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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 20:50

  Nicolas Dupont Aignan est passé hier soir à la télévision sur France2. Je n'ai pas regardé la télévision, mais j'ai pu voir l'émission grâce à sa diffusion sur le net. Comme d'habitude, la télévision grand public reste un format d'une médiocrité effarante dès qu'il s'agit de faire fonctionner la logique et la raison au détriment des formules courtes et des idées reçues. NDA ne s'est pas trop mal débrouillé. Et il faut dire qu'il avait fort à faire face à l'avalanche d'idées reçues et fausses que la pauvre Pulvar a accumulé. Entre l'émission monétaire qui serait naturellement inflationniste et le protectionnisme qui ferait grimper l'inflation, on a eu droit à tous les poncifs du genre. Rappelons au passage que Audrey Pulvar est mariée Arnaud Montebourg ce qui est quand même assez louche vis-à-vis de la déontologie journalistique. Il est évident par exemple que cet état de fait a eu une légère influence sur son comportement vis-à-vis du président de Debout La République qui défend une thématique proche sur le plan économique de celle de son époux. Même si elle était totalement impartiale, le doute ne pourra que subsister. Mais il n'y a pas eu que Pulvar à édicter des poncifs et des idées reçues, je vais essayer succinctement de répondre à ces réflexes pavloviens et à ces idées usées jusqu'à la corde.

 

 

 

 

 Quelques explications succinctes en réponse:

 

1- La planche à billets = inflation

 

  C'est faux dans l'absolu, mais vrai suivant les conditions d'application. Dans le domaine monétaire comme dans beaucoup d'autres, ce n'est pas tant l'acte, la nature de l'action ou celle du produit qui compte que sa dose. L'économie d'une nation a besoin de monnaie, et la monnaie est le sang de l'économie qu'il y en ait trop et c'est l'hypertension, l'hémorragie et la rupture d'anévrisme. Mais qu'il en manque et c'est l'arrêt cardiaque, la fatigue et la mort. On ne dit pas du sang qu'il est mauvais par nature, tout dépend de ses proportions et ses composants. Il en va de même pour le corps économique et son sang, la monnaie. Quand le corps économique grandit que la population augmente que l'activité physique augmente ainsi que l'échange, il faut que la masse monétaire augmente avec le reste de l'économie sous peine de la freiner. Si la masse monétaire était constante eu égard à l'évolution des gains de productivité et de l'augmentation de la population nous nous retrouverions comme nos ancêtres pendant la crise de 1929 avec une panne artificielle créée par  le manque monétaire. Ce genre de crise s'appelle la déflation, elle prend la forme d'un chômage de masse et d'une surproduction systématique.

 

À l'inverse l'augmentation excessive de la masse monétaire peut effectivement produire de l'inflation, l'inverse de la déflation. En réalité à l'origine les termes inflation et déflation parlaient essentiellement de l'évolution de la masse monétaire. Ce sont les théories monétaristes qui ont lié automatiquement la déflation et l'inflation à l'évolution des prix. Car en réalité l'inflation, c'est-à-dire l'augmentation de la masse monétaire, ne produit de l'inflation que s'il y a des tensions sur le marché de l'emploi et si le système de production est aux limites de ses possibilités en matière de fabrication. Une telle situation n'existe qu'en période de plein emploi ou de saturation de l'appareil productif. Autant le dire tout de suite, l'occident et le monde sont très éloignés d'une telle situation, la vraie menace c'est bien plus la déflation et les déséquilibres commerciaux que l'inflation qui est aujourd'hui une chimère. Certes, il y a des tensions sur l'énergie et les matières premières, mais le moteur de cette inflation est en grande partie le fruit de l'économie chinoise. Une économie dont on sait par ailleurs qu'elle est en situation de surproduction et qu'elle n'évitera pas un brutal réajustement. Un réajustement qui sera le fruit du rééquilibrage commercial entre elle et ses clients au bord du gouffre. J'ajouterai que madame Pulvar s'est amusée à dire que les USA étaient dans une situation catastrophique alors qu'ils pratiquent la politique de planche à billets, en visant ici à discréditer une telle politique. D'une part, il n'est pas vrai que les USA pratiquent la planche à billets, ils font surtout une planche à titre de dette, ce n'est pas la même chose. Les dettes laissent des traces comptable et des intérêts à payer. Ensuite que ce n'est pas l'émission monétaire qui est en cause, mais le fait que les plans de relance sont entièrement absorbés par la Chine et les pays excédentaires. On voit très nettement en étudiant les statistiques économiques que les plans de relance américains ont surtout relancé la Chine , l'Allemagne ou encore la Corée du Sud. De ce fait, oui les plans de relance fonctionnent. Encore faudrait-il que ce soit les producteurs locaux qui en bénéficient et non les importateurs. Enfin comme je l'ai dit la masse monétaire augmente obligatoirement tant que les besoins de la société augmentent. On comprendra donc qu'un système où l'essentielle de la hausse de la masse monétaire se fait par des prêts à intérêt ne peut qu'exploser un jour où l'autre. C'est d'ailleurs un système hautement inflationniste puisque nécessitant une croissance de plus en plus rapide de la masse monétaire pour effectuer le remboursement des intérêts cumulés.

 

2- L'état doit emprunter aux banques privées parce que c'est comme çà!  

 

  Toujours dans le même registre nous avons droit à la logique tautologique qui veut que l’émission monétaire soit l'affaire des banques privées. Mais quelle drôle d'idée que celle qui consiste à laisser à des acteurs privés le soin de battre monnaie ! Parce que bien évidemment c'est de cela qu'il s'agit à travers leur possibilité d'émettre bien plus de crédit qu'ils n'ont de dépôts en réserve, le fameux effet de levier. À travers ce mécanisme et par le fait que l'état a décidé dans les années 70 d'emprunter sur les marchés financiers, nous avons laissé au secteur privé la garde de l'émission monétaire. Une émission monétaire qui est donc devenue décentralisée avec tout ce que cela comporte comme inconvénient. En effet sans pour autant faire l'apologie des Jacobins, il faut bien comprendre qu'une gestion décentralisée et en plus privatisée a beaucoup d'inconvénients. Tout d'abord, aucun acteur privé n'a conscience de l'évolution d'ensemble de la masse monétaire. Dans un système décentralisé, chacun voit midi à sa porte. À cela s'ajoute l'intérêt privé qui peut produire, notamment dans le secteur bancaire, des effets de mouvement de foule, appelés aussi mouvement moutonnier. Cela s'explique en fait très simplement. Une banque qui voit se former une bulle spéculative est naturellement forcée à s'y impliquer. Non parce qu'elle est irrationnelle, bien au contraire, parce que c'est son intérêt à court terme. On n’a pas compris la critique du marché de Keynes si l'on ne voit pas que c'est bien parce que les acteurs du marché sont rationnels d'un point de vue égoïste et individuel qu'ils sont collectivement irrationnels. Une banque qui n'aurait pas suivi le mouvement de la spéculation dans les années 2000 se serait fait racheter par une autre. Dans les mouvements spéculatifs, il est rationnel d'être irrationnel et de suivre la foule. Comme le disait Keynes il vaut mieux avoir tort avec la foule que raison contre elle, c'est la véritable nature du marché complètement dérégulé. Et c'est bien pour cela, qu'il est complètement idiot de donner les clefs, de la finance et du développement d'un pays à une telle forme d'organisation, ou plutôt de désorganisation économique.

 

Les premiers effets de la décentralisation/privatisation de la monnaie dans les années 70 ne se sont pas fait attendre puisque l'inflation n'a pas décéléré, mais a au contraire accéléré après la mise en place de ce nouveau système. Ce n'est qu'une fois le chômage de masse installé et la croissance cassée que l'inflation est retombée. Du reste entre 1945 et 1973 l'inflation était certes plus forte qu'aujourd'hui, mais la hausse du niveau de vie et la croissance étaient elles sans commune mesure avec la nôtre. Le pays n'avait pas un chômage à deux chiffres et les gains de productivité étaient largement plus forts. À titre personnel je pense qu'il vaut mieux trop d'inflation que pas assez, l'expérience montre que les pays à très faible inflation finissent en général très mal, il n'y a aucune raison pour que l'Europe actuelle échappe à la règle. L'inflation, si les salaires sont indexés dessus, est d'ailleurs un bon moyen pour rééquilibrer les richesses dans le pays, et de favoriser le travail au détriment de la rente. L'inflation obligera d'ailleurs tous les petits « paysans » français qui cherchent à être enterrés avec leur magot de consommer une plus grande partie de leur revenue et de dégager ainsi de l'activité pour permettre un retour au plein emploi. Bien sûr avant cela il faudra régler la question de l'euro et du libre-échange. Mais il faut bien se mettre dans la tête qu'une inflation à 3 ou 4% ce n'est pas un drame, bien au contraire.

 

3- La France est trop petite

 

Enfin, terminons par le sempiternel argument sur la faible taille de la France. C'est vraiment l'argument le plus pitoyable qui puisse exister et le plus impérialiste aussi. En effet pourquoi la France aujourd'hui serait-elle plus petite que la France d'hier? Je rappelle par exemple qu'à l'époque de Napoléon la Chine c'était un humain sur trois... En fait, la Chine qui fait si peur aujourd'hui n'a pas cessé de perdre du poids à l'échelle mondiale du point de vue des proportions démographiques. Or est-ce qu'en 1800 les Français s'inquiétaient de leur trop faible taille démographique? Et les pauvres coréens qui ne sont que 49 millions et qui sont coincés entre des fous au nord, le géant japonais à l'est et l'empire du milieu, que devraient-ils faire. Rejoindre l'UE? Non, ils ont leur propre monnaie, leur propre politique et ils se débrouillent très bien comme cela. Alors évidemment il est certain que la Corée du Sud n'ira pas dicter sa loi à la Chine ou au Japon et alors? Est-ce que l'on vit si mal dans un petit pays? Demandez donc aux Suisses. Ce que sous-entend cette argumentation et qui n'est jamais dit, c'est que la France est trop petite pour dominer le monde.

 

Évidemment, on comprend pourquoi les gens de gauche évitent de finir leur raisonnement sur la taille. C'est le mauvais côté de l'universalisme, l'impérialisme. Ils ne veulent pas être gros pour être indépendant, cela n'a aucun sens puisque des pays comme la Suède ou Singapour sont parfaitement indépendants sans être des géants. D'autres nations sont d'ailleurs des géants tout en étant fortement dépendantes à l'image des USA. La taille n'a jamais été un gage d'indépendance, l'indépendance provenant surtout de votre capacité à produire seul ce dont vous avez besoin. Si certaines élites françaises rêvent de grandeur, c'est uniquement pour remplir l'un des plus mauvais côtés de l'égalitarisme français celui qui consiste à vouloir imposer aux autres notre propre conception de la civilisation. Ce fantasme de la taille c'est vieux comme le colonialisme français. Au 19e siècle aussi la France était trop petite face à la Grande-Bretagne et son empire. Alors nous nous sommes lancés dans la construction de cet extravagant empire colonial dont nous n’avons pas encore fini de voir les effets dramatiques à long terme. Mais cette expérience n'a, semble-t-il, pas servi de leçon à notre élite qui rêve toujours de la France en plus grande. Cette fois à l'échelle de l'Europe quitte encore une fois à sacrifier l'intérêt de son propre peuple. On constate qui plus est que plus l'Europe est unie et moins elle pèse à l'internationale. Puisque cette unification contre nature affaiblit considérablement le continent sur le plan économique comme nous l'avons vu à de multiples reprises. Une Europe de petites nations en très bonne santé pèsera toujours plus qu'une Europe unie, mais minée par le chômage et le déclin démographique et industriel. De toute façon, il est certains que l'utopie européenne finira comme les autres grands délires mégalos de la grande Nation.

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Published by Yann - dans économie
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ºC 21/10/2011 18:52



Mario Draghi va prochainement prendre les rênes de la BCE : Les soupçons qu’il n’a pas souhaité dissiper


2010 : La commission européenne enquête sur le maquillage des comptes de la Grèce avec l’aide de la banque d’affaire (Goldman Sachs) dont Mario Draghi a été vice-président de la branche
européenne. Sans suite… Or, le code de déontologie des spécialistes en valeur du trésor bannit ce type de pratique.


Mai 2011 : J-C Trichet met son veto à l’ouverture des archives concernées, dans le cadre d’une procédure judiciaire initiée par Bloomberg. Le prétexte du refus est de ne pas effrayer les
marchés...


Juin 2011 : Mario Draghi est interrogé par le l’eurodéputé qui s’est impliqué dans son dossier face au comité aux affaires économiques et monétaires du parlement européen. Alors que c’est
pour le premier l’opportunité de dissiper les soupçons pesant sur lui, l’eurodéputé, à l’issue de l’audition, considère que le déficit de confiance reste entier.


A lire : l'analyse minutieuse (ºC).



J.Halpern 14/10/2011 08:14



@  Yann


Bon commentaire de la prestation de NDA ; au fil du temps il gagne en pugnacité même si il a raté une occasion de "moucher" Pulvar sur la dette. Mais il reste une faiblesse dans son
argumentation, qui est la question sociale : emploi, pouvoir d'achat, protection sociale. Elle est décisive à la fois sur le fond et d'un point de vue de stratégie électorale. Sur le
fond parce qu'une fois restaurée la souveraineté économique, le défi serait de ré-indexer la dépense sur la production anticipée ; et sur le plan électoral parce que la restauration du franc ne
"parle" pas encore au plus grand nombre. Il s'agit de montrer que la politique nouvelle aurait un effet immédiat sur l'emploi et à pas trop long terme sur le pouvoir d'achat. Or à écouter NDA
tout celà viendrait dans le sillage de la sortie de l'euro, ce qui reste très flou.


@Tythan


La monétisation de la dette publique résoud définitivement le problème de solvabilité de l'Etat et libère la politique monétaire. Celà ne veut pas dire qu'on peut financer n'importe quoi, car le
solde budgétaire est un outil d'ajustement macroéconomique, pas une facilité pour des dépenses incontrôlées. Les déficits doivent donc être encadrés, c'est évident, mais pas par les
marchés financiers.



Tythan 11/10/2011 23:36



Bonjour,


Merci pour votre article et pour couvrir Nicolas Dupont-Aignan.


 


Je suis un peu étonné de votre commentaire sur la télévision en général et de votre mépris pour l'émission de Laurent Ruquier en particulier. Une fois admis le format (mais c'est ce que vous
critiquez), c'est vraiment un modèle du genre.


 


Il ne me semble pas qu'Audrey Pulvar soit mariée avec Arnaud Montebourg. Pour ma part, je ne crois pas que sa présence soit un problème particulier dans l'émission de Ruquier, et je ne partage
pas votre analyse sur son incompétence économique (j'apprends d'ailleurs qu'elle a un deug de sciences éco).


 


Lorsque vous expliquez qu'il est faux dans l'absolu que la planche à billet implique de l'inflation, mais que cela peut être vrai, j'avoue être surpris. Le mécanisme me paraît être inverse :
la planche à billet a mécaniquement un effet inflationniste, mais comme il peut se compenser par des effets déflationnistes (par exemple lors d'une crise), la situation globale peut n'être pas
inflationniste.


 


Par ailleurs, je ne comprends pas pourquoi encore et toujours vous parlez d'emprunts aux banques privées: les banques sont minoritaires dans la détention de la dette publique partout en Europe.
De plus, il faut bien comprendre que les Etats placent des obligations et que donc leurs emprunts n'ont rien à voir avec des emprunts bancaires classiques, ce qui rend assez inopérant votre
raisonnement.


 


J'ai vraiment dû mal à comprendre cette focalisation sur la question de la loi de 1973, qu'il seraiteffectivement souhaitble d'abroger, mais ce qui ne me semble pas pouvoir suffire à résoudre la
dette publique.


 


Lorsque vous dites que la loi de 1973 n'a pas empêché qu'il y ait beaucoup d'inflation (dans les années 70 et 80), cela n'est en aucun cas un preuve absolue: il y avait d'autres raisons (les
chocs pétroliers, la relance à contretemps de 1981...). Sans la loi de 1973, l'inflation aurait probablement été encore plus forte.


 


Je ne comprends pas non plus pourquoi vous parlez d'émission monétaire décentralisée... Avant 1973, c'était également le cas! Et n'oubliez pas que les banques centrales contrôlent étroitement
vous dirons les banques, de manière très lâche vous diront leurs critiques, la création de monnaie.


 


Je n'ajoute rien sur le troisième et dernier argument (qui n'est pas de Pulvar mais de Levai) .


 


Bien cordialement,


 


Tythan



Léo Trax 11/10/2011 21:06



@ Yann


 


D'un autre  côté, Pulvar est payée pour être "poil à gratter", pas pour être d'accord avec l'invité (sinon cela donne Zemmour devat son maitre Chevenement et c'est ennuyeux), elle a donc
pris soin d'user  de tous les poncifs que l'on use actuellement contre son mari.



Samy B 10/10/2011 23:13



Concernant la prétendue petitesse de la France, c'est l'argument bateau des collabos de toutes les époques. Durant la guerre de 100 cent, il s'est trouvé des gens parmi l'élite, comme
l'évêque de Beauvais Pierre Cauchon par exemple, pour justifier l'infâme traité de Troyes de 1420, car ils croyaient que la France ne pouvait rien contre l'Angleterre et sa domination. Dans
La Nation française a une âme, François Mauriac vitupèrait Pierre Drieu la Rochelle qui pensait que la France, ne faisant pas le poids face à l'Allemagne, devait se placer sous
sa tutelle. Aujourd'hui, on nous serine que la France ne peut exister qu'intégrer dans une Union européenne à la solde d'intérêts étrangers. Triste destin...