d'une
ultra-droitisation (libérale qui plus est) manquent et manqueront toujours ici. Et je ne parle pas de la préférence de principe pour l'inégalité entre les hommes dont les supports
anthropologiques font aussi défaut (à cet égard, racisme et préférence éhontée pour les riches représentent deux aspects d'une même faute politique née d'une évaluation aberrante des ressorts
profonds de la sociéte française)...



yann 03/04/2011 21:58



@Emmanuel B


"Autre sujet d'etonnement sans fin, comment Sarkozy a-t-il bien pu rétrecir à ce point l'électorat qu'il visait?"


Il me semble que Todd répond à votre question dans ses propos, il a une vision de ce que l'électorat de droite pense qui n'est fondée sur rien d'autre que des préjugés. Il croit que les gens de
droite son uniquement inquiet de l'immigration ou de l'islam et qu'il suffit de faire de grands discours sur le sujet pour plaire à tous ces crétins racistes (je résume ce qu'il pense). Au fond
il doit refléter ce que pense la majorité des hommes du milieu qu'il côtoie, cela en dit long sur la rupture des élites.



Emmanuel B 02/04/2011 20:28



Élément à rajouter à l'argumentaire de Todd, je ne sais pas si quelqu'un l'a fait remarquer mais si l'on regarde la carte de l'électorat de l'UMP, il n'y a plus aucune logique spatiale que l'on
puisse discerner. C'est un signe évident du déboussolement radical des électeurs traditionnels de la droite. Une chose que Sarkozy a quasiment inventé aussi (même si cela correspond aussi à une
tendance longue, Todd le rappelle) c'est l'électeur de droite intermittent. Jusque-là une des forces principales de la droite résidait dans la mobilisation régulière de son électorat (opposé à un
électorat de gauche beaucoup plus volatil). Et bien, l'on peut dire que c'est quasiment fini et que c'est en grande partie l'oeuvre de Sarkozy. Chapeau! Il est d'ailleurs très fou de constater
que les notables de la droite réagissent si tardivement alors que c'est tout leur ancrage territorial qui fiche le camp. Autre sujet d'etonnement sans fin, comment Sarkozy a-t-il bien pu rétrecir
à ce point l'électorat qu'il visait? Lui qui avait réuni quasimment toutes les droites en 2007 (de la gauche la plus libérale à l'extrême-droite) a fini par ne plus viser que les riches et
éventuellement les vieux. Or ce segment sociologique est tout à fait insuffisant pour gagner une élection. C'est une évidence qui aurait dû sauter aux yeux du plus idéologue de ses conseillers,
mais non, ce type n'est tout simplement pas pragmatique. Et oui, qu'il fasse profession d'éclectisme et qu'il n'ait pas de convictions affirmées ne l'empêche pas de pas être du tout pragmatique.
C'est d'ailleurs pour cela qu'il est si dangereusement imprévisible. Dans ce cadre-là, un minimum de clientélisme à l'ancienne en viendrait presque à ressembler à un retour de la raison - pour
l'agriculture par exemple. Il est clair cependant que maintenant, il viendrait pourtant lui-même trop tard...



La Gaule 01/04/2011 00:10



@ Yann (salut à Malak en passant)


 


Non, pas à Mitterrand. L’arrivée au pouvoir des socialistes en 1981 a été marquée par un réel renouvellement des cadres, au moins sur le plan
générationnel. Sur le plan sociologique on sait par contre combien ce pétard là était mouillé !


Je pensais tout bonnement à De Gaulle, qui n’a jamais été pour la table rase, pas plus en 1958 qu’à la libération (cela lui a été assez
reproché). Sans doute parce qu’il mettait l’intérêt de la France au dessus des révolutions de sacristie. Par contre il était assez ombrageux sur ses prérogatives (surtout vis-à-vis des appareils
de parti) pour imposer en force à la tête du gouvernement un inconnu comme Georges Pompidou.


 


Sur le grand mystère de Todd au PS, un parti dont il m’étonnerait beaucoup qu’il ne sache pas évaluer les difficultés ou le déclin de sa base
électorale, je me demande si son choix n’est pas lié à leurs positions communes sur l’immigration.


 On a souvent dit ici et ailleurs combien son argumentaire sur certains aspects de la question
paraissait parfois naïf voire buté (il récuse ainsi toute approche « sécuritaire » du sujet). Là aussi, je ne crois pas qu’il soit dupe, mais il connaît trop bien l’histoire (je
plaisantais en affirmant l’inverse) pour ne pas redouter que ce terrain là ne soit déjà complètement miné.


 Il y aurait donc chez lui une volonté tactique de calmer le jeu en campant abruptement sur ses
positions, et en s’affiliant à ce qui apparaît encore comme le premier parti de l’immigration en France.


 


Sinon pas de putsch programmé à l’horizon, ce serait celui du Général Alcazar !


 



yann 31/03/2011 22:10



@Damien


Je dois dire que j'ai une certaine aversion pour Copé, ce n'est pas très rationnel mais ce type me donne de l'urticaire.


Sinon je crois que Todd dis ce qu'il pense être juste après que ce soit repris par le FN ce n'est pas sa faute. Peut-être que finalement cela obligera les partis du centre à revoir leurs copis.
C'est peut-être çà le rôle des extrêmes dans une démocratie faire bouger les lignes, parce qu'ils sont plus aptes à introduire de la nouveauté dans leurs programmes pour faire parler d'eux.


 


@La Gaule


Vous ne voulez pas me remplacer pour le blog non? . Sinon c'est vrai qu'il donne l'impression d'être redevenu le
Todd de l'ilusion économique. Mais au fond je crois qu'il a toujours adpaté son discours à ses interlocuteurs. Je me demande si finalement ses positions européennes (peu réalistes sur le
protectionnisme) ou sur le TCE n'étaient pas au fond des stratagèmes visant à se protéger de la doxa dominante. Todd aujourd'hui attaque frontalement peut-être parce qu'il pense que l'opinion
bascule et qu'il n'a plus à craindre d'être exclu des plateaux de télé s'il va trop loin aux yeux des bien pensant.


Sinon BHL Todd avais déjà bien situé son "oeuvre " dans la mécanique historique française. Il avait même bien dit, dans la nouvelle france il me semble, que le rejet du peuple français et la
taxation de racisme ontologique de ce dernier avait produit le FN et non l'inverse. En fait il semblerait que les élites aient depuis le début fabriqué le FN par leurs discours de rejet
systématique du peuple français.


 


Sinon j'aime à penser que les résistants de salon du type BHL serait les premiers collabo si l'histoire se répétait, mais ce n'est que mon intuition qui parle là encore..


 


"Oui les élites savent très bien se couler dans un nouveau paradigme, au lendemain de quelque bouleversement politique, et elles s’y rendent généralement utile. Mais elles le font sous le
contrôle jaloux d’hommes totalement nouveaux."


 


Vous ne pensez pas à Mitterrand par hasard?


@Malakine


Oui Todd est courageux ne un sens, mais on voit quand même le vent tourner. Il s'est passé quelque chose lors des cantonales. Quelque chose qui était souterrain depuis le début de la crise un
changement dans les rapports de force idéologiques. On le voyait avec l'apparition de certaines thématiques, celle que nous apprécions protectionnisme eurodivergence etc.. Mais là avec les
cantonales j'ai l'impression que le changement de rapport de force s'est accéléré et qu'il est apparu au grand jour. On peut critiquer Marine Le Pen, je le fait souvent d'ailleurs, mais elle a
fait bouger les lignes. Elle commence à faire douter même les plus réfractaires aux questions de souveraineté monétaire et de protectionnisme.


 @Jérémy Cloutier


 


J'avoue que j'ai du mal à comprendre son soutien au PS. A moins qu'il ne crois absolument pas à la possibilité pour de nouvelles organisations politiques de s'imposer.