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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 20:01

 

  On va s'attaquer à la nouvelle vache sacrée des médias français, économie allemande. Voici quelques chiffres qui, je crois, parlent mieux qu'un long discours soporifique auquel mes lecteurs sont habitués. Et c'est un complément à mes textes précédents ainsi qu'aux analyses de Jacques Sapir sur le futur éclatement de la zone euro. Ces chiffres proviennent du site officiel des statistiques allemandes que vous pouvez trouver à cette adresse

 

1- Le commerce extérieur

 

 

    C'est vraiment le point qui fait baver nos européïstes les plus fous. L'Allemagne montrerait que l'euro n'est pas surévalué puisqu'elle a des excédents, alors que la France, ou pire les pays latins, affichent des déficits commerciaux. Ces derniers ne seraient dus qu'au laxisme économique, à leur latinité en quelque sorte. On perçoit d'ailleurs souvent dans ces réflexions un je ne sais quoi de penser racialiste et hiérarchisante, qui nous rappelle effectivement les heures les plus sombres de notre histoire. Sauf que dans ce cas elles ne sont pas le fait d'une extrême droite officielle, mais bien de nos propres dirigeants. Cette affaire de l'excédent allemand a en effet relancé la germanophilie délirante de certains . Pourtant un regard neutre et impartial posé sur les statistiques allemandes dément totalement la thèse de la grande résistance allemande à l'euro fort ou à la concurrence asiatique. L'Allemagne est surement le pays occidental le plus résistant, mais il perd lui aussi face à l'ogre chinois. Seulement l'Allemagne compense en détruisant ses voisins particulièrement la France, la GB et l'Italie.

 

les premiers excédents allemands

Comme vous pouvez le constater sur ce tableau provenant de ce document, les premiers excédents que possède l'Allemagne sont essentiellement produits avec pays membre de l'Union européenne. Et sur les dix premiers excédents de l'Allemagne, il y a cinq membres de la zone euro. On peut d'ailleurs ajouter la Pologne qui n'est certes pas membre, mais dont la monnaie a été stupidement collée à l'euro par les élites de ce pays qui rêvent d'entrer dans la zone euro. Il suffit de voir l'évolution du zloty face au dollar et à l'euro pour voir que monétairement la Pologne est déjà congelée dans la monnaie unique.

 

 

Cours zloty euro dollar

 

Comme on peut le voir sur ce graphique, la Pologne fait déjà partie de la zone euro en pratique puisque sa monnaie suit la nôtre. Elle est dans la même situation que la France dans les années 90 avec son franc fort de triste mémoire.

 

 

 

 

 

 

 

  les-premiers-deficitaires-allemands.png

Si maintenant nous nous intéressons aux déficits commerciaux allemands, on s'aperçoit qu'étrangement l'Allemagne connait des déficits avec la Chine. Oui vous savez le pays dont on nous dit que l'Allemagne tire sa croissance. En fait d'un point de vue commercial, l'Allemagne a presque autant de problèmes avec la Chine que nous, seulement grâce à ses excédents avec d'autres états essentiellement occidentaux et européens, elle peut le cacher. Puisqu'en faisant l'addition on arrive à un colossal excédent de 155 milliards d'euros pour 2010.

 

2-La croissance économique

 

 

  Autre chimère, celle de croire que la croissance allemande a été dynamique ces dix dernières années, c'est complètement faux. En réalité, l'Allemagne a maintenant une croissance extrêmement instable avec des années fortes, et des années faibles, voire négatives. C'est l'effet de sa spécialisation excessive dans l'exportation qui produit cette instabilité. Mais même si certaines années peuvent impressionner ce qui compte c'est l'évolution moyenne à long terme. Par exemple en 2010 l'Allemagne affiche un beau +3.6% au PIB, mais l'année d'avant le PIB allemand avait reculé de 4.7%... Pour ne serait-ce que rattraper cette dégringolade de 2009, le PIB aurait dû grimper d'un chiffre supérieur à 4.7%.   L'Allemagne se met en grand danger avec ses politiques mercantilistes, car si la croissance mondiale retombe, ce qui est d'ailleurs le scénario le plus probable, elle en sera la première victime. Comme les pays vers lesquels elle exporte sont des pays qui n'ont aucun moyen de tirer autrement leur croissance qu'en s'endettant, la course actuelle au désendettement devrait faire de l'Allemagne une économie en récession permanente dans les années qui viennent. D'autant que son moteur intérieur est complètement en panne pour des raisons de stagnation des salaires qui ajoute des effets de dépression à la démographie catastrophique du pays.

 

 PIB.png

3-La démographie

 

 

Dernier point de ce petit rappel de chiffre, la démographie. C'est un point crucial à ne jamais oublier et qui produit des effets énormes dans l'économie. Deux pays avec un même taux de croissance économique pourront ainsi avoir une évolution du chômage totalement distinct uniquement à cause de l'évolution différente du nombre d'actifs. L'Allemagne perd dès maintenant des actifs en nombre, et cela malgré un âge de retraite plus élevé qu'en France fixé à 65 ans pour l'instant. On comprendra bien qu'un pays qui perd des actifs n'a pas besoin de créer des emplois pour voir son chômage baisser. À l'inverse un pays qui connait une hausse de la population active en nombre peut voir son chômage augmenter même s'il crée des emplois. Durant toute la période des années 80, la France a créé des emplois, mais pas en nombre suffisant face à l'augmentation du nombre d'actifs, d'où  la montée du chômage à l'époque. Il aurait fallu une croissance plus forte, mais les politiques monétaires européistes en ont décidé autrement.  Quoi qu'il en soit l'évolution démographique de l'Allemagne suffit à elle seule à montrer la catastrophe qui approche outre-Rhin  

Declin-population.png 

 

 

Même l'hypothèse la plus optimiste met l'Allemagne à seulement 70 millions d'habitants en 2060. Mais le plus grave n'est pas la baisse de la population dans l'absolu, cette baisse étant due à une faible natalité elle se traduit par un changement dans la pyramide des âges et par une baisse encore plus forte des actifs.

evo-population-active-copie-1.png 

 

 

Comme vous pouvez le voir sur le tableau précédent même dans l'hypothèse la plus optimiste la population active  celle des moins de 65 ans passera de 50 millions aujourd'hui à seulement 36 millions en 2060. C'est une baisse considérable qui entrainera mécaniquement un PIB en baisse à moins de supposer des gains de productivité monstrueux et des hausses de salaire concomitantes. Théoriquement pour combattre ce phénomène d'un point de vue économique il faut augmenter les salaires pour optimiser la propension à consommer de la population active et ainsi compenser la baisse du nombre d'actifs. Keynes avait montré dans ses analyses sur l'évolution de la population qu'une meilleure répartition des richesses pourrait permettre de minimiser les effets de dépression liés à la baisse de la population. Malheureusement l'Allemagne a choisi une autre option, celle d'exporter et de tirer sa croissance par ses excédents commerciaux. On voit ici que les futurs conflits en Europe pourraient bien avoir pour cause cette évolution démographique. Les pays comme la France qui ont une natalité raisonnable se voyant menacé dans leur commerce par des pays à trop faible natalité qui essayeront d'exporter leurs problèmes intérieurs vers eux. Quoi qu'il en soit cette réalité démographique indique que l'unification monétaire entre la France et l'Allemagne est une très mauvaise idée. D'autant que la situation ne semble pas d'arranger comme l'indique le graphique suivant.

 

Naissance-par-femme-par-generation.png 

 

Sur ce dernier graphique, nous voyons la descente finale, c'est-à-dire le nombre d'enfants que les femmes de chaque génération ont eus jusqu'à la ménopause. La génération née en 1939 a eu 2 enfants par femme, mais celle de 49 seulement 1.7, celle de de 1959 1.6. Celle née en 1969 n'a pas encore atteint la Ménopause, mais l'on constate qu'elle est très en dessous de la précédente et malheureusement celle née en 79 semble partie pour être encore en dessous. À moins d'une remontée subite chez ces deux dernières générations la natalité allemande continuera à descendre dans les années à venir. Ce qui aggravera encore à terme les tensions commerciales en Europe.  L'avenir de l'Union européenne semble ainsi condamné par la différence du nombre de bébé dans les berceaux.

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

Jacques Dupong 30/08/2011 13:04



Marrant tu n'es que dans la critique et le rabaissement trou du cul !! Tu es dégouté de pas être allemand on dirait mdr!



A-J Holbecq 20/05/2011 18:42



@Yann


C'est exact, mais je pense (je ne sais pas où trouver l'info) que même s'ils sont "visibles", il s'agit d'une minorité des vieux et des retraités (qui néanmoins voyagent beaucoup): combien
dépensent-ils à l'étranger ?.


De toute façon le raisonnement vaut aussi pour toute la part du solde négatif des balances des échanges dont "les vieux" sont responsables. En fait, nous le savons tous
ici, c'est bien cette balance des transactions qui est importante pour un pays.. et c'est bien ce qu'avaient compris les rédacteurs de la Charte de La Havane



yann 20/05/2011 18:17



@Olaf


Il y apeu de chance pour que ton scénario se réalise pour la bonne et simple raison que lorsque les clients de l'Allemagne auront fait faillite elle même tombera. Ce déséquilibre commercial est
en fait autant nuisible pour le pays excédentaire que pour ceux qui accumule des déficits. La seule différence entre les deux finalement c'est que l'un se croit supérieurs aux autres alors qu'il
est tout autant dans la mélasse.


@  A-J Holbecq


Enfin il y a une exception à votre raisonnement. En effet si les vieux en question prennent leur retraite à l'étranger comme on le voit dans des pays comme le Maroc qui attire bon nombre de
retraités européns, l'équation devient fortement négative pour la France.


 



A-J Holbecq 20/05/2011 07:49



@Olaf

De toute façon, même si ce chiffre est exact, on peut prendre le problème dans l'autre sens: les dépenses de santé des vieux créent de l'activité directe (PIB) et cet argent circule, créant aussi
une activité indirecte.


Les dépenses de santé sont beaucoup moins nocives que les dépenses militaires par exemple.



olaf 19/05/2011 20:15



80% de la sécu va aux vieux, ça vient d'où ce chiffre ?