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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 22:51

loftstory

      Les multiples évènements de violence recensés récemment en milieu scolaire ont, à nouveau, focalisé les médias sur le vieux problème de la sauvagerie en milieu scolaire. C'est un phénomène récurent et qui n'a rien de nouveau, si ce n'est son apparente dégradation toujours croissante. Une espèce de course à la violence qui ne semble jamais vouloir s'arrêter. Certain y verront l'arrivée à complétude des principes libertins et de l'horreur de l'autorité, d'autres y verront l'échec de l'école publique et prôneront l'école privée sensé être bien meilleurs (oubliant qu'il est plus facile d'être meilleur sur ce plan en ayant que de bons élèves). D'autres encore y verront la traduction de la baisse globale du nombre de surveillants ou d'enseignants, ou encore un problème de programme.

 

Il y a aussi ceux qui nient complètement le problème en nous présentant la violence scolaire comme un phénomène traditionnel, ou alors en disant qu'il s'agit du résultat global de la démocratisation de l'enseignement, c'est d'ailleurs un argument également utilisé dans l'explication de la vision de déclin du niveau scolaire globale. Mais à mon humble avis le déclin de l'école est en grande partie lié au déclin beaucoup plus large de l'esprit et de la pensée dans nos sociétés modernes. Et la violence qui s'y pratique est la résultante d'une dégradation de l'image de l'instruction dans l'imaginaire de la jeunesse française et occidentale. Cette violence est d'ailleurs plus forte dans les zones qui théoriquement devraient le plus s'accrocher à l'éducation pour se sortir du ghetto urbain. La violence qu'exerce les enfants défavorisés est un signe claire que l'instruction n'est plus vue comme moteur de l'ascension sociale dans nos pays.

 

1-Pourquoi le niveau scolaire a-t-il augmenté dans le passé?

 

      Il s'agit là d'une question que bizarrement peu de gens se pose. Emmanuel Todd qui est l'un des intellectuels français qui utilise le plus l'instruction comme moteur des civilisations n'a fait que constater cette hausse pour l'utiliser comme moyen explicatif de la démocratisation et de la hausse globale du niveau de vie. On a tout un tas de théories qui nous expliquent les effets de la hausse du niveau scolaire et de ses effets positifs comme parfois négatif. Mais étrangement il n'y a pas d'explication réelle de cette hausse. On aura bien le rôle de la religion, comme moteur pour la hausse du niveau scolaire, notamment chez les protestants. Cependant la hausse du niveau scolaire s'est produit, et continu de se produire dans bien des lieux où la religion n'est pas vraiment propice à l'élévation scolaire. Il y a les traditions familiales qui sont invoqué aussi, cependant celle-ci ne changeant guère au fil du temps on ne voit pas pourquoi d'un seul coup elle se mettrait à prôner une hausse du niveau scolaire.  On nous décrit la Chine par exemple comme ayant une tradition d'érudition ancienne, fort bien, mais pourquoi lui a-t-il fallut autant de temps pour que sa population aient dans son ensemble une hausse du niveau scolaire?

 

  Il y a ensuite les nécessités économiques, on m'a même objecté récemment que la hausse du niveau scolaire serait le fruit du libéralisme économique, je me suis esclaffé en lisant ça. Non, il y a tant de pays pauvres où le niveau scolaire s'accroit qu'il y a peu de chance pour que l'économie précède et provoque la hausse du niveau scolaire. De ce point de vue on ne peut que rejoindre Todd, c'est la hausse du niveau scolaire qui peut, sous certaines conditions, provoquer une hausse du niveau de vie et non l'inverse.

 

    En réalité le niveau scolaire semble augmenter par effet de mode, ou par effet d'entrainement collectif avec une impulsion donné par les autorités d'une nation. C'est souvent sous l'impulsion de l'état que la hausse de l'instruction s'est produite.  Beaucoup de gens pensent que la hausse du niveau scolaire est quelque chose d'acquis, mais rien n'interdit d'imaginer une baisse constante dans l'avenir. De tels phénomènes se sont d'ailleurs déjà produit dans le passé et la culture du savoir semble même en recule dans nos sociétés moderne comme nous allons le voir. D'ailleurs remarquons que  l'accumulation de diplômes ne signifie pas pour autant que le niveau intellectuel de la société augmente. Si une fois les diplômes obtenues vous n'utilisez pas votre matière grise ce niveau ne signifiera pas grand chose au final. La succession de diplômé répétant des idées reçus ou des croyances, appliquant bêtement des choses apprises par cœur ne préjuge pas du niveau global d'instruction.  Donc on peut imaginer une hausse du niveau scolaire officiel et une baisse globale du niveau intellectuelle de la population et vis versa d'ailleurs.

 

 

2-Le niveau scolaire est-il en baisse?

 

      Est-ce que le niveau scolaire est en  baisse? Les études sérieuses sur la question répondent par la négative. Globalement le niveau scolaire ne baisse pas, mais la nature des connaissances acquises a trés certainement changé. L'orthographe n'est clairement plus une priorité, de même qu'une certaine culture générale considérée malheureusement comme peu utile dans la vie courante. La baisse que beaucoup croient décelé est en fait un changement de nature de l'instruction. Nous sommes passé d'un savoir citoyen, une culture qui doit permettre à l'élève de devenir un citoyen apte à voter et à prendre ses responsabilités de citoyen, à une éducation purement utilitariste. Le but n'est plus de savoir, de comprendre, mais d'emmagasiner des savoirs pratiques permettant de s'imposer sur le marché du travail. L'école doit subvenir à la structure économique, tous les savoirs qui n'entrent pas dans ce sens sont dévalorisé et éliminé. Les marchands sont rentrés dans l'école et y ont imposé leurs priorités, de ce fait nous ne produisons plus de futurs citoyens, mais de futurs consommateur-travailleur.

 

  D'où le désarrois de certain, la vision de jeunes avec un haut niveau de formation spécialisé, mais un faible niveau de culture générale. Des jeunes économistes qui pourront vous faire des modèles mathématiques complexes à coup d'équations différentielles censées représenter l'économie, mais qui ne sauront rien sur l'histoire économique du monde réel. Je prends ici l'exemple des économistes, mais c'est vrai pour bon nombre de disciplines. La vision pessimiste du niveau de l'instruction actuel est donc en partie liée à la spécialisation jusqu'à l'absurde que notre système éducatif a développé sous la dictature du marché de l'emploi . C'était d'ailleurs l'une des craintes d'Auguste Comte,ce dernier ayant participé à la création de l'actuelle séparation des sciences, dans son "Discours sur l'esprit positif", il mentionnait tout de même que si la spécialisation était nécessaire à un certain progrès, l'excès de spécialisation pourrait à terme empêcher des ruptures scientifiques nécessitant une vision pluridisciplinaire. D'ailleurs nous devons à Auguste Comte la place prise par les mathématiques dans l'éducation, même si dans son esprit les mathématiques avait pour rôle de transmettre l'esprit de logique et de rationalité.On constate que, contrairement aux assertions d'Auguste Comte, l'on peut faire des mathématiques sans finalement être très rationnel.

 

3-Une population française et occidentale de moins en moins curieuse?

 

Si la nature de l'enseignement a changé, tout comme son but, l'angoisse ou l'impression d'une baisse du niveau intellectuel de la population est-elle pour autant fausse? Si l'on ne parle plus du niveau des diplômes, mais du niveau intellectuel globale de la sociétés, des priorités de ceux qui sont théoriquement  des citoyens éclairés que peut on constater?

 

Tout d'abord les jeunes français s'orientent de moins en moins vers les sciences dures. Même si l'on regarde les chiffres brut, le nombre d'étudiants dans les filières scientifiques sont en baisse, c'est encore plus vrai en proportion. Ce n'est d'ailleurs pas un phénomène franco-français la baisse du nombre d'étudiants en sciences avait été déjà remarqué aux USA ces derniers sont obligé d'aller chercher leurs étudiants en Asie pour combler les trous. C'est étrange  d'ailleurs lorsque l'on voit la part que les mathématiques ont prit dans l'enseignement en général. Les jeunes préfèrent les matières commerciales, celles qui donnent un statut sociale qui semble désormais plus élevé. Cela indique en pratique la dégradation sociale du scientifique ou de l'ingénieur, c'est très paradoxale dans une société si férus de technicité. Ça se résume à dite moi comment utiliser la technique, ne m'expliquez surtout pas comment çà marche.

 

Cette baisse est concomitante à l'effondrement des ventes de revues scientifiques. En effet si la baisse des ventes des journaux et des quotidiens d'informations est bien connu celle des revues scientifiques l'est moins. On attribue souvent ces baisses comme étant le résultat d'une dégradation de ces revues ou journaux. Dans le cadre des quotidiens d'information on dit que ces journaux sont peu sérieux, manipulateur et aux mains de lobbies. Ces assertions ne sont pas complètement fausses, mais en général la baisse de qualité est une réponse à la baisse des ventes et non l'inverse. Les journaux font du "people" parce qu'il y a une demande pour cela, bien plus que pour l'information économique, politique ou scientifique.

 

Les journaux en réalité suivent le publique, si celui-ci se désintéresse de l'actualité politique ou scientifique ce n'est pas forcement la faute des journalistes.

 

La preuve par internet:

 

Les journalistes mainstream  accusent souvent internet de tout leurs maux. En effet ils se sentent menacer par ce nouveau médias qui les concurrencent, ils pensent qu'internet est à l'origine de la baisse des ventes des journaux. Mais le peu de succès des sites d'informations semble invalider ces thèses, aucun n'est véritablement viable économiquement parlant à l'heure actuelle et ce n'est pas l'échec récent de "Vendredi" qui viendra me contredire. Pour ce qui est des revues scientifiques leur déclins a commencé bien avant la massification d'internet  dans leur cas cet argument est donc complètement faux. Au finale il semble que bien peu de gens soient près à payer pour être informé, et vue le peu d'audience des sites informatifs comparativement à d'autre, on peut se demander si les gens souhaitent être informé tout court. La vérité c'est que le niveau d'intérêt pour l'information est en baisse.

 

Autre symbole de la baisse intellectuel globale, la télévision. Celle-ci semble aller vers une course sans fin vers l'abime. Les émissions a succès ont toutes comme lien d'être peu intellectuel, facile d'accès et ne cherchant généralement pas à élever le débat. D'ailleurs les sujets d'actualité politiques ou géopolitiques ont quasiment disparu, sans parler de la science qui n'a plus sa place même sur le service publique. Quand on sait qu'en 1985 TF1 pouvait commencer sa soirée du samedi soir par un reportage de Jacques Yves Cousteau puis être suivi d'un débat sur l'Iran il faut être de mauvaise foi pour ne pas voir la dégringolade.  Celle-ci s'est d'ailleurs accéléré avec l'arrivée de la téléréalité au début des années 2000 et le coup de Loftstory sur M6. Même des personnalités politiques de grande notoriété comme Michel Rocard accuse maintenant la télévision d'avoir littéralement tué la démocratie et l'esprit publique.

 

Cependant il est difficile de savoir qui est l'œuf et qui est la poule. Est-ce que c'est la baisse globale du désir de penser qui est la cause du déclin de la télévision, ou est-ce  à l'inverse la télévision qui abruti la population? Certain voyant dans la privatisation de TF1 en 1987 le début de la chute pour ce qui concerne la France en tout cas.

 

4-L'esprit marchand détruit-il l'éducation?

 

  Quoiqu'il en soit si l'on additionne tous ces faisceaux d'indices, il n'est donc pas irréaliste de considérer que le niveau intellectuel globale de notre pays est en baisse.  Et cela explique en grande partie la drôle de présidentielle qui fut la notre en 2007. Les deux candidats arrivés en tête étaient nettement moins brillants que leurs prédécesseurs sur le plan intellectuel, mais usaient  allègrement de méthodes marketing pour plaire à la masse. Et ce qui paraissait autre-fois aux français comme une caricature de démocratie, les campagnes dites à l'américaine, s'est finalement imposé dans notre pays au détriment du débat politique traditionnel.

 

Il faut donc recadrer l'éducation dans ce phénomène de masse qui tend à pousser les individus à prendre le moins de temps que possible à s'instruire et à penser. L'école est en crise certes,  mais c'est l'ensemble de notre culture qui l'est en fait. En réduisant de plus en plus la vie à une succession d'évènements passant de la consommation au travail, les individus ne peuvent plus octroyer les efforts nécessaires à leur épanouissement intellectuel et à la chose publique. Les jeunes sont victimes du système marchand et de l'aspiration de leur énergie libidinale pour reprendre les termes de Bernard Stiegler. Ce dernier explique très bien le lien entre le consumérisme et la libido dans ce texte. En vampirisant la totalité de l'activité humaine, de son énergie, les marchands ont finalement scié, sans le savoir, la branche sur laquelle ils étaient assis. En effet sans citoyens conscients et politisés la machine politique ne fonctionne plus, ce qui signifie de facto  que les hommes au pouvoir ne sont plus ceux qui devraient y être.

 

De la même manière nous ne produisons plus de grands scientifiques, l'ascèse nécessaire à un niveau élevé de production scientifique n'est plus possible dans une société aussi prisonnière du plaisir à court terme. Le déclin des arts, des sciences, de l'éducation, de la politique, de la télévision etc.. ont en fait le même point commun, celui d'être l'aboutissement d'une vision purement marchande de la relation humaine. L'utilitarisme visant à ne faire quelque chose que si on a un intérêt économique à le faire, à produit une immense régression culturelle en occident. Si l'on veut y mettre fin il va falloir retrouver le plaisir de créer sans but lucratif, d'échanger sans vouloir nécessairement s'enrichir, c'est ce qui faisait dire à Jacques Ellul que l'occident devraient retrouver, s'il voulait survivre, une certaine culture ascétique.

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Published by Yann - dans politique
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commentaires

clovis simard 31/10/2011 15:12



Blog(fermaton.over-blog.com).No-30. THÉORÈME BALTASSAR.--DÉSORDRE SOCIAL ??



yann 19/02/2010 17:17



@xavier


Je suis d'accord avec vous c'est le rôle de la sphère publique que d'essayer d'améliorer les choses. Mais il faut bien voir que nos élites aussi sont prisent dans l'engrenage, on peut tous céder
à la facilité quelque soit notre milieu social. La fainéantise intellectuelle est d'ailleurs malheureusement assez bien représenté dans notre actuel gouvernement.


 


Pour ce qui est d'internet le problème c'est que ce média arrive bien tard.  Il est un outil formidable d'échange d'idée et de débat, mais il arrive des décennies après que le relâchement
cérébrale se soit produit.L'effet abrutissement à déjà fait de gros dégâts. Bien sure les gens qui se comportant encore en citoyen peuvent ainsi se rejoindre et débattre. Mais cela donne aussi
une illusion quand à notre nombre. Encore une fois les sites politiques, économiques ou je dirais relativement sérieux ne représentent qu'une part infinitésimale de l'ensemble des échanges sur
internet. Alors cela pourrait changer à terme qui sait mais pour l'instant l'absurde continu de régner.



xavier 19/02/2010 14:13



Il est difficile de démêler causes et conséquences entre médiocrité des médias et baisse du désir d’apprendre et  de penser. Nous sommes certainement plus sur un modèle cercle vicieux que sur modèle de causalité. Pour autant, les pouvoirs publics ne devraient pas se poser
cette question. Leur responsabilité est de savoir quelles sont les actions possibles pour casser le cercle. Le désir des individus ne se décrétant pas, les médias publics devraient avoir pour
devoir d’élever le débat. Encore faudrait-il une volonté politique en ce sens. Peut être suis-je un peu négatif, mais je crois que l’oligarchie dominante ne le souhaite certainement pas dans la
mesure où la prise de conscience des citoyens conduirait à la remise en cause de leur pouvoir.


Je suis cependant convaincu qu’Internet peut avoir une influence bénéfique. La mise à disposition de tous, via ce nouveau média, de
connaissances, d’opinions différentes  permet d’aviver la curiosité intellectuelle. Je sais bien que la mise à disposition ne suffit pas (encore faut
il que les individus s’en saisissent) mais c’est un premier pas.