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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 17:13

Francois_Hollande_-Journees_de_Nantes_2012-.jpgQue le temps passe vite. Que ce blog est mal entretenu, et son auteur un fainéant. Je l'admets, j'exagère un peu la latence qui s’imprègne entre chacune de mes interventions. Pour tout dire, une lassitude générale des affaires politiques et économiques s'est instillée sournoisement en moi. L'impression d'écrire dans le vide et d'avoir fait le tour des choses ayant fait place à l'engouement et à la verve de bataille. Pourtant plus que jamais alors que la France s'enfonce dans la dégénérescence libérale des voix un peu subversive et rationnelle doivent se faire entendre. L'obstination avec laquelle les pseudo-socialistes et notre élite surannée s'enferment dans l’inefficacité macro-économique est tout simplement stupéfiante. Il y a quelque temps déjà que j'avais pourtant imaginé le scénario qui se déroule sous nos yeux. J'avais même assez largement critiqué le Hollandisme révolutionnaire d'Emmanuel Todd en faisant de Hollande le bras armé du libéralisme doctrinaire. Je dois avouer que cette hypothèse, même si elle me paraissait la plus probable, me plongeait dans l'inquiétude.

 

Mais force est de constater que la réalité dépasse toujours vos plus mauvaises hypothèses. François Hollande est ainsi un zélote du libéralisme plus terrible encore que ce que mes pires cauchemars pouvaient imaginer. Et en ce sens, c'est une bonne nouvelle, car l'hypothèse qu'il puisse plonger l'Europe dans la récession est également favorisée. Je rappellerai ici que pour ma part la seule possibilité qu'un éclatement de la zone euro puisse se faire est par le truchement de l'action allemande. De par leur soumission et leur haine de leur propre peuple, les élites françaises ne peuvent en aucun cas agir dans le sens de l'intérêt du pays. C'est justement leur obstination à défaire la nation française qui est paradoxalement la meilleure chance de salut à long terme pour le pays. Mais j'y reviendrais par la suite.

 

 

Le non-sens économique de l'hypothèse libérale

 

Je vais rappeler ici brièvement pourquoi les politiques de l'offre ne peuvent en aucun cas fonctionner. François Hollande, comme tout bon libéral qui se respecte, n'imagine pas le monde fait de nation de peuples, et d'interactions entre ces différents peuples. Les libéraux sont des cartésiens extrémistes. Ils analysent le monde comme étant le résultat de l'assemblage logique des plus petites particules faisant fonctionner la société, à savoir l'individu. Dans la logique libérale, il n'existe que l'individu, rien d'autre. Il faut vraiment bien comprendre cette hypothèse de départ pour bien appréhender l'échec culturel que produit la pensée libérale et son corollaire extrémiste: le néolibéralisme. Il s'agit d'une forme dévoyée de cartésianisme, ce dernier étant une méthode de pensée décortiquant la réalité en petites parties pour en expliquer le fonctionnement par l'assemblage a posteriori. Le libéralisme agit de la même façon en coupant la société en actions individuelles et en rassemblant celles-ci il suppose pouvoir expliquer l'ensemble total du fonctionnement de la société. Cette méthode cartésienne appliquée à l'économie s'avère malheureusement fausse, car elle oublie une hypothèse qui n'est jamais réalisée dans le monde réel. Celle de l'indépendance des variables. Pour que l'assertion libérale soit juste, il faudrait que l’ensemble qui compose la société n’interagisse en aucun cas avec les parties distinctes le constituant. L'hypothèse libérale présuppose donc que la société n'influence en aucun cas l'individu qui en fait partie. Vous conviendrez ici qu'une simple étude de l'histoire humaine, la simple connaissance de base en psychologie ou la simple connaissance du monde qui nous entoure suffisent à infirmer cette hypothèse absurde.

 

Encore une fois, tout découle des axiomes libéraux de base. En réduisant la société à un ensemble d'individus qui n'agissent qu'en fonction de leurs intérêts propres, vous ne pouvez pas comprendre l'impossibilité qu'il y a à résoudre la crise actuelle. Car cette crise n'est pas le fruit du hasard de la malchance ou d'un système politique qui se serait trompé précédemment. Ce n'est pas non plus le fruit d'une caractéristique naturelle propre au peuple français. La crise économique actuelle est le résultat de l’application de politiques économiques erronées liée à une vision du monde complètement contraire à son fonctionnement réel. Pour le dire plus crûment, nous sommes dirigés par des gens qui ont une vision du monde aussi proche du réel que celle des astrologues des marabouts ou des membres de l'église de la scientologie. L'une des nombreuses conséquences de cette vision erronée du monde est la fameuse politique de l'offre. Une politique économique qui démontre par l'absurde l'inanité et l'absence de compréhension générale des hommes politiques français et plus généralement occidentaux.

 

Celle-ci consiste à améliorer la sacro-sainte compétitivité du pays pour améliorer la situation de la balance des paiements. Elle présuppose d'ailleurs que le moteur de l'économie est le commerce. Alors qu'en réalité c'est essentiellement l'investissement qui est le moteur de la croissance. Et l'investissement peut être tiré par autre chose que les exportations. Mais ignorons cela et voyons quelle méthode la politique de l'offre utilise pour relancer la croissance. Il s'agit de réduire au maximum le coût local du travail soit par la baisse salariale ce qui implique une maîtrise des salaires distribués qu'aucun pays développé ne possède. L'on voit mal l'état imposer à tous les salariés une diminution des revenus. Ce type de politique se traduisant en pratique par la baisse des salaires minimaux, quand ils existent et par la baisse des salaires de fonctionnaire. La deuxième méthode est la baisse des charges diverses qui s'appliquent aux entreprises. Il s'agit là bien souvent de dégrader les comptes de l'état et l'investissement public en espérant que la simple baisse des charges permette une hausse même éphémère des exportations. Et enfin la dernière méthode la plus efficace consiste à faire une dévaluation monétaire. Ces politiques sont censées permettre de relancer la croissance en stimulant l'investissement par le truchement des exportations.

 

Comme à chaque raisonnement simpliste et pseudo-cartésien celui-ci implique deux hypothèses jamais mises en avant par les tenants de ces politiques. En premier lieu, il faut supposer qu'il y est un marché extérieur pour absorber l'offre nouvelle en quantité suffisante. Et il faut espérer que cette politique ne soit pas suivie par d'autres pays. Dès lors que plusieurs nations se mettent à faire la même politique de l'offre, l'on se retrouve rapidement à faire une guerre et une course à l’amoindrissement de la demande. En second lieu, il faut espérer également que les gains produit par les excédents commerciaux, et les exportations, surpasse les effets de la réduction de la demande intérieure. Car dans le cas contraire les politiques de l'offre produisent l'effet inverse à l'effet recherché en diminuant l'investissement global du pays. Les récents exemples espagnols et grecs montrent que les politiques de l'offre dégradent en pratique plus souvent qu'elles n'améliorent l'investissement local. Et lorsque ces politiques sont généralisés à la planète entière, la déflation née naturellement. Chacun cherchant à tirer la croissance du déficit commercial du voisin. On ne saurait mieux exprimer la catastrophe que représente l'esprit libéral que dans sa capacité à produire régulièrement des déflations. Il l'a fait, et avec quel talent, dans les années 30. Il recommence au centuple aujourd'hui.

 

 

Vous noterez au passage que j'ai bien stipulé que les dévaluations faisaient partie des méthodes pour pratiquer la politique de l'offre. Et c'est bien pour cela que l'on peut voir ici ou là des économistes libéraux prôner sporadiquement la sortie de l'euro et la dévaluation. Mais si je prône moi même la dévaluation et la sortie de l'euro, ce n'est certainement pas pour faire une politique de l'offre à la japonaise, bien au contraire. Car dévaluer simplement pour accroître sa croissance au détriment du voisin voila bien une politique qui ne nous mènera pas plus loin que celle que nous menons à l'heure actuelle. En ce sens, les européistes ont raison de railler ceux qui veulent sortir de l'euro pour simplement dévaluer. Car à l'image de ce qui s'est passé dans les années 90 la guerre des monnaies n'est pas forcément meilleure que l'agonie dans l'euro. Tout juste pourrions-nous mettre fin aux prétentions dominatrices de l'Allemagne sur le continent. Mais tel n'est pas l'enjeu et notre but en tant que nation ne doit pas se réduire à la simple vengeance nationaliste. Si nous devons nous libérer du carcan monétaire européen, c'est avant tout pour pouvoir mener des politiques de relances et de contrôle de la demande. Mais pour cela il ne faut pas simplement rompre avec l'euro et l'UE, il faut rompre avec la tranquillité d'esprit du libéralisme. Il faut rompre avec l'idéologie du tout marché, et de l'autorégulation économique. Rompre avec la croyance que la somme des intérêts individuels produit l'intérêt collectif. C'est une rupture copernicienne qu'il faut opérer et cela va bien plus loin que la simple rupture avec un instrument monétaire absurde.

 

Rompre avec l'esprit libéral

 

Car notre société est culturellement libérale. Du petit patron local qui vocifère sur les fonctionnaires fainéants, aux rentiers inutiles qui pourtant maudissent ces satanées pauvres et leurs « privilèges ». Ces petits bourgeois qui sans arrêt cachent leurs propres intérêts derrière un amoncellement de bienséances verbales. Et qui comme tous cosmopolites cherchent à être généreux envers le lointain pour ne pas l'être vis-à-vis de leurs proches. Ces petits consommateurs égocentriques qui ne mesurent pas que leur souffrance au travail découlent directement de leur façon de consommer. Ces politiciens délirants répétant depuis 40 ans déjà des politiques économiques qui ne marchent pas et ne marcheront jamais, faisant semblant de lutter contre un chômage qui arrange bien leur propre classe sociale. Tous ces gens qui font aujourd'hui la France sont soumis au même mal, celui d'une pensée fausse qui stipule que l'action collective n'existe pas et que seul l'intérêt individuel doit être pris en considération. C'est de deux siècles de propagande libérale qu'il faut débarrasser le peuple français. C'est l'idée que l'on puisse penser chaque chose indépendamment sans voir qu'en réalité elles interagissent les unes avec les autres. Que le destin de l'ouvrier mis au chômage par l’égoïsme de ceux qui vivent dans le secteur tertiaire finira par se retourner contre ses bénéficiaires à court terme. En un mot, il faut réapprendre à vivre un destin commun. Comprendre que l'intérêt général n'est pas une vue de l'esprit, mais une réalité tangible.Qu'un peuple qui l'a trop longtemps ignoré par des raisonnements saucissonnés en robinsonnades, ne peut que dépérir comme la France d'aujourd'hui.

 

 

L'Allemagne est le seul pays à pouvoir faire exploser l'euro

 

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Le miracle du chômage américain un trucage statistique

Mais cessons de tergiverser. La situation actuelle n'a guère évolué. L'économie européenne est toujours dans la tourmente et l'équilibre précaire qui s'établit en apparence dans les médias cache bien mal l'accumulation de déséquilibre au sein de la zone euro. De la même manière les pauvres USA ont-ils bien du mal à cacher la triste réalité macro-économique qui est le leur. Les politiques de relance ne fonctionnement pas. Et les injections monétaires de la Fed se transforment en inflation des marchés financiers sans impact pour l'économie réelle. S’il y a cependant une rupture, elle apparaît dans les statistiques limpides de John Williams. L'écart entre le taux de chômage réel et officiel aux USA ne cesse de se dégrader. La zone atlantique essaie encore de faire croire qu'elle a un quelconque dynamisme alors que pourtant s'étend le spectre de la misère du chômage et de la précarité. Le géant allemand qui accumule les excédents accumule également le sous-investissement chronique. On pourrait ici se demander pourquoi l'excédent augmente alors que l'investissement national chute. C'est en grande partie liée à l'organisation économique allemande qui fait des pays de l'Est une extension à son propre commerce extérieur. L'excédent allemand c'est surtout l'excédent de la Pologne, de la République tchèque et du reste de l'Europe centrale. On produit en Europe de l'Est, on assemble en Allemagne et l'on met un tampon Made in Germany dessus.

FBCF-Allemagne.jpg

Le formidable dynamisme allemand

 

C'est cette réalité qui explique que malgré un excédent commercial énorme la croissance allemande est en fait assez médiocre. Certes moins mauvaise que les pays qu'elle asphyxie avec l'euro, mais faible tout de même. Les élites allemandes ont tout de même quelques qualités pour nous, elles sont arrogantes , passablement racistes même si ce racisme se trouve emmitouflé sous des tonnes d'hypocrisie, et surtout elles croient encore en l'Allemagne. Et le fait est que l'Allemagne se pense au-dessus des autres. Elle ne peut imaginer sa situation moins dramatique, soit plus due à un hasard, qu'à autre chose. La dégradation économique rapide dans le dernier pays latin solvable à savoir la France devrait donc raviver assez rapidement les velléités d'indépendance de la grande Allemagne en produisant une dégradation économique par baisse des exportations. C'est là notre seul espoir dans l'explosion à court terme de la zone euro. Une explosion qui même si elle n'est pas la solution absolue à nos problèmes pourrait au moins représenter un commencement de prise de conscience de l'échec de la mondialisation libérale dont l'UE ne fut que l'une des multiples facettes. Il ne faut en tout guère penser que l'explosion puisse être volontairement produite par nos politiciens libéraux. Il n'y a rien à attendre de l'UMP ou du PS, si ce n'est une course à l’avilissement politique. Ils ne croient ni à l'existence de la France, ni même à l'existence d'un quelconque intérêt général. Mais il ne s'agit nullement de trahison comme j'ai pu le lire par ailleurs, ils sont simplement totalement libéraux. Pour eux la société n'existe pas, les pays n'existent pas, les frontières n'existent pas, il n'y a donc rien à sauver si ce n'est leur propre peau. Courte vue et absence de pensée collective sont les seules explications rationnelles à la bêtise crasse des dirigeants français et du pompier pyromane qui nous sert de président. Il n'y a rien à attendre d'eux si ce n'est une accumulation d'erreurs qui finira par être fatale.  

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

yann 28/02/2014 16:53


@mech


 


Merci.

mech 27/02/2014 23:46


Bonjour Yann,


Ca fait du bien de vous relire, je desespérai également de voir de nouveaux articles.


J'avais découvert votre blog il y a 2 ans lors d'une recherche google car je ne comprenais pas l'utilité de mettre des quotas aux exportations dans notre économie agricole. Grâce à vous, j'ai pu
comprendre les rudiments de base de l'économie en générale.


Je vous remercie encore pour vos articles très enrichissant et très facile à comprendre pour des personnes qui ne sont pas baignées dedans. En espérant de lire beaucoup d'articles de vous à
l'avenir, je vous souahite une bonne continuation Yann.

yann 19/02/2014 21:39


@tocquelin


Merci à vous de me lire. Je ne pensais pas avoir des lecteurs si tôt
après ma longue sieste de 6 mois . 






@RST 


Un bouquin moi ! Un jour peut-être. Mais les gens lisent-ils encore
de la politique? À part les quelques hurluberlus qui trainent sur nos sites. 






@TeoNeo


 


Mais cet amour apparent des riches est lié justement à
l'individualisme libéral. On critique Hollande, mais il n'est que le reflet d'une culture égocentrique généralisée. Des François Hollande ou des Nicolas Sarkozy, on en croise sans arrêt. Y
compris parfois, chez nos proches relations. L'idéologie libérale et la pensée égoïste sont un phénomène de masse, cela ne touche pas seulement les élites politiques et
économiques. 

TeoNeo 18/02/2014 19:46


Hollande me fait surtout l'impression d'un homme faible et sans scrupule à la fois, plutôt qu'un neoliberal illuminé. Au debut de son mandat il reculait des que les lobbies du fric, les patrons
du CAC 40 debarquaient dans son bureau.


Et puis la principale force du liberalisme pro-capital c'est qu'il est outrageusement favorable au riche ce qui devrait mettre la puce a l'oreille du citoyen...Par consequent un politicien qui va
dans ce sens va trouver beaucoup moins d'ennemis sur son chemin notamment les grands medias appartenant à des milliardaires seront plus doux à son egard.


Merci pour ton blog Yann.

RST 15/02/2014 12:19


Je n'y croyais plus !
Welcome back et merci pour cet article brillant


Ton analyse du libéraisme rejoint celle de J.B. Bersac du blog Frapper monnaie telle qu'
il l'a présentée dans son livre. A quand le tien ?