Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 16:39

 


 

Il semblerait que la France soit assez bien pourvue en matière de pétrole de schiste, oui comme le gaz. L'origine de ce pétrole est toujours biologique, mais il est plus difficile à extraire que le pétrole classique. D'où son coût plus élevé. C'est « Science et vie » dans son dernier numéro de juillet qui fait toute une analyse sur les réserves françaises de pétrole de schiste. Il s'avère que les réserves trouvées sont étonnamment élevées puisque l'institut français du pétrole l'estime entre 60 et 100 milliards de barils, soit entre 90 et 150 ans de consommation française actuelle ! Le problème c'est que ce pétrole est tout aussi problématique dans son exploitation que le gaz de schiste, car ces réserves se situent dans la région du bassin parisien, zone à forte densité de population. On peut craindre à juste titre des effets sur l'eau et l'environnement local qui pourrait nuire fortement à notre nation. Cependant la quantité de réserve mérite tout de même de discuter sur une éventuelle exploitation. Le débat mérité également de sortir du cadre limité écolo/antiécolo. La revue « Science et vie » a d'ailleurs répondu promptement dans son numéro d’août à certaines critiques écologistes en mettant en avant le fait qu'elle ne faisait qu'informer nos compatriotes sur cette réalité. Certains écologistes allant jusqu'à insulter les journalistes en traitant de scandaleux leur article d'information. On voit où tombe le débat avec les écologistes, c'est exactement comme lorsque l'on parle de la question du nucléaire.

 

 

Un avantage pour l'indépendance nationale

 

Je m'étais déjà exprimé négativement sur les gaz de Schistes parce qu'à l'époque le coût écologique m'avait paru démesuré en regard de l'intérêt économique et des réserves somme toutes modestes trouvées alors. Le fait que les réserves ici pourraient faire atteindre une certaine autosuffisance sur le plan énergétique à notre nation vient cependant de me faire douter sur le pétrole de Schiste. Car dans une stratégie protectionniste et indépendantiste de notre nation avoir du pétrole et pouvoir se passer des importations pourrait être un atout majeur pour parvenir à nos fins. Bien évidemment il ne faut pas se leurrer, la France ne sera jamais un grand producteur de pétrole capable de vivre de ses exportations à l'image du Qatar et ce n'est pas une mauvaise chose en soi. En effet, devenir un gros exportateur de matière première à de gros inconvénients à long terme. L'histoire prouve que ce sont les nations qui produisent des biens qui se développent, celles ayant des rentes minérales ou autre ayant tendance à s'endormir sur leurs avantages jusqu'au jour où les filons sont épuisés. L'exemple des pays arabes producteurs de pétrole est suffisamment explicite, ces pays n'ont pas réussi jusqu'à présent à orienter leurs économies vers autre chose que l'exportation de matière première. Et l'avenir pour les pays de la péninsule arabique s'annonce bien sombre, une fois la production pétrolière terminée.

 

Le pétrole que nous pourrions exploiter ne devrait en aucun cas être utilisé pour pallier à nos importations de bien de consommation et d'équipement. Ce type d'évolution serait fortement dommageable pour l'avenir industriel et technique de la nation. En supposant au préalable que nous aurions évidemment mis fin aux deux mamelles de la désindustrialisation française présente, à savoir le libre-échange psychorigide, et l'euro. En revanche, faire en sorte de ne plus dépendre de nos importations de pétrole réduirait de manière importante notre déficit commercial, même si ce dernier n'est que très partiellement dû à l'énergie. On ne peut en aucun cas négliger des ressources qui pourraient nous permettre durant plusieurs décennies une indépendance totale tout en préparant bien évidemment une transition énergétique inévitable. C'était un peu le rêve du Général de Gaulle que de donner à la France la possibilité de choisir son propre destin à travers l'indépendance énergétique. Une notion totalement oublier aujourd'hui et qui est pourtant fondamentale pour l'application d'une réelle démocratie. Car sans indépendance il n'y a pas de démocratie et les choix collectifs finissent par être contraint par des données extérieures aux choix de la population. Je rappellerai au passage que l'indépendance énergétique n'est pas une affaire de taille. Même s'il est vrai que plus un pays est grand plus il a théoriquement de ressources potentielles. Cela dépend aussi de la géographie, mais surtout de la démographie et des « coutumes » de consommation et de production locale. Avoir d'énormes réserves, mais les gaspiller n'aide pas au maintien de l'indépendance à long terme.



Les USA qui ont hérité d'un territoire immense et de ressources monstrueuses ont réussi par leurs gabegies et leur courte vue à en dilapider une grande partie en très peu de temps à l'échelle des temps historiques. À l'inverse avant que l'Europe ne se mette à imiter le modèle américain après guerre, elle était autosuffisante sur le plan de l'énergie. Les Européens l'ont oublié, mais pendant longtemps c'était l'Europe qui produisait une grande part de l'énergie mondiale grâce au charbon. Jusqu'à la fin des années 50, l'Europe était encore excédentaire sur le plan de l'énergie. En développant une économie orientée autour d'une matière première importée, le pétrole, nous avons troqué notre liberté politique pour jouir de l'automobile. Dans les décennies qui viennent, il sera de plus en plus coûteux d'importer les énergies fossiles, ne serait que par la concurrence féroce que vont nous mener les nouvelles nations industrialisées. Avec une main-d’œuvre moins chère et tout aussi qualifiée, nous ne serons pas concurrentiels et les pays producteurs d'énergie fossile préféreront de plus en plus les produits asiatiques aux produits européens. On parle souvent du pic pétrolier pour évoquer la crise énergétique qui va s'imposer à nous. Mais bien avant cela il y a le simple fait que le monde a changé et que nous ne pourrons plus nous payer ces importations énergétiques sauf à s'aligner sur les niveaux de vie chinois et indiens. Et encore je ne reviendrais pas ici sur les dégâts que les importations en provenance de ces pays ont faits directement sur nos balances commerciales.



De fait, nous n'aurons pas le choix à long terme. Soit nous devenons indépendants en matière énergétique. Et cela quelle que soit la façon. Soit nous devrons aligner nos niveaux de vie sur ceux des pays émergeant. À cela s'ajoute effectivement l'épuisement rapide des sources classiques de la production pétrolière mondiale. Et ce que je dis est vrai même si l'on suppose que nos nations cesseront leurs délires libre-échangistes sur les biens de consommation.

 

Ne pas oublier le long terme



Sur ce plan les Américains semblent avoir une longueur d'avance eux qui ont développé l'exploitation des gaz de schiste et qui bénéficient également des plus grandes réserves de pétrole de schiste dans la formation de Green River. Cependant comme à l’accoutumée les Américains ne vont guère faire d'effort sur le plan de la limitation des gaspillages, l'intérêt à court terme primant sur tous les autres. Pour ce qui est d'une éventuelle exploitation du pétrole de schiste en France, celle-ci ne devrait pas se faire hors de toute politique de contrôle nationale. On imagine déjà avec nos élites actuelles des entreprises étrangères pillant les ressources du bassin parisien en distribuant des subsides à tels ou tels groupes de pression politique en France. Soyons honnêtes, la corruption que l'on présente comme un trait caractéristique des Russes ou des Chinois est sans aucun doute aussi prononcé en occident et en France en particulier. Elle y est juste plus discrète, mais malheureusement aussi plus diffuse et puissante qu'on ne le croit généralement. Il va de soi à mon sens que si une exploitation pétrolière doit avoir lieu, elle doit être exercée par une entreprise sous contrôle de l'état. Ce faisant, l'exploitation pétrolière devrait être uniquement orientée dans le sens de la consommation nationale. On interdirait alors les exportations. Dans le même temps, nous devrons continuer petit à petit à faire pression sur les consommateurs et les entreprises pour diminuer les besoins en énergie fossile. Et favoriser les énergies alternatives, toutes les énergies alternatives y compris le nucléaire (4e génération, puis thorium). Au passage, les énergies solaires font de gros progrès et de multiples orientations de recherche rendent plutôt optimiste sur l'avenir de cette filière.

 

Je pourrais parler ici des cellules solaires avec technologie de cellule solaire plastique trois fois moins coûteuse à fabriquer que les cellules traditionnelles. On sait qu'il existe sur terre des organismes capables d'absorber presque la totalité de l'énergie solaire qu'ils reçoivent. Ainsi certaines bactéries sulfureuses vertes arrivent à absorber 98% de l'énergie solaire qu'elles reçoivent, contre 22% pour les meilleurs panneaux solaires actuels. Si les scientifiques parviennent à imiter leurs performances de façon artificielle, une bonne partie des inconvénients de l'énergie solaire disparaîtront. Je pourrais parler également de l'usage des microalgues que des ingénieurs et architectes français cherchent à intégrer directement à lasurface des bâtiments pour créer des constructions à énergie positive recyclant l'eau et produisant du carburant sous forme d'huile d'algue. La recherche énergétique doit s'accélérer, mais seuls les pouvoirs publics sont à même d'orienter définitivement vers ces solutions. Car le marché, laissé à lui même, se contentera d'imposer les solutions les moins onéreuses à court terme mêmes si cela s'avérait catastrophique à longue échéance.

 

Qui plus est, on pourrait probablement diviser par deux notre consommation de pétrole en changeant les modes transports et en limitant les besoins de déplacements de nos compatriotes. Le rapprochement entre lieu de travail de consommation et de loisir devrait être une priorité sur les politiques de la ville. Il faut cesser d'étendre les villes indéfiniment en obligeant nos compatriotes à faire des dizaines de kilomètres pour aller de leur lieu d'habitation à leur lieu de travail. Il faut repenser les villes en ce sens. L'exploitation de ce pétrole de schiste devrait donc être une occasion pour accélérer et non diminuer nos efforts visant à l'abandon à long terme des énergies fossiles pour peu que nous y trouvions des alternatives crédibles. Je ferais remarquer au passage que le simple abandon de la mondialisation et la relocalisation des activités diminueront de façon drastique les besoins en énergie pour le transport des marchandises. La relocalisation des activités de production fera faire d'énormes économies de pétrole, il suffit de s'amuser à compter les camions sur les autoroutes françaises pour s'en convaincre. Ainsi le PIB de l'UE fait du surplace depuis vingt ans, mais grâce au libre-échange intégral le commerce intraeuropéen a explosé, ce qui signifie que pour produire autant ou à peine plus qu'il y a vingt ans nous utilisons beaucoup plus d'énergie. Voilà qui n'est guère efficace contrairement aux affirmations libérales. L'exploitation du pétrole de schiste n'est donc pas une occasion pour faire perdurer un modèle énergétique non durable. C'est à mon avis bien au contraire un moyen pratique pour permettre à la France de reprendre son indépendance. Et par là même un moyen de rendre possible une véritable transition énergétique complètement planifier sur une trentaine d'années.

Partager cet article

Repost 0
Published by Yann - dans écologie
commenter cet article

commentaires

A-J Holbecq 07/08/2012 18:08


C'est bien la première fois que je rencontre un commentateur plus pessimiste que moi ;)

Roland 07/08/2012 17:46


Le problème de transition que vous évoquez ne sera jamais réglé. Il n'y aura pas de transition mais un effrondrement et vous le savez très bien , parce que nos sociétés ont été bien trop loin
dans la fuite en avant pour qu'un amendement soit possible. Il ne s'agit pas de savoir ce qui est "raisonnable" et ce qui ne l'est pas. Votre compassion pour les futures victimes est louable,
mais inutile. La question qui est posée est: aggravons nous encore une situation désespérée pour sauver le cul des inconscients qui l'ont créée, ou se décide t-on enfin à être lucides sur le
devenir proche de l'humanité dans son ensemble? Je vois que vous n'êtes pas encore parvenu à ce stade de la réflexion, mais ça viendra, les évènements vous y pousseront. On en reparlera alors, si
toutefois il y a encore matière à débat, ce dont je doute, car l'époque des coupeurs de cheveux en quatre est déjà révolue, je pense.

A-J Holbecq 07/08/2012 17:30


@Roland
Du jour au lendemain on arrête donc d'utiliser du pétrole ?
Ou alors effectivement on continue à importer en passant le litre d'essence et de gasole à 5 euros ... tant pis pour les pauvres!

Je suis tout à fait conscient de la nécessité de réduire notre consommation d'énergie,  la facture énergétique, le déficit commercial, les intérêts de la dette, le poids des cotisations
sociales, etc ... mais faudra m'expliquer comment on fait à part réduire la population terrestre de 50% en commencant par tous ceux qui ont plus de 50 ans et qui ne peuvent pas travailler dans
les champs avec une houx et une faucille !


On a une période de transition (j'espère que ca n'est que de la transition) extrêmement difficile à passer j'en suis conscient... mais ce n'est pas en refusant le pétrole de schiste, le pétrole
importé et le nucléaire, en mettant des éoliennes partout (1000 éoliennes pour produire l'équivalent d'un seul réacteur nucléaire) que ca va régler le problème ... tout est à revoir et le yaka
fokon ca ne fonctionne pas...

Roland 07/08/2012 17:18


@AJH:


A quel prix? Décidément, vous (et quelques autres) êtes indécrottables à tout voir par le prisme de l'économie. Qu'allons nous donc encore détruire pour maintenir l'illusion de la prospérité
économique? Quel prix êtes vous prêt à payer pour "l'indépendance"? Alors qu'aujourd'hui même, la france prend ses ordres à Bruxelles et à Frankfort pour l'économie, et à Washington pour la
défense?


Cette histoire de gaz et huiles de shiste est un buzz qui intervient opportunément alors que la déplétion commence, et qu'on espère de façon pathétique repousser de quelques années la lame du
bourreau.


Pour ma part, l'association à ce genre d'idées Géo Trouvetout, digne des apôtres idolatres de la technologie à tout crin qui nous sauvera tous (alors que c'est l'exact contraire qu'on constate
dans les faits) suffit à me faire classer des gens que j'aurais pu considérer comme sérieux et dignes de foi dans la catégorie des farfelus dangereux (Mr Hervé Juvin vient également de basculer
ou peut être de révéler son vrai visage sur ce nouvel attrape couillons).

A-J Holbecq 07/08/2012 13:35


@Jacques
Il ne s'agit pas "de rééquilibrer la balance commerciale de cette façon" mais plutôt d'éviter des importations de pétrole qui obligent à se procurer des devises.