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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 15:20

 

Je viens de lire un texte très intéressant sur le CGB  qui s'interroge sur le peu de créativité de la production télévisuelle française. L'auteur se plaint de voir  les USA réussir à pondre quelques merveilles en terme de série télévisée pendant que la France patauge dans le médiocre malgré les énormes investissements  publics. Il cite pour cela la prochaine série de HBO basée sur la série culte de livres du Thrône de fer , grande épopée de la Dark fantasy anglo-saxonne ,et dont le premier épisode fait beaucoup de bruit. C'est un sujet intéressant parce qu'il soulève la question de la limite de la puissance publique en terme de relance de certaines activités. Il se trouve que l'on peut déverser des milliards d'euros  dans un secteur, s'il ne vont pas alimenter les bonnes personnes ces milliards seront perdus et ne serviront rigoureusement à rien. Dans la production cinématographique ou télévisuelle, on voit rapidement si l'argent est bien utilisé ou pas.

 

 Les 14 premières  minutes du Trône de fer la série:

 


 

Et ce n'est pas qu'une question d'argent ou de masse  critique du marché intérieur, les Anglais font par exemple bien mieux que nous dans ce secteur et la BBC est à un niveau nettement supérieur au service public français qui achète d'ailleurs beaucoup de documentaires à cette dernière. Sans parler des Japonais qui ont d'ailleurs adapté bon nombre d'oeuvres de la littérature française. Beaucoup de personnes de ma génération ont d'ailleurs découvert des oeuvres littéraires françaises sur le petit écran à travers des dessins animés japonais, ce qui est un comble. On pourrait citer le célèbre Rémi sans famille pour le plus connu.  Je parle là des années 80, mais cela s'est encore aggravé avec le temps. En réalité, la France championne de la culture semble incapable de produire dans les nouveaux médias ce qu'elle produisait jadis dans les anciens. Elle se moque du mercantilisme américain, mais fait bien pire en réalité et ce n'est pas "plus belle la vie" qui pourra améliorer ce constat. Et la télévision et le cinéma ne sont pas les seuls médias touchés.

 

  Dans le média montant du jeu vidéo, il serait  bien difficile aujourd'hui de trouver des oeuvres françaises qui ont réellement marqué leur époque. Il y en a eu, mais ce furent souvent les aventures d'un seul homme à l'image d'Éric Chahi le créateur du célébrissime  Another World. Les pionniers du jeu vidéo français étaient d'ailleurs souvent très créatifs, mais la France a manqué l'industrialisation du secteur. Le passage de l'artisanat à la superproduction a tué la créativité française du jeu vidéo. Ce secteur est devenu quasi monopolistique en France avec deux grands groupes Ubisoft et Atari (anciennement Infogrames) qui se contentent de faire des oeuvres optimales pour le marché... Les industries médiatiques françaises sont souvent puissantes, mais prennent encore moins de risques que leurs consoeurs américaines.   Tout se passe comme si une fois une certaine taille franchi la créativité s'évanouit c'est vrai bien évidemment ailleurs qu'en France, mais dans notre pays ce phénomène semble y prendre des proportions plus importantes qu'ailleurs. 

 

    

La France ne manque pourtant  pas de talents individuels, ces derniers s'exportent d'ailleurs beaucoup, mais il semble que notre organisation actuelle rende impossible la libération de ces talents au niveau collectif.  Il faut peut-être voir ici un problème lié justement aux structures familiales françaises qui rendent le travail collectif plus difficile qu'ailleurs. Il s'agit peut-être aussi d'un moment historique pour notre pays qui coïncide avec la prépondérance des préoccupations mercantiles face à toutes les autres. On ne cherche plus à bien faire, à créer ce qui nous plait, mais à optimiser les ventes suivant des doctrines marketing sans âme.  Et ce faisant on oublie que bien souvent c'est l'audace qui crée le marché surtout dans les industries culturelles. Un bon nombre d'oeuvres à succès n'ont pas été prévues. Les succès en la matière échappant lourdement à l'esprit de prévision. Peut-être l'esprit cartésien français qui veut tout maîtrisé interdit-il à nos compatriotes d'avoir l'audace nécessaire à la créativité, ils se brideraient essentiellement par peur de l'échec. Les chaines de télévision françaises préfèrent ainsi acheter des programmes faits ailleurs, essentiellement aux USA, pour éviter les surprises sur l'audimat. Cependant en faisant cela le système de production audiovisuel français se prive de la création de savoir-faire locaux qui auraient pu naître des erreurs tout comme des réussites locale. C'est en forgeant que l'on devient forgeron c'est la même chose dans le cinéma ou la télévision, et l'échec fait aussi parti de l'apprentissage. Une politique publique visant à promouvoir la création française doit donc bien prendre en compte cette mentalité locale qui étouffe la créativité du pays.

 
La culture mondaine et la culture populaire
 
 

  Mais il y a, en plus de la maladie dégénérative liée à l'implantation de l'esprit marketing, un autre facteur qui explique peut-être l'échec de la production culturelle française. En France la culture au sens large est souvent employée pour manifester son statut social, ce ne sont pas tant les oeuvres qui intéressent que leur potentialité en tant que marqueur social. Cette réalité a toujours existait en France et les nobles d'hier usaient d'un langage fleuri pour se distinguer de la masse et des gueux sur lesquels s'exerçait leur pouvoir. C'était vrai à la cour  de Louis XIV, mais ça l'est toujours aujourd'hui. La hausse des inégalités en France n'est probablement pas étrangère à la disparition de ce que nous appelions jadis la culture populaire qu'elle soit dans la chanson ou le cinéma. En France il y a la CULTURE la belle, la traditionnelle celle qui fait que l'on est chez les élites, et l'autre la gueuse celle qui viscéralement inférieure à la première.  Alors pour se donner bonne conscience nos élites ont essayé de faire croire que ces sous-cultures faisaient partie de la CULTURE en général, c'est dans cette optique que l'on a eu des ministres délirants comme Jack Lang qui nous vendaient le RAP comme un grand mode d'expression. Mais en fait nos élites n'y ont jamais vraiment cru, et d'ailleurs la culture traditionnelle elles  la gardent jalousement pour elles et leurs progénitures.  

   
 

  Maintenant loin de moi l'idée qu'il n'y a pas une hiérarchie dans la production culturelle. Un livre sera toujours un média supérieur à un film ou à un documentaire même très bien réalisé. Le livre nécessite du temps, mais transmet des réflexions et fait appel aux fonctions les plus intelligentes de l'esprit humain. Les films, les séries ou la musique font eux plus appel à l'émotion aux réactions les plus animales de l'être humain. Cependant on peut aussi concevoir la culture sous un autre aspect que celui de l'instruction en tant que telle. Si l'on sort de la culture comme moyen d'ascension sociale et que l'on voit cette dernière comme un moyen de créer un langage commun à tous alors il est clairement dommage que la France soit incapable de produire ce langage. La culture de masse est certes critiquable par certains de ses côtés, mais elle est nécessaire. Elle donne une identité collective à un peuple. Le problème identitaire français que certains soulèvent à l'encontre des immigrés   provient pourtant plus surement de la destruction de la culture et de la façon de vivre française par l'importation des codes américains à travers ces produits culturels.  L'abandon par la France de la culture populaire au profit de l'importation de la culture populaire US est l'un des drames qui expliquent la perte d'identité de notre pays. Elle explique aussi en partie les importations des problèmes américains à l'image du modèle communautariste nos immigrés connaissant mieux souvent la société américaine qu'il voient à la télé que la société française. Ce n'est pas un hasard si aujourd'hui la France a des chaines de télé pour les "Blacks", ou des rayons de la fnac réservés aux "Gays" comme si ces derniers avaient des goûts culturels qui puissent les distinguer de la masse des Français. On aime taper sur l'extrême droite et son prétendu racisme, mais l'on oublie ces méthodes marketing de segmentation de la population en segment constitué bien souvent par des préjugés racistes ou autres. Tu es noir donc tu n'écoutes pas de la musique classique, mais du R'n'B ou du Jazz si tu es cultivé. C'est dans l'imagerie médiatique exporté par la sous-culture anglo-saxonne qu'est le racisme le plus répandu dans notre société. Nous importons ainsi des codes culturels qui segmentent la société en tribut appelé poliment des communautés dans lequel l'individu est piégé. Les problèmes actuels de la société française viennent donc aussi et surtout de l'importation sur notre sol d'une culture qui y est complètement étrangère. Et les Français ne savent plus qui ils sont, l'esprit français ayant disparu du petit écran comme du grand.

 
La culture populaire un moyen pour créer un sentiment national et élever le citoyen
 

Les Français ne savent plus transmettre le désir et la passion. Nos amis japonais qui ont réussi leur modernisation culturelle n'ont pas eu l'effet d'américanisation que nous avons connu. Les jeunes japonais se passionnent pour l'histoire de leur propre pays, mais ce désir et cet esprit sont aussi alimentés par la culture populaire locale. Au Japon la culture n'est pas dans les musées et le manga ou l'animation, les jeux vidéos ou les films sont devenus de puissant transmetteur de la civilisation nippone chose que pourtant néglige les élites culturelles françaises. On peut donner envie aux jeunes de lire le classique grâce à d'autre médium, mais cela la France mondaine s'y refuse. La France a mis la culture sous cloche pensant ainsi la préserver alors qu'en réalité une culture n'est vivante que si les gens s'identifient à elle. Ce n'est pas en finançant des musés que nous défendrons la civilisation française, pas plus qu'en  idolâtrant les auteurs du passé. Il faut oser moderniser ces oeuvres, les remettre au gout du jour et en produire de nouvelles.   Ce n'est qu'à ce prix que notre culture renaîtra.    

 
Que peut faire l'état?
 

      La mort de la production culturelle française tout du moins dans les nouveaux médias, ceux qui comptent le plus dans la formation culturelle de la jeunesse, est un fait. Maintenant comment peut-on y remédier? Les subventions ont montré leurs limites, du moins sous leur forme actuelle. Il semble qu'elles soient essentiellement aspirées par une toute petite tranche de producteurs culturels pour qui la notion de succès est un terme étranger. Il ne s'agit pas ici bien évidemment de tout réduire à la question du succès quantitatif,  mais une culture vivante est en partie une culture qui  plait aux jeunes. Aujourd'hui les jeunes Français regardent surtout des oeuvres américaines ou japonaises, la culture française se résume à quelques livres qui prennent la poussière.  J'avais donné quelques pistes dans ce texte. Je continue de penser que notre salut viendra d'en bas et du renouvellement de la production par l'intermédiaire des  nouveaux média. L'état devrait se contenter de favoriser ce renouvellement en baissant les coûts de production et en améliorant les capacités artistiques de la jeunesse dans la création musicale, le dessin, l'animation, etc.. Il faut également donner des garanties au producteur, et créer des mécanismes qui combattent le pessimisme français naturel en mettant des sortes de parachute économique permettant à un producteur de s'en sortir si par malheur sont projet à échouer. Dans un pays où la prise de risque est minimale celle-ci peut-être encouragé par des aides de soutien de secours. Il ne faut pas subventionner en amont de la production, mais plutôt en aval.

 

Le renouvellement de la télévision se fera également grâce aux nouvelles technologies comme la télévision par ADSL dont j'avais parlé ici. Il s'avère d'ailleurs qu'il y a déjà des surprises comme la petite chaine nolife. Cette chaine consacrée aux Geeks et aux Otaku vient de faire du bruit, car elle se  place en terme d'audimat au niveau de certaines  chaines plus anciennes et beaucoup plus grosses en terme de budget. Cette chaine a été créée en 2007 avec un budget ridicule et avec un petit groupe de personnes motivées pour sa création. Elle fait montre de beaucoup d'originalité dans ses programmes et qui diffuse d'ailleurs en ce moment la superbe série d'animation de Satoshi Kon " Paranoïa Agent". Elle marque peut-être l'avènement d'un renouveau culturel pour la jeunesse française qui s'identifie à une nouvelle façon de faire de la télévision. Sur internet les créateurs peuvent également se soustraire à la lourdeur des distributeurs, l'état devrait favoriser les créateurs autonomes plutôt que les grosses maisons d'édition souvent embourbées dans leurs contraintes logistiques qui leur interdit la prise de risque. En ce sens je soutiendrai ici Dupont Aignan qui avait favorisé l'idée de la création d'un  système de licence globale  bien plus intelligent que cette stupide loi Hadopi.

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Published by Yann - dans Médias
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commentaires

Olivier 31/03/2015 21:23

L'echec de la culture.....on le trouve dans cet article: On y lit: "Cette réalité a toujours "existait" (??????) en France...." ARFFFF, la faute!!! . Faut vous faire relire....

Tietie007 20/10/2011 16:15



Il faut avoir voyagé et avoir regardé les TV étrangères pour s'apercevoir que la TV française n'est pas si mauvaise que ça !



La Gaule 01/05/2011 04:34



@ Yann


 


@ Yann


 


Trop drôle ! (J’aime bien vous voir exploser) Mais une politique culturelle publique n’est rien d’autre elle aussi qu’une politique de
l’offre, laquelle crée sa propre demande conformément au dogme !!! L’enfer étant  pavé de bonnes intentions et pleins de petits Madelin se
planquant sous les pavés, c’est d’ailleurs tout le sujet du célèbre bouquin de Boltanski et Cappiello. Le même mécanisme  explique pourquoi la culture
de masse ne peut qu’osciller sans nuance entre la machine à divertir et la pratique de caste.


Voilà qui explique au final que, quand j’entends parler de la culture des cultureux (mais vais-je répéter une formule aussi lourdingue à chaque
phrase ?), je sors mon revolver… à eau minérale, et je crois que nous sommes des millions de désabusés à souhaiter en rire.


Je sais bien que vous n’avez pas tort sur les intentions, mais je maintiens mon parallèle entre l’émotion culturelle et l’émotion religieuse.
Vous pouvez créer toutes les institutions que vous voulez, elles manqueront leur but si elles ne se pensent pas comme des temples. Le salut est pour ceux qui désirent vraiment y entrer, aide-toi
et le temple alors t’aidera, et je ne vois pas ce que votre piteuse loi du marché vient faire là-dedans.


Le reste relève de l’instruction, c’est-à-dire du savoir et du savoir faire, prioritairement…


 


 



yann 30/04/2011 23:01



@damien


Je crois me souvenir de cette série mais j'étais gamin à l'époque donc c'est un peu floue.  Disons que les immigrés n'ont pas étaient intégré dans les série à la manières française, c'est à
dire sans se distinguer de la masse des français autrement que par leur différence d'ordre physiologique. On a eu les arabes de services ou les noirs de services jouant des clichés à la manière
américaines. La seule défférence notable c'est quand même une moindre aversion pour les couples mixtes. Moi ce qui me chox le plus dans les séries US c'est vraiment la séparation colorimétriques
même dans des séries comme startrek qui avait pourtant brisé le tabou ultime dans els années 60 en faisant s'embrasser le capitaine Kirk et Uhura qui est noir ce qui a beaucoup chocqué à l'époque
aux USA.


 


@el topo


"L'audiovisuel français se meurt de consanguinité, au sens figuré comme au sens propre!"


A si seulement ce n'était vrai que dans le cinéma. En fait c'est la même chose un peu partout même chez les politiques à l'image de Marine Le Pen ou de Martine Aubry.  Je pense que cette
situation doit beaucoup à la crise économique, les gens n'ose plus prendre des risques et préfèrent prendre des gens qu'ils connaissent pour limiter les risquent. Quand aux star de cinéma elles
préfèrent caser leur progéniture dans leur milieu plutôt que des les voir des études et galérer pour un salaire de misère. La crise a réduit fortement la circulation des personnes au sein des
différentes classes sociales et corps de métier et çà à tout les échelons. Grace à leur dollar et à leur croissance artificielle, les américains ont longtemps été épargné par çà . On en reparlera
dans quelques années.


 @La Gaule


Merde alors, vous voilà libéral? Vous êtes pour l'initiative individuel et la loi de l'offre et de la demande pour la culture. Je sais bien qu'il n'est pas possible de directement créer des
oeuvres par des politiques publics, cependant nous pouvons créer des conditions les favorisant, c'est  le sujet de ce texte. Je ne prône pas une politique à l'image de celle de Malraux.
Par contre réduire les coût de production, enseigner les arts qui sont aujourdh'ui largement abandonnés comme les science ou l'histoire au profit de savoir purement utilitaristes, voilà de quoi
créer des générations plus créatives. Ma politique elle s'étale sur des générations, je sais bien que cela prend du temps de construire alors que détruire c'est très rapide.


 @Pierre


Oui vous avez raison cependant c'est une affaire de mentalité. Les dirigeants des chaines publiques ont été formé dans les mêmes moules que ceux des chaines privées, c'est le même esprit qui les
habitent. Ils produisent donc la même merde  mais avec le label public.


 



Pierre 30/04/2011 22:23



Il y a aussi le fait que les chaînes publiques de télévision tentent (maladroitement) de se comporter comme les chaînes privées alors que rien ne les y oblige ! Pour moi, un vrai service publique
ne devrait pas concurrencer le secteur privée mais être à part, quelque soit l'audimat. Rien n'empêche une émission à la Pivot ou à la Polac. Ce n'est pas une question de moyens : il suffit de
disposer de quelques chaises, d'une table et d'un animateur intelligent.Avec le salaire d'un Nagi, on peut déjà réaliser une telle émission !


C'est pourquoi je soupçonne le pouvoir ump ou ps de vouloir cette concurrence absurde pour justemment priver les spectateurs d'émissions intelligentes et les empêcher de réfléchir. N'oublions pas
non plus la fascination imbécile de l'oligarchie pour tout ce qui vient des Etats-Unis