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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 23:08

   sisyphe.jpg Il est toujours aussi plaisant en France de faire montre de morale dans ses discours, les apparences, les idéaux d'apparat, et la rhétorique des bons sentiments étant les armes favorites de le plupart de penseurs parisiens et médiatiques. Il faut bien avouer que la morale verbale et le manichéisme ont ceci de pratique qu'ils passent bien à la télévision. On peut toujours émouvoir dans les chaumières, au ventre encore bien rempli, avec des discours larmoyants, et raconter que la bonté et les bons sentiments seules peuvent faire de la politique. Assis dans son séjour, derrière un bureau ou un écran, il est toujours relativement simple de refaire le monde sans s'inquiéter réellement des propos que l'on tient et des conséquences des idées que l'on prône. Depuis plusieurs décennies l'occident est ainsi guidé en apparence par les idéaux du bien et des idées simples, les droits de l'homme, la démocratie, le libéralisme économique, le marché "libre", la fin des frontières etc.. Tout un tas d'idées aux hypothèses simplificatrices que tout un chacun peu parfaitement accepter lorsqu'il se limite à des réflexions de court terme ne mettant en jeux aucune complexité liée au monde réel et à ses contradictions. Bien évidement ces idéaux ont souvent caché des intérêts beaucoup moins vendables sur le plan de la morale, des guerres pour la démocratie qui n'étaient qu'un cache sexe misérable pour masquer la lutte pour le pétrole. L'immigration vendu comme aide quasi humanitaire alors qu'il ne s'agissait le plus souvent que de faire baisser les salaires des emplois non encore délocalisés. On pourrait aussi parler de la mondialisation des échanges qui officiellement avait pour but d'accroître la croissance dans nos pays, mais qui a surtout servi à concentrer les revenus vers la rente et le capital par le truchement des délocalisations et du chantage salariale.

 

    Il est donc vrai que ces politiques, d'apparence morale, ont servi en réalité le plus souvent de vils intérêts, il n'en reste pas moins que bien souvent ces politiques  avaient bien les buts qu'elles affichaient.  Je ne crois pas à l'homme mauvais visant à un pouvoir total ou aux conspirations planétaires, la plupart du temps c'est le vieil adage qui s'applique, l'enfer est pavé de bonnes intentions. Et ce n'est pas fini puisque l'UE l'un des plus beaux exemples de l'irrationalité des hommes lorsque la "morale" et les idéaux leur servent de guide, n'en a pas fini de faire souffrir notre continent, jusqu'à peut-être ramené la guerre. Mais l'on pourrait se demander pourquoi dans un monde censé être rationnel et guidé par la raison des dogmes et des façons de penser que l'on pensé dépassé peuvent encore produire leur méfait au plus haut niveau des états modernes. Comment des croyances peuvent encore exister dans un monde qui est théoriquement débarassé de la pensée magique? Après tout le monde moderne n'est il pas né de la raison des lumières? Mais ce monde moderne est-il bien ce qu'il prétend être? Enfin de compte avons nous réellement dépassé l'esprit magique, ou l'a-t-on seulement caché hors des apparences des croyances anciennes?

 

La fin, les moyens et les croyances

 

    La question ici n'est pas de critiquer le fait qu'il y est des idéaux, c'est très bien d'avoir de nobles objectifs et de vouloir améliorer le sort de l'humanité ou de son prochain, les problèmes commencent lorsque l'on se met à confondre les moyens et les buts.  A cette confusion s'ajoute les limites propres à la nature humaine, celle de notre capacité à appréhender le réel, car nos idées et la façon dont nous comprenons le monde n'est pas la réalité du fonctionnement de ce monde mais une représentation créée par nos propres expériences et notre mémoire. Il faut être relativement modeste lorsque l'on analyse la réalité et parfois être prêt à changer d'avis lorsque les conditions changent, et ce dans le but justement d'atteindre nos objectifs. C'est tout le principe de machiavel il faut se donner les moyens des objectifs que l'on se fixe, il ne suffit pas de faire des principes, de produire des concepts encore faut-il qu'il y est une forme de mécanisme permettant d'atteindre les objectifs visés. Il ne suffit pas de dire je suis contre le chômage ou la misère pour y mettre fin. La raison, l'esprit scientifique, l'observation sont les outils qui vont nous permettre de faire coïncider ces objectifs et ces moyens. Mais la plupart d'entre nous ont du mal parfois à bien séparer l'objet et le moyen, Jacques Ellul pensait à juste titre que la faiblesse de l'homme moderne lui venait de son absence de foi. Ou plutôt que la plupart des hommes n'étant pas prêt à vivre sans religion, ils s'en sont construite de nouvelles pour palier à l'absence de l'ancienne. Ainsi les hommes modernes se mettent-t-ils à transformer en religion les moindre politiques ou moyens pour canaliser leur besoin de croire. L'aliénation face à des idéologies,  à des politiques, proviendrait de cet affaiblissement morale liée à la mort de dieu et à l'absence de mentalité structurante. En chassant les religions classiques et notamment le christianisme,  nous aurions  en faite remis l'idolâtrie au coeur de la cité. Ainsi voit-on des idées et des outils qui ne devraient être que cela, devenir des dogmes inamovibles à l'image du libre-échange ou du productivisme. Le progrès lui même est devenu une religion, il s'est d'ailleurs confondu avec le progrès technique, comme si tout progrès technique conduisait inéluctablement au progrès humain. Là encore on a confondu la fin avec les moyens le progrès technique ou la croissance économique ne sont pas des but en eux même. Je pourrais multiplier les exemples de confusion. 

 

    Ce fait explique les incapacités apparentes des modernes à relativiser ce qui n'est la plupart du temps qu'une affaire de moyens. Par exemple les socialistes sont incapables de remettre en cause leur politique internationaliste en matière économique, alors même que cet option politique produit une contradiction avec leur volonté de produire une société plus juste. N'importe quel individu sensé peut comprendre l'impossibilité qu'il y a à vouloir avoir une société juste et égalitaire tout en ayant des frontières commerciales poreuses. Les importations de marchandises revenant à importerplus ou moins le modèle sociale des pays les produisent surtout lorsqu'ils sont moins égalitaire et les plus pauvres. Le blocage que font les gens de gauche sur la question du libre-échange est bien un blocage du type croyance et non un manque d'intelligence, ou même une affaire d'intérêt, en effet qui peut croire que le PS a un réel intérêt électoral à faire du libre-échange un des ses piliers intellectuels. Le libre-échange et le monde sans frontière étant devenu un but en soi et non un moyen, la gauche a oublié ses objectifs premiers pour devenir une adoratrice du totem mondialisation. A droite on peut aussi trouver ce type de réflexes idiots ainsi l'on vous présentera sans arrêt la concurrence comme un moyen de faire baisser les prix. L'on pourrait pourtant multiplier les exemples contraire de l'électricité aux assurances santé, mais la concurrence est devenue un marqueur identitaire pour la droite, elle l'applique sans discernement parce qu'elle a oublié là aussi que la concurrence n'était qu'un moyen et non un but. Par quelle magie des idées  politiques économiques ou philosophiques deviennent-elles des étendards d'une nouvelle foi ayant oublié le plus souvent l'objet de leur propre existence?

 

Affronter les idéologies modernes, un travail pour Sisyphe ou pour Don Quichotte

 

    Au final c'est bien Machiavel qui avait raison, mais tout les hommes n'ont pas la force de s'appliquer à réellement faire coïncider la fin et les moyens. Le drame moderne est dans la lutte acharner pour faire à nouveau triompher la raison dans un monde plongé dans des idolâtries en mutation permanente. Des solutions ou des idées limitées à quelques problèmes pouvant devenir à leur tour des idéologies inamovibles bien qu'étant fondée sur la raison à la base. A l'image du marxisme dont certains principes furent transformées en dogme à l'inverse des réflexions du fondateur de cette branche de la théorie économique. Il en va de même pour Adam Smith ou Keynes dont les prétendus descendant ont bien souvent perdu de vue l'essentiel des motivations de ces penseurs. La crise actuelle portera fatalement de nouvelles solutions au pouvoir, peut-être même aurons nous l'occasion de voir enfin de nouvelles politiques apparaître en occident. Il est par contre à craindre que ces nouvelles politiques deviendront rapidement des dogmes porteurs à long terme de nouveaux orages.  Ainsi donc les solutions rationnels que nous porterons éventuellement au pouvoir et qui seront adaptés au temps présent deviendront un jour obsolètes et dogmatiques.

 

 

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Published by Yann - dans économie
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LL 08/11/2011 11:24



Mais dans quelle mesure ces croyances collectives, en particulier dans le cas du libéralisme économique, sont-elles le produit de l'intérêt des classes dominantes?


Chaque idéologie préserve un intérêt sous l'apparence de préceptes généreux. Il me semble que c'est quand ces préceptes deviennent un outil, un paravent, un moyen, que l'idéologie apparaît.


Le but alors n'est plus leur efficacité mais leur vraisemblance. C'est pourquoi derrière chaque pensée, il nous faut débusquer la comédie.


Tant que les idées sont aux services de l'intérêt général, elles sont amendables pour s'ajuster aux faits, quand elles protègent des situations sociales, elles deviennent sacrées et
incritiquables, telles l'euro ou le libre-échange.


 


LL


 



clovis simard 01/11/2011 15:42



Blog(fermaton.over-blog.com).No.27- THÉORÈME UMANE. - CRISE INTÉRIEURE.