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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 23:25

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Un article paru sur le site de Lepoint.fr on apprend que la compagnie Foxconn, premier fabricant de composants électroniques de la planète, va massivement automatiser ses chaines de fabrication. On parle ici d'une suppression de 500000 emplois dans cette entreprise dans les années qui viennent, avec la mise en place de près d'un million de robots en remplacement. Certains en profitent pour accuser les ONG qui voulaient une amélioration de la situation des salariés et une augmentation des salaires de détruire les emplois. Il est vrai que l'on apprend en même temps que les salaires dans les usines du groupe ont augmenté des près de 70%, et que les conditions de travail se sont améliorées. Nous verrons que la destruction de ces emplois, si elle est accompagnée de la hausse des salaires, ne détruira pas globalement d'emploi en Chine bien au contraire. Les emplois sont en fait juste déplacé vers d'autres secteurs. Cette évolution nous apprend tout de même plusieurs choses et nous permet d'aborder un peu la question de l'emploi, de la productivité. L'automatisation et les hausses de la productivité ne sont pas les méchants ennemis de l'emploi comme on aime les présenter en général. La productivité ne détruit de l'emploi que sous la condition expresse que la société ne profite pas du gain de richesse que celle-ci peut procurer. C'est notre organisation sociale qui transforme les gains de productivité en catastrophe pour un grand nombre de personnes. Qui plus est dans le cas de l'emploi en général les délocalisations font en réalité bien plus de mal que les gains de productivité.  Comme on le verra par la suite, on peut même dire que d'une certaine façon les gains de productivité nous protègent en partie des délocalisations. Même si cette protection est bien plus mince que ce que croient en général nos libre-échangistes obsessionnels.

 

1-Les gains de productivité et l'amélioration des conditions de travail

 

On constate grâce à cet exemple de Foxconn que la hausse des salaires et la pression pour l'amélioration des conditions de travail ont obligé l'industriel à faire des gains de productivité pour limiter les pertes sur ses profits. Alors que depuis trente en Europe et aux USA l'on présente la hausse des salaires comme un frein à la bonne santé des entreprises, on s'aperçoit ici que la pression salariale peut obliger les entreprises à revoir leur façon de travailler.  Non seulement la stagnation des salaires a produit les conditions de la déflation et de la baisse générale de la demande, mais elle a probablement aussi ralenti la croissance des gains de productivité. Après tout, pourquoi investir dans l'automatisation ou dans l'amélioration des processus de production quand on peut délocaliser ou baisser les salaires. C'était le même rapport de force qui semblait séparer le nord et le sud des USA avant la guerre de Sécession. Le nord ne pratiquait pas l'esclavage et s'industrialisait, améliorant ses processus de productions. Le sud grâce à sa main d'œuvre pas chère pouvait continuer à produire sans optimiser son processus de production agricole. S'il est bien difficile d'être catégorique sur les effets à long terme de certaines pratiques sociales sur le développement économique d'une nation ou d'une région. Il semble tout de même que l'amélioration des conditions de travail peut être un puissant moteur pour l'orientation productive de l'investissement industriel. Maltraiter les salariés n'est pas la meilleure façon de pousser les patrons à investir et à améliorer la productivité physique par le progrès technique et organisationnel.

 

Maintenant, l'on pourrait ici objecter que dans le cas des pays asiatiques il y a bien eu en premier stagnation du niveau de vie, maltraitance salariale et enfin hausse de la productivité du travail et amélioration des salaires. C'est oublier un peu vite la spécificité de l'époque qui fait que les pays d'Asie ont pu exporter leur production et importer des usines clefs en main livrées par les Occidentaux.  L'histoire récente de cette région du monde aurait été certainement bien différente si les Occidentaux n'avaient pas décidé de démolir leur appareil productif pour contenter la mince couche sociale aisée qui les dirige. Cependant, il est vrai que l'on ne peut pas déduire ainsi un lien automatique de causalité entre la hausse des gains de productivité et l'amélioration systématique du niveau de vie de la population. La GB et l'Europe du 19e siècle n'avaient bien souvent qu'une fine couche de consommateur, reste de la société féodale qui faisait que l'on trouvait absolument normal d'avoir des niveaux d'inégalité extrêmes. Les gains de productivité à l'époque servaient surtout les riches et la caste dominante. Mais les gains de productivités du 19e siècle étaient en fait extrêmement lent si on les compare au niveau de ceux que le monde a atteints au 20e siècle. Le modèle inégalitaire et aristocratique de production Européen n'a pas survécu aux affres de la Seconde Guerre mondiale et de la crise de 1929. Les gains de productivité et le niveau de richesse nécessaire à l'occupation de toute la force de production ne pouvaient plus résulter de la seule consommation des très riches. Il fallut alors construire une classe moyenne capable d'absorber les produits fabriqués pour éviter aux entreprises de faire faillite. On peut donc penser la productivité et son origine de deux manières. D'une part en la voyant comme un mécanisme extérieur à la question économique et ne résultant que du progrès technique. Ce fut probablement le cas au début de la révolution industrielle qui naquit d'ailleurs sous l'effet de la révolution agraire de l'Europe au 18e siècle comme l'a très bien expliqué Bairoch dans son livre « Le Tiers-Monde dans l'impasse ». En effet, ce sont les surplus agricoles et la forte demande en outils métalliques qui produisirent en partie la mise en place de la future industrie qui plantera les graines de la révolution industrielle. Mais on peut voir aussi l'origine de la productivité comme le résultat d'un désir social de changement dans la qualité du travail. De fait depuis la Seconde Guerre mondiale c'est bien la cause sociale et l'amélioration du travail, produit en sous-main par la contrainte de la surproduction, qui a obligé l'industrie à accélérer ses gains de productivités. De la même manière avant la Seconde Guerre mondiale les USA était le pays qui rémunérait le mieux le travail salarié. Ce pays qui était hautement protectionniste jusqu'en 1945 et qui connaissait alors des gains de productivité très élevés comparés à la vielle Europe. C'était aussi le pays où les conditions de travail étaient les meilleures même si bien évidemment bien loin de nos standards actuels.



C'est donc la symbiose du progrès technique et du changement de paradigme social qui rend possible l'amélioration globale de la qualité de vie et du travail. Que l'un des éléments manque et le progrès devient un cauchemar. En effet en cas de non-redistribution des gains de productivité la surproduction guette ainsi que le chômage de masse. Cette situation finit toutefois par produire un ralentissement du progrès technique sous l'effet de la dégradation de l'intérêt à investir dans l'amélioration du processus technique. La France et les pays d'occident en sont presque là, ils vont dans un régime de stagnation. Ils progressent encore un peu par inertie et par l'effet de l'influence des nouvelles nations industrielles. Mais petit à petit, l'on voit poindre une nouvelle société inégalitaire et stationnaire. Le désintérêt pour les sciences et le savoir en général ne faisant que parachever, en quelque sorte, l'adaptation de la population à la nouvelle société féodale d'occident. Comme nous le voyons avec ce cas de Foxconn, c'est en Asie que l'histoire aujourd'hui s'écrit. Il faudra également voir si ces sociétés seront capables de produire un progrès social susceptible de nourrir leur productivité galopante. Rien n'interdit en effet d'imaginer une cassure lorsque l'occident ne pourra plus consommer les produits asiatiques comme il l'a fait jusqu'à présent. La Chine notamment doit faire sa mue et produire une véritable classe moyenne on en est encore loin. Quoi qu'il en soit il faut cesser d'opposer productivité et hausse de salaire, les contraintes sociales sont au contraire un bon moyen de contraindre les entreprises à investir pour accroitre leurs gains de productivités.

 

2-Les délocalisations, le chômage et la productivité



 

Deuxième point, il faut bien voir que contrairement à ce que l'on croit en général les gains de productivité nous protègent de la concurrence des pays à bas salaire. C'est un des seuls arguments des néolibéraux qui soit vrai. Le fait est que lorsqu'une usine améliore sa productivité elle permet au travailleur français de maintenir son emploi malgré son prix plus élevé. Le problème ce n'est pas que les gains de productivité en occident produisent trop de chômage comme on peut le lire parfois dans les commentaires d'articles, il s'agit là d'une idée reçue. Le problème c'est que les gains de productivité en occident ces trente dernières années ont été trop lents en regard de la hausse de celle des pays en voie de développement. Ces pays ont d'ailleurs souvent pu maintenir des salaires de pays sous-développé tout en ayant des niveaux de productivité élevée de pays développés, ce qui est fatal pour notre industrie. Si les gains de productivité s'étaient maintenus en France au niveau de celui des années 60 il n'y aurait pas eu de délocalisations massives. En ce sens, les libéraux ont raison.

 

Cependant, c'est ignorer les effets de la mondialisation sur l'investissement des entreprises occidentales. En effet l'ouverture des frontières, la hausse du niveau scolaire dans les pays en voie de développement et le progrès dans les télécommunications et le transport ont permis une rupture dans le raisonnement des investissements des entreprises. Car il est devenu plus rentable d'investir dans des lieux éloignés même moins productifs pour gagner sur le niveau salarial de quoi augmenter les profits. Les capitaux nécessaires aux délocalisations n'étaient plus là pour améliorer la productivité locale. De fait, l'ouverture aux échanges qui avait été imaginée par Ricardo ne prenait pas en compte cette possibilité de délocaliser des unités de production, c'était évidemment inimaginable à l'époque de Ricardo. À cause de cela l'investissement productif en occident s'est amoindri, ralentissant ainsi les gains de productivité et accélérant les délocalisations permises par le libre-échange généralisé. Le tout accompagné par un ralentissement du progrès technique qui connait lui-même des évolutions non linéaires et difficilement prévisibles. Les nouvelles technologies font de piètres gains de productivité si on les compare à la machine à vapeur ou à l'arrivée du modèle fordiste. Dans ces conditions, il est fantasmagorique de demander aux pays développés d'améliorer toujours plus leur productivité pour répondre à la concurrence des pays à bas salaire. D'autant qu'il est toujours plus facile de copier que de concevoir et que donc les avantages momentanés qui sont gagnés par un éventuel progrès technique sont rapidement copiés par les pays en voie de développement rendant caduque l'avantage en très peu de temps. Les gains de productivité ne sont donc pas des remèdes absolus à nos problèmes commerciaux et même s'il est bon de vouloir améliorer la productivité du travail, il est suicidaire de vouloir en faire le seul outil de protection de la base industriel de nos pays.



Enfin si la productivité peut nous protéger un peu de la concurrence, il ne faut pas pour autant rejeter entièrement les arguments de ceux qui voient dans le progrès technique l'ennemi absolu de l'emploi. Comme je le disais dans la première partie de ce texte, la productivité n'est mauvaise que si l'on ne s'en sert pas. En effet à niveau de production constant, la hausse de la productivité produit la réduction du besoin de travailleur. La productivité n'est bénéfique que si l'on emploie la richesse supplémentaire qu'elle nous permet de produire. Soit en augmentant la demande et la production pour employer toute la population active, soit en réduisant le temps de travail à niveau de consommation constant. On peut faire les deux en même temps d'ailleurs. Nous l'avons fait pendant les trente glorieuses, la hausse des salaires et la baisse du temps de travail permettant durant cette période une absorption constante de la production, tout en maintenant le taux de chômage à bas niveau. Il ne faut donc pas pleurer sur les emplois perdus à cause du progrès techniques, d'autant que les emplois détruits par l'automatisation sont souvent des emplois répétitifs et peu enrichissants pour le salarié. Il vaut mieux crier sur le fait que l'on n’utilise pas à bon escient les gains de productivité ainsi dégagés. Plutôt que de nourrir la bourse, les actionnaires et les rentiers, ces gains seraient plus utiles dans les salaires, dans la réduction du temps de travail ou dans l'investissement productif. Vouloir arrêter les gains de productivité pour maintenir l'emploi c'est se tromper de combat. La seule question c'est celle du choix de la répartition des richesses. Et cette question de la répartition des richesses est liée à la possibilité de protéger le modèle social français et les salariés d'une concurrence déloyale face à laquelle ils ne peuvent rien. Accuser le progrès technique de faire du chômage c'est en fait dédouaner les décideurs politiques de leur responsabilité. Le progrès technique et les gains de productivité étaient bien plus élevés durant les années 60 sans qu'à l'époque nous eussions à souffrir d'un tel sous-emploi et de tels déficits commerciaux.

 

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

olaf 11/08/2011 12:40



"C’est donc avant tout l’automatisation des chaînes de production qui explique le recul des emplois industriels et c’est grâce aux gains de productivité qu’elle nous a permit de réaliser
que la valeur réelle des biens industriels a également baissé."


http://www.atlantico.fr/decryptage/protectionnisme-reponse-achronique-162330.html


 



yann 08/08/2011 08:54



@Marencau


Merci. Vous avez raison de parler des fameux rendements décroissants. Je n'en est pas parlé pour ne pas alourdire encore le texte mais c'est vrai que l'augmentation du niveau technologique
augmente d'autres formes de coût. Lorsque l'on fait le calcul coût bénéfice il arrive souvent toujours un moment ou plus de technologie ne signifie pas forcement plus de productivité au sens
comptable du terme. Le Japon avait lui même entamé une période de réduction du nombre de robot dans certaines usines à cause du facteur panne qui finissait par couter trop cher par rapprot à la
main d'oeuvre humaine. Sans oublier le coût énergétique qui avec un pétrole très cher pourrait voir les robots devenir un luxe pour indutrie de pointe.


 


@Damien


J'essai d'éviter la futurologie en général on se plante lamentablement et les gens du futur se moque des prévisions  . Tout dépend en fait de l'évolution technique. Les pessimistes comme erick qui fait le commentaire à la suite du votre ou le site de
Patrick REYMOND, vous dirons que la fin du
pétrole condmane la technologie actuelle. Et que l'on reviendra donc à des emplois de masse à faible productivité unitaire faute d'énergie. C'est un scénario plausible, mais ce n'est pas le seul.
Il y a aussi des possibilités pour que l'esprit humain comme à chaque fois qu'il a fait face à des pénuries trouve des solutions. Elles existent déjà et il y en a dans les labo que l'on aurait du
mal à imaginer. Par exemple des chercheurs Britannique viennent de mettre au point grace à des boîte quantique un moyen de faire de la photosynthèse artificile pour directement extraire de
l'hydrogène à partir de l'eau uniquement avec la lumière solaire. Sans électrolyse donc. Il y a aussi les nouveaux biocarburants de second génération, la fission au thorium, la fusion, les
progrès permanent dans l'énergie solaire etc... Il ne faut pas enterrer le génie humain trop vite. Pour anticiper les futurs emplois il faut prévoir les évolutions énergétiques à plus ou moins
long terme, et ce n'est pas évident du tout.


 


 



erick 05/08/2011 18:39



@Damien


Une piste pour "l'après" pétrole pas cher : paysan ... Moins de pétrole implique plus de bras et réciproquement.



Damien 03/08/2011 22:34



Pareil avec l'informatique ,quasiment tout le monde est secondé par un ordinateur sans pour autant être remplacé par lui ,en régle générale plus personne ne craint  d'être remplacé par une
machine , on craint surtout d'être remplacé par une autre personne.


 


Si jamais tu t'intéresse à ces sujets la ,tu pourrais nous consacrer qqs articles sur "les emplois d'avenir" ?Tes billets sur l'après pétrole ont été très instructifs.



tonio 03/08/2011 21:30



C'est génial l'automatisation, cela permet de démultiplier l'offre de travail pour suivre l'exponentielle liée à la pratique de l'usure!


Par contre quand on repasse sous l'exponentielle, aïe, aïe, aïe......