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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 16:00

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Un des débats qui reviennent les plus fréquemment la question de l'immigration et de la croissance économique qu'elle serait censée stimuler. C'est un débat qui existe aussi entre les alternatifs au système, et il est probable que chez les alternatifs le rapport à l'immigration départage ce que l'on pourrait appeler la droite et la gauche. Car on peut être contre l'euro et le libre-échange, mais en même temps être pour l'immigration, ou contre suivant l'opinion que l'on a de cette question. À titre personnel, j'essaie le plus possible de ne pas mélanger la question migratoire avec les questions économiques, même si l'on est obligé de le faire par moment. L'économie ne pouvant tout justifier et la réalité qui nous entoure ne se résumant pas à la seule question économique. D'ailleurs, il est probable qu'une grande partie des difficultés de l'occident et de la France actuelle provient de cette extension du domaine de l'économie à tous les domaines de la vie courante. Il n'y a pas un seul sujet sur lequel on n’est pas ramené à la question économique, y compris dans les choses les plus intimes de la vie. Pour moi, la question de l'immigration est une chose trop sérieuse pour être laissé aux seuls économistes, et sa justification ou sa critique ne saurait se faire que sur la question de l'intérêt économique.

 

 

Quoi qu'il en soit on ramène souvent la question migratoire à une simple question d'intérêt ou de cout économiques. Et le débat finit alors au ras des pâquerettes comme on dit, avec des politiques qui nous disent que l'immigration coute trop cher, qu'il faut l'arrêter pour cette raison. Et leurs opposants qui nous disent au contraire que c'est une chance formidable et que cela rapporte beaucoup d'argent à notre pays. Malheureusement comme nous allons le voir l'économie ne peut pas trancher cette question et c'est bien pourquoi il est stupide de résumer le débat sur l'immigration à une simple question d'intérêt économique. En ce sens, ce rapport que nous avons à l'économie est tout à fait révélateur du caractère sacralisé que possède désormais l'argent dans nos pays, il fut un temps où l'on pouvait justifier d'une politique avec autre chose que des arguments économiques, et bien plus maintenant. Les questions sérieuses sont toujours économiques, c'est étrange non ?

 

L'immigration, un intérêt qui dépend des conditions macroéconomiques du pays

 

 

 Mais raisonnons un petit peu comme un économiste pur et faisons fi des considérations comme la stabilité sociale du pays, les risques de communautarismes, les problèmes d'intégration, ou la question démographique. Parlons simplement en terme de question de calcul d'intérêt économique pure et considérons tous les hommes comme des pièces de Lego interchangeables. D'un point de vue purement comptable l'accroissement de la masse de la population peut tirer effectivement la demande intérieure du pays à la hausse. On peut même dire que l'immigration est une importation de population jeune et déjà formée. Donc cette augmentation ne nécessite pas les couts d'investissement nécessaire à la formation des jeunes. Il est donc vrai qu'importer des gens déjà former et en âge de travailler est un gain pur pour la société d'accueil. Les USA ont été représentatifs en ce sens que toute leur forte croissance au 19e et 20e siècle fut liée à la pompe aspirante qu'il était par rapport à la vieille Europe. Cependant l'expérience américaine va justement nous montrer les conditions économiques rendant bénéfique ou au contraire désastreuse l'immigration de masse. Car pour que l'accroissement de la population active produise bien les effets escomptés à savoir une accélération de la croissance économique il faut au préalable plusieurs conditions.



 

Pour que l'accroissement de la population active produise une hausse du PIB, il faut d'abord que cette nouvelle population active trouve à s'employer dans le pays en question. C'est une question de bon sens, car tout comme dans le cas d'un pays qui voit sa population active naturelle s'accroitre, il faut créer des emplois supplémentaires chaque année pour effectivement que le chômage n'augmente pas. Si la quantité d'emploi stagne alors que la population active augmente, vous créez mécaniquement une augmentation du chômage, et ce, même si la croissance est positive. C'est très exactement ce qui s'est passé durant les années 80-90 en France. Nous croyions alors encore des emplois, mais pas en nombre suffisant. De ce fait, le chômage grimpait continuellement. À l'inverse, un pays qui perd de la population active, mais qui maintient sa quantité d'emploi voit son chômage baisser. Maintenant, il y a aussi un lien entre la dynamique de consommation et la quantité d'emploi créé de sorte qu'un pays qui voit sa population baisser peut aussi voir sa demande intérieure baisser ce qui réduit la quantité d'emploi disponible. À l'inverse, il est vrai qu'un pays qui voit sa population augmenter verra les entreprises anticiper cette hausse et accroitre leurs investissements, donc la croissance et donc l'emploi. Tout ceci n'est pas aussi simple que ce l'on pourrait croire de prime abord.



 

La question est donc de savoir si cette augmentation de la population active va se faire dans les conditions permettant l'usage productif des nouvelles venues. Or là tout dépend du niveau d'investissement du pays, car pour produire des emplois il faut des investissements, il faut des entreprises prêtes à embaucher pour produire des activités de production, de service ou autre chose. C'est là que prendre la question de l'immigration uniquement sous l'angle économique de la demande est très risqué, ou trop réducteur. Car il ne sera surprenant pour personne d'apprendre que la France, par exemple, croule déjà sous un chômage excessif. Ce qui veut dire que nous n'investissons déjà pas assez en France pour donner de l'emploi aux natifs du pays. Et que ce non-investissement est tout à fait justifié du point de vue économique et des choix collectifs qui ont été faits. Puisque la France et la plupart des pays occidentaux ont décidé depuis trente ans de délocaliser un nombre croissant de leurs activités à l'étranger. De ce fait, les nouveaux entrants en France ou dans d'autres pays d'occident entrent en concurrence avec les habitants locaux pour des emplois en quantité fixe voir en contraction.



 

L'expérience des USA est d'ailleurs symptomatique puisque ce pays est passé du stade de l'immigration massive bénéfique à celui d'immigration massive couteuse en un siècle. Durant toute la dernière période du 19e siècle et du début du 20e, les USA attiraient les immigrés, mais aussi les capitaux, on oublie souvent de le souligner. D'autre part, ce pays était lourdement protectionniste leurs taxes à l'importation s'élevant en moyenne à 50% jusqu'en 1945. De fait, la circulation monétaire américaine se faisait en circuit fermé ou presque les nouveaux entrants étaient employés par les capitaux étrangers qui s'investissaient et qui augmentaient mécaniquement la masse monétaire en circulation. L'augmentation de la production, de la quantité d'emploi et du nombre d'habitants se faisait en parallèle et à un rythme permettant un certain équilibre et une forte croissance. On notera également que les USA étaient une terre vierge et peu exploitée, riche en terres fertiles, ce n'est pas le cas de l'Europe actuelle. Cependant avec la fin du protectionnisme et le début de la libre circulation des capitaux la machine américaine commença à se gripper. On le voit en analysant par exemple le nombre d'emplois créés depuis 2000 qui est proche de zéro en comptant la crise, alors que la population du pays et la population active ont continué à croitre. Dans ce cadre-là les immigrés aggravent la question de l'emploi et effectivement font pression sur les salaires puisque les employeurs sont largement avantagés en terme de rapport de force, l'emploi étant rare et la main-d'œuvre abondante. Il ne faut pas sortir d'une grande école pour comprendre alors pourquoi le patronat français ou d'autre nationalité aime tant l'immigration. Ce n'est pas pour des questions de solidarité lui qui cherche à tout prix à casser la solidarité nationale et l'état providence, c'est purement par intérêt économique.

 

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   (On le voit sur ces deux graphiques, la population américaine continue de grossir alors que l'emploi stagne depuis 2000. Il est difficile ici de présenter l'immigration comme nécessaire)  

 

On remarquera que ce que je dis est vrai aussi pour l'accroissement de la population active en général. Même si celle-ci est naturelle, c'est-à-dire le fruit d'une natalité supérieure au seuil de reproduction les effets sur l'emploi en période de sous-investissement seront similaires à celle de l'immigration. Plus grave même, puisque, en l'occurrence, les enfants il faut les éduquer et çà coute cher. Autre bémol que l'on peut faire face à l'immigration, c'est la sortie de capitaux du pays. Comme je l'avais déjà expliqué, les immigrés envoient chez eux des quantités importantes de dons et d'argent. Cet argent va circuler ailleurs que dans le pays produisant mécaniquement une contraction de la croissance qui doit être compensé autrement.

 

Si vous voulez des immigrés, soyez au moins cohérent

 

Que peut-on conclure de cette petite analyse ? Qu'il y a une contradiction fondamentale chez ceux qui prônent l'immigration tout en réclamant le libre-échange et la libre circulation des capitaux ! En effet, vouloir des immigrés signifie vouloir accroitre le potentiel humain du pays. Mais encore faut-il que ce potentiel soit utilisé, il en va de même pour ceux qui comme moi veulent relancer la natalité d'ailleurs. Pour que ces deux choses soient bénéfiques sur le plan purement économique, il faut au préalable mettre fin au libre-échange et mettre en circulation une masse monétaire proportionnée aux besoins croissants de cette masse humaine, elle aussi croissante. En réalité, ceux qui prônent le libre-échange total doivent pour être cohérents être totalement malthusiens. C'est-à-dire prôner une réduction des naissances et une réduction de la population active. En France, il nait un tiers d'enfant en trop pour que la quantité d'emploi actuellement disponible soit suffisante pour employer tout le monde. Si l'on est contre le protectionnisme et contre la hausse de la masse monétaire ou la monétisation alors il faut prôner une politique de réductions des naissances, mais aussi de l'immigration afin de réduire d'un tiers la population active arrivant chaque année sur le marché de l'emploi. Bien évidemment l'immigration étant essentiellement utilisé pour faire pression à la baisse sur les salaires, la morale n'est ici qu'une couverture, il n'y aura aucun dirigeant libre-échangiste à gauche comme à droite pour aller au bout du raisonnement.



On ne peut pas vouloir désindustrialiser le pays, faire partir les capitaux et privatiser la monnaie tout en prônant la hausse de la population et l'immigration de masse. Apparemment, ce type d'incohérence ne choque personne en France. On expatrie l'emploi à l'étranger, et dans le même temps on importe une main d'œuvre statistiquement inutile et l'on fait semblant d'être surpris des problèmes d'emploi que cela engendre. Un peu de cohérence enfin, si vous êtes vraiment pour l'immigration soyez au moins capable de comprendre que le libre-échange est dans ce cas extrêmement nuisible, pour ne pas dire criminel.

 

 

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Published by Yann - dans démographie
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commentaires

yann 27/05/2011 22:30



@Damien


Le plus grave dans la pseudo lutte de la droite actuellement au pouvoir c'est sont  coté skyzophrène et purement électoraliste. Ils font de grand discours sur la nécessité de réduire
l'immigration et en douce il signe des accords pour avoir telle ou telle main d'oeuvre à importer. C'est irresponsable. La gauche quant à elle semble croire l'économie du pays
insubmersible. 


@Mirella


Merci


@Jean-Louis Beaufils


Oui vous avez raison, mais là mon analyse visait à faire une réflexion purement dans la logique comptable des économistes qu'ils soit de gauche ou de droite.  J'ai pris comme présupposé que
tous les immigré en question étaient justement des travailleurs comme dans les thèses qui fleurissent chez les défenseurs de  l'immigration. Et même dans ce cas de figure très optimiste, il
y a des conditions pour que cette immigration fonctionne qui ne sont pas à l'heure actuelle en place en France. Bien entendu il y plein de raison non économique qui réfute l'intérêt de
l'immigration, on pourrait par exemple parlais du pillage que cela représente pour des pays qui manquent de maind'oeuvre qualifié un pays comme le Bénin a plus de médecin en dehors de ses
frontière que sur son sol. Rare sont les hommes de gauche à parler de cette réalité de l'immigration.



Jean-Louis Beaufils 25/05/2011 00:06



Une partie très importante de l'immigration de ces trente dernières années relève du regroupement familial, donc ne concerne pas pour une bonne partie des personnes formées.


Par ailleurs, la demande sur le marché du travail concerne en grande partie des niveaux bac+2 et plus, niveau de formation qui n'est pas vraiment courant dans l'Afrique sub-saharienne qui fournit
les gros contingents actuels.



Damien 24/05/2011 17:51



Je sais que tu n'y es pour rien mais ca devient n'importe quoi overblog , 5 spots par page....


 



Mirella 24/05/2011 14:51



Bonjour,


Je suis nulle en économie et j'ai tout compris.  Bravo !


P.S. Vous devriez ouvrir une rubrique "b.a. - ba " pédagogique  payante, réservée aux ignares tels que moi-même.



Damien 23/05/2011 18:31



Sur les 25% d'étrangers au chomage il y'en a bien qui sont prêt à travailler dans les hotels et sur les chantiers ?Pourquoi en faire venir d'autres "l'armée de reserve du capitalisme " est déja
mobilisée sur ce sol...pourquoi j'ai l'impréssion que cette réfléxion toute simple passe à l'as dés que ce sujet épineux est abordé ?


Tu as raison d'insister pour dire que c'est la position des libre échangistes de droite qui est la plus incohérente ,la gauche de toute facon sur cette question perd complétement les pédales
(voir la nouvelle campagne d'affichage de FdG).


Cela dit la question des flux migratoires ne porte pas tant sur l'immigration de travail que sur celle du peuplement...Plus de la moitié des bénéficiaires des aides à la CAF sont étrangers et le
3/4 des jeunes qui sortent du circuit scolaire sans qualification sont des enfants d'immigrés !Bref la aussi j'ai l'impréssion que le sujet n'est abordé que partiellement par nos chers politiques
dont Claude Guéant