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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 17:11

 20120307-sarkozy-hollande-info2telePuisqu'il faut bien en parler, parlons-en. Une semaine d'écart après le scrutin permet généralement d'éliminer les émotions et les illusions produites par les raisonnements à court terme et menées sous le feu de l'action. Disons le tout net si ce premier tour des élections présidentielles est une déception tant sur la qualité du débat que sur son résultat, il n'est en aucun cas une surprise. À vrai dire la seule surprise fut le score relativement élevé de Nicolas Sarkozy si l'on met celui-ci en parallèle avec son bilan directionnel. Nicolas Sarkozy est sans conteste le pire dirigeant que la France a pu avoir sous son régime démocratique. À dire vrai je crois même que peu de nos rois ont été aussi inaptes à la direction des affaires. Et pourtant il réussit à mobiliser 27% des électeurs avec un taux de participation raisonnable. Ce score est en réalité bien plus surprenant que le score du FN qui était prévisible eu égard à la crise et au fait que ce parti bénéficie désormais du vote « utile »  des partisans du protectionnisme et des eurosceptiques de plus en plus nombreux.



L'autre leçon de cette élection c'est l'échec cuisant des alternatifs protectionnistes en l’occurrence celle de Nicolas Dupont Aignan. Il faut regarder les choses en face. Pour le grand public le protectionnisme c'est Marine Le Pen, même chose pour la critique de l'euro. Il sera malheureusement très difficile pour NDA de renverser cette tendance, et ce d'autant plus que son parti ne tient que grâce à lui. Sans un développement de sa base militante et une diversification des têtes représentatives dans les médias, DLR aura peu de chance de s'imposer face à son concurrent. Le FN est en passe de réussir son monopole sur les sujets essentiels et c'est tout le drame de la situation politique de la France, car Marine Le Pen n’accédera jamais à la présidence du pays. Quoiqu'en pensent certains de ces partisans, on ne voit pas comment le FN pourrait gagner un deuxième tour des présidentielles, le cordon sanitaire autour de lui est probablement inviolable. De fait, le Fn stérilise plus que jamais les solutions alternatives à la crise. Le FN fait à l'insu de son plein grès parti du système, il est son troisième pied comme je l'avais écrit l'année dernière. Ce parti même s'il changeait profondément, et même si ses dirigeants étaient honnêtes et bien intentionnés, ce dont on peut franchement douter, ne parviendra jamais à briser son plafond de verre, comme a appelé très justement mon collègue Laurent Pinsolle cette limite électorale. Quand bien même le FN ferait 35% au premier tour, le second serait une défaite.



Les élections à notre époque sont un jeu naturellement truqué



S'il y a un gagnant dans ce premier tour, c'est bien le système en place. Toutes les portes de sortie sont bloquées et comme prévu ce ne sont pas les élections qui changeront quoi que ce soit à l'évolution dramatique que ce pays va subir dans les mois et les années qui viennent. Les médias et leurs sbires sondagier ont réussi à annihiler toute véritable opposition. Le vote « utile » est une nouvelle méthode pour bloquer tout aventurisme programmatique hors des clous de la pensée unique. Il ne faut pas pour autant en vouloir à nos concitoyens, ils croient voter de façon raisonnable en anticipant le futur gagnant des élections à travers les sondages. Comme je l'avais déjà expliqué sur ce blog, le raisonnement par anticipation donne un pouvoir incroyable aux sondages et aux médias. En effet si les gens ne votent pas suivant leurs aspirations intérieures, mais uniquement par stratégie électorale visant à faire un vote utile, alors il suffit d'imposer un sondage favorable à tel ou tel parti pour définitivement faire pencher la balance. De fait, les élections sont en fait truquées par les sondages. Comme en physique quantique l'observateur modifie l'élément observé.



Comme dans le cadre du marché financier si bien décrit par Keynes et son célèbre exemple sur les concours de beauté, les gens en raisonnant rationnellement en fonction d'anticipation ne votent pas pour leur choix, mais uniquement pour ce qu'il considère comme le choix possible de la masse. C'est le fameux effet moutonnier, ou effet de foule. Il conduit l'être humain à se comporter non comme un individu rationnel agissant en fonction de tel ou tel critère, dans le cadre des élections en regardant et en comparant les programmes. Mais en mouton suivant la masse et anticipant le mouvement de celle-ci. On ne vote pas pour ses croyances ou ses préférences, mais en fonction des préférences de la masse telle qu'elles ressortent des « prévisions ». De fait, celui qui le premier fait des prévisions modifie volontairement ou non les futures élections, et ce dans des proportions inimaginables. Je pourrai ici faire le pari que le résultat des élections aurait été bien différent sans l'intervention des sondages et des manipulateurs d'opinion.



Cependant, il faut ici prendre garde à ne pas traiter bêtement et trop rapidement l'électeur français moyen d'imbécile ou de mouton, même si son comportement électoral est de fait moutonnier. Le paradoxe est qu'il est au contraire parfaitement rationnel de se comporter en mouton et de voter en fonction des prévisions de ce que l'on croit être l'opinion publique. Le drame c'est que de la même manière que le comportement collectivement irrationnel des marchés est le fruit de la rationalité des individus, le marché électoral irrationnel est le fruit de la rationalité individuel des électeurs. On peut remettre indéfiniment les mêmes politiques au pouvoir même s'ils échouent lamentablement depuis 40ans simplement parce qu'il est stratégiquement suicidaire, du point de vue individuel, de voter pour des partis qui n'ont aucune chance raisonnable d'être élu si l'on suit les sondages. Autant voter pour le moins mauvais des candidats potentiellement éligibles. Le ver qui ronge notre régime politique est en fait le fruit de la nature même de notre système électoral, il est structurellement conservateur. C'est d'ailleurs pour la même raison que l'on voit des maires rester plusieurs décennies à la tête des villes, même avec des bilans catastrophiques et des affaires de corruptions aux fesses. Les gens ne sont pas idiots, mais suivent l'apparent courant d'air de l'opinion publique.



Le deuxième tour des élections est maintenant en marche, ce prélude n'ayant que conforté l'idée de mort clinique du système pseudodémocratique français et occidental. L'élection n'est pas démocratique en ce sens qu'elle ne met pas au pouvoir des représentants du peuple, mais des oligarques favorisés par le système ou héritier de celui-ci. Plus que jamais ce que l'on appelle la démocratie électorale est en réalité le contraire de la véritable représentation démocratique. Ce deuxième tour n'a aucun intérêt. À titre personnel je m'abstiendrai même si je comprendrais que ceux qui veulent se débarrasser de Sarkozy votent pour son clone de gauche. À dire vrai j'aimerai l'élection de François Hollande. Ne serait-ce que pour voir la tête des gens de gauche et d'Emmanuel Todd lorsque le gouvernement socialiste se mettra à démolir le système social français au nom de la dette et de nos futurs petits enfants. Je sais, on se réconforte comme on peut. La France n'évitera pas une purge néolibérale, aussi stupide soit-elle. On peut en espérer finalement une rupture électorale en se disant qu'à force de souffrir les gens finiront par voter contre le système. Cependant, il s'agit là d'un mince espoir, car les exemples grecs ou espagnols, pays où la situation est désastreuse, n'ont pas entamé la solidité du système de domination local. Pendant la crise des années trente, les systèmes de domination médiatiques et sondagier n'existaient pas, nous sommes dans des conditions très différentes d'alors et il est possible que le système de domination se maintienne même avec d'énormes souffrances sociales. D'ailleurs des peuples ont vécu des siècles avec des systèmes fortement inégalitaires sans remise en cause de la structure politique. Il ne faut pas croire que l'histoire à un sens unique vers l'égalité. Nous sommes peut-être entrés dans un système permanent de néoféodalisme. La télévision, les médias de masse et le système pseudodémocratique servant de socle à cette nouvelle civilisation comme le clergé et le droit divin autrefois.



L'important c'est le troisième tour des élections

 

Quoi qu'il en soit, l'important ce n'est pas le deuxième tour des présidentielles. Ni même les législatives. C'est l'accélération de la crise économique qui pointe. Il existe de nombreuses portes de sortie à cette crise, mais celle qui sera prise sera nécessairement celle qui garantit la pérennité des intérêts dominants. De ce fait, il y a peu de chance pour que le système se dirige vers une sortie par le haut et par le protectionnisme et la relance des salaires. Car ces dernières sont indubitablement contraires à l'intérêt d'une partie importante de l'intelligentsia européenne et française. L'endettement supplémentaire n'est plus possible à cause des contradictions fondamentales du système libre-échangiste qui veut maintenir une demande forte alors même qu'il contracte les salaires par la mise en concurrence de nations fortement inégalitaires sur le plan salarial et monétaire. Cet équilibre précaire maintenu pendant trente ans est aujourd'hui rompu pour des raisons que j'ai déjà largement abordées sur ce blog. Il faut aller vers un nouvel équilibre, mais la nature de cet équilibre diffèrera suivant que l'on emprunte la voie keynésienne et protectionniste ou la voie libre-échangiste. Malheureusement pour nous l'Europe est bien partie pour emprunter le pire chemin. La stabilité ne sera donc retrouvée que lorsque les salaires et le niveau de vie des Européens et des Français seront suffisamment bas pour rééquilibrer les balances des paiements.

 

Cet amoindrissement salarial devra être obtenu non seulement par la destruction des lois sociales locales et des diverses solidarités mises en place à l'époque keynésienne, mais aussi par une mise en concurrence féroce sur leur propre sol par des populations non européennes plus aptes à accepter de bas salaires. C'est ainsi qu'en Allemagne alors que la population commence à demander des rehaussements de salaires après dix ans de contrition des  « rapports » tombent sur la nécessité pour le pays de faire venir plusieurs millions d’immigrés. Ceci n'est évidemment pas un hasard. On notera qu'en France la gauche est la mieux placée pour faire ce type de politique « généreuse ». C'est d'autant plus vrai que l'on constate chez les gens d'origine immigrés une forte tendance à soutenir la gauche. Et cela quel que soit le niveau social, prouvant ainsi l'échec cuisant de l'intégration à la française. On pourrait même dans quelques années se retrouver à ce rythme avec une ethnocratie, les couleurs politiques s'affichant pour ainsi dire sur le visage des électeurs de France. On retombe ici sur le cynisme lucide de la fondation Terra Nova qui prônait une vaste politique d'immigration pour favoriser la gauche française aux élections à la manière de ce qu'a fait le Labour en Grande-Bretagne. Que le pays explose, on s'en fiche. Tant qu'on est au pouvoir en quelque sorte. Ce scénario horrible est malheureusement le plus probable étant donné le blocage politique français exprimé en haut de ce texte. Le pire n'est pas certain, mais il est maintenant hautement probable.

 

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Published by Yann - dans election 2012
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KERMORVANT 17/05/2012 14:11


Absolument inaudible et illisible, puisque partant d'un laïus infondé : le ps = l'ump....non, ni dans ses fondements ni dans son électorat. Une étude sociologique tronquée qui ne met pas en
perspective le partisanisme et le vote statutaire de droite et minoritaire à gauche contre un électorat d'adhésion : en l’occurrence le droite d'aujourd'hui est ouvrière, vieillissante et
clanique, la gauche se rajeunit et touche les couches urbaines et diplômées...c'est là le gage de la gauche que la droite n'a pas compris, si ce n'est dans les derniers mois de la campagne, son
électorat cherche un chef de guerre et veut suivre sans avoir à savoir...tout le contraire de notre époque !

Di Girolamo 09/05/2012 08:57


Il y a ce qui va se passer et il y a ce que l'on peut faire :nos
marges de manœuvres.


Les débats sur les divers candidats, partis etc n'ont aucun
intérêt parce que ce mode d'organisation de la gouvernance , le nôtre actuellement, n'a plus aucune prise sur les événements et les évolutions à venir .


La conjugaison de toutes les crises nous situe aujourd'hui dans un
moment où il va nous falloir payer la lourde addition d'une logique relationnelle avec le monde qui n'a pas vocation à durer.


Je ne partage pas du tout le point de vue de Yann sur des
solutions qui nous viendraient seulement de nos capacités créatrices scientifiques et pense sans les nier qu'elles doivent s'intégrer dans un processus beaucoup plus global de ré- organisation de
la société , c'est à dire inscrire matériellement dans nos modes de vie , métiers , habitats , aménagement des territoires etc  une autre relation au
monde ; c'est bien une histoire de paradigme , de type de relation avec les autres et notre milieu.


Il s'agirait de définir comment passer d'une logique
d'exploitation industrielle du monde à une logique d'aménagement du milieu et de nos société ,dans une perspective de durabilité .


Ce type d'approche globale est impossible à aborder, à même
imaginer dans nos modes de gouvernance conservés en l'état. Le choix alternatif d'équipes de « sachant » au pouvoir est nuisible , complètement inadapté à construire le monde qui vient
.


C'est bien sûr l'humilité qui doit aujourd'hui nous gouverner,
celle ci mettant en œuvre, non des équipes et des programmes, mais une interrogation, une recherche .


Pour que cette voie soit possible il faudra que la fatuité des
"dirigeants " apparaisse  encore plus fortement et qu'ils en arrivent à douter d'eux mêmes, et à prendre conscience que le problème qu'ils ont devant eux ne peut se traiter par des méthodes
anciennes ; il faudra aussi qu'ils soient prêt à renoncer à tous leurs avantages matériels . Autant rêver !


Il faudra que "le peuple ", disons un nombre significatif de
personnes ait une claire conscience de la catastrophe globale qui vient, en même temps que devant eux un créneau clair de ré organisation de la société puisse émerger d'un travail d'imagination
collectif.


La claire conscience de la catastrophe viendra avec elle
,mais si d'une manière ou d'une autre nous ne parvenons pas à faire auparavant émerger une direction à prendre collectivement , il est à craindre que cette prise de conscience se tourne vers
l'auto défense , le repli sur soi et la haine des autres.


En conclusion, politiquement, l'action la plus utile aujourd'hui
est de dresser constat et de proposer clairement des réorganisations radicales; cela sans peur du ridicule qui dans ce domaine ne tuera pas mais peut au contraire nous aider. On peut aussi,
choisir les solutions individuelles, prendre un permis de chasse et se retirer dans une propriété bien gardée comme le suggère la vidéo de Michel Drac soumise plus haut par La Gaule ; ce qui
peut se comprendre mais ne présente pas grand intérêt autre qu’un acte de survie individuel qui n’apporte aucune ouverture collective et connaîtra donc aussi rapidement ses limites.

La Gaule 08/05/2012 23:16


Du grand Sapir encore, à propos notamment de la Grèce. Aurait fait un grand ministre de la république, si nous n’étions tombés en
raie-publique…


 


http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=smHrVc3_JbA


 

D.T 08/05/2012 22:25


Je pense qu'on a eu pire que Sarkozy. C'était sous Mitterand que nous avons eu le traité de Maastricht qui a rendu l'Europe definitivement anti-sociale. Et aussi je crois la decision d'adopter
l'euro. Finalement Sarkozy n'a fait que confirmer une tendance lourde.

La Gaule 08/05/2012 02:09


Jacques Sapir sur Marine Le Pen dans "Ria Novosti" :


http://fr.rian.ru/tribune/20120505/194552631.html