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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 21:40

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S'il est un sujet qui revient fréquemment dans l'actualité c'est la bien celle de l'épuisement des ressources de la planète. Je souligne moi même souvent que la question de l'épuisement des ressources devrait faire partie des priorités gouvernementales, et en ce sens, je reconnais l'importance cruciale de ces questions. Moi même puis-je paraitre par moment fortement pessimiste sur ces questions, il n'en est rien pourtant. Je crois que nous sous-estimons grandement l'ingéniosité humaine, mais plus grave, l'excès de pessimisme de certains les aveugles bien souvent sur la source même des problèmes écologique. Nous multiplions les discours de contraction, de réduction, de limite en oubliant bien souvent que ces limites sont dans le cadre de nos façons de faire actuelle. En réalité, rien n'indique que l'humanité ne soit pas capable d'user de son intelligence autrement, ni qu'elle soit condamnée par l'usage actuel de la technique. Il ne faut pas passer d'un excès à l'autre, du progressisme technicien délirant à l'écologisme délirant prônant la dépopulation.  Oui il y a des limites au monde qui nous entoure, mais ces limites sont surtout dans nos façons de faire, dans la manière dont nous utilisons les ressources qui nous entourent. Comme on a coutume de le dire, l'âge de pierre ne s'est pas terminé par manque de pierre, mais bien parce que nous avons appris à utiliser d'autres ressources d'une autre manière. Il en ira probablement de même avec la période actuelle.

 

Le problème démographique

 

  La première question qui revient le plus souvent est la question de la soutenabilité de la démographie humaine actuelle. On nous dit: « voyez donc comme la population humaine a augmenté et regardez les terres disponibles. Vous voyez bien que nous allons tous mourir de faim. » C'est un vieil argument que celui-ci puisque Malthus lui-même l'a utilisé. Il constatait à son époque que la population humaine augmentait comme une suite géométrique alors que la production agricole n'augmentait qu'à la façon d'une suite arithmétique. Dans ce cadre-là, Malthus a très logiquement conclu qu'il fallait absolument réduire le nombre des naissances d'où le terme malthusianisme qui est aujourd'hui couramment employé. Il se trouve que la thèse de Malthus fut complètement balayée par les faits, la production agricole ayant augmenté plus vite que la population in fine. Cette histoire est connue, cependant il est vrai que ce n'est pas parce que Malthus avait tort à son époque que son raisonnement est faux pour l'éternité des siècles.



Alors, posons-nous la question. La population humaine dans les prochaines décennies va-t-elle continuer à augmenter comme elle l'a fait jusqu'à présent? On nous montre ainsi des évolutions démographiques terribles imaginant une évolution de type exponentielle par rapport au passé. À l'image de ce graphique qui provient du blog postjorion. On nous met la population humaine en 2050 à 9 milliards d'habitants. Cependant l'on oublie de dire que la véritable révolution actuelle est un effondrement sans précédent de la natalité mondiale. En réalité, même les prévisions les plus optimistes de l'ONU en matière démographique n'avaient pas prévu une descente aussi rapide de la natalité mondiale. Nous en avons déjà parlé sur ce blog, le vrai risque pour l'humanité dans les siècles qui viennent sera plutôt du côté de la dépopulation extrêmement rapide que vont connaître la majorité des pays du monde. Le rapport MEADOWS que certains mettent à toutes les sauces n'avait pas du tout envisagé une telle baisse. D'autant que la théorie de la transition démographique n'est pas vraiment réalisée, car les pays qui tombent très bas en terme de fécondité ne remontent pas, ou alors très lentement. On se dirige donc vers un hiver démographique à l'échelle de l'humanité et non vers une extension sans fin. Les malthusiens devraient être contents, mais les idéologues n'en ont jamais assez. La surpopulation mondiale est une chimère du passé, vers 2040 nous vivrons sur une planète de vieillards en déclin. Le pic actuel sera suivie rapidement d'une forte baisse qui risque de faire ressembler l'évolution de la population mondiale à une courbe de Gauss et pas à cause de la famine. 

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L'autre problème est celui de la capacité de l'humanité à produire ce qu'elle mange. La révolution verte fut un échec, il faut dire que loin d'être verte cette révolution était en fait noire puisqu’à sa base il y avait l'usage massif de la pétrochimie, des engrais en passant par les pesticides de toutes sortes produit à base d'hydrocarbures. Cette agriculture complètement débile qui consiste à gaspiller des ressources rares comme le pétrole pour faire pousser des légumes et des céréales est effectivement une catastrophe, et elle est condamnée à moyen terme par l'épuisement des ressources en pétrole. Mais est-ce que pour autant il est impossible de nourrir l'humanité actuelle sans cela? La réponse est qu'en fait il existe déjà des méthodes agricoles qui sont bien plus performantes et écologiques que l'agriculture actuelle. J'avais déjà mis en ligne des vidéos de Claude Bourguignon, le spécialiste des sols qui montrait que l'on pouvait avoir une agriculture différente très productive avec de hauts rendements, mais nécessitant beaucoup plus d'intelligence que le système agricole actuel. Nous avons besoin d'investir dans les hommes, dans leur formation pour leur permettre de révolutionner la production agricole et pour mettre en place une agriculture à rendement croissant comme la permaculture. Même l'ONU a compris récemment que la question n'était pas dans le nombre d'humains, mais bien dans la façon dont nous produisons notre nourriture. Grâce à l'agroécologie et à une meilleure connaissance des sols, une connaissance scientifique et intelligente, nous pourrons remédier au problème de production mondiale malgré l'épuisement du pétrole. Les solutions existent, ce qui manque ce sont les volontés de les mettre en place. Il ne faut pas se tromper de cible, la vraie question ce n'est pas l'homme, la science ou même la croissance, mais l'usage que nous en faisons. Il faut changer les pratiques agricoles actuelles qui, même si la demande baissait, ne pourraient à long terme nourrir l'humanité à cause de l'épuisement des sols qu'elles engendrent. Même des pratiques anciennes comme le labourage sont en fait des pratiques destructrices. Une bonne part des pratiques agricoles actuelles sont en fait plus des croyances que des pratiques scientifiques.

 

 

Des ressources limitées sur terre, mais infinies dans l'espace

 

L'autre point qui revient souvent c'est l'épuisement des ressources. Là encore, un meilleur usage de ce qui existe est possible. Dans le cadre de l'énergie, il y a une multitude de domaines dans lesquels nous pouvons faire des économies. De nouvelles technologies pourraient nous permettre de nous passer de certaines matières premières. Si nous gaspillons autant, c'est avant tout parce que la mondialisation a permis à tous de produire n'importe quoi n'importe où. Si les pays avaient eu à se débrouiller seuls dans leurs coins ils auraient pu développer de nouvelles techniques à partir des ressources dont ils disposaient à l'image de ce qu'on fait nos ancêtres pendant des siècles. La crise actuelle des ressources provient d'une uniformisation des besoins et des modes de vie produisent par la mondialisation anglo-saxonne. C'est d'ailleurs pour cela qu'il est étrange d'entendre des écologistes défendant la mondialisation et le libre-échange. L'amoindrissement de la diversité humaine dans ses façons d'être, de travailler, et de produire a considérablement réduit notre potentiel de créativité. Et elle a engendré un formidable gaspillage à l'échelle de la planète. Un monde moins uniformiser tel qu'il se dessinera sous l'effet de la nécessaire démondialisation devrait réduire énormément ce gaspillage des ressources.

 

Mais il faut aussi cesser d'être trop pessimiste sur la créativité technique humaine. En matière d'énergie par exemple il existe de multiples voies à prendre. En dehors de la fission classique à l'uranium, il y a la fission au thorium que nous avions abordé il y a quelque temps. La fusion nucléaire reste la voie la plus prometteuse pour l'avenir même si le choix de fusion qu'ont fait les Européens avec le projet Iter n'est peut-être pas le meilleur si l'on se fit à l’avis des scientifiques. Il y a des scientifiques comme Jean Robieux par exemple qui défendent la fusion par laser. Vous pouvez le lire sur  son blog. Mais plus largement si l'on regarde plus loin dans l'avenir, il est certain qu'en restant sur le plancher des vaches l'humanité aura tôt ou tard affaire à des pénuries. Pourtant des matières premières nous en avons à profusion au dessus de nos têtes dans des quantités astronomiques que seul notre manque d'ingéniosité et d'ambition actuelle nous empêche d'aller chercher. Il est temps que l'humanité sorte un peu de sa petite planète bleue et aille enfin exploiter les ressources énormes qui nous entourent. La période actuelle de l'humanité est une époque de pessimisme délirant. Tout est rétréci à cause de nos modèles économiques qui transfèrent les richesses vers des objectifs de moins en moins utiles collectivement. Le marché mondial a créé une très mauvaise allocation des ressources, nous dépensons des milliards dans la publicité dans la production et l'invention de gadgets sans autre intérêt souvent qu'enrichir quelques multinationales. Si toute cette énergie était mieux employée, par exemple dans le développement de programmes spatiaux ambitieux, de productions énergétiques alternatives la plupart de nos problèmes disparaitraient sans avoir à réduire le nombre d'humains sur terre. Comme je le disais dans le cas de l'agriculture c'est notre système économique,notre organisation qui produit les aberrations que nous connaissons.

 

Les USA viennent de mettre fin à leur programme de navette spatiale sans rien pour le remplacer et pendant ce temps ils dépensent des milliards dans l'armement et dans le renflouement du système financier. Et c'est la même chose en Europe où les crédits scientifiques sont ridicules en regard des dépenses phénoménales et inutiles que nous avons faite pour maintenir à la monnaie unique qui nous tue pourtant à petit feu. Un astronome américain a dernièrement fait parlé de lui à ce sujet, trouvant que les ambitions scientifiques de son pays ne cessait de décroitre il réveilla tout le monde en proposant le projet fou d'envoyer une sonde robotisée dans le système d'Alpha du Centaure à 4 années-lumière de la terre! Ce scientifique est énervé par ce manque d'ambition alors que la recherche spatiale fait des bonds de géant, nous découvrons des centaines d'exoplanètes tous les ans. Et maintenant il y a 86 planètes qui pourrait hypothétiquement abriter la vie vers lesquelles les astronomes du projet SETI pointe leur radiotélescope à la recherche de signaux radios hypothétiques. C'est ce manque d'ambition scientifique et ce pessimisme qui pourrait bien nous tuer en nous faisant passer à côté de solutions alternatives fabuleuses.

 

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Published by Yann - dans écologie
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commentaires

Jean-Louis Beaufils 06/06/2011 23:07



La solution classique pour le matériau du câble dans la sf est le monomoléculaire. Mais dans ce que j'ai lu sur le sujet jusqu'ici, même s'il y a des pistes prometteuses notamment du côté des
fullerenes effectivement, on est très loin de disposer du matériau nécessaire qui reste au stade de l'unobtainium.


 


Par contre, la technologie existe depuis longtemps pour produire des lanceurs jetables pouvant ramener le coût de la tonne en orbite sous le million d'euros. Jusqu'ici ces projets ont été bloqués
parce qu'ils ne sont efficaces que pour des charges utiles plus importantes que le marché existant - c'est un cercle vicieux. Mais c'est sur ce niveau de coût de lancement qu'il faut se caler
pour chiffrer un projet de prototype de station solaire orbitale par exemple.


 


Une étude déjà ancienne mais toujours d'actualité sur les "big dumb boosters" et la méthode de conception sous contrainte de coût est disponible en ligne ici:
http://www.dunnspace.com/leo_on_the_cheap.htm


 


Par ailleurs, Jerry Pournelle, un des responsables du programme DC-X dans les années 1990, estime qu'un prototype de SSTO réellement réutilisable (et non pas reconstructible comme la navette
spatiale) pourrait être construit aujourd'hui avec un budget d'environ un milliard de dollars - à titre de comparaison, le coût de développement de l'A380 a été de 12 milliards d'Euros.


 


La véritable question selon lui serait quelle fraction de masse resterait disponible pour la charge utile. Son point de vue sur la question est résumé ici:
http://www.jerrypournelle.com/slowchange/SSX.html


 


Rappelons qu'il s'agit dans les deux cas d'utiliser la technologie d'aujourd'hui. Que ne pourrait-on faire si on utilisait à préparer l'industrialisation de l'espace les dizaines de milliards
consacrés à la construction d'éoliennes totalement inutiles si ce n'est à subventionner les industriels allemands et danois!



yann 06/06/2011 21:36



@Jean-Louis Beaufils


Pour moi l'idéal serait quand même la réalisation de l'ascenseur spatial palcé en orbite géostationnaire. Des chercheurs pensent que le Graphène pourrait nous permettre de réalise un tel prodige.
Avec une telle chose nous pourrions envoyer des objets dans l'espace pour 1000 fois moins cher qu'à l'heure actuelle, de quoi rendre rentable une éventuelle exploitation de minerais spatiaux par
exemple.  Pour l'Europe ce qui est incroyable c'est le manque total d'ambition, nous ne faisons que suivre les autres sans jamais osez d'initiaves.



Jean-Louis Beaufils 06/06/2011 00:32



Enfin quelqu'un qui pense à peu près comme moi!!!!


 


Voilà maintenant vingt ans que je répète à l'envi que le problème des resources naturelles n'en est un que si l'on se limite à notre petite planète.


 


Sur les moyens à employer pour y accéder, par contre... l'arrêt de la Navette est une excellente chose, ce système a phagocyté durant 30 ans des ressources considérables pour un résultat à en
pleurer: le coût de la tonne en orbite avec la navette est quatre fois plus élevé en monnaie constante que pour le programme Apollo. La navette a en pratique été une régression qui a duré trois
(quatre?) décennies.


 


Des choses se passent aux USA, avec SpaceX notamment, mais aussi Blue Shepherd par exemple, des sociétés se créent avec des capitaux ridicules au regard des budgets des agences spatiales
étatiques, et construisent des choses.


 


Après quarante ans de stagnation enfin il y a un frémissement. l'Europe est complètement out, et du point de vue de la France, pionnière de l'aviation et actrice, détentrice de richesses humaines
dans le secteur spatial, il est triste que rien ne se passe ici. Nous sommes en train de rater un coche critique.



Joe Liqueur 05/06/2011 21:50



Au fait, il y a dans le dernier Diplo un dossier démographie intitulé "Une planète trop peuplée ?", avec une courbe indiquant que la population de la Terre devrait selon toute probabilité se
stabiliser autour de 9/10 milliards à partir de 2050. Autrement dit, la courbe devient horizontale à partir de cette date, ce que le graphique publié sur postjorion ne montre pas…


@ A.-J. Holbecq


Les chiffres avancés par
Population Matters, que vous m'avez indiqués un jour, me paraissent quand même assez effrayants…



Joe Liqueur 05/06/2011 21:12



@ Yann


Ça ne va pas t'étonner, je partage totalement ton point de vue. Et pour ce qui est de la privatisation de l'air (Total Recall : très bon film !), je crains que l'on ne soit pas à l'abri avec les
capitalistes fondamentalistes qui nous gouvernent. Hélas…