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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 22:53

VieuxArbresUn texte intéressant vient d'être publié par Jean-Jacques Chavigné sur le sujet des retraites. Un texte intéressant sous plusieurs aspects. Il dit décrit les réformes actuelles comme hypocrites et usant de faux arguments, il fait d'ailleurs mouche sur le système par capitalisation. Ce dernier est une escroquerie intellectuelle qui visent à faire croire que chacun peut accumuler un petit pécule pour ses vieux jours et donc que son futur revenue de retraité ne dépendrait pas du nombre de d'actif.

 

C'est totalement faux la santé globale d'une économie à nécessairement un impact sur les valorisations boursière à plus ou moins long terme, tout comme la valeur de la monnaie du pays. Une société qui voie sa population active se contracter est forcement moins dynamique économiquement, ce qui ne peut qu'avoir un effet négatif sur les valorisations boursières. Les charlatans qui font croire que la retraite par capitalisation est une solution devraient être mis au piloris, surtout que les fonds de pensions US ou Britannique ont montré par l'absurde l'invalidité de la chose comme le montre cet article par exemple. Sur ce plan le texte de monsieur Chavigné est donc vrai et il serait bon en France de condamner toute dérive vers le système par capitalisation. Le système par répartition est celui qui est le plus proche de la réalité physique de l'économie à savoir que ce sont toujours les actifs qui payent pour les inactifs quelque soit le système organisé derrière.

 

Mais Chavignié tombe ensuite dans l'erreur, à mon sens, en faisant de la prospective économique quelque peu aventureuse. Il affirme que la richesse française doublera au moins d'ici 2040 et que cela doit être pris en compte dans le calcul des futurs retraites. Il prend comme hypothèse une croissance que l'on peut juger faible de 1,7% par an pour faire ses calculs.

 

Il s'agit d'un argument habituel, qu'Emmanuel Todd avait lui même employé d'ailleurs, puisque le travail continuera à être de plus en plus productif le paiement des retraites ne sera pas un problème même si la population active décroit en proportion de la population totale. Dans l'absolu cet argument est tout à fait vrai, mais si l'on regarde l'évolution de l'économie française actuelle on ne peut qu'être plus pessimiste sur la futur croissance française.

 

Le contexte économique mondial à changer depuis trente ans nos pays connaissent une baisse continue de leur croissance économique depuis la mise en place du libre-échange généralisé et du système monétaire à change flottant soit depuis 1974. La baisse de la croissance en France est très importante, au delà des cycles ont peut constater une baisse continue de cette croissance au fil du temps. Depuis 1991 la seule période de croissance économique relativement forte fut de courte durée de 1997-2001 en dehors de cette période lié à la forte baisse des monnaies européennes face au dollars, la croissance fut faible et souvent inférieure à 1,7% chiffre retenue par Chavinié.

 

Croissance-francaise.png

Si l'on se projette à long terme la France se rapprochera de la croissance nulle à brève échéance.

  D'autant qu'il faut bien voir l'accélération de la désindustrialisation française, elle devient de plus en plus visible dans la balance commerciale française qui connait un trou sans cesse croissant comme le montre le tableau suivant. On remarque que la hausse de l'euro n'y est probablement pas pour rien, et que le déficit commercial correspond à l'arrivée de la droite au pouvoir en 2002....

 

 CommerceExtfr.jpg

 

On remarque d'ailleurs en comparant les courbes du commerces extérieurs et celle de la croissance que le lien que font certains entre commerce et croissance économique est complètement faux, il n'y a aucune corrélation entre les deux courbes. Alors que notre commerce extérieur n'a cesser de croitre en valeur (importations + exportations) la croissance de notre PIB n'a pas varié de la même façon. Et depuis 2002 notre déficit commercial s'accroit dangereusement signe indubitable d'une incapacité à produire ce que la population française consomme. La France est en train de rattraper la GB, USA, ou encore l'Espagne dans les pays les plus accrocs aux déficits commerciaux. Signe d'une désindustrialisation massive, or rappelons qu'un pays ne peut pas connaître un déficit commercial indéfiniment, à un moment donné il faudra rééquilibrer la balance commerciale. On remarque également la fameuse coupure de 1974 que notre prix nobel Maurice Allais a mis en avant dans sa critique du libre échange.

 

  Bien sure on pourrait imaginer une dévaluation ou une politique protectionniste qui permettrait une contraction des importations par une substitution de produits nationaux. Le problème c'est que ce type de politique est à l'heure actuelle impensable pour nos élites, et qu'elles sont persuadées que le protectionnisme c'est le mal incarné, que les échanges internationaux sont toujours bons pour la croissance, ce que pourtant, les graphiques précédents démentent, mais bon les idéologues n'ont que faire du réel.

 

Donc la seule chose qui se produira si l'on suppose une non remise en cause des politiques monétaires, douanières et européennes, c'est que la balance commerciale se rééquilibrera par contraction de la demande intérieure française. Quand, comment, impossible de le savoir mais l'exemple US qui vient de connaître une baisse de moitié de son déficit extérieurs grâce à l'explosion du chômage et l'effondrement de la bulle immobilière  nous montre ce qui l'adviendra de notre pays lorsque le moment sera venu. L'augmentation du chômage français de 2009 ne fut qu'une mise en bouche. La France fait aujourd'hui illusion grâce à ses mécanismes sociaux qui maintiennent une certaine stabilité de la demande mais le résultat est un accroissement continu du déficit extérieur qui ne manquera pas de poser problème.

 

Il y a donc fort à parier que la France ne connaitra pas de croissance à 1,7% comme le suppose Chavignié, il est même possible que la France et la plupart des pays d'occident connaissent des baisses durables de leur niveau de vie dans la décennie qui vient. Nos pays vont voir progressivement leur niveau de vie s'aligner sur ceux des pays du tiers-monde, dans ce contexte il est complètement illusoire de croire en la survie des système sociaux issus de pacte d'après guerre. Le système des retraites comme celui de la sécurité sociale n'ont pas été créer pour des sociétés sans industries avec de forts taux de chômage.

 

L'impasse dans laquelle se trouve la plupart des pays développé est d'ailleurs soulignée maintenant par les économistes officiels, ainsi cette très intéressante note de la banque Natixis qui montre la prise de conscience au niveau institutionnel.

 

  Encore une fois sans pour autant en faire l'alpha et l'oméga de toute politiques économiques, le protectionnisme commercial est un instrument primordiale pour qui veut sauvegarder notre système social. Vouloir combattre l'idéologie néolibérale sur le système des retraites c'est très bien, mais il faut indiquer une vue plus large. Mettre l'articulation entre le plein emploi et les retraites, pas de protectionnisme, pas de retour au plein emploi, donc risque grave pour la solidarité sociale. Il est en plus certains que les réformes du système de retraite ou l'augmentation de la durée de cotisation, seraient bien mieux acceptées si la population n'avaient pas l'impression que l'on met la charrue avant les beaufs, si je puis dire.

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

h 24/02/2010 20:16


salut,

les graphique manque cruellement de résolution à comperer à l'arbre !!


René Jacquot 30/01/2010 13:59


@ Malakine, Yann et RST

Sujet éminemment passionnant et plus que jamais d'actualité.

Le COR vient de faire un rapport soulignant le peu de chance de succès qui consisterait à remplacer les régimes de retraite actuels par un régime par points ou en «comptes notionnels»

http://www.cor-retraites.fr/

Le protectionnisme serait effectivement bénéfique que de manière indirecte mais n'aurait pas d'impact sur le vieillissement de la population.

Car derrière la question de la retraite se profile celle de la dépendance... et là les assureurs et autres marchands du temple s'apprêtent à attaquer sec.


yann 27/01/2010 22:36


@Malakine

En premier je tiens à m'excuser pour la nullité de l'éditeur de commentaire sur overblog. Il fallait que je le dise, j'aime lire les textes auquel je réponds pendant que j'écris la réponse et la
disposition de l'éditeur de texte d'overblog ne le permet pas.


Sinon je crois que tu te trompe sur le lien entre la croissance et le protectionnisme. Dans mon texte sur les plans de relances keynésien j'ai essayé d'expliquer pourquoi il était les effets du
multiplicateur d'investissement était neutraliser par le libre-échange et rendait inefficace les plans de relance.

Nous sommes en Europe en régime de libre-échange depuis 1974 ce qui conincide avec le ralentissement de la croissance économique. Il est donc sure que le PIB français serait nettement plus élevé
aujourd'hui qu'il ne l'est si nous n'avions pas pratiqué le libre-échange d'ailleurs Maurice Allais avait estimé que le PIB français était probablement inférieur de 30% à ce qui l'aurait été sans
libre-échange.

Donc je crois que le ralentissement de la croissance économique à pour principal origine le manque de protectionnisme et que le retour de ce dernier nous rendrais quelques points de croissance en
plus. Il faut voir que même 1% de croissance supplémentaire pourrait solutionner beaucoup de problèmes sur 20 ou 30 ans.

Je crois qui plus est que le libre-échange à considérablement ralentit l'innovation mais çà c'est un autre débat.

Sur la limitation du capital je ne suis pas contre seulement la régulation de la finance est déjà considéré comme nécessaire. Beaucoup de monde en parle je ne voyais pas l'intérêt d'en parler ici.
On pourrait également noter la nécessité de rendre moins liquide, pour employer le verbiage économique, le capital en responsabilisant les actionnaires vis à vis des entreprises qu'ils possèdent.
Comme par exemple faire en sorte qu'une action ne puissent être revendu qu'au bout d'une grande durée de temps. Cette simple mesure obligerait à la responsabilité actionnariale, plus question de ne
regarder que les rendements à court terme.

Sinon tu parles du risque de violence économique, mais la violence elle est déjà là. Un millions de chômeurs en fin de droit, rappel toi des grèves sous Thatcher des usines fermé sous Regan, les
néolibéraux ont été d'une violence inouïe brisant des millions de vies, cassant nos appareils industriel et transformant en une génération les pays occidentaux en de vulgaire quémandeur d'une
puissance oligarchique et théoriquement communiste. Je crois franchement que le protectionnisme ne pourra pas être plus brutal surtout que les victimes du rééquilibrage des revenue sera surtout
fatal aux rentiers, en tant que keynésien leur euthanasie ne peut que me réjouir.


Malakine 27/01/2010 12:07


La question n'est pas de savoir s'il est mobile mais de savoir s'il sera toujours aussi avide et prédateur.

Sans réforme qui permettrait de tordre le cou aux exigences du capitalisme actionnarial, une industries relocalisée par des mesures protectionnistes continuera à comprimer les salaires au minimum
pour dégager un maximum de profit pour les actionnaires.

Le seul facteur qui changerait c'est que cela priverait le "patronat" de l'argument du chantage à la délocalisation et donc favoriserait les revendications salariales dans une logique de lutte des
classes. Mais attention, ce rééquilibrage ne concernerait que l'industrie. Or, la compression des salaires concerne tous les secteurs d'activité exposés à la contrainte actionnariale en particulier
les services (où les salaires sont déjà bcp plus bas que l'industrie)

Ou alors il faudrait relocaliser très fortement avec des taxes prohibitives sur les produits importés afin de recréer des tensions énormes sur le marché de l'emploi. Dans des conditions de plein
emploi, le rééquilibrage au profit des salaires pourrait contaminer le secteur des services non délocalisables.

Tu imagines la violence de la transition et son coût ?? Quel gouvernement aurait ce courage en période de paix ?

C'est pourquoi protectionnisme et "arraisonnement de la finance" doivent aller de pair. Comme dit Lordon, il faut dessérer la contrainte concurrentielle et actionnariale en même temps.


xavier 27/01/2010 11:53


@malakine
je ne comprends pas...le protectionnisme n'est il pas de nature à rendre le capital beaucoup moins "internationalement mobile"?