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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 22:29

 

  Alors que certains continuent à croire que la croissance finira par repartir toute seule, parce qu'à chaque crise, ces trente dernières années, il en a toujours été ainsi. Les chiffres de fond démontrent qu'au contraire toutes les conditions sont réunies pour que la croissance zéro s'installe durablement, que ce soit en France, en Europe ou aux USA. Dans le cas des USA c'est une nouveauté, du moins en apparence, mais le fait est que ce pays est entrainé dans les contradictions, qu'il a lui-même mises en place. Les politiques semi-keynésiennes que les USA pratiquent depuis Regan n'ont plus du tout d'effet en terme d'emploi ou de croissance, et les déficits commerciaux replongent sous les effets de la relance de la demande intérieure par l'endettement public. De plus l'on sait aujourd'hui que le dollar est dans une situation extrêmement dangereuse puisque même l'euro, avec ses tares congénitales et ses pays en faillite, attire plus les investisseurs que la monnaie américaine. On peut le dire, si l'euro ne vaut pas grand-chose, en réalité le dollar vaut certainement beaucoup moins. L'euro sert donc momentanément de monnaie réserve ce qui bien sûr aggrave les problèmes internes cette zone monétaire, en accroissant les difficultés commerciales des pays qui sont déjà en déficit commercial. En tuant le roi dollar, l'euro se suicide, c'est une sorte de drame familial interoccidental.

 

  Plus grave, la masse monétaire de la zone euro se porte mal, très mal. Elle est loin d'avoir rejoint un niveau compatible avec une croissance économique raisonnable. Comme vous pouvez le voir sur ce graphique ci-dessous, la masse monétaire de la zone euro est au même niveau de rythme de croissance qu'en 1995, une année pourtant noire en terme de croissance économique en Europe à cause des délires monétaires de l'époque. Or sans croissance de la masse monétaire, il ne peut pas y avoir de croissance économique. N'en déplaise aux anxieux de l'inflation, la masse monétaire doit toujours croitre si l'on veut de la croissance économique. Du moins tant que les besoins en terme d'emploi, de production, augmentent. Pour qu'une masse monétaire stagnante ne pose pas de problème, il faudrait qu'il n'y ait ni progrès technique, ni gains de productivité, ni augmentation de la population, etc.. Bref, une masse monétaire stagnante n'est viable que dans une société en stagnation totale ce qui n'est pas le cas même dans la vieillissante Europe. Vous pouvez donc jeter toute idée d'un étalon or. Pour une société comme la nôtre, c'est impraticable, à moins de faire des dévaluations régulières comme pendant l'application du système de Bretton Woods.

 

la-croissance-ne-reviendra-pas-en-occident.jpg

 

 

   On m'objectera que tout de même M3 semble se réanimer en Europe d'autant plus que si l'on regarde plus précisément l'évolution de la masse monétaire M1 est en train de fléchir avec la fin des multiples plans de soutien à la croissance en  Europe. Les politiques d'austérité vont se faire sentir sur la masse monétaire et même s'il semble que le crédit aux entreprises et aux particuliers redémarre, c'est loin d'être suffisant. En effet, comme on le voit M3 est trop faible pour que l'on assiste vraiment à un retour à la croissance économique. D'autant qu'il est probable que cette croissance soit surtout le fait de l'économie allemande. Il faudrait les chiffres de la masse monétaire en circulation dans chaque pays pour faire un vrai bilan. Les PIGS ont ainsi probablement une masse monétaire toujours en décroissance, alors que les excédents commerciaux permettent à d'autres de connaitre une masse croissante comme en Allemagne au détriment des nations déficitaires. Ce problème s'aggrave dans le cas de certains pays soumis au changement des politiques de subventions européennes qui favorisent désormais les nouveaux entrants. Une masse monétaire en stagnation sur toute la zone euro ne signifie pas qu'il est de notables différences locales. On retombe là sur le débat concernant l'euro et sa tare ultime celle de vouloir faire vivre des peuples très différents avec une seule monnaie pour tous.

 

M1M2M3.png

 

 

Cependant si l'évolution de la masse monétaire en circulation est un élément capital pour la croissance, l'augmentation de cette dernière ne produit pas forcement que des phénomènes bénéfiques. La hausse de la masse monétaire est un élément nécessaire, mais pas suffisant pour produire de la croissance économique et surtout un recul du chômage et une amélioration des comptes publics. Pour simplifier, disons que si la masse monétaire décroit, vous êtes sûr d'être dans une situation désastreuse et en récession, mais si la masse monétaire augmente il n'est pas certain que l'argent aille là où il est réellement efficace, là où il serait utile. La croissance n'est réalisée et n'est solide que si l'augmentation de la masse monétaire produit une augmentation de l'emploi , de la production, de la productivité du travail, une augmentation des salaires ou si elle permet la mise au point de nouvelles techniques améliorant réellement la société. Si la masse monétaire nouvellement créée ne nourrit que l'inflation des prix ou des bulles spéculatives, elle n'aura servi rigoureusement à rien, sauf à accroître les inégalités et potentiellement à détériorer la balance commerciale pour les pays consommant trop de produits importés.  D'ailleurs en regardant l'évolution de la masse monétaire depuis 81 comme sur le premier graphique, on s'aperçoit vite qu'elle a été à un bon niveau sur la période 1981-2009 sauf pendant le trou de 1995. La croissance de la zone euro ou l'équivalent, puisque bien évidemment la zone euro n'existe en pratique que depuis 1999, n'a pas été aussi régulière que l'évolution de la masse monétaire. Quand dans les années 70 l'augmentation de la masse monétaire alimentait les salaires et les investissements, elle produisait certes de l'inflation, mais aussi une forte amélioration du niveau de vie global. Or depuis le tournant libéral, la hausse de la masse monétaire nourrit surtout les bulles immobilières et spéculatives en tout genre.

 

  À vrai dire cette évolution de l'effet de l'augmentation de la masse monétaire était assez prévisible. En libéralisant les échanges commerciaux et en déréglant la finance, on a fait baisser l'intérêt qu'il y eût à financer l'investissement industriel dont le rendement, sur le plan financier, ne pouvait pas concurrencer les bulles spéculatives comme celle de l'immobilier ou des matières premières. Tout se passe comme si la finance, laissée à elle même, sans la tutelle de lois et des politiques publiques, préférait gagner hypothétiquement des milliards en jouant au loto, même si elle a peu de chance de gagner, plutôt que de gagner quelques euros sûrs en faisant un travail utile à la collectivité. Les capitaux visant l'industrie ont d'ailleurs favorisé les investissements dans les pays à bas salaire pour accroitre les rendements puisque les frontières qui rendaient non rentables de telles opérations avaient été supprimées en 1974 (fin de la préférence communautaire européenne). Les investissements qui sont restés en France et dans la zone euro se sont plutôt concentrés dans les secteurs spéculatifs  très intéressants à court terme.  Le phénomène le plus représentatif de ça étant les énormes investissements franco-allemands en Espagne ou en Grèce qui ne devait leur extraordinaire rentabilité à court terme qu'à une immense bulle spéculative.

 

Tout cet argent qui a servi à construire des immeubles en surnombre et des hôtels de luxe surdimensionnés n'a pas financé la recherche ou le développement utile dans les énergies alternatives par exemple. Le résultat c'est que ces capitaux ont été, ou seront, vaporisés, car ils ont été investis dans des choses qui n'ont en réalité aucune valeur. On achetait parce que les prix montaient et non parce que l'on avait besoin d'un logement ou d'un hôtel. C'est ceux qui expliquent que l'augmentation de la masse monétaire de ces dix dernières années ait produit la crise actuelle. Contrairement aux discours  des libertariens, qu'il est malheureusement fréquent d'entendre, ce n'est pas la hausse de la masse monétaire qu'il faut accuser en allant acheter de l'or pour l'enterrer dans son jardin. C'est le mauvais usage de cette masse monétaire qui est fautif. Or le mauvais usage de cette masse monétaire est directement imputable aux dogmes libéraux de la libéralisation dans tous les sens possibles. On a laissé faire le marché, comme le voulaient certains, mais on préfère aujourd'hui accuser les méchantes banques centrales d'avoir trop émis de monnaie, c'est plus commode. En Chine, la masse monétaire a augmenté beaucoup plus vite, mais manifestement l'argent a été mieux utilisé qu'en occident, mais c'est surement parce que la Chine est très libérale.

 

La France est dans un trou et ses "élites" finissent de l'enterrer 

 

  Pour ce qui est des perspectives de notre pays ce n'est guère reluisant les défaillances d'entreprises par exemple reste à un haut niveau. De plus lorsque l'on regarde les statistiques en détail, on voit bien que c'est le secteur industriel qui a le plus souffert. Et le graphique suivant montre que la reprise n'est pas encore là, les défaillances d'entreprises restant à un niveau élevé.

 

defaillance-entreprises.png

 

 

  Plus grave encore les investissements directs sont toujours plus lourdement déficitaires. On a souvent vendu au français le fait que la France est l'une des plus grosses destinations au monde d'investissements directs, c'est vrai. Sauf que notre pays est aussi l'un des champions mondiaux des investissements directs à l'étranger. En réalité, sauf quelques années exceptionnelles, il y a toujours eu beaucoup plus de capitaux sortants qu'entrants en France. Or ce déficit de capitaux produit une diminution de la masse monétaire circulant dans le pays aggravant notre situation de manque de croissance chronique. Bien évidemment, cela s'ajoute aux autres formes de sortie de capitaux ainsi qu'au déficit commercial.

 

IDE.png

 

La France n'a pas beaucoup de capitaux et les seuls qu'elles possèdent sont investis dans des choses inutiles comme l'immobilier. Pas besoin d'aller plus loin pour voir d'où vient la morosité française. Et si certains comme mon collègue Laurent Pinsolle essaient de se rassurer en se disant que l'on fait tout même des gosses, force est de constater que les Français ont tout à fait raison d'être pessimistes. Sans une réelle rupture avec les dogmes libéraux, il n'y a pas d'avenir en France. Le pays devrait devenir dans les années qui viennent, et si rein ne change, un pays d'émigration cela a d'ailleurs déjà commencé chez les mieux formés. À ce moment-là, la surnatalité française perdra largement de son intérêt, à l'image de ce qui se passe sur le continent africain.

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

gdm 16/05/2011 11:20



Vous parlez des libertariens. Tous les libertariens ne partagent pas les mêmes théories monétaires. Je suis libertarien. Et comme vous le dites, je suis, moi aussi, convaincu que le fautif n'est
pas l'accroissement de la masse monétaire. 


Certes, une augmentation du crédit induit plus de demande, plus une augmentation des prix. C'est la loi "mécanique" de l'offre et de la demande. Mais l'emprunteur, en produisant, crée ensuite une
offre qui compensera la demande initiale. L'augmentation des prix n'aura duré que le temps de la production par l'emprunteur.  Il n'en résulte donc pas d'augmentation durable des prix. Donc
il n'en résulte pas d'inflation.


Mais une demande non suivie de production contribue à la hausse des prix, mais pas à la baisse. D’où hausse durable des prix, donc inflation. Il faut alors se demander quelles sont les emprunts
qui ne donne pas lieu à une production marchande. L'Etat peut-etre?



yann 04/05/2011 19:16



@jardidi


Non tant qu'il y a des français en vie on peut toujours redresser une situation.


 


@A-J Holbecq


Merci.



olaf 01/05/2011 18:00



Comme je l'ai dit sur le blog de L Pinsolle, j'ai fait mon choix, pour un gus comme moi qui fait de la RD dans l'industrie c'est direct l'Allemagne, 60% de pouvoir d'achat en plus et une ambiance
de travail bien meilleure :


http://www.slate.fr/tribune/37357/concurrence-pays-emergents-innovation-protection



A-J Holbecq 01/05/2011 17:09



Excellent article


La croissance de la masse monétaire est la conséquence de la demande de crédit des acteurs privés (entreprises et ménages), puisque l'Etat n'a plus les capacités d'emprunts du fait de "la dette",
et pour cela il faut "la confiance". Mais toute augmentation trop importante ou brutale de la croissance fera flamber les prix de l'énergie et des matières premières.


Le seul choix pour s'en sortir réside donc dans des investissements à long terme, investissements de "transition énergétique" ; mais ce ne sera possible que si ces investissements sont financés
par création monétaire "centrale" (c'est à dire sans intérêts)



Jardidi 01/05/2011 07:57



Y-aura-t'il un moment où il ne sera plus possible de se redresser?