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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 21:22

    Je viens de regarder un débat organisé par Jean François Kahn sur la possibilité d'une entente dite républicaine en réponse à l'UMPS et au danger du FN. Pour l'occasion il y avait à la table des négociations plusieurs invités dont deux qui s'étaientt déjà confrontés à la télévision et dont nous avions parlé à l'occasion, Nicolas Dupont Aignan et Jean Luc Bennahmias. Ce dernier a employé l'éternel argument des supranationalistes, nous sommes trop petit pour la mondialisation, il nous faut donc forcement former un groupe plus grand pour assurer notre indépendance. C'est un discours qui revient sans arrêt et il est bien dommage que cet homme politique, qui par ailleurs converge sur un certain nombre de point de vue avec ceux des alternatifs protectionnistes, pense que le clivage se fait sur cette question là.  Je vais donc ici à nouveau réfuter cette argumentation en expliquant le plus clairement possible, pour que nos obsédés de la taille nationale minimale, finissent par comprendre en quoi cet argumentaire est ridicule. En réalité les besoins de coordination international ne nécessite aucunement des mesures de suppression d'autonomie en matière de commerce ou de contrôle des changes, bien au contraire même.

 

La souveraineté nationale

 

    En premier lieu, il faut peut-être dire un mot sur la notion de souveraineté si décriée par les gens de "gauche" ou prétendument de gauche. La souveraineté est pourtant inscrite dans la constitution française, il suffit de lire le début de notre constitution pour voir ce texte plein de vilains mots xénophobes:

 


Titre premier DE LA SOUVERAINETE
ARTICLE 2.


La langue de la République est le français.
L'emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge.
L'hymne national est « La Marseillaise ».
La devise de la République est « Liberté, Égalité, Fraternité ».
Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

ARTICLE 3.

La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice. 

Le suffrage peut être direct ou indirect dans les conditions prévues par la Constitution. Il est toujours universel, égal et secret.

Sont électeurs, dans les conditions déterminées par la loi, tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques.


    Je crois que notre constitution est claire sur la question de la souveraineté nationale, il n'y a pas lieu d'en discourir plus avant. Quiconque se prétend démocrate ne peut en aucun cas se dire contre la souveraineté nationale puisque par principe la démocratie ne s'exerce et ne peut exister que dans ce cadre d'indépendance nationale. En effet, faire des votes et élire des représentants qui n'auraient aucun pouvoir, puisque celui-ci seraient inféodés à des forces étrangères or du cadre national, revient à nier la démocratie. Une nation peut être souveraine et non démocratique, mais elle ne peut en aucun cas être démocratique sans être souveraine. Quand un homme de gauche se prétend à la fois démocrate, pour l'autodétermination des peuples et contre la souveraineté nationale et pour l'intervention de structures supra-nationales , il y a comme une contradiction fondamentale.

 

La question de la souveraineté d'ailleurs ne concerne absolument pas les idées générales ou les opinions politiques, la question de la souveraineté est avant tout une question d'usage pratique, car sans souveraineté il ne sert à rien de parler politique puisque de toute manière quoique vous votiez les choix sont pris par d'autres. En cela on peut rassurer la pauvre Pascale Fourrier sur son excellent blog qui s'inquiète du fait qu'apparemment pour certains, on ne peut pas être de gauche et pour la souveraineté populaire. La vrai question que devrait pourtant se poser ces gens c'est, est-ce que l'on peut faire de la politique dans un cadre nationale non souverain? La réponse est non. Donc en fait être contre la souveraineté nationale c'est être contre le débat politique en ce sens être de gauche ou de droite à bien peu d'importance quand on a abandonné tout idée d'agir réellement en confiant tout les pouvoirs à des technocrates non élus, comme on en trouve tant dans les bureaux bruxellois de l'UE.  Quitte à horrifier les gens de "gauche", je vais même leur dire qu'être contre la souveraineté nationale est le plus sûr moyen d'avoir une politique de "droite". Je parle bien sûr ici de la droite affairiste néolibérale, celle que la gauche guimauve englobe dans le terme générique de droite et qui pour elle résume toute la droite, simplisme quand tu nous tiens. Un peu comme si l'on résumait la gauche à Lutte Ouvrière ou à Olivier Besancenot. Si les gens de gauche prenaient le temps de lire les propositions ils seraient probablement surpris d'apprendre qu'ils ont plus d'atomes crochu avec certains hommes dits de droite qu'avec d'autres dits de gauche. J'éviterais ici les exemples on en a tous en surnombre dans la tête. 

 

Indépendance et autosuffisance

 

    Maintenant que nous sommes à peu près d'accord sur la nécessité pour une nation démocratique d'être souveraine, on va pouvoir parler des conditions de cette pleine souveraineté. Et c'est là peut-être que monsieur Bennahmias et tant d'autre se fourvoient en croyant à la nécessité de la création de groupe au-delà de la nation pour maintenir cette souveraineté. Quelque part nos élites, croyant au supra-national, pensent que la France doit céder un peu de sa souveraineté pour en maintenir l'essentielle, c'était en tout cas très explicitement  cet objectif que visaient les dirigeants de gauche qui sont à l'origine de la construction européenne actuelle. On peut penser à Mitterrand ou à Delors qui vendaient l'Europe comme une France en plus grand. On ne saura jamais vraiment s'il s'agissait d'une arnaque de grande ampleur visant à casser la nation française, ou le résultat d'une idéologie absurde, mais le fait est que l'UE actuelle nous a supprimé un grand nombre libertés  politiques, sans que pour autant les gains soient vraiment visibles. La France est dans un état économique catastrophique entre désindustrialisation, chômage de masse et bulle immobilière et les seules remèdes que semble préconiser l'UE sont ceux qui favorisent sans arrêt les mêmes intérêts de rentiers et multinationale. Nous voyons même aujourd'hui l'Allemagne imposer sa politique à l'Europe entière créant ainsi une espèce de quatrième Reich sans qu'un seul char allemands n'ait eu à traverser la frontière, simplement parce que nous avons abdiqué tout les mécanisme permettant la réalisation de politiques concrètes ce que nos voisins d'outre-Rhin n'ont pas eu la stupidité de faire. La France n'a plus aucun moyen physique pour contrôler ses frontières sur quelque plan que se soit, elle ne peut plus dévaluer puisqu'il y a l'euro, elle ne peut pas taxer les importation à cause des traité quand au contrôle des capitaux il est aussi interdit par les traités. Alors on peut toujours faire de grands discours sur le chômage et la désindustrialisation la seule possibilité reste la baisse des salaires ou la hausse du chômage pour équilibrer la balance des paiements. En supprimant le volant le conducteur n'arrive plus à conduire la voiture étonnant non? 

 

    En effet si l'on y réfléchit bien, il était totalement stupide de croire qu'en renonçant nous même aux moyens de notre propre souveraineté petit à petit nous allions gagner de la souveraineté. C'est un peu comme si un pompier se mettait à allumer des feux dans un appartement limitrophe d'un incendie pour éviter que ce dernier ne brûle. C'est pourtant très exactement ce que continue à vendre la gauche majoritaire et monsieur Bennahmias membre du Modem. Quand à la question de la taille d'une nation, elle  n'a tout simplement aucun lien avec son indépendance, l'exemple le plus récent fut l'affaire islandaise dont j'ai longuement parlé dans ce texte. Il s'avère que l'Islande est un minuscule pays de seulement trois cent milles habitants, et qui a pourtant renvoyé les grandes banques Britanniques et Holandaise à la porte. La Corée du Sud pays plus petit que la France et qui est coincé entre un pays fou au nord, l'immense empire chinois encore plus au nord et le géant japonais à l'est, elle  ne se gène pourtant pas pour contrôler l'entrée et la sortie des capitaux et des marchandises, ou pour dévaluer sa monnaie quand c'est nécessaire. De toute façon présenter l'indépendance comme étant une affaire de poids nationale  cela signifierait que si la France est trop petite alors toute les nations en dessous le serait, aussi y compris l'Inde ou le Brésil qui ont des PIB inférieurs et qui pourtant font montre d'une certaine indépendance nationale. Je rappel que la France est la sixième économie mondiale cela veut donc dire qu'il y a bon nombre de pays qui d'après cette définition de l'indépendance serait complètement condamné. On confond un peu trop puissance internationale et indépendance ces deux notions n'ayant aucun liens. D'ailleurs les USA ne sont en aucun cas une puissance indépendante vue les contraintes qui sont les leurs en matière financière et commerciale, à l'heure actuelle l'Islande est bien plus indépendante que les USA.

 

    En réalité l'indépendance nationale est avant tout une affaire de volonté politique, quand une nation n'est pas indépendante elle fait les efforts nécessaires pour obtenir cette indépendance. Bien évidement nous sommes tous plus ou moins liés, puisque nous vivons tous sur cette même planète et qu'il y a bien évidement des interactions entre les peuples, mais l'expérience montre qu'il vaut mieux que les peuples aient une certaine autonomie les uns vis à vis des autres plutôt qu'une interdépendance malsaine. Car ce sont ces interdépendances qui produisent des politiques guerrières et interventionnistes, c'est bien parce que l'occident est trop dépendant du pétrole qu'il se voit obligé de s'intéresser aux affaires du Golfe Persique plus que de raison. Plutôt que d'aggraver les dépendances comme nous l'avons fait ces trente dernières années nous serions au contraire bien inspiré de vouloir les diminuer, non pas en construisant des structure supra-étatique, mais au contraire en faisant en sorte que chaque peuple puisse pourvoir de façon relativement suffisante à ses propres besoins, sans avoir besoin d'autrui plus que nécessaire. Nous sommes dépendant des machines outils allemandes, et bien faisons en sortes de les produire nous même, subventionnons l'industrie des machines outils françaises, achetons les savoir-faire ou taxons les machines importés de façon à intéresser les producteurs allemands de ces machines à produire chez nous les biens d'équipement qu'ils vendent sur notre territoire. Nous avons besoin d'importer du pétrole. Et bien ayons une politique de substitution progressive,et d'investissement dans la recherche de façon à supprimer cette dépendance. Encore une fois l'indépendance d'une nation n'a rien avoir avec sa taille, c'est avant tout une affaire de capacité de production en regard de ses besoins. A partir du moment ou vous êtes capable de produire ce que vous consommez, vous êtes indépendant même si vous n'êtes que la centième nation du monde en terme de PIB ou de population.

 

  L'indépendance nationale n'a donc rien avoir avec la taille ou je ne sais qu'elle autre attribut économique, c'est simplement une affaire de rapport aux autres nations. Quand à la dépendance aux marchés financiers j'en ai déjà parlé il s'agit d'un faux problème puisque l'argent nécessaire aux investissements nationaux rien ne nous oblige à l'emprunter sur ces marchés. Cette façon de faire a été imposé dans les années 70 par les idéologues et les intérêts anglo-saxon. Le besoin du marché financier disparaîtra le jour où nous déciderons d'emprunter uniquement à notre propre banque centrale, pour ce qui est des emprunts à l'étranger à cause des importations il y a de toute façon d'autres manières pour agir. Qui plus est une politique protectionniste nous guérirait rapidement de nos déficits commerciaux, la France n'ayant pas des déficits si considérables que cela. 

 

La coopération internationale

 

      Alors après tous çà vous allez me dire mais, diable alors, c'est chacun pour soit la solution que vous prônez, d'une certaine manière oui. Cependant je ne serais pas contre une coopération internationale visant à mettre en place des règles de bon voisinage, mais là on sort totalement du fantasme post-national. Il s'agit simplement de faire en sorte que chaque peuple se comporte de façon respectueuse de ses voisins et non de faire une espèce de super-nation en les faisant fusionner comme fut ce le but de l'UE.  Je l'avais même proposé dans une union méditerranéenne mais celle-ci se cantonnait à obliger les états à l'équilibre commerciale et à une aide à l'emprunt à bas taux pour les pays les plus faibles, il n'était pas question dans ce cadre là de faire sauter toutes les frontières, car c'est justement cette façon de faire qui a totalement désorganisé la planète. En effet pour organiser, pour réguler, il faut cadrer, il faut encadrer, il faut des règles, des mécanismes permettant d'équilibrer les échanges entre peuples, et il faut garantir l'indépendance de chaque peuple pour que la démocratie puisse s'appliquer. On est bien loin des délires européens, la seule supranationalité qui vaille c'est celle qui est humble, qui s'attache uniquement à quelques formalités et qui laisse tout le reste au pouvoir nationaux. Le bancor de Keynes était à cette image, même chose pour la fameuse charte de la Havane qui a tout dit sur l'organisation internationale telle qu'elle aurait du être. Une bonne organisation internationalede doit pas être comme une négation des souverainetés des peuples, mais au contraire comme le supplétif de ces souverainetés, comme l'élément suprême de défense de ces souverainetés avec comme objectif final un monde d'états nations libres et autonomes. Tous les peuples vivant ainsi chacun pleinement leur indépendance nationale. Le vrai internationalisme c'est celui qui défend l'indépendance des peuples, leur capacités à être maître de leur propre destin et non à être soumis à des intérêts qui leurs échappent.

 

 

 

Voici le débat organisé par JFK sur un regroupement des républicains alternatifs:

 

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

yann 03/02/2011 23:00



@Jardidi


Souveraineté partagé cela ne veut rien dire, comment concilier des intérêt contradictoire comme ceux de l'Allemagne et de la France les deux pays étant en divergence démographique.


 


@olaf


 


Merci pour ce chiffre l dernier que j'avais et que j'ai utilisé pour mon texte suivant c'était 17% et c'était il y a seulement trois ans.... La crise a belle et bien accéléré la
désindustrialisation.


@xavier


Merci, malheureusement l'arguement de la taille continuera à être employé par les défenseur de l'Europe. C'est un argument qui n'a pas de sens malheureusement il est facile à employer à la
télévision et il marque les esprits. Il faut sortir des exemples pratiques pour montrer le caractère fallacieux de ce type de propos. Après tout la Suisse au beau milieu de l'Europe ne s'en sort
pas si mal avec sa propre monnaie, ou encore la Norvège, l'Islande etc...



xavier 02/02/2011 13:30



Article limpide une nouvelle fois.


Le premier enjeu est la démocratie. Le vrai clivage politique se situe entre les souverainistes et les mondialistes. On doit se poser
les bonnes questions : Qui doit avoir le pouvoir, le peuple et ses représentants ou des structures non soumises à des investitures populaires. Accepte t-on une société apolitique et
technocratique ou souhaite t-on rendre aux politiques élus les leviers de commande. Souhaite t-on élire des gestionnaires/ communicants contraints par des règles édictées par ces structures sans
légitimité. Depuis 1789, on sait quelle est la réponse des français.


L’espoir d’une souveraineté d’un peuple européen est aujourd’hui une utopie à laquelle nous sacrifions la souveraineté nationale et
donc la démocratie. L’idée de souveraineté européenne ne me pose pas de problème et je comprends qu’il puisse être l’idéal de certains mais un périmètre de souveraineté ne s’impose pas, il ne
peut se construire que sur le long terme par une coopération entre peuples qui finiraient peut être par se trouver si proches et si solidaires qu’ils donneraient sens à un nouveau périmètre.
Imposer ce périmètre via une superstructure non démocratique est un contre sens. Je suis pour l’auto-détermination des peuples à disposer d’eux même.


Yann a également très bien montré le peu de poids de l’argument « taille » lorsque l’on a un objectif d’indépendance et de
souveraineté.


Reprenons les manettes et dans le cadre d’un périmètre à nouveau démocratique les sensibilités de droite ou de gauche pourront alors
s’exprimer (petite concession à tous ceux accrochés au clivage droite/ gauche).



olaf 02/02/2011 12:20



Je ne sais pas si les chiffres ci-dessous sont valides.


Si oui, alors il y a un gros problème :


" La désindustrialisation frappe fortement la France. L’industrie représentait en 1982 28% de la valeur ajoutée ; elle est aujourd’hui tombée à 13%, loin derrière l’Allemagne (30%)"


http://www.fondation-res-publica.org/OEuvrer-pour-la-survie-de-l-Europe-industrielle_a525.html 


Ils n'ont pas tord de signaler aussi que la désindustrialisation ne va pas dans le sens de l'écologie. Qu'en pense Europe écologie ?






Jardidi 02/02/2011 11:37



Je pense qu'ils vous répondraient que l'Union européenne est une souveraineté partagée, qu'elle est encore à améliorer.


Normalement, la souveraineté doit ou peut venir du parlement européen et il nous faut trouver un argumentaire pour cela.


Fondamentalement, nous faisons l'Europe pour nous débarrasser de l'égalité et la pauvreté des arguments des pro-européens ne révèle que la faiblesse des républicains.