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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 16:15

 

Image - FouleJ'aurai pu répondre dans un commentaire aux propos tenus par mon commentateur à batterie longue durée La Gaule, mais le sujet de son propos me semblait trop complexe pour n'en faire qu'un commentaire de commentaire. La question qui est soulevée dans ce commentaire est le rapport de l'individu à la société en général. Et qu'elle influence l'évolution de ce rapport des individus avec la société a pu avoir sur la crise que nous connaissons aujourd'hui. Car la crise n'est en fait qu'en apparence économique, si des choix économiques aberrants sont faits c'est avant tout parce qu'il y a une crise politique et  une crise de la représentation politique. Vouloir résoudre la crise économique en elle même est tout à  fait louable et souhaitable. Ce blog est d'ailleurs essentiellement centré sur ces questions de raison économique. Malheureusement, apporter un remède purement logique et intellectuel à la crise économique ne suffit pas et nous ne tomberons pas dans le piège duquel était prisonnier Keynes lui-même, celui de croire que la raison peut l'emporter simplement par sa logique et sa capacité à convaincre. Si tel était le cas, il y a fort à parier qu'il n'y aurait jamais eu de crises et que le monde serait tellement bien géré que les révolutionnaires auraient depuis longtemps disparu. Il n'en est rien malheureusement.

 

Si la raison peut parfois convaincre, elle seule ne peut changer le monde et la société. Il y a des conditions pour que celle-ci puisse s'appliquer dans le monde réel.  L'une des conditions à cette application est la capacité à transmettre à d'autres pour que collectivement cette raison puisse changer la société. Celle-ci ne pouvant être changé que collectivement. On ne révolutionne pas une société seul dans son coin, ce qui n'est d'ailleurs pas forcément un mal. Quoi qu'il en soit les changements s'ils doivent avoir lieu ont besoin d'un support apte à les porter en haut de la pyramide sociale. Ce n'est qu'une fois au pouvoir que ces idées nouvelles mues éventuellement par la raison pourront entreprendre de changer un cours des choses qui nous parait suicidaire en l'état actuel des choses. Mon précédent texte qui analysait la signification du rapport entre les désirs de la population en général et sa représentation politique, montrait une rupture entre la volonté populaire qui est nettement protectionniste, et son élite politique qui est nettement opposée cette idée. À l'image de la dernière intervention de Jean Michel Aphatie bien représentatif de son milieu social .  Je soulignais également le fait qu'aujourd'hui la société est comme une accumulation de classes sociales empilées les unes sur les autres à l'image d'un tas de tranches de salamis, si l'on veut donner une représentation culinaire. Chacun des membres appartenant à une tranche de ce salami social vit uniquement sur sa tranche et rares sont les individus qui passent d'une tranche à l'autre. Tout le problème de notre système politique c'est qu'il n'a pas été conçu pour fonctionner avec une telle sociologie. En effet, notre système politique est issu d'une période historique dans laquelle les individus bien qu'appartenant à des classes sociales différentes pouvaient tout de même se reconnaitre et exister dans des espaces communs grâce à des transcendances verticales qui traversaient la société. Ces relations verticales pouvaient avoir comme apparence la religion ou les partis politiques, le service militaire jouait probablement lui aussi un rôle de mélangeur de classe sociale. Quoi qu'il en soit il existait bien autrefois des mécanismes de ce type qui permettaient aux gens de sortir de leur propre milieu et de faire preuve de ce que l'on pourrait appeler une empathie sociale. L'esprit national était aussi une de ces mécaniques qui permettaient cette empathie.

 

Notre système politique a fonctionné tant que cette sociologie, ce lien entre les différentes couches sociales, cette empathie existaient. La démocratie représentative électorale pouvait fonctionner tant que le bourgeois pouvait s'identifier au pauvre et prendre sa défense ou au moins comprendre son point de vue. C'est, comme le souligne La Gaule dans son commentaire, la grande différence avec l'ancien régime celui des féodalités où les strates sociales étaient justement déjà en forme de tas de salamis. Dans l'ancien régime, on ne se mélangeait pas et les différentes classes sociales étaient rangées chacune à leur place. La différence avec notre époque était peut-être qu'avec le temps ces stratifications sociales avaient su trouver un certain équilibre pour que globalement la société fonctionne. La nôtre est une stratification récente et bordélique en quelque sorte, certaines strates du haut n'ayant pas conscience qu'en éliminant celles du bas elles se suicident autant économiquement que politiquement. À ce stade de raisonnement, on peut se poser deux questions. La première est de savoir d'où vient cette évolution. La deuxième est de savoir si cette évolution est momentanée ou permanente. Si c'est un phénomène momentané lié à quelques évolutions récentes, on peut espérer un retour à une véritable démocratie sous une forme ou sous une autre. Si c'est un phénomène permanent, la démocratie ne pourra plus exister, car celle-ci ne peut en aucun cas coïncider avec une sociologie de type communautaire ou une société de caste. La démocratie ne peut exister que dans une communauté d'égaux. Non pas d'égaux absolus, mais d'égaux dans l'imaginaire des individus des différentes classes sociales. Seuls des individus se sentant égaux par le droit peuvent en effet s'imaginer discutant même en appartenant à différentes classes sociales. Si celui du haut ne se sent pas l'égale de l'ouvrier ou du cadre alors la démocratie est tout simplement impossible.



L'individualisme d'objet ou de moyen

 

Répondons donc à cette première question de savoir d'où vient cette évolution vers la stratification sociale. La réponse à cela est dans le rapport qu'entretient l'individu à la société en général. Pour Emmanuel Todd ce que l'on nomme l'individualisme est le fruit de l'amélioration du niveau scolaire des individus. Des gens mieux instruits seraient plus aptes à l'esprit individuel. Mais il y a là un problème de définition que souligne là encore la Gaule dans son commentaire. Que signifie l'individu dans le sens où l'entend Emmanuel Todd et surtout que signifie l'individualisme. On confond ici deux concepts, l'un étant l'individualisme dans le sens de l'égoïsme c'est à dire une conscience individuelle tournée uniquement vers soi même, c'est l'individualisme d'objet. Et une individualité dans le sens d'un esprit libre qui pense en dehors des pressions extérieures, que l'on pourrait appeler un individualisme de moyen. On conçoit aisément que ces deux individualismes n'ont pas vraiment les mêmes conséquences du point de vue collectif. Et lorsqu’on lit les anciens libéraux, ceux de la grande époque à l'image d'un Montesquieu, on s'aperçoit que l'individu tel qu'ils l'entendent, c'est un individu de moyen. Un individu qui pense en dehors des pressions de la société, mais pas uniquement pour lui même. L'individu d'autrefois était un individu qui prenait plaisir à la vie en société et qui s'inquiétait du destin public. L'individualisme dans ce sens est un individualisme d'esprit critique, un esprit critique visant à la recherche de la vérité dans le plus grand intérêt de tous. Je pense que lorsque Todd décrit l'individualisme augmentant avec le niveau scolaire il pense à cet individualisme là. Pour illustrer mon propos j'aime à citer Montesquieu qui résume ici la différence qu'il y a, entre l'individualisme tel qu'on l'entend aujourd'hui, et l'individualisme tel qu'on l'entendait à l'époque.

 


Montesquieu (1748) « De l’esprit des lois » (livre premier) :

 

« Pour l'intelligence des quatre premiers livres de cet ouvrage, il faut observer que ce que j'appelle la vertu dans la république est l'amour de la patrie, c'est-à-dire l'amour de l'égalité. Ce n'est point une vertu morale, ni une vertu chrétienne; c'est la vertu politique; et celle-ci est le ressort qui fait mouvoir le gouvernement républicain,comme l'honneur est le ressort qui fait mouvoir la monarchie. J'ai donc appelé vertu politique l'amour de la patrie et de l'égalité. »

 

« Lorsque cette vertu cesse, l'ambition entre dans les cœurs qui peuvent la recevoir,et l'avarice entre dans tous. Les désirs changent d'objets: ce qu'on aimait, on ne l'aime plus; on était libre avec les lois, on veut être libre contre elles. Chaque citoyen est comme un esclave échappé de la maison de son maître; ce qui était maxime, on l'appelle rigueur; ce qui était règle, on l'appelle gêne; ce qui y était attention, on l'appelle crainte. C'est la frugalité qui y est l'avarice, et non pas le désir d'avoir. Autrefois le bien des particuliers faisait le trésor public; mais pour lors le trésor public devient le patrimoine des particuliers. La république est une dépouille; et sa force n'est plus que le pouvoir de quelques citoyens et la licence de tous. »

« Lorsque, dans la république, le peuple en corps a la souveraine puissance, c'est une démocratie. Lorsque la souveraine puissance est entre les mains d'une partie du peuple, cela s'appelle une aristocratie. »

 

« La démocratie a donc deux excès à éviter :l’esprit d’inégalité qui la mène à l’aristocratie, ou au gouvernement d’un seul et l’esprit d’égalité extrême, qui la conduit au despotisme d’un seul . »

 

 


On constate bien au contraire une poussée de l'individualisme d'objet, un individualisme qui confine de plus en plus à l'égoïsme pur et simple. La vertu telle que l'entendait Montesquieu a bien disparu et les conséquences sont bien celles qu'il nous décrit. D'un individualisme orienté vers l'intérêt public et la vie commune, nous sommes passés à un individualisme d'objet, centré sur l'unique intérêt à court terme de l'individu lui-même. Lorsque l'on parle d'individualisme aujourd'hui nous parlons bien évidemment de ce deuxième individualisme. Cet individualisme d'objet est potentiellement le contraire de l'individualisme de moyen. En effet si le but de l'individu est son intérêt propre alors la liberté de penser n'est plus sa priorité. En effet d'un point de vue logique, il est plus efficace pour son intérêt propre de se plier à la loi du groupe, d'obéir aux conventions établies. Car comme le disait habilement Keynes pour critiquer les marchés financiers mieux vaut dans son intérêt propre avoir tort avec la foule que raison contre elle. Ainsi l'individu d'objet est-il l'inverse de l'individu de moyen. Loin de faire acte d'esprit critique il est conformiste, il plie aux mœurs majoritaires. Il fait ses choix en fonction de son intérêt social propre, ceux qui lui permettront de tirer un maximum de bénéfices de ses relations sociales. Dans les banlieues on met le voile, dans les quartiers chic on porte un iPhone, dans les deux cas ont fait plier ses préférences et ses choix aux contraintes sociales,uniquement dans son propre intérêt pour se faire bien voir de la communauté locale. C'est bien l'inverse de l'individualisme noble celui d'un Montesquieu ou d'un Rousseau.

 

Alors est-ce que cet individualisme est le fruit de la hausse du niveau scolaire? Je ne le crois pas à vrai dire. On a plus affaire à une question d'évolution culturelle autonome qu'à une question de niveau scolaire pur. Après tout autrefois nous produisions de grands esprits dont l'intérêt était porté à la chose publique. Et je ne vois pas en quoi avoir des connaissances d'un niveau universitaire peut transformer votre être en un individu totalement égocentrique. Pour ma part, je pencherais plutôt sur une explication liée à la hausse du niveau de vie et aux effets secondaires du progrès technique. Un progrès qui, comme l'avait souligné l'auteur de science-fiction Isaac Asimov, a pour effet secondaire d'éloigner les hommes les uns des autres, de favoriser notre capacité à nous recroqueviller sur nous même. Car la vie en société c'est se faire violence, et l'homme n'aime pas souffrir. Il est donc tenté, pour éviter cette violence, d'user au maximum de tous les instruments dont il dispose et qui lui permettent d'éviter cette violence. La technique à encourager cette nature en lui permettant d'atteindre des niveaux normalement impossibles sans elle. Les Geeks ou les nolife sont quelque part le phénomène caricatural et très représentatif de cette évolution. On se recroqueville pour ne pas souffrir pour ne pas être confronté au réel, et la technique nous permet de le faire. Cela crée des individus plutôt tournés vers eux même, pas forcément mauvais, mais qui à cause de leur isolement ne peuvent agir collectivement et donc politiquement. Cela nourrit aussi la dépolitisation de la vie publique et l'effondrement des partis politiques qui ont de plus en plus de mal à s'alimenter en troupe.

 

Finalement dans ce que je dis on voit que tout n'est pas si noir. En fait, l'individu d'objet ne l'est peut-être pas totalement, et il n'est peut-être individu d'objet que parce qu'il pense ne pas pouvoir agir dans le monde réel à cause de son isolement. Notre société est malheureuse, de nombreuses études le montrent et l'individu tourner entièrement vers lui même souffre de ce manque d'action collective et de cet enfermement sous forme d'une nouvelle société de caste. Cette contradiction entre le soi-disant bonheur affiché par la société ultramatérialiste et l'usage massif de psychotropes d'alcool et de drogue montre ce paradoxe. Si notre société était réellement ce qu'elle prétend être, pourquoi donc tant de gens cherchent à s'en échapper sous une forme ou sous une autre ? Il est étrange que le débat sur le cannabis n'ait pas soulevé cette triste réalité. Les gens se droguent pour échapper à une réalité de plus en plus pénible, il en va de même avec les paradis virtuels ou les forums de discussions, ou même les blogs. Finalement, cette situation nous indique peut-être que cette société n'est qu'un moment de l'histoire. Cette évolution récente, cette re-stratification, n'est peut-être qu'un phénomène momentané qui ne durera pas parce que la société ne le supporte pas. Auquel cas tout le problème est de savoir comment arriver à recréer des liens verticaux dans une telle société. Il faut des ruptures qui permettent aux gens de se rencontrer à nouveau en dehors de leur milieu social. Des mouvements qui mettent à nouveau le « nous » en avant et non le « je ». Le sondage sur le protectionnisme nous montre que finalement l'individualisme d'objet n'est pas si prégnant que cela, qu'il n'est peut-être qu'apparence. Et que les gens attendent avec impatience la moindre occasion pour pouvoir s'en échapper.

 

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Published by Yann - dans politique
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commentaires

La Gaule 22/06/2011 02:31



Bonsoir Yann,


 


Batteries de longue durée certes, mais qui ne me servent pas à grand-chose dans la mesure où je tombe souvent en panne !


 Je viens seulement de prendre connaissance de votre texte-réponse, car j’ai déserté le net pendant
trois jours pour cause de verte campagne estivale. J’hésite entre tenir mon propre blog-j’y reviendrai- et passer cycliste professionnel, avec le dopage on a vu qu’on pouvait faire des miracles,
et, la retraite approchant à grand pas, il va falloir que je songe à m’occupe.


Merci en tout cas d’avoir tenté de répondre à mon commentaire, lequel, outre la forme assez mal foutue (me relire est un exercice cruel), renvoie
sans doute à trop de choses qui nous dépassent. Un blog est-il d’ailleurs le meilleur endroit pour lancer ce type de débat d’ordre existentiel, tant au niveau collectif que
personnel ?


Je me demande si la prolifération des blogs ne participe pas finalement aux mêmes symptômes que j’essayais d’identifier, quant à l’effondrement
de tout vouloir collectif susceptible de transcender l’expansion sans garde-fou de la règle horizontale du marché, et de l’entreprenariat pour tout et rien.


Les mieux tenus et les plus didactiques comme le vôtre sont victimes de la loi du nombre, c’est-à-dire qu’ils restent noyés dans l’océan de
l’égotisme insignifiant ou carrément crapoteux.


Avec optimisme, on peut y voir momentanément la revanche de l’information libre, sans jamais perdre de vue qu’y règne de fait la loi de la
prospection aurifère. Pour être à même de trouver une belle pépite, mieux vaut être chercheur d’or amateur.


Quant à ceux qui participent à la vie de ces entreprises bénévoles, ils sont tous gouvernés par le même principe ambigu et qui provient sans
doute du fait que, lorsque l’on s’exprime sur le net, on finit toujours par avoir l’impression diffuse que « l’on vous regarde ». Donc, et comme le reste, tous s’étalent et très peu
s’élèvent, moi le premier, vous le soulignez à juste titre.


Si votre prose arrive à sortir un peu du lot, il se trouvera d’ailleurs toujours quelqu’un pour vous suggérer d’ouvrir votre propre blog. Je ne
peux m’empêcher de voir là-dedans une monomanie un peu comparable à l’explosion cocasse des sandwicheries, des kebabs, ou des agences immobilières (ah si ! Une grosse différence, vous aurez
du mal à blanchir l’argent du shit avec un blog).


Quant à donner une réflexion collective voire fonder un projet de synthèse à partir de tout ça, cela semble relever de la quadrature du cercle
(voir les expériences rêveuses d’un Malakine). Chacun compte fermement conserver sa propre ligne et bavarder tout seul dans son coin, là encore à titre sans doute de développement
personnel.


Je crois aussi comme vous que l’époque saugrenue que nous vivons ne sera qu’une parenthèse, tout simplement parce qu’aucune société humaine ne
peut fonctionner de cette manière. Pour tout dire, la théorisation du marché, de l’entreprenariat, et des voies plausibles pour domestiquer la bête pour mille ans, par exemple de notre savant ami
M. Werrebrouck, ne peut m’apparaître que comme une curiosité intellectuelle ou une repère de réflexion prospective.


Il est vrai aussi que les parenthèses ne coïncident pas tout à fait avec le temps de la vie humaine et que, si vous avez encore une chance de
jouir un jour d’un paradigme plus sympathique, j’ai l’impression que pour moi c’est râpé. Sur ce point au moins M. Werrebrouck aura sans doute raison.


Il reste un point qui m’est cher, et qu’avait si bien développé jadis Jacques Sapir dans un de ses bouquins, l’impossibilité des économistes en
général de penser le temps (à part Marx à ma connaissance, même Keynes marquant son mépris de l’histoire par son fameux « à long terme nous serons de tous morts »), et particulièrement
les libéraux. Ceux-là ont résolu le problème en l’abolissant carrément.


L’effet sans doute le plus curieux de la dissolution des sociétés humaines dans l’espace unidimensionnel du marché est aussi celui-là : le
même doit être le même non seulement dans l’espace mais aussi dans le temps. Avec pour conséquence dramatique la cassure verticale de ces sociétés avec leur histoire et l’annihilation de l’idée
même de transmission entre les générations.


C’est ce fait que dénoncent à juste titre des dames (que des filles ! Beuark !) telles que Natacha Polony ou la très contestable par
ailleurs Malika Sorel-etc.


S’il y a une chose à sauver sans condition de l’universalisme républicain, qu’il soit « ethnique » ou pas, c’est son école.


Bon… Je vais peut-être allez voir ce que vous racontez sur le protectionnisme (votre utilité vraie reste celle-là, le didactisme dont vous savez
faire preuve. Suivre par exemple le fil des débats chez « Post Jorion » est un pensum, Le Maître, lui au moins et à son corps défendant, reste drôle).



yann 20/06/2011 23:04



@Cooli


C'est toujours difficile en fait de savoir si un problème vient de tel ou tel endroit en particulier. Est-ce que la surconsommation est responsable de ce dépolitisation? Je ne sais pas, la
surconsommation n'est peut-être elle même qu'une conséquence d'autre chose. Keynes disait que le plus grand danger pour l'humanité du futur était de savoir quoi faire de son temps libérer de la
contrainte économique. JE sais que dire cela en pleine crise économique peut paraitre paradoxale mais çà a du sens. L'être humain a toujours vécu dans la rareté ses cultures ses traditions ont
toutes été porté par cette contrainte économique. De sorte qu'une fois repu l'être humain ne sait peut-être plus quoi faire de son temps et surconsomme ou fait n'importe quoi. Keynes prenait
l'exemple des riches de son époque et notait que rares étaient ceux qui malgré leur aisance passaient leurs temps à faire des choses productives ou créatives. Nos super-riche d'aujourd'hui ne
valent d'ailleurs guère mieux.


merci pour les liens il faut que je prenne le temps de les lire


@Samuel


Pardons Samuel je prendrai le temps d'aller sur votre blog. Depuis que je suis devenu blogueur j'ai l'impression de ne plus avoir le temps de commenter comme lorsque j'étais simple commentateur
chez Malakine ou Laurent Pinsolle. Je manque même de temps pour répondre aux commentaires sur mon propre  blog c'est dire.  Mais sinon vous arrêtez de poster sur agoravox? Je comprendrai à vrai dire, vue la tenue de certains  commentateur la-bas.


@olivier seutet


Vaste sujet à vrai dire. Déjà il faudrait s'entendre sur ce que l'on appel culture commune. On pourrait vous rétorquer que la France a toujours eu de forte divisions locales d'un point de vue
culturel. Et que cela n'a pas empéché à certaines époques une forte unité nationale. A l'inverse jamais le pays n'a autant été unifié, linguistiquement ou culturellement et jamais pourtant il n'a
semblé être aussi divisé. On peut aller d'un point à l'autre du pays très rapidement et pourtant les classes sociales se séparent comme jamais


 


. C'est pour cela que je pense la technologie ou plutôt les technologies en partie responsables. Par exemple l'automobile a permis l'éloignement des classes moyennes et aisées des centre ville.
Les pauvres se sont retrouvés isolés puis enfermés avec les immigrés qu'ils ont bien du mal à assimiler. De fait cet éloignement physique des classes sociales les unes des autres a permis un
éloignement scolaire. Là ou les classes sociales pouvaient encore se croiser en culotte courte dans les années 50-60, on assiste aujourd'hui à homogénéisation des origines sociales par
établissement scolaire. Ce désir d'être entre soi devait être sousjacent à la nature humaine, mais les contraintes physiques devaient empécher sa réalisation. C'est le progrès technique qui a
permis à cette segmentation de se faire. On a la même chose sur le net où les gens se regroupent par affinité ou par proximité et ceux qui pensent autrement ont bien du mal à quitter le cocon
rassurant de l'autre identique. LA technologie semble enfermer l'individu dans un bulle sociale d'où il n'a pas envie de s'échapper. C'est ce qui créé peut-être cette société en tas de tranches
de salamis


 



olivier seutet 20/06/2011 11:18



« La
démocratie a donc deux excès à éviter : l’esprit d’inégalité qui la mène à l’aristocratie, ou au gouvernement d’un seul et l’esprit d’égalité extrême, qui la conduit au despotisme d’un seul . »
Depuis cette réflexion de Montesquieu nos démocraties occidentales ont subi bien des avanies qui me laissent penser que l’alternative est moins claire qu’il n’y paraît.


La première leçon est que le pouvoir d’une majorité peut conduire à  l’oppression d’une minorité : ce fut le cas des whigs qui ont quasiment éliminé les tories du pouvoir pendant tout le XIX en Grande-Bretagne, ce fut le cas
des radicaux et autres républicains opportunistes qui ont éliminé les conservateurs de la vie publique de la IIIème République en France, ce fut le cas des prussiens qui ont éliminé les rhénans
en Allemagne depuis Bismark jusqu’à Hindenburg. Dans ces circonstances ce n’est pas un consensus qui a existé mais une lassitude (ou une lâcheté ?) de ceux qui n’étaient pas au
pouvoir.


La deuxième leçon est que cette confiscation par une majorité s’est faite sur la
transmission de valeurs qui étaient la glorification de la nation et son corollaire l’idée impériale : « England shall rule the world » et la création de l’empire des Indes, le
« Drang nach Osten » et le Reich, la « mission civilisatrice de la France » et l’Empire colonial. Cette transmission a relativement bien fonctionné grâce à une intense mise à
l’écart des idées hétérodoxes, et à un endoctrinement poussé dans les écoles.


Nous nous retrouvons aujourd’hui sur un système parfaitement bancal où les idées forces de
nos nations sont complètement périmées mais où la sanctuarisation de la règle de la majorité provoque des rejets constants de ceux qui ne l’acceptent plus. Le communautarisme de nos sociétés
occidentales (qui est un esprit d’inégalité) est peut-être un égoïsme, mais ne serait-ce pas surtout une répulsion vis-à-vis de l’oppression des autres.  L’absence d’idées forces (dans nos sphères occidentales, non pas dans le monde islamique, voire indien et chinois) a conduit à un affadissement de toute idée de
transmission (transmettre quoi ? comment ?) et peut-être à cet effondrement d’une culture commune donc à une inaptitude à l’ égalité d’analyse et de réaction. 



Samuel 20/06/2011 09:16



Bonjour yann,


 


 Il m'arrive souvent de lire vos articles, parfois aussi de les commenter.


 Je viens de créer un blog à moi où les gens peuvent venir commenter !


 Ca me ferait très plaisir si vous jetiez un coup d'oeuil...


 



olaf 20/06/2011 01:24



Sur la possibilité de l'invividu courageux :http://www.lepost.fr/article/2009/04/26/1510889_cynthia-fleury-il-y-a-comme-un-deshonneur-des-elites.html