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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 21:28

  chaotique.jpgNous modernes avons coutûme de penser que nous pouvons ou pourrons à chaque instant maîtriser la totalité de la réalité qui nous entoure. Et si tel n'est pas le cas, de tout au moins prévenir et prévoir des réactions face à ce futur que nous décrive nos modèles et nos prévisions. Nous sommes persuadés intrinsèquement que par le seul jugement de la raison nous arriverons toujours à nos fins, et à prévoir le futur. La raison déterministe qui pense que le monde est une réalité déterminé dont il ne tient qu'à nous de découvrir les lois, a aujourd'hui totalement envahi l'esprit de nos concitoyens. Nous mêmes lorsque nous réfléchissons à des solutions économiques ou politiques nous pensons souvent le monde avec des grilles de lectures appartenant à ce type de vision. Pour chaque problème nous cloisonnons nos raisonnement par la célèbre méthode Descartes qui consiste à diviser les problèmes en petites partis isolées, afin de rendre intelligible  le problème trop complexe à comprendre dans son ensemble. Notre réalité moderne est née de cette façon de regarder le monde en terme de loi déterministe représentant la nature des choses, la réalité se résumant à une accumulation de petites poupées Russes ou de pièces de Lego s'imbriquant les unes dans les autres. Le moderne pense qu'en connaissant chaque pièce du puzzle dont il a lui même établit la taille, il arrivera en assemblant ces pièces à comprendre la totalité des choses.  Le progrès est née de l'idée qu'à la fin notre connaissance sera telle que nous finirons petit à petit par comprendre tout la réalité du monde. Descartes voyait lui même les lois de la nature comme la vrai parole de Dieu qu'il ne tenait qu'à nous d'essayer de comprendre. Par la méthode cartésienne nous pensions enfin détenir la maîtrise totale des choses. Las la réalité est tout autre, surtout dans les phénomènes largement complexe et faisant interagir de multiples dimensions et variables. 

 

    Car cette façon de voir, si elle est aujourd'hui encore au pouvoir chez nos politiques et chez bon nombres de nos économistes, elle a pourtant été abandonné en grande partie dans les sciences. Nous savons aujourd'hui depuis l'invention de la physique quantique que les modèles que nous utilisons n'ont rien de généralisable, qu'ils ne représentent qu'une réalité dans un espace extrêmement restreint d'expérimentation.  De la biologie à la météorologie en passant par l'astronomie ou la médecine toutes ces sciences ont pris la mesure de notre petitesse et des limites intrinsèques à la raison humaine. La logique, la raison n'explique pas le monde, elle donne un sens de la réalité parlant à l'esprit humain, elle explique une causalité dans un espace restreint d'existence et rien en dehors de ce petit cadre. La logique est avant tout le fruit de notre cerveau lui même enfant de l'évolution et de la nature, Jean Louis Krivine le mathématicien avait même avancé que la logique et les équations étaient le fruit de l'évolution biologique auquel le cerveau humain a accès consciemment. Krivine dit que les mathématiciens font souvent appel à l'intuition, les mathématiques ne seraient pas une invention humaine mais le résultat d'algorithmes fabriqués par mère nature au cours des siècles d'évolution. Et ces  algorithmes, ces programmes  seraient implantés dans nos esprits comme il le sont chez les animaux. Un algorithme de plus court chemin par exemple, un vulgaire cafard le connaît puisqu'il évite les objets bien mieux que le meilleur des robots fabriqué par l'homme, la différence entre le cafard et l'homme c'est que l'homme est capable d'accéder consciemment à cet algorithme, reste bien sûr à définir ce qu'est la conscience. Le mathématicien ne fait en fait que relire et mettre en forme ces algorithmes créer par l'expérimentation darwinienne de ces 3 milliards d'années qui nous sépare des premiers organismes vivants. De cet état de fait nous devons conclure que ce que nous appelons la raisons peut parfaitement se tromper, d'une part parce qu'elle est souvent sans connaissances suffisantes pour valider parfaitement ses raisonnements. Ensuite parce que même en ayant toutes les connaissances nécessaires elle se fracasserait sur le fait que la réalité n'est pas le modèle que nous en faisons même en complexifiant celui-ci à l'infini.  Les modèles mathématiques et logiques ne sont que la représentation de la réalité que nous nous faisons eu égard aux maigres expériences que nous avons, mais le fonctionnement réel des choses nous échappe probablement.

 

    Ainsi par exemple une politique pourrait avoir des effets contradictoires suivant les périodes d'analyse que nous utilisons. Des événements et des choix à priori mauvais durant telle période pouvant apparaître au final comme positive sur une période plus longue, mais dans bien des cas le jugement de ces évènements et de ces choix n'apparaissent bon ou mauvais qu'à posteriori. A l'image de l'évolution Darwinienne on peut expliquer en aval les disparitions et les évolutions des espèces, mais nous sommes incapables de prévoir les bifurcations futures. Dans bon nombre de cas la raison échoue à donner des solutions, et la crise actuelle nous met dans une situation où au final la raison pure ne nous est pas forcement d'un grand secours. Elle nous empêche même d'agir nous poussant à toujours complexifier nos raisonnement pour éviter les éventuels problèmes que notre logique prétentieusement prédictive nous dicte.  Nous vivons avec un futur qui est en réalité radicalement incertain comme disait Keynes à son époque et cela le cerveau humain ne semble pas l'accepter, il lui faut des substituts. Hier il lui fallait des oracles, des devins,  aujourd'hui des prévisions économétriques .

 

Quand la raison nous bloque

 

     Ainsi si nous analysons la crise de l'euro, pour revenir aux sujets économiques qui font la nourriture quotidienne de ce blog, on peut rapidement se bloquer sur la question de savoir s'il faut ou non sortir de l'euro. On peut en réalité trouver autant d'avantages que d'inconvénients à cette sortie et trouver des raisons théoriques au besoin de la monnaie unique.  De la même manière l'on peut éventuellement trouver des arguments sur l'intérêt à très long terme de laisser en place le libre-échange. C'est d'ailleurs souvent sous ce cadre de très long terme que les économistes libéraux raisonnent, ce qui déjà faisait frémir Keynes car c'est bien ce cadre qu'il a le plus démolie avec ses théories. On a souvent accusé Keynes de courtermisme, c'est à dire d'avoir une politique économique qui ne s'intéresse qu'au présent et pas à ses effets sur le long terme. En ce sens on peut affirmer que l'économie keynésienne est une économie de l'action immédiate qui ne se soucis pas du futur. Mais cet attrait pour le présent n'était pas le fruit de l'hédonisme assumé de Keynes, ni d'une quelconque maladie mentale, en réalité elle découlait de l'acceptation de l'incertitude radicale qui existe lorsque l'on veut prévoir le futur. Keynes était à l'origine un mathématicien, il aimait beaucoup les statistiques et les probabilités, et il a échoué à résoudre la question de l'incertitude radicale. Celle-ci est présente sur les marchés économiques par exemple, comme elle l'est dans l'évolution des espèces. Dans ces deux cas il est impossible en tenant compte des connaissances présentes de prévoir les évolutions futures, et ce même en ayant hypothétiquement une connaissance totale de la réalité actuelle.Les évolutions de ces systèmes sont par nature chaotique. Dans le cas du marché financier, Keynes avait parfaitement compris le mécanisme d'auto-réalisation et d'anticipation des acteurs qui rend le fonctionnement des marchés totalement chaotique. Chaque acteur n'est pas rationnel contrairement au thèses libérales, et il est d'ailleurs dangereux sur un marché d'être rationnel, il faut au contraire suivre le sens du vent, anticiper les actions des autres acteurs du marché plutôt que de faire des prévisions fondées sur des calculs relativement rationnels. Ce n'est pas un hasard si Keynes n'aimait pas les marchés, il les connaissait trop bien.

 

  Face à cette incertitude radicale concernant le futur que ce soit les évolutions technologiques, culturelles, politiques ou autre, Keynes  dit qu'il vaut mieux passer son temps à résoudre les problèmes du présent plutôt que d'essayer d'anticiper les effets de nos actions sur le monde futur dont nous ne savons rien.  A l'inverse des libéraux qui veulent croire au déterminisme de leurs modèles et de leurs prévisions, Keynes accepte l'incertitude et en conclu la meilleurs position à adopter. Et quand il disait "quand les fait changes je change mon point de vue", il ne faisait qu'accepter cette dure réalité de faiblesse prédictive. C'est toute la philosophie des politiques keynésiennes, la lutte pour le plein emploi maintenant, plutôt que des inquiétudes sur l'inflation future. Et comme il le disait,  on ne voit pas vraiment en quoi enrichir le présent pourrait appauvrir le futur. Bien sûr à cela on dira qu'il y a les limites écologiques mais là encore nous pourrions agir dans le présent en évitant l'usage de matières premières qui s'épuisent, et il est difficile de savoir si finalement les humains et leur ingéniosité ne vaincra pas cette malédiction énergétique.  A trop vouloir agir sur le présent en s'inquiétant des effets futurs nous ne faisons finalement plus rien, et nous produisons à la fin un futur dont nous ne voulions pas. On lutte contre des déficits et l'on accouche de déficits encore plus grands. Les libéraux sont en réalité de grands prétentieux lorsqu'ils disent que le marché finira toujours par s'auto-réguler, à long terme mais à long terme nous serons tous mort. Si nous laissons la France en l'état actuelle, continuant le libre-échange, peut-être que dans un siècle les choses iront mieux, quand la planète entière aura alors un niveau de vie comparable au notre et que la démographie mondiale aura rendu rare le salarié à l'échelle planétaire, mais que de vies brisées entre temps, que de projets abandonnées stupidement. D'ailleurs la France existera-t-elle encore dans un siècle, on peut en douter si ses habitants cessent de procréer pour cause de misère et de chômage. Et ces français du futur, ne dépendent-il pas au final de la façon dont nous traitons les français d'aujourd'hui? Vaste question, là encore prétendre qu'à long terme les choses s'arrangeront pour justifier l'inaction dans le présent est  bien là  une vile perfidie, bien plus qu'un raisonnement sain et rationnel.

 

Réapprendre à agir sans certitude

 

    Nous devons réapprendre à affronter nos doutes, et accepter à nouveau de nous tromper. Il ne s'agit pas bien sûr d'agir sans réfléchir, mais nous ne devons pas non plus nous bloquer parce que nous ne connaissons pas l'entièreté des évolutions futures. Il nous faut réapprendre à faire acte de foi, à défendre nos convictions même si nous doutons parfois de celles-ci.    Sur les questions complexes face auxquelles nous n'avons pas les moyens de répondre  de façon totalement scientifique et bien nous devons affirmer des principes comme guide. En quelque sortes il ne faut pas que l'excès de rationalisme nous empêche d'essayer d'améliorer la situation présente. Il faut parfois faire semblant de savoir pour pouvoir agir dans le sens de notre intuition et de nos codes moraux. Qu'importe si l'on ne peut tout démontrer des empires se sont construit sur des malentendus et des erreurs à l'image de l'empire libérale qui règne aujourd'hui sans partage.

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

olaf 19/01/2011 15:04



Un article qui fait écho :


http://www.christiansaint-etienne.eu/blog/index.php?post/2010/11/22/Penser-lavenir



yann 17/01/2011 23:14



@ olaf


Il n'y a pas que le néolibéralisme qui soit malade de ce genre de prétention, en réalité c'est une constante chez toutes les idéologie que de vouloir expliquer la totalité du monde avec quelques
outils fussent-ils aussi sophistiqué que les mathéatiques les plus complexe. Les religions font de même le communisme aussi voulait tout expliquer à coup de lutte des classes. L'être humain a
toujours était un peu mégalo sur les bords . C'est bien d'être ambitieux encore faut-il connaître ses limites.


@La Gaule


 


Oui les textes de immarigeons sont inspirant. Nous vivons dans l'excès de raison, une raison envahissante et souvent prétencieux, qui a d'ailleurs souvent perdu le sens de sa propre marche. Car
en plus du caractère paralysant que lui donne Immarigeon, il faut aussi voir que la raison occidentale à souvent perdu la raisons justement, en ce sens que l'occident confond aujourd'hui trop
souvent les moyens et les fins.  Ainsi l'occident se perd dans la catastrophe des rendements décroissants comme nous en avions parlé dans un autre texte il me semble. On fait des avions de
plus en plus sophistiqué sans se souciés de leur intérêt réel sur le plan stratégique et des inconvénient qu'ils engendrent par leur cout délirants. L'occident est d'un coté bloqué par sa volonté
de tout comprendre avant d'agir et de l'autre par son paganisme moderne qui le rend prisonnier des choses qu'il fabrique. Il ne fait plus des outils pour améliorer tel ou tel fonction mais fait
des outils pour faire des outils. Nous confondons ainsi progrés avec amélioration technique, jusqu'à sacrifier le progrés réel au nom même de ce progrés technique sans nous rendre compte du
paradoxe.


 


@ J. Halpern


Ce que vous dites est vrai mais même sans cet effet il serait impossible de vraiment prévoir le futur quand bien même nous aurions toute les connaissances du monde. La réalité est infiniment
complexe, on ne peut que faire des prévisions à court terme dans tel ou tel cadre, en faisant des hypothèses toujours simplificatrices qui ignorent les interactions qui pourtant existe. C'est la
célèbre phrase des économistes, à toute chose égale par ailleurs, ce qui en physique s'appel un découplage de variable ,c'est ce qui rend la modélisation possible.  Le problème lorsque l'on
fait des modèle qui se basent sur des simplifications c'est qu'il faut en connaître les limites ce que nos amis libéraux n'ont pas l'ère d'avoir compris. 



J. Halpern 17/01/2011 06:38



Excellent article comme d'habitude. Toutefois je ne crois pas que l'impossibilité de prévoir l'avenir relève d'un "indéterminisme" radical - commela physique quantique d'ailleurs. Simplement, les
sciences raisonnent sur des équations linéaires ; les équations à plusieurs résultats ne fournissent pas de modèle utilisable. Or dans le monde de l'action humaine, il existe généralement
plusieurs choix dont le degré de probabilité déterministe produit des rétroactions qui transforme ces probabilités. Dit plus simplement, la prévision du futur modifie nos choix du présent - donc
toute prévision devient fausse au moment même où elle est diffusée.


Celà ne réduit pas à néant les prévisions scientifiques : elles sont capables de délimiter un espace des possibles, ou de récuser des solutions impossibles. Mais l'immodestie des modélisateurs et
des vulgarisateurs discrédite la véritable activité scientifique.



olaf 16/01/2011 16:20



Oui, je reconnais que les temps récents ont engendré la laideur architecturale, mon bébé favori, l'architecture, car elle incarne une vision de la société et du vivre ensemble, alors que ceux
précédents ont fait avec moins de moyens des beaux batiments. C'est une énigme pour moi ...


Je fais probablement partie des doux rêveurs comme N Ledoux :


http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Nicolas_Ledoux


 


 


 


 



La Gaule 16/01/2011 03:39



Juste encore une boutade prospective.


Keynes se demandait par exemple pourquoi le capitalisme engendrait la laideur ? N’est-ce pas là la marque d’un esprit éminemment
intuitif ?


Vous voyez Christine Lagarde se poser une question pareille ?


(Ou a fortiori Blythe Masters, impossible de comprendre la fascination morbide qu’exerce cette chose sur certaines personnes, on dirait une
poupée Barbie passée au micro-onde, et quand elle sourit : My God !).