Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 22:11

  Jacques Sapir vient de produire un nouveau texte qui prépare la sortie de son prochain livre, son texte a d'abord était publié sur le blog de Bertrand Renouvin il a ensuite été diffusé sur marianne2 en deux parties. Ceux qui connaissent déjà les thèses de Jacques Sapir sur l'évolution de la crise son origine et les moyens de la combattre n'apprendront pas grand chose de plus. De plus si vous lisez ce blog régulièrement vous retrouverez chez Sapir des propositions analogues, même si pour l'instant moins extrêmes. En effet si Jaques Sapir s'attaque glorieusement à l'euro et à la construction européenne et à ses méfaits il peine à imaginer une sortie purement nationale. Disons qu'il l'imagine mais qu'il n'est pas vraiment enthousiaste à cette idée.

 

      Ainsi Sapir imagine plutôt utiliser les menaces et les politiques de défiance à l'égard de Bruxelles dans le but essentiel de faire changer nos partenaire de politiques. Non, en fait de faire changer l'Allemagne de politique car nous savons bien, et Sapir le démontre encore une fois de façon éclatante, que l'Europe ne peut changer de politique que si l'Allemagne se décide à en changer. Le programme de Sapir est donc un peu dans la continuité des idées de Todd celle de faire  plier l'Allemagne, cependant comme Sapir est un vrai rationaliste, il se rend bien compte de la difficulté d'y arriver.  Il compte également sur une réaction rationnelle de la part des dirigeants allemands, en se disant par exemple qu'ils n'oseraient jamais l'éclatement de l'euro tant celui-ci les avantages. Sapir nous apporte d'ailleurs une analyse intéressante sur l'Allemagne puisqu'il dit clairement que l'Allemagne se désindustrialise alors même qu'elle connait des excédents commerciaux. Ce n'est en rien paradoxale puisque l'Allemagne est passé du made in Germany au made by Germany et ça change tout. Les excédents allemand n'existent qu'avec d'autres pays développés avec les pays de l'est et d'asie ses usines, elle est en déficit comme tout le monde. Et je vais même en rajouter une couche la Chine arrive dans la production de bien d'équipement et de machines outils. Ainsi je viens d'apprendre que la marque  Sany, le fabricant de matériaux de travaux publics chinois, vient par exemple de s'implanter en Allemagne et va faire concurrence dans ce secteur clef de l'économie allemande sur le propre sol de nos cousins germains. Les excédents germaniques ne vont pas durer très longtemps. 

 

    Jacques Sapir  pense également à la vertu de l'exemple, pour lui  si la France ose s'affranchir des dogmes bruxellois alors elle pourra attirer à elle un petit nombre de pays pour agir. Pourquoi pas? Mais a titre personnel je me demande de plus en plus pourquoi on perd du temps à élaborer des stratégies complexes au nom du travail collectif européen. Après tout qu'avons nous gagné avec la construction européenne, si l'on suit les raisonnements et les chiffres de Sapir pas grand chose au final, si ce n'est un déclin jamais vue depuis la guerre. Est-il si difficile d'abandonner une organisation qui est un boulet pour notre nation?Et pourquoi créer un Europe en plus petit? Ce sera plus efficace que pour la grande, mais nous serons toujours contrains à la négociation avec ces partenaires, même en moins grand nombre. Et si finalement le retour des nations d'Europe avec une stratégie individuelle pour chaque état était la meilleur optique? Après tout historiquement cela nous a bien réussi, c'est depuis que l'on essai de nous coller les uns aux autres que tout fonctionne mal sur la continent. Je sais, on va me ressortir la guerre tout çà, mais en fait  les guerres européennes visaient elles aussi à unifier l'Europe, par d'autres méthodes. Et finalement il semblerait que la méthode pacifique est en définitive menée au même résultat mais plus lentement et en produisant des dégâts qui peut-être cette fois seront irréparables. Car à mon sens la crise démographique du continent est le fruit de la crise économique et donc le fruit de la construction européenne. Car jamais la natalité n'aurait été aussi faible si le plein emploi avait été maintenu. Donc non content des dégâts économique, l'UE est peut-être aussi responsable d'un quasi-génocide par les berceaux.  

 

Pour une Europe de nations libres

 

      Il n'y a pas besoins d'organisation européenne en tant que telle, les nations n'ont pas besoin d'une structure centrale pour décider de travailler de manière collective. On prend souvent l'exemple d'Airbus comme réussite Européenne, en oubliant volontairement que cette structure n'a rien avoir avec l'Union Européenne puisque des pays comme la Norvège ou la Suisse y participent. Même chose pour Ariane espace d'ailleurs. Et l'on pourrait également se demander pourquoi la France devrait se contenter de faire des politiques industrielles communes avec ses voisins direct. Pourquoi n'aurions nous pas des alliances avec la Russie ou le Japon, alors que nous nous complèterions sur certaines industries. La vrai question que ne se pose pas Jaques Sapir comme la plupart des gens qui veulent une autre Europe, c'est pourquoi l'Europe? S'il s'agit de mettre en place un nouveau système monétaire alors il faut dépasser le cadre européen, pourquoi pas impliquer les pays du sud de la méditerranée ou d'Amérique du Sud, voir même les pays d'Asie s'ils le souhaitent. Si l'on veut mettre fin au règne du dollars, une alliance la plus large possible devrait être imaginée et non le simple cadre européen. A l'inverse pour faire ce que propose Sapir, pour dévaluer, pour protéger nos frontières commerciales et relancer l'emploi nous n'avons pas besoin réellement de nos voisins. Car si nous nous coordonnons avec eux alors des effets différentiels apparaitrons dans les relations commerciales externe à la zone de régulation. En fait dans le cadre du change flottant mondial toute alliance régionale produit des effets de divergence, car il y a les pays qui sont dans la zone et les autres. Même le système flexible du SME a été incapable de survivre, il y a donc une forte probabilité pour qu'une monnaie commune européenne finisse comme le SME. A moins d'imaginer de très forte variation monétaires à l'intérieur de ce système.

 

      Pour que la monnaie commune fonctionne, il faudrait en réalité que la zone d'échange soit pratiquement autarcique vis à vis de l'étranger et là on retombe sur une contrainte,  à savoir que l'Europe n'est pas capable de totalement fonctionner en autarcie, du moins dans le cadre du fonctionnement de nos économies actuelles. En effet même si nous produisions à l'intérieur de la zone commune la totalité des biens que nous consommons il reste les matières premières à importer. Or nous le savons, dans les années qui viennent la pénuries va arriver pour nombre de matières premières, d'ailleurs la guerre pour les ressources a déjà commencé. La Chine s'accapare de plus en plus les matériaux rares, et je ne doute pas qu'elle arrivera à terme à ponctionner une part écrasante des ressources pétrolières. Pour réaliser la monnaie commune dans ce cadre de rareté, il faudrait soit créer immédiatement des économies totalement recyclables et sans pétrole, soit incorporer des nations productrices de matières premières dans le cadre de la monnaie commune. Mais cette perspective, si elle est plausible, notamment avec la Russie, laisse une question en suspend. Comment y arriver dans les conditions politiques actuelles? Et combien de temps cela prendra-t-il? A mon avis le pic oil sera déjà loin derrière nous lorsque le projet arrivera à terme.

 

     Il me semble donc plus rationnel de laisser tomber immédiatement les pertes de temps institutionnels pour que notre nation se concentre sur l'essentiel, l'économie pots-pétrolière. Il nous faut construire le plus rapidement possible une économie autosuffisance vis à vis  des matériaux qui  sont voués à se raréfier rapidement avec l'arrivé des géants chinois et indiens dans la consommation de masse. Les politiques de Sapir et les stratégies visant à négocier ou à créer des marchés régulés les plus vastes possibles pour trouver un équilibre entre taille optimale du marché et régulation sont un luxe que nous ne pourrons plus nous permettre bien longtemps. Si les Européens ont accepté si longtemps les interminables discussions et débats autour de la construction européenne, c'est qu'en fait tout allait relativement bien. Même s'il y avait du chômage nos sociétés restaient relativement prospères. Mais imaginer les mêmes discussions dans un cadre où le pétrole manque et où les gens ont faim car les prix agricoles exploseront avec l'agriculture pétrolière actuelle, c'est prendre ses désirs pour des réalités. Nous n'avons plus de temps à perdre avec l'Europe, et les négociations. Le temps et venue de l'action sans concertation et non pour servir d'exemple, mais pour simplement garantir la survie de notre peuple à long terme. Je tiens d'ailleurs mettre en lien la vision pessimiste sur le pic pétrolier de la Bundeswehr qui montre que même les militaires commencent à prendre la question très au sérieux. Imaginons un instant un baril à 300 ou 400$ et là cela ne sera pas du à la spéculation mais simplement au fait que l'offre et la demande ne sont plus en adéquation. Quel serait les conséquences sur nos économies telles qu'elles fonctionnent actuellement?

 

    Si je respecte profondément l'analyse de Sapir et que je comprend parfaitement sa stratégie qui est en soit bonne. Je pense qu'il faut tout de même arrêter de vouloir des solutions trop complexes, plus elles sont complexes moins elles ont de chances d'aboutir et plus elles prendront d'ailleurs de temps pour y arriver. La sortie pure et simple de l'UE sans autre forme de procès, avec une stratégie claire d'autosuffisance pour les 10 ans qui viennent me semble plus à notre portée, même si cela signifie une moins grande efficacité économique.  Nous pourrons au moins mettre fin au chômage, même si la hausse du niveau de vie ne sera pas aussi élevée que dans un cadre de protection et de régulation plus large, au moins cette solution est elle à notre porté politique. Car l'autre problème des propos de Jacques Sapir c'est qu'il n'a pas de stratégie pour permettre à ses idées d'arriver au pouvoir, ne serait-ce qu'en France.  Or c'est là que ce situe le vrai problème des alternatifs, tant que nous ne mettrons pas des politiciens imaginatifs au pouvoir toute les stratégies les plus belles qui soient ne seront que perte de temps et discussion sur le sexe des anges.

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Yann - dans économie
commenter cet article

commentaires

olaf 19/09/2010 07:53



Allais :


http://www.annuel-idees.fr/Maurice-Allais-flingue-le-neo.html


Sinon, l'intérêt d'une union de pays européens c'est de pouvoir peser sur la géopolitique mondiale face aux US, Chine, Inde et Brésil, Russie bientôt.


Si chaque pays européen isolé se contente de gérer ses comptes nationaux, c'est important mais pas suffisant, alors ils ne pourront qu'assister en spectateurs aux négociations diplomatiques,
assis sur un strapontin.


L'absurdité de la construction européenne actuelle, c'est son aspect passoire sur le plan économique et son profil d'impuissance, émasculation pseudo pacifiste, sur le plan diplomatique. Une
europe d'eunuques. Tout a été fait à l'envers...


 


 


 



Malakine 17/09/2010 22:40



Moi aussi ! :-) Que ce soit pour le respect de l'ordonnancement juridique ou l'intérêt de mon projet d'Europe latine dans lequel je n'ai jamais vraiment réussi à croire.



yann 17/09/2010 22:05



@Malakine


Je comprends mieux le but de Sapir après avoir lu ton commentaire. Mais si je ne suis pas adepte des traités internationaux, je pense quand même que lorsqu'on les signe on est obligé de les
suivre. Rester dans l'Europe tout en désobéissant à ses principes me gène, cela ferait passer notre pays pour une nation sans parole. Il vaut mieux être clair et rompre avec les traités que faire
dans la magouille, ou réaliser une espèce de mutinerie.  Après en sortant de l'UE rien n'empêcherait des pays comme l'Italie ou l'Espagne de nous suivre et de fonder la fameuse autre Europe,
bien que je continu comme toi à en questionner l'intérêt.



Malakine 17/09/2010 21:04



Alors là, yann,  félicitations d'avoir pondu un texte aussi rapidement sur ce sujet aussi complexe. Quand j'ai vu l'article de Sapir, je me suis moi aussi lancé dans la rédaction d'une
réponse, mais emporté par l'ambition de mon propos, je me suis perdu et j'ai tout à reprendre.


 


En gros, je veux arriver à la même conclusion que toi mais je vais m'y prendre autrement et utiliser d'autres arguments. Et j'aimerais également traiter la question juridique que Sapir esquisse
mais, extremement maladroitement. Quelle hérésie de citer l'arrêt de la cour de Karsruhe pour justifier de la supériorité des normes nationales sur les normes communautaire, alors que dans notre
droit la solution est clairement inverse !! Bref, ce que je veux faire est assez lourd. Je ne développe donc pas plus ce soir.


 


Par contre, je n'ai pas la même lecture que toi de la stratégie proposée par Sapir. J'ai échangé avec lui par mail sur ce sujet l'an passé et je crois pouvoir dire que je l'ai compris. Sa
stratégie est celle du coup de force. On reste officiellement dans l'UE mais on s'assoit sur ses règles. D'où l'idée par exemple de réquisitionner la banque de France pour qu'elle prête à l'Etat
en Euro ! Naturellement cette attitude ne laissera pas la commission et les autres Etats sans réactions. La France sera mis au banc de l'Europe. Sapir compte sur l'exemplarité de l'attitude de la
France pour entrainer d'autres Etats dans la rebellion, et au vu des réponses qu'il m'avait faite à l'itw que j'avais publié l'an passé, il pense en premier lieu à l'Italie, mais peut-etre aussi
à tous les pays du club med. Et c'est avec ces pays qu'il imagine rebâtir quelque chose, une nouvelle alliance fondée sur du nouveau principe.


 


Mais cela pose tout de même la question : A t-on vraiment besoin de renouveller même en plus petit l'expérience du grand marché ? Comme toi, je réponds non. Nous devons revenir aux grands
équilibres par nous même et en nous même.