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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 21:32

 evangelion-end-ofeva-aff.jpg Les lecteurs habitués à se blog ou me connaissant de longue date par mes commentaires sur le blog horizons savent que je suis un farouche partisan de l'intervention publique dans l'économie. Je prône régulièrement des politiques protectionnistes, des politiques de relance,  une véritable politique industrielle ou encore une politique plus vigoureuse dans la recherche scientifique. Mais contrairement à certaines personnes à gauche, je connais aussi les limites des politiques publiques et notamment les risques encourus lorsque l'on fait des politiques de subvention. Venant de lire ce texte sur le relèvement de TVA auquel a échappé Canal+, je n'ai pu m'empêcher de me poser quelques questions au sujet du financement publique de chaine de télé ou du cinéma.

 

    Je vais être direct à mon humble avis la production  télévisuelle et cinématographique française sont nulles. Je sais, c'est probablement un avis trop tranché ou quelque peu caricatural, mais il semble bien que le publique lui non plus ne s'y retrouve pas. On parle souvent en France de la bonne santé du cinéma national, c'est oublier un peu vite qu'il est totalement dominé par le cinéma américain à un point qu'on a du mal à comprendre. La France n'est pas le seul pays à être dans cette situation. Et c'est malheureusement parce que les chiffres français sont un peu moins mauvais que ceux des autres, que l'on y trouve un argument pour justifier les subventions et la curieuse politique tarifaire qui voit le cinéma américain subventionner le cinéma français par transfère. Mais il est vrai le cinéma français est encore dans un état excellent si on le compare à la télévision, là c'est la catastrophe et c'est peu de le dire. Les séries US ont tout envahi et les émissions nationales qui pèsent dans le PAF sont des ersatz des productions anglo-saxonnes type télé-réalité trash. La sous-cultures US a toujours été présente à la télévision et cela n'a rien de nouveau, on se rappellera des séries ultra-chiantes mais qui ont marquées leur époque de Dallas à la Croisière s'amuse, en passant par les Simpsons ou Ma sorcière bien aimée. La grosse différence c'est le poids et la proportion en regard de ce que l'on a pu connaitre, y compris dans les années 80. En un mot c'est l'overdose on a même plus un Derrick allemand pour nous changer un peu comme somnifère télévisuel.

 

Pourquoi un tel poids des productions américaines

 

    La réponse est assez simple, c'est le résultat de la fameuse économie d'échelle, la même qui détruit l'art culinaire et les différentiations locales dans l'architecture, la pensée et le reste des productions humaines. Grâce à la taille de leur marché intérieur les américains standardise des productions qui sont ensuite revendue moins cher à d'autres nations.  L'autre gros facteur est lié à la stratégie de commercialisation des productions culturelles, les séries américaines ou les films sont d'abord testées sur le marché US. Si elles marchent (ce qui ne signifie pas qu'elles soient bien) elles sont achetées par les télévisions étrangères. Économiquement il est donc plus rentable pour une chaine française d'acheter un produit testé que de se risquer à produire soit même des émissions qui risquent de faire un flop à l'audimat. L'Amérique domine donc les productions audiovisuelles pour ces deux raisons. Car le talent à Hollywood n'est plus ce qu'il était,quoiqu'on en pense. Le cinéma standardisé et les productions de séries uniformisées ont en grande partie tué le vrai cinéma américain, même s'il peut en rester quelques survivants à l'exemple de "La route" de John Hillcoat qui était malheureusement sortie en même temps que l'immonde bouse Avatar, navet le plus cher de l'histoire du cinéma.

 

  Ce processus est donc au cœur de la machinerie hollywodienne, elle pourrait tout de même s'enrayer en même temps que l'économie US. Car il en va du cinéma comme de la finance, l'Amérique a besoin de l'argent étranger pour produire sa camelote télévisuelle. C'est d'ailleurs un curieux paradoxe que de voir le monde entier financer le cinéma américain au lieu que chaque nation produise son propre cinéma. Mais quelle diversité nous aurions si tout cet argent englouti dans la machine à rêve américaine était investi dans le cinéma allemand, anglais, italien, espagnole, tchèque, russe, brésilien ou chinois.  L'autre paradoxe c'est que les américains savent largement sous-traiter les talents étrangers pour produire leur cinéma, ainsi Guillermo Del Toro le mexicain, ou Peter Jackson le néozélandais font ils les beaux jours des studios US. On peut voir aussi, que des productions de culture américaines sont produites à l'étranger ainsi peut-être ne saviez-vous pas que les célèbres Simpsons sont en fait  fabriqués en Corée du Sud!!!

 

Que faire pour faire survivre une production françaises?

 

  C'est une question qu'il faut se poser de façon rationnelle et claire, les méthodes actuelles ne marchent pas. Nous subventionnons des chaines de télévisions publiques, des films, par l'intermédiaire du très couteux budget de la culture pour quel résultat? Et bien pas grand chose, à l'heure ou je vous parle au box office cinématographique on retrouve un seul film français parmi les dix premiers sur septembre. Regardez donc le box office 2009 par exemple, sur les 54 premiers films, 32 sont américains, sur les 10 premiers, ils sont 7.  Si encore c'était des films étrangers de différentes nationalités un japonais, un allemand, un italien, non, film étrangers égale film américain dans 90% des cas, que l'on ne parle pas de diversité culturelle ou d'ouverture sur l'étranger.  Nous sommes les mieux placés en Europe pourtant. Doit on en conclure que nous sommes nous condamné? Pas vraiment, il y a des pays qui font de la résistance et pas qu'un peu, le plus puissant étant le Japon il est là le vrai village gaulois. Et oui au pays du soleil levant les productions américaines ne cesse de décliner, ainsi en 2009 il n'y avait que trois films américains sur les dix premiers au box office et c'était une bonne année.  Quand à la télévision japonaise si elle produit elle aussi beaucoup de merdes commerciales, elle a le bon goût de produire sa merde elle même une merde de qualité locales si je puis dire. Mais elle produit pas mal de perles dans le tas contrairement à la télévision française.

 

    Le Japon est ainsi le seul pays anciennement industrialisé à avoir renvoyer la culture US chez elle, il serait peut-être intéressant de comprendre comment il fait non?  Plutôt que de nous gargariser avec nos médiocres résultats. Car en plus la culture japonaise est aussi devenu un produit d'exportation, notamment en France. Nous sommes le premier marché du manga au monde après le Japon. Ainsi voit-on en même temps une influence américaine et japonaise dans la jeunesse française au travers des comics et des mangas. A titre personnel je pense même que les japonais dominent sur les nouvelles générations quand on voit le succès de Naruto, de Bleach ou l'étonnante vague de jeune au moment de Japanexpo qui bat chaque année son record de visiteurs avec 182500 personnes cette année, on se dit que la culture américaine est quand même en perte de vitesse, malheureusement ce n'est pas la France qui en est à l'origine.  Quoique les japonais qui sont des personnes de bons goût, ils  font souvent redécouvrir nos propres classiques au travers des adaptations en manga ou en animés, on peut citer le récent Gankutsuo qui est une adaptation futuriste de notre  célèbre compte de Monte Cristo. Et c'est peut-être là le talent des japonais qui savent transmettre la culture ancienne et livresque à travers les nouveaux médias ce que les  français n'arrivent pas à faire. Il est triste de voir que ce sont des étrangers qui arrivent le mieux à mettre en valeur des œuvres de notre propre patrimoine culturelle donnant envi aux plus jeune d'aller peut-être plus loin que le simple dessin animé ou manga. Autre exemple de la maitrise japonaise des nouveau média, il ont réussit grâce à des mangas et à des animés à relancer l'intérêt du jeu de go au Japon. Ce jeu multi-milénaire était en perte de vitesse depuis des décennies,  en 1998 un manga est apparu Hikaru no go, manga se passant dans le milieu du jeu de go, une série animée télévisée a rapidement été produite et bien grâce à çà les jeunes japonnais se sont rués dans les clubs de jeu de go. Cette vielle tradition japonaise a donc été restauré grâce des œuvres issues des médias modernes. De quoi faire réfléchir la France qui peine à transmettre ses valeurs aux jeunes générations vous ne croyez pas?   Il y avait eu une telle tentative réussi avec la série des "il était une fois" grand succès en France dans les années 80, il est dommage de ne pas avoir creusé dans cette voie plus avant. Peut-être faudrait-il demander aux japonais de nous produire une série sur la laïcité qui sait ils arriverait peut-être à faire rentrer quelques principes républicains dans certaines tête creuses.

 

  Il va nous falloir copier sur le Japon, car ne nous y trompons pas, les simples mesures protectionnistes classiques ne suffirons pas à redresser la barre.  Sur ce point je ne suis pas d'accord avec les propositions faites par mon collègue Malakine dans texte sur "Comment lutter contre la décivilisation ? (1/2)". Texte où il proposait une limitation à 25% d'œuvres étrangères à l'Europe. Le fait est que nous ne produisons pas suffisamment d'œuvres nous même, le Japon n'a aucune forme de protection officielle, par contre il produit un grand nombre d'artistes et finance ses propres projets. Le plus important c'est de produire un  terreau de créateurs en grand nombre et de nouveaux talents. Les jeunes français ne sont pas vraiment incités à faire des métiers artistiques, la musique et les arts plastiques sont quand même les parents pauvres de l'éducation nationale, même s'ils sont de plus en plus rejoins par l'histoire  sur ce plan. Or comment avoir de bons cinéastes, de bons acteurs, de bons dessinateur, si l'on ne crée pas ces vocations chez les jeunes? On pourra protéger autant qu'on veut, sans artiste, sans créateur, cela ne servira à rien. C'est la grosse différence entre la Japon et la France, la-bas on apprend la musique en bas âge, tout comme le dessin, les arts y sont considérés comme des matières importantes. Et d'ailleurs on sait que le sens artistique aide en générale dans d'autres matières notamment en science et en math, former les jeunes à la musique et au dessin serait donc tout bénéfice. Il faut sortir de l'esprit éducatif purement basé sur le français, l'histoire et les maths les arts ont aussi leur importance.

 

    Il nous faut également compenser les avantages acquis par la production américaines. Ainsi comme je l'ai dit le fait est qu'il est plus économique d'acheter des séries ou des œuvres américaines que d'en produire soit même. Nous pourrions exonérer de charges fiscales les productions nationales pour en réduire les coûts. Ce serait préférable au système de subvention en vigueur qui coûte cher mais qui a,  comme toute subvention permanente, un gros problème de répartition. En effet qui dit subvention dit critère de subvention il faut choisir qui reçoit les subventions et là commence le copinage le renvoie d'ascenseur etc.. Cela explique la médiocrité actuelle du cinéma français et le fait que la quasi totalité des subventions sont absorbé par quelques copains malins, les fils et les filles  d'acteurs ou de réalisateurs recevant leur métier grâce à leurs relations personnelles, c'est la même chose à la télévision. La France a inventé les artistes par primogéniture, un moyen comme un autre de nous relier à notre passé aristocratique n'est ce pas?  Et le service publique télévisuel est ainsi devenu une vaste entreprise familiale. Dans un tel système où il y absence de méritocratie la qualité peine à apparaitre c'est un fait.  Donc vous l'aurez compris je suis pour la suppression pure et simple des subventions pour le cinéma ou la télévision, quand à France télévision autant privatiser au point où çà en est il sert plus à rien de maintenir ce truc vivant.

 

Parions plutôt sur les médias d'avenir, favorisons le renouvellement et la création de nouvelles chaines grâce à l'ADSL par exemple. Réduisons au maximum les coûts de diffusion créons des outils publiques de création pour les artistes grâce à la créations de logiciels libres publiques et opensource par exemple. En effet les logiciels de dessins professionnelles ou les outils des traitement de l'image, de la vidéo et du son sont souvent très onéreux du moins les produits professionnels, en favorisant les logiciels libres voir en en fiançant grâce à des appels d'offre publique, nous pourrions fournir des outils informatiques gratuitement pour tout le monde. Et ainsi favoriser la création. On peut également imaginer des centre de formations gratuit aux techniques de l'image pour former des candidats libre et des gens qui voudrait se lancer dans des initiatives de création. Je pense que ce genre d'interventions publiques seront nettement plus efficaces à long terme que les subventions géante et le copinage artistique tel qu'il est pratiqué à l'heure actuelle. La multiplication des blogs et de l'information sur le net qui bouleverse l'information classique montre d'ailleurs que les gens ont de  plus en plus envi de créer et non plus d'être seulement spectateur. Alors donnons leur les outils pour réussir et encourageons les, c'est de là que viendra le renouveau de la production et de la création française.

 

 

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Published by Yann - dans Médias
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commentaires

Linkedin 29/10/2014 10:31


Je trouve que c'est encore pire maintenant que lors des années "Dallas", on se retrouve par exemple avec des émissions de télé réalité qui sont venues innonder les chaînes... Par contre comme le
dit le commentaire ci dessus, il y a une élévation des séries américaines qui n'est quand même pas à dénigrer, il y a un niveau plus que correct.

yann 15/09/2010 22:26



@ Ivan Zicavo


Oui mais la population coréenne n'a pas encore été complètement américanisé si je puis dire. Une politique similaire aurait été bien venue dans les années 70 mais aujourd'hui c'est trop tard le
mal est fait.


 @El topo


 


merci de souligner cet aspect on oublie qu'en général on apprend de ses erreurs et que dans le domaine de la création il faut produire beaucoup pour voir quelques artistes sortir du lot au final.
Mais en fait c'est vrai aussi des entreprises ou de diverses activités économique. A force de vouloir optimiser les investissements en limitant les pertes, on a détruit toute créativité.
 Les études de marché ont remplacer les idées et les envies et l'on se retrouve avec des productions lisses homogènes et finalement sans intérêt parce que trop formaté. Il ont oublier qu'une
création originale est forcement quelque chose qui n'existe pas encore et qui ne peut donc par principe être vue par des études de marchés. Ce sont en générale ces œuvres originales qui créent
leur propre marché si le publique suit.  Les études marketing ont donc finalement tué le cinéma, la musique et elles semblent en passe de tuer le jeux vidéo leur dernière victime.



el topo 14/09/2010 11:33



Concernant les séries US, il faut néanmoins reconnaitre que l'on assiste depuis quelques années à un déferlement d'oeuvres de qualité (plus que dans le cinéma) comme Les Soprano, Six Feet Under,
The Shield, Mad Men,... des séries qui justement écornent sérieusement le rêve américain et accordent une grande importance aux personnages et au scénario. Et je ne peux que souscrire à votre
point de vu sur l'importance de produire soi-même sa merde: en effet une filière audiovisuelle vivante se doit d'avoir un vaste secteur de basse qualité s'il veut produire des chefs-d'oeuvre!
C'est paradoxal mais c'est ainsi, car le secteur de basse qualité permet de fournir travail et expérience aux techniciens, réalisateurs et acteurs de façon relativement continue. Il permet
également de sélectionner ceux qui peuvent passer dans la catégorie supérieure. Après tout Coppola a bien commencé chez Roger Corman, le pape du Z américain. Les cinémas français et italiens des
années 70 produisaient à la fois d'excellents métrages et des comédies ringardes à la pelle. Le même constat peut encore plus se faire pour le Japanimé: Mamoru Oshii a bossé sur Lamu avant de
faire Ghost In The Shell. Bref, votre idée d'exonérer ou d'alléger les charges sur le secteur audiovisuelle me semble pertiente pour libérer les énergies créatrices à tous les niveaux. Dernière
remarque: on sait dessiner en France, il n'y a qu'à voir la créativité de la BD française. Le potentiel de base est donc là pour développer l'animation, encore faudrait-il s'en donner les moyens.



Ivan Zicavo 13/09/2010 10:01



Yann,


 


Pour appuyer ton opposition au protectionnisme dans le cinéma, tu cites l'exemple du Japon. On pourrait cependant faire appel au cas de la Corée du Sud (http://fr.wikipedia.org/wiki/Cin%C3%A9ma_sud-cor%C3%A9en#Situation_.C3.A9conomique) pour aller dans le
sens contraire.