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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 22:11

Un excellent texte sur le blog dissonance vient de confirmer ce que nous savions déjà,  les journaliste français ne comprennent rien au concept d'enquête, d'étude ou de méthode scientifique. Ils partent avec leurs lunettes pour employer la terminologie de Bourdieu et veulent produire des image des "enquêtes qui confirmeront leur préjugés, ils ne cherchent pas le réel, ils cherchent à confirmer leurs croyances. Le blog dissonance offre une vision différente de la Russie, une vision qui n'est bien sure pas neutre, mais qui a au moins le mérite de donner un point de vue différent de la russophobie viscérale des médias français. Mais cette vision tronquée du réel, relayée par nos médias ne concernent pas que la Russie elle relève malheureusement  d'une pratique courante dans le journalisme à la française.

 

  Elle est n'est d'ailleurs pas seulement pratiqué par les médias car les politiques, et bon nombre de citoyens français ont cette manie de ne voir que ce qui confirme leurs hypothèses de départ, dans le pays de Descartes il s'agit là d'une preuve d'assèchement intellectuel.  Les français semble de plus en plus porter une importance plus grande à la lettre et à la logique d'un raisonnement , à son esthétique, plus qu'à sa validité dans le monde réel. C'était là la vraie critique que porté Claude Levi Strauss à l'encontre de la pensée française quand il l'a comparé avec l'islam. Je cite ici un célèbre extrait de "Tristes tropiques" vous trouverez un plus long passage ici:

 

"Il m'a fallu rencontrer l'islam pour mesurer le péril qui menace aujourd'hui la pensée française. Je pardonne mal [à l'Occident] de me présenter notre image, de m'obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane. Chez les musulmans comme chez nous, j'observe la même attitude livresque, le même esprit utopique, et cette conviction obstinée qu'il suffit de trancher les problèmes sur le papier pour en être débarassé aussitôt. A l'abri d'un rationalisme juridique et formaliste, nous nous construisons pareillement une image du monde et de la société où toutes les difficultés sont justiciables d'une logique artificieuse, et nous ne nous rendons pas compte que l'univers ne se compose plus des objets dont nous parlons. Comme l'Islam est resté figé dans sa contemplation d'une société qui fut réelle il y a sept siècles, et pour trancher les problèmes de laquelle il conçut alors des solutions efficaces, nous n'arrivons plus à penser hors des cadres d'une époque révolue depuis un siècle et demi, qui fut celle où nous sûmes nous accorder à l'histoire. [...] Parallèlement au monde islamique, la France de la Révolution subit le destin réservé aux révolutionnaires repentis, qui est de devenir les conservateurs nostalgiques de l'état de choses par rapport auquel il se situèrent une fois dans le sens du mouvement." 

 

Cette esprit livresque pourrait se définir par une prison mentale construite autour du logos, puisqu'un raisonnement est logique il doit être vrai, et ce, même si les faits l'invalide, en tel cas les faits sont niées ou ignorées. On peut citer bon nombres de problèmes en France qui relèvent de cet enferment intellectuel, de ce peu de pragmatisme scientifique. Le cas de l'immigration ou de la délinquance dont j'ai déjà amplement parlé n'est que l'une de nombreuses conséquences de cette logique livresque. On pourrait tout aussi bien parler du libéralisme économique, de l'Europe du libre-échange, de l'idée que nos élites se font de la Russie, de la Chine des USA, ou du monde musulman. A chaque fois l'esprit français préfère l'esthétique du raisonnement apparent à sa validité factuelle. Une réflexion, une pensée ou un modèle correspondant mieux aux faits, mais entrant en contradiction avec des raisonnements élégants et moraux usités dans la pensée dominante en France  seront toujours rejeté, même si une innombrable quantité de faits viennent les étayer. 

 

Cependant il faut bien avouer que ce phénomène n'est pas forcement propre à la France en tant que tel, une logique tout aussi idiote s'est produite en Amérique du Nord et dans le reste de l'Europe. Après tout l'enfermement intellectuel dans le domaine économique est vraisemblablement le seul caractère unifiant à l'heure actuelle le continent Européen. A comparer avec le pragmatisme chinois qui ne s'embarrasse pas de savoir si la politique est libérale sociale ou despotique tant que cela marche ils continuent. C'est la célèbre phrase de Deng Xiaoping « Peu importe qu'un chat soit blanc ou noir, s'il attrape la souris, c'est un bon chat ».  L'enfermement idéologique de la France et de tout l'occident est finalement explicable dans l'islam, si l'on suit Levi Strauss. Les musulmans adulent leur passé, ils se retournent sans arrêt vers lui pour se référer à la parole du prophète et savoir quoi faire dans le présent. L'occident actuel évolue de la même manière.

 

Mais bien sure l'occident ne regarde pas vers un prophète mais vers la grande période des révolutions libérales anglaise, française et américaine. Aujourd'hui il n'y a pas plus grand tabou en occident que la remise en cause des systèmes issues de cette époque mythifiée. Les musulmans ont Mahomet, nous avons la révolution de 1789 et la déclaration des droits de l'homme et des citoyens. Que ces idées libérales soient peut-être en partie erroné nous apparait comme impensable, nous avons même conquis le monde, telle les musulmans jadis, au nom de notre foi pure et parfaite. La monté en puissance de nations non démocratique et non libérale devraient pourtant un peu titiller notre curiosité, les dysfonctionnement manifeste de la démocratie électorale qui se résume à donner le pouvoir à de lobbies devraient aussi faire réfléchir. Et pourtant non rien y fait nous avons le meilleurs système à l'exception de tout les autres comme disait Churchill. 

 

Pour étayer mon propos on peut prendre l'exemple de la liberté de circulation des personnes. En occident nul ne pourrait imaginer interdire à une partie de la population d'aller où elle veut sur le territoire national, à vrai dire dans leur délire libérale les occidentaux en viennent à ne même plus considérer les frontières comme nécessaires. Et bien en Chine les paysans ne peuvent pas s'installer où ils veulent, qu'elle honte, qu'elle atteinte à la démocratie et aux droits de l'homme. Oui, sauf que la Chine contrairement à l'Inde et aux pays d'Amérique du Sud, n'a pas développé de Favellas ou de bidon-villes à grande échelle. Certes les paysans sont toujours pauvres (quoique leur niveau de vie augmente petit à petit) mais ils ont toujours leur maison,  leur toit et leur vie sociale, leur vie est certainement plus douce que celle des ghettos  ultra-violents de Rio ou de Mexico.  A n'en pas douter le non-libéralisme de la Chine lui a évité bien des tourments, tourments produit par les évolutions particulières à l'histoire démographique, économique et sociologique de ce pays. Les occidentaux prennent leurs évolutions particulières pour un exemple mondiale et applicable partout, mais n'est ce pas là le plus grand racisme qui puissent exister? 

 

En se tournant sans arrêt vers son passé mythifié, l'homme occidentale ne respecte d'ailleurs pas l'esprit des lumières qu'il prétend défendre. Car ce n'est pas en regardant en arrière que nos illustres ancêtres sont allés de l'avant, mais en résolvant par la raison les problèmes de leur temps. Il ne faut plus sacraliser les résultats des réflexions de cette époque. C'est l'esprit de cette époque qu'il nous faut retrouver, plus que les idées en elles mêmes. Nous devons douter de tout, de ce qui nous semble évident, surtout lorsque ces évidences ne collent plus à la réalité. Nous devons réapprendre à ne plus avoir de certitudes acquises et être ouvert à des hypothèses, même si elles nous déplaisent. Ce n'est que de cette manière que nous éviterons à l'occident un sort funeste de déclin et d'effondrement. 

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Published by Yann - dans politique
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La Gaule 14/08/2010 23:54



Je viens de m’apercevoir seulement que la fin de mon texte a été bouffée et j’ai écrasé le fichier word original par-dessus le
marché. !!! Bien, je vais essayer d’être très synthétique, si vous ne vous êtes pas lassé, car je commence vraiment aussi à fatiguer (vivement la fin des vacances, celle des autres).


Qu’est-ce qui me chagrine dans ce que je crois deviner de vos intentions dans votre billet si intéressant ? (C’est très bien, vous Malalk
et les autres, vous débusquez les lièvres, c’est ce qu’il faut absolument !).


Je crois tout simplement y deviner du relativisme et je me méfie du relativisme comme de la peste. Nous devrions revoir au crible nos valeurs
fondamentales issues du paradigme dit « des lumières » parce que le fait même que d’autres valeurs aient prospéré à l’ombre des nôtres, et se dresseraient maintenant face à elles,
prouverait de facto la fragilité des nôtres.


Je crois cette position dangereuse et surtout vaine. J’ai essayé de vous suggérer, dans la première partie de mon commentaire, qu’il fallait
faire la part des choses entre l’intellectualisme décadent qui gangrène l’occident aujourd’hui, et ce qui est constitutif de notre histoire, de notre mémoire et de notre conscience.


J’admets ainsi le relativisme à un seul titre : celui du rapport des forces. Nos valeurs sont relatives parce que d’autres les
concurrencent, voire les menacent,  et que nous ne pouvons donc pas nous permettre de ne pas en tenir compte. Cela parce qu’il n’y aura pas
« d’accommodement raisonnable » possible entre des valeurs inconciliables au sein d’un illusoire espace économique global régulé par le droit (les calembredaines par exemple de l’ami
Jorion).


Comme vous le concluez vous-mêmes, nous devons retrouver notre part d’authenticité, celle qui a fait toujours notre force, car rien n’est joué
d’avance, et rien ne prouve que le dévoiement des valeurs forgées par notre histoire depuis deux siècles ne soient pas réversibles, ni d’ailleurs qu’elles ne nous rendent pas largement aptes à
affronter les épreuves qui nous guettent en embuscade.


Le relativisme pour moi c’est admettre que la volonté a son mot à dire dans l’histoire, et qu’elle ne manque pas de désigner des vainqueurs et
des vaincus, souvent en lieu et place de compromis.



La Gaule 14/08/2010 02:15



Je vous reçois mais ne mélangeons pas tout, la part du dogme assise sur des spéculations intellectuelles et celle de
l’œuvre dictée par l’impératif des évènements.


La révolution française ne fut pas une saga religieuse conçue par Jupiter et révélée aux masses subjuguées à peine
sortie de sa cuisse.  L’environnement intellectuel qui a préparé son avènement a sans doute aussi été surestimé, et par les oracles précisément dont
le métier et surtout le statut social dépendent de ce genre d’inventaire (l’intellectuel dreyfusard, de Jaurès à BHL, que le premier me pardonne).


 La Révolution fut avant tout un extraordinaire concours de
circonstances, qui força un certain nombre d’hommes d’abord révélés à eux-mêmes, de Saint-Just à Bonaparte, à trouver des solutions praticables à des problèmes incommensurables.


 


Que l’on songe à la situation de la France en 1793, alors que la révolution est virtuellement morte, prise en tenaille
entre la terrible guerre de l’ouest et les armées de l’Europe coalisée qui marchent sur Paris, et alors que la moitié des départements du territoire sont en sécession ouverte. A cette situation
invraisemblable, les hommes du Comité de Salut Public et Lazare Carnot apportèrent une réponse à priori impensable dans l’esprit du temps. La levée en masse et la guerre totale, avec mise sous le
boisseau militaire de tout l’appareil économique, une formule qui fut copieusement reprise dans la plupart des grands conflits ultérieurs, de la Guerre de Sécession à la seconde guerre mondiale,
en passant par la révolution russe.


 La mémoire collective, laquelle façonne aussi nos habitudes de pensée,
est donc loin de relever totalement du mythe, mais du souvenir jamais estompé d’expériences authentiques et dramatiquement intemporelles (souvenez-vous aussi de Staline, qui en appelait aux mânes
de l’âme russe éternelle au point le plus dramatique de l’invasion nazie).


 


Vous avez tout à fait raison de critiquer la quasi religion des « Droits de l’Homme » que nous avons essayé
d’inculquer au monde entier, et dans la mesure même où il semble bien que l’histoire globale diverge résolument de ce paradigme. Mais était-ce bien un péché religieux
originel ?


N’oubliez pas qu’à l’aube de la révolution, le personnel politique était majoritairement composé de juristes, férus
d’histoire romaine et rompus aux joutes oratoires certes, mais qui ne méritaient pas non plus l’appellation « d’intellectuels » au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Le propos de ces
gens était d’abord de se coltiner avec des problèmes bien concrets ceux-là, et l’encre dans laquelle ils trempaient leurs plumes d’oie valait bien tous les cambouis, il suffit de se replonger
dans le détail des débats de l’époque.


Les révolutionnaires de 89 étaient tellement bien persuadés des limites de l’idéalisme qu’ils avaient pris soin
d’ajouter un correctif de taille à leur déclaration des droits de l’homme, celle de la faire dépendre de la citoyenneté (« …Et du Citoyen »), c’est-à-dire de fixer un cadre géographique
délimité à ce qui pouvait passer à priori pour universel et sans limite. La déclaration « universelle » des droits de l’Homme et du Citoyen était aussi et peut-être avant tout un
PRAGMATISME, ce même pragmatisme qui vous permet d’ailleurs aujourd’hui, en toute conscience citoyenne, de pouvoir faire un inventaire critique de ce qui relève de votre propre culture, vous ne
l’en remercierez jamais assez.


 


Je ne crois donc pas que la sclérose intellectuelle qui caractérise nos habitudes de pensée aujourd’hui, et que vous
relevez à juste titre, était déjà en germe sous l’humus révolutionnaire il y a deux cent vingt ans, ni même qu’il soit une conséquence inexorable de tout ce qui a levé depuis sur ce
terreau.


Le repli généralisé sur les dogmes et leurs donjons est un fait totalement moderne qui puise sa source dans
l’explosion généralisée d’un monde et l’immense incertitude qui en résulte.


 Il procède aussi de ce qui relève sans doute d’une forme dévoyée de
l’idéalisme occidental, bien plus liée pour moi à une perte du lien de religiosité, que l’homme entretient naturellement avec ses croyances collectives, qu’avec la dogmatisation de celles-ci. Il
s’agit de l’illusion que « l’accommodement raisonnable » est toujours possible, et qu’il permettra justement de faire coexister tous les dogmes, cela au sein d’un monde dont les seules
dimensions admises seraient l’économisme (le marché Léviathan si bien pressenti par Jean Claude Werrebrouck) et ses garde-fous juridiques.


Nos croyances naïves dans les « lois éternelles » de l’Economie, de la Démocratie et de ses Saints,
ressemblent assez finalement à la cosmogonie romaine (il faudrait que vous demandiez à Zemmour ce qu’il en pense). C’est un champ clos qui prétend enrôler tous les Dieux,  sous sa bannière, y compris ceux raflés aux croyances étrangères, à cette grosse différence près que la loi commune des dieux romains n’était pas forcément celle
des hommes, et qu’elle laissait donc à ceux-ci quelque espace pour respirer.


 


Votre référence à l’Islam est dans cette optique tout à fait judicieuse, dans la mesure où l’expansion fondamentaliste
de cette  religion ne constitue pas du tout pour moi un retour vers un passé lointain, mais bien une projection originale en plein cœur de la modernité du monde, dont elle constitue un
Pilier essentiel au sein d’un mythique paradigme économique mondial (inutile de trop répéter, à l’attention de certa



valuebreak 12/08/2010 08:32



bj.


 


il me semble bien constater le même aveuglement partisan chez ceux qui soutiennent une origine anthropocentrique au réchauffement climatique ...