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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 12:56

 inflation-du-mark.jpg Doit-on craindre une forte inflation des marchandises sous l'effet conjugué du protectionnisme et de la relocalisation des productions qu'il produira?Le protectionnisme risque-t-il de faire exploser l'inflation en France? C'est une question qui n'est pas du tout anodine ni dénuée de sens tant il est vrai que nous nous sommes habitués à avoir des taux d'inflation relativement bas depuis une vingtaine d'années, du moins officiellement. La réalité de l'inflation est en effet à discuter les dirigeants de nos pays ayant la fâcheuse tendance à fausser les chiffres lorsqu'ils leur déplaisent. Aux USA par exemple, si l'on se fit aux indicateurs d'inflation qui étaient pratiqués avant la réforme Clinton, on s'aperçoit que l'inflation avec ces instruments de mesure aurait été deux fois plus rapide que l'inflation officielle. On pourrait voir également l'explosion du prix du logement en France comme une nouvelle forme d'inflation, une inflation caractéristique d'une société qui est passée d'une nation où le pouvoir était dans la production, à une nation où le pouvoir économique est maintenant dans la rente.  Le libre-échange ayant transformé les effets de la hausse excessive de la masse monétaire en la dirigeant vers les valeurs spéculatives comme l'immobilier.

 

  Donc la basse inflation que nous connaissons est en réalité toute relative, et il faut être extrêmement prudent lorsque l'on dit que l'inflation actuellement en France est basse car cela cache souvent d'autres problèmes et rapports de forces.  Ensuite je rappellerais rapidement que ce qui compte dans l'absolu ce n'est pas l'inflation mais la hausse du pouvoir d'achat. Si votre salaire stagne mais que l'inflation des prix augmente de seulement 1% vous perdez du pouvoir d'achat. A l'inverse si l'inflation est de 5% mais que votre salaire augmente de 6% vous gagnez là 1% de pouvoir d'achat alors que l'inflation était nettement plus forte. Il ne faut pas trop écouter les paranos de l'inflation qui ont tendance à oublier cette simple arithmétique. L'inflation c'est surtout un poison pour la rente financière et foncière, et encore même là tout dépend des taux ou de la vitesse de l'augmentation des prix du foncier. Ce qui compte c'est les gains relatifs de chaque partie de la société et l'on peut sans trop se mouiller qu'en matière de part de revenue le travail a été le grand perdant de la mondialisation heureuse bien que beaucoup d'intellectuels aient vendu celle-ci au nom de l'intérêt des travailleurs-consommateurs.  L'inflation c'est un peu un faux problème cela cache l'évolution de la répartition des richesses certains gagnent d'autres perdent. Dans le cadre de la mondialisation les producteurs locaux ont perdu les importateurs et les super-marché ont gagné. Certaines professions non soumises à la concurrence étrangère ont eu les maigres avantages de la mondialisation sans les inconvénients, d'autres ont tout perdu. Mais globalement la société française y a beaucoup perdu et la mondialisation étant ce qu'elle est c'est à dire chaotique et provocatrice de crises, elle ne pourra pas perdurer, reste à savoir qu'elle seront les effets d'une relocalisation sur l'économie de notre pays.

 

        Ensuite on peut se poser une question sur l'inflation que nous connaissons depuis vingt ans. L'essentiel des produits que nous consommons aujourd'hui en France et particulièrement les produits de base, comme l'habillement par exemple, sont importés de pays à bas salaire. Cependant le rapport entre l'évolution des prix et l'évolution des coûts de production ont-ils pour autant évolué de façon similaire? Est-ce que la chaussure ,jadis fabriquée en France, que vous achetez aujourd'hui est beaucoup moins cher alors qu'elle est faite maintenant en Chine? La réponse nous la connaissons c'est non, on peut même affirmer que le prix des chaussures n'a eu de cesse de grimper ces dernières décennies. Et pourtant l'on sait que le coût de production lui a baissé en parallèle. Il en va de même pour des produits comme le lait le coût d'achat au producteur baisse mais pas les prix de vente.  Diable comment se fait-il que les prix de production baissent et que le consommateur n'en voit pourtant pas le début d'un bout de gain dans son portefeuille, qui lui est pourtant bien rétrécit par le chômage et la précarité que le libre-échange a provoqué. Dans aucun pays occidental on a eu de déflation des prix, par contre du chômage et des délocalisations çà on en a à la pelle. En fait la seule chose que les salariés ont gagné dans la mondialisation c'est du temps, oui du temps pour pointer à l'ANPE ou pour faire des mots croisés. L'essentiel des gains liés à la mondialisation n'est pas allé dans la poche des consommateurs, ni même dans celle des producteurs de biens, mais en réalité dans tout les intermédiaires. Importateur, financier, paradis fiscaux, actionnaires, rentiers de tout forme, voilà les vrais bénéficiaires de la mondialisation heureuse et de la baisse des coûts du travail à l'échelle mondiale. Il faut cesser avec cette argument qui veut que l'inflation soit un drame et que la baisse des prix de production sont formidables, il n'en est rien.

 

    Puisque l'on constate ce paradoxe l'on peut alors se demander si véritablement ceux qui prévoient une forte inflation en cas de fermeture commerciale du pays ont raison. Ou plus exactement est-ce que finalement cette inflation bien utilisée n'est pas le meilleur moyen de changer la répartition de la richesse à l'intérieur de la structure sociale en transférant des revenus des rentiers et des parasites intermédiaires,  vers les producteurs de richesses réelles et les salariés. Comme le disait keynes, l'inflation  c'est un peu le remède de mère nature contre les aberrations des inégalités excessivess et la mauvaise répartition des richesses d'un pays, et plus on empêche l'inflation d'apparaître et de faire justice, avec des astuces comme la monnaie forte, et plus celle-ci se venge le jour où elle revient.

 

La relocalisation, l'inflation et la répartition des richesses

 

    Il est évident que la réindustrialisation provoquera des changements notables dans la répartition des richesses. Les métiers et leurs grilles de salaires actuelles seront complètement revues, on comprendra alors que les métiers d'avenir ne sont nécessairement ceux qui sont les plus vantés par les médias. Dans une France qui se réindustrialise on aura plus besoin d'ouvriers que de  maîtres d'hotel ou de coach. Dans les couches aisées de la population on redécouvrira que finalement mieux vaut l'école Normale et polytechnique que HEC, science PO, ou l'ENA.  On rentrera dans un univers où il faut produire des choses et non des symboles. Et le premier effet majeur des relocalisations et du protectionnisme sera de rétablir le rapport de force entre les salariés et les patrons de façon plus équitable. On pourrait même revenir à des salaires indexés sur l'inflation comme c'était le cas autrefois afin de définitivement d'éviter la situation actuelle où les salaires deviennent insuffisant pour vivre correctement.

 

    Cette effet de hausse des salaires pourraient avoir un effet sur les prix des marchandises vendues, c'est vrai mais seulement si les hausses sont répercutées sur les ventes ce qui n'est pas automatique. Car comme nous l'avons vue précédemment si les prix ont continué à augmenter malgré la baisse des prix de production, c'est parce que tout un tas d'intermédiaires se sont nourri en lieu et place des producteurs. Dans le cadre où les rapports de force changent grâce au protectionnisme, ils ne changeront pas seulement pour les salariés, mais aussi pour les entreprises. En effet les entreprises productrices, les agriculteurs et autre producteurs de biens et de service nationaux se retrouveront avantager par rapport aux distributeurs, quand aux importateurs la plupart d'entre eux fermeront boutique. Il faudra donc accompagner ce changement de rapport de force d'une augmentation de la concurrence entre les distributeurs pour que ces derniers minimisent la répercussion de la hausse des prix en rognant sur leurs profits plutôt que sur les portefeuilles des consommateurs. Pour limiter la hausse des prix il faudra peut-être aussi agir sur la finance qui ponctionne des revenues délirant sur les entreprises. On parle souvent du coût que représente les salariés c'est un peu vite oublier que les actionnaires eux aussi ont un coût et qu'il est extrêmement élevé, d'autant que ces derniers ne servent rigoureusement à rien à une entreprises. Les salariés qui voient leurs salaires augmenter, l'entreprise peut en tirer des bénéfice en terme de productivité,mais  la hausse des rendements des actions on ne voit guère quel avantage en tire l'entreprise.  Accuser la hausse des salaires d'être source d'inflation c'est oublier un peu vite les autres sources de hausse des prix.

 

    Les entreprises productrices ne pourront plus nourrir le système financier comme elles le font à l'heure actuelle en jouant sur la masse salariale du tiers-monde et sur les paradis fiscaux. Il faudra donc mettre en place un nouveau système de financement des entreprises de façon à ce qu'elles puissent rogner sur leur profits au détriment des actionnaires et des rentiers. Bien évidement les économies ne doivent pas se faire sur l'investissement productif. Afin de limiter la hausse des prix nous pourrions aussi revenir à des limitations ou à des prix fixés par l'état tout simplement. Le marché ayant souvent montré son irrationalité il ne faut pas se gêner pour gelé des prix dans certains secteurs si la raison et les conditions pratiques et l'intérêt général le réclame, nos amis chinois ne se gênent pas pour le faire chez eux. Si un secteur connaît une inflation étrange qui n'a rien avoir avec des évolutions et des contraintes physiques réelles alors l'état doit prendre ses responsabilités en limitant la hausse. Il n'y a pas que les taux d'intérêts, le libre-échange, et le contrôle de la masse monétaire pour limiter les hausses de prix.  A terme de toute façon le retour des producteurs dans le contrôle de l'économie sera grandement bénéfique y compris pour la maîtrise des prix. En effet l'argent sera plus utile chez les créateur-producteur que chez les vendeurs-actionnaires, car les producteurs pourront toujours améliorer la productivité physique alors que la hausse des revenus des actionnaires et des intermédiaires ne faisait que ponctionner de la richesse provenant d'autres classes sociales.

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

Félicien Breton 19/01/2011 14:52



Merci Yann pour article qui donne à réfléchir. Je remarque que relocalisation implique définanciarisation.



Malakine 10/01/2011 16:06



Il me semble que le SLAM de Lordon serait tout à fait indiqué pour limiter autoritairement la profitabilité des entreprises de l'économie domestique, qu'elle soit résidentielle ou localisée 
par des mesures protectionniste ... en plus de tout ce que tu proposes.