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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 22:42

      Deux grands événements secouent à l'heure actuelle le continent noir. Tout d'abord la guerre que ce livre les deux prétendant à la présidence ivoirienne la vidéo ci-dessous d'un grand spécialiste de l'Afrique Bernard Lugan nous renseigne sur la réalité de terrain. La démocratie ivoirienne est rongée par l'hétérogénéité territoriale, il n'y pas de peuple ivoirien donc la démocratie se transforme en plébiscite ethnico-religieux. Les gens votent pour leur clan ou leur ethnie par pour les idées ou le programme que défendent les participant aux élections. C'est une nouvelle preuve que la démocratie ne peut pas exister dans une société trop divisée, il faut un tronc commun dans lesquels les habitants se reconnaissent pour qu'ils acceptent d'être minoritaire aux élections. La CI nous rappelle en définitive les conditions pour qu'une démocratie puissent fonctionner, il faut d'abord un peuple uni. Les nations multinationales sont en réalité très rares y compris en Europe, il n'y en a en réalité qu'un seul qui fonctionne il s'agit de la Suisse, la Belgique étant en voie de désagrégation.  

 

 

 

     Le deuxième grand événement c'est la création d'un nouvel état, le Sud soudan, cette région se séparant là encore d'une entité politique, le Soudan à laquelle elle ne  reconnaît aucune légitimité. Là encore la démocratie produit coupure et séparation des peuples, pour que le pays dans lequel s'exprime cette démocratie atteigne une certaine homogénéité territoriale.  C'est le mythe de la société démocratique et multiculturelle qui en prend un coup au passage, car il n'y a pas lieu de penser que cela se passerait autrement en Europe. Dois-je rappeler que notre continent s'est déchiré durant deux siècle depuis la révolution française pour obtenir des frontières à peu près reconnue par tous sous l'effet de l'arrivée de la démocratie et du nationalisme. Il arrive aujourd'hui à l'Afrique ce qui s'est produit en Europe avec la monté des niveaux scolaires et l'apparition des croyances nationales et démocratiques. Chaque peuple entend devenir maître chez lui et ce faisant nous assistons à l'explosion du nombre d'état il ne faut pas nécessairement s'en inquiéter au contraire même. 

 

 

 

  Dans la vidéo ci-dessous Eric Zemmour se moque du nouvel état du Sud Soudan, il y voit une décomposition en de micro-état sans avenir. Je ne suis pas du tout d'accord avec lui, je crois au contraire que ce mouvement préfigure peut-être la naissance d'états réellement viables en Afrique. Et la viabilité ne vient pas des ressources ou  de la taille de ces derniers mais de la cohérence de la population qui habite ces nouvelles nations. Si effectivement l'Afrique voit apparaître de nombreux petits états ces derniers, grâce à leur cohérence interne, pourront plus volontier se consacrer à leur développement en lieu et place de conflits ethniques s'éternisant. Comme le disait notre cher Régis Debray les frontières ramènent la  paix, mieux vaut de petits états homogènes que de grands états en guerre civile comme ce fut longtemps le cas au Soudan. Et ce qui peut paraître à première vue comme une régression est en fait le plus sûr chemin pour une paix durable. Certes elle sera malmenée, mais une fois acceptées, ces frontières et ces cohérences  géo-frontalières permettront j'en suis sûr un vrai développement. Le paradoxe c'est que l'unification de l'Europe nous conduit à la guerre de tous contre tous au moment même où la division de l'Afrique  ramène la paix sur ce continent voilà une parfaite démonstration des idées de Régis Debray et de son éloge de la frontière.  Je tiens à signaler au passage la très belle analyse du livre de notre philosophe anciennement moustachu sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

 

 

Les conséquences  de la conférence de Berlin de 1884

 

Afriquecoloniale.pngL'Afrique a deux grands problèmes le premier est la question démographique que je n'aborderai pas ici mais qui l'un des vrais moteurs de la misère africaine. Une expansion démographique qui est la plus rapide de toute l'histoire de l'humanité a rendu tout développement sérieux impossible. On peut espérer cependant que l'enclenchement de la transition démographie ramènera rapidement la natalité à des niveau compatible avec le développement humain. Le deuxième problème de l'Afrique est la rupture historique produite par les ingérences étrangères sur son sol par le colonialisme et l'esclavage arabo-occidentale. En effet, difficile de développer une civilisation lorsque l'on pille une partie de votre population pendant des siècles. Les arabes ont pratiqué l'esclavage pendant 800 ans et les Européens ont complété le massacre. L'autre problème c'est que le commerce de l'esclave était aussi culturel à certains peuples d'Afrique, il y avait des noirs qui faisaient commerce d'autres noirs. Cette perte humaine n'a pas été sans effets sur l'évolution du continent et sur la faible démographie  qui fut la sienne jusqu'à nos jours. Or sans une densité de population suffisamment élevée les civilisations avancée ne peuvent pas apparaître. Tant que Les gens peuvent vivre de chasse et d'une agricultures comme la culture sur brûlis qui nécessite le nomadisme et non l'implantation il n'ont aucune raison de bâtir des structures organisées de grande ampleur. Il y a un lien entre civilisation et densité de population, le manque de bras provoqué par les saignées esclavagistes ont sûrement été un frein en terme de civilisation à long terme.

 

    Ensuite l'autre grande catastrophe fut le découpage territorial opéré par les puissances occidentales au 19ème siècle. La situation de la cote d'Ivoire ou du Soudan provient de ce traçage de frontières artificielles qui fut entériné à la conférence de Berlin en 1884 et dont la carte que vous pouvez voir montre l'organisation. Les Européens ont coupé des peuples en morceaux et les ont mélangé dans des entités étatiques complètement déconnecté de toute cohérence populaire.  Tant que les puissances Européennes étaient là cela ne posait pas de problèmes, mais dès que nous sommes partis ce fut l'explosion qui était  bien prévisible. En réalité ce genre de chose s'est produite sur notre propre continent, puisque nous aussi nous avons eu des empires multinationaux qui lorsque le nationalisme et la démocratie sont arrivée ont explosé. Le plus célèbre exemple fut l'empire des Habsbourg dont l'Europe n'a pas encore effacé les conséquences, la guerre de Yougoslavie fut en fait un lointain écho historique de cette structure multinationale. La grosse différence entre l'Afrique et l'Europe c'est que les nations incohérente dont l'Afrique est l'héritière sont des importations alors que nos empires multinationaux était des produit purement européens. Par conséquent si l'Europe veut vraiment aider l'Afrique, elle devrait organiser une nouvelle conférence de Berlin dans laquelle les cartes et les états africains seraient  redessinés de façon à correspondre aux réalités humaines de ces peuples. Ce serait le seul moyen pour éviter les effusions de sang tel qu'on a pu en connaître sur notre continent ces deux cents dernières années produit par la reconstruction d'entités homogènes. Si nous ne voulons pas ou nous ne pouvons pas le faire, alors le mieux est de laisser les africains s'organiser eux mêmes quitte à voir se multiplier les états et les conflits. Il faut espérer qu'en tel cas l'Afrique mettra moins de temps que l'Europe pour trouver un équilibre stable en matière frontalière.

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Published by Yann - dans politique
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commentaires

clovis simard 15/10/2011 18:16



Blog(fermaton.over-blog.com)Mathématiques de la conscience humaine.No-20, THÉORÈME PORZIUNCOLA.-Le Nouveau Père de l'Europe.



olaf 13/01/2011 23:42



"Oui la nation fut un long processus historique d'accouchement surtout la France qui fut une fabrication sans substrat initiale contrairement à l'Allemagne."


Désolé mais l'Allemagne n'a pas de substrat initial, les dialectes sont nombreux aussi, et a été très tardive dans son union par rapport à la France des capétiens et de Louis XIV, puis Bonaparte.
Il a fallut Bismarck en 1864 pour établir un début d'unification allemande qui d'aileurs reste décentralisée avec les Lands actuellement, malgré l'union avec l'est Allemagne.


Hitler a essayé de faire un mauvais story telling qui a aboutit là où on sait, comme quoi il est délicat de raconter des histoires sans faire de dégats.


 


 


 



yann 13/01/2011 21:48



@Sancelrien


C'est peut-être évident pour vous et pour les gens qui ont mis les pieds en Afrique mais pour beaucoup de nos concitoyens çà ne l'est pas. Quand on leur parle de CI il compare ce pays à ce qu'ils
connaissent la France, or évidement si un homme politique français se mettait à ne pas respecter le vote il choquerait la population française. Donc par instinct nos concitoyens vont
naturellement soutenir le vainqueur, c'est uniquement en connaissant la situation locale, le fait que les pays africains sont pour la plupart incohérents qui évite l'erreur "démocratique". Et nos
hommes politiques qui eux connaissent parfaitement ces réalités jouent avec cette ignorance feignant de défendre une déomcratie qui n'a aucun sens en l'état actuel des choses.


@valuebreak


Je crois que ce journalistes joue surtout un rôle pour attirer les spectateurs.


@olaf


Oui la nation fut un long processus historique d'accouchement surtout la France qui fut une fabrication sans substrat initiale contrairement à l'Allemagne.


 


@ La Gaule


Quand je parle d'homogénéité cela peut-être n'importe quoi. Un fait historique unifiant la population au-delà des petits différences, des coutûmes, la langue la religion etc... Je ne voudrais pas
que l'on croit que la seule unité qui compte c'est l'ethnie la France aurait quelques problèmes à fonctionner sinon. Il y a aussi les mythes et l'histoires qui sont primordiaux, le fameux récit
nationale qui peut unifier des gens qui se divisent. Il y a aussi la guerre malheureusement qui crée justement ces mythes unificateurs, ce n'est pas pour rien si René Girard met la violence à
l'origine de nos sociétés. 


@Emmanuel B


Enfin je suppose qu'il y a longtemps l'Europe aussi était divisée en ethnies, c'est l'histoires les conflits et les religions qui ont fini par produire des entité aptes à surpasser les divisions
ethniques. Il en ira probablement de même avec l'Afrique, le mythe hsitorique anti-colonial doit être un puissant moteur unificateur par exemple pour ces pays. Je ne suis pas pour que l'on divise
à l'infini l'Afrique mais quand les tensions sont trop forte il vaut mieux séparer. Enfin est-il impossible d'imaginer des états à la suisse en Afrique avec chaque ethie membre d'un canton par
exemple relativement autonome mais membre d'un état confédérale ou ce genre de chose? Ou alors un jaconisme puissant fondant un langage culturel  commun  brisant les particularismes
locaux et fondant des nations cohérentes?



Emmanuel B 13/01/2011 00:16



Votre application des réalités et de l'histoire européennes sur l'Afrique colle assez mal et ne peux que mal coller.


Premièrement, il y a effectivement quatre états culturellement homogènes en Afrique : l'Erythrée, la Somalie, le Burundi et le Rwanda (les deux derniers ayant d'ailleurs des frontières
précoloniales). Difficile d'en conclure à une stabilité plus grande.


Pour ce qui est de la congruence de la démocratie et de l'hétérogénéité, je vous signale qu'il y a certes la Suisse, mais aussi l'Inde;  et pour ce qui de l'Afrique, les états
"multiculturels" sont et resteront des réalités largement indépassables, la diversité étant telle dans la plupart des régions que des états homogènes ne sont simplement pas pensables. Rien qu'au
Gabon, on compte une cinquantaine d'ethnies, par exemple.


Je sais que le mot même de "multiculturel" vous est terriblement désagréable, il n'empêche que la chose soit nécessaire dans certaines parties du monde. C'est ainsi...


Il est vrai et là-dessus vous avez parfaitement raison que l'association de la démocratie et de l'ethnique est détonnante et que l'on peut s'attendre au pire de ce côté-là. D'une certaine
manière, le pire est d'ailleurs déjà arrivé si l'on pense à la terrible guerre continentale qui a sévie au Congo-Kinshasa par exemple (quoique la question démocratique y soit pour fort peu de
chose). En tous cas, l'idée d'un redécoupage homogénéisant serait à coup sûr une source de tension permanente et une catastrophe pour le continent (comme pour l'Inde). Le cas du Sud-Soudan n'est
pas généralisable de ce point de vue. D'abord, ce n'est absolument pas une région homogène en elle-même. C'est uniquement sa non-islamisation qui la distingue du reste du pays. Dans un tel cas,
où une partie de la population a été placée sous la domination ultra-violente d'un autre groupe (cette domination y est d'ailleurs antérieure à la période coloniale), la sécession est peut-être
la seule solution mais encore une fois, le cas d'un pays qui est aussi un empire (car telle est bien la structure propre au pays, un pays aux frontières anté-coloniales, lui aussi) n'est pas du
tout généralisable (le seul exemple similaire serait l'Ethiopie voisine). Les Africains ne pourront pas utiliser la nation "à l'européenne", ils sont condamnés à trouver autre chose. Le chemin du
développement culturel (avec notamment l'alphabétisation de masse en cours) passe immanquablement par de fortes tensions (l'analogie avec l'Europe à partir des guerres de religions est justifiée
à cet égard) mais il suivra des voies originales, c'est tout aussi certain.



La Gaule 12/01/2011 02:05



« Comme le disait notre cher Régis Debray les frontières ramènent la  paix, mieux vaut de petits états homogènes que de grands états en
guerre civile… »


… Et pour éviter que de grands états deviennent des champs de bataille en guerre civile, rien ne vaut à ces grands états qu’ils travaillent à
renforcer leur homogénéité (je ne précise rien à ce sujet puisque Régis ne précise rien non plus au moins dans votre formule) et qu’ils réaffirment pour cela l’existence tangible de leurs
frontières (pas d’autres précisions non plus en l’espèce).


Je rappelle au passage (c’était le sujet du soir) que l’identité peut aussi être une transcendance, mais que l’homo économicus libéral, ignorant
trivialement la seconde, ne peut que méconnaître magnifiquement la première.


Le conflit ethnique lui fait tellement horreur qu’il en élude la simple possibilité chez nous, cela en fonction de son credo indépassable :
« business is business », et, of course, « all you need is love ».