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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 15:17

 

La révélation du journal allemand Der Spiegel a fait l'effet d'une bombe dans les milieux d'affaires et les milieux européistes. En effet nous avons appris que les autorités grecques envisagent sérieusement de sortir de la zone euro. En réalité, ce n'est une surprise que pour les gens qui prennent la doxa économique actuelle comme référence absolue, doxa présentant l'euro comme une chance pour tous ses membres. La réalité est en fait inverse, c'est un gadget politique qui coute extrêmement cher aux pays membres, et il coute d'autant plus cher que vous êtes pauvres et faiblement industrialisés à l'origine. Bien évidemment, nos élites n'ayant plus le sens des réalités semblent persuadées qu'avoir une monnaie forte pour acheter ce que l'on veut à l'étranger est une bonne chose pour une nation. Nos élites ne voient plus que l'intérêt du consommateur sans jamais voir le point de vue du travailleur et des industries que ces monnaies fortes condamnent à une lente agonie. Tout se passe, comme si nos élites avaient oublié qu'il fallait aussi produire des biens pour pouvoir en consommer, il faut dire que nos élites ont souvent des emplois dont on se demande parfois à quoi ils servent concrètement. Quand on gagne des sommes astronomiques avec des emplois improductifs sur le plan collectif, il doit être plus difficile d'appréhender la signification du terme produire.

 

Quoi qu'il en soit la question de la sortie de l'euro pour la Grèce se pose de plus en plus crument face à une dégringolade économique dont les autorités locales ne voient pas le fond. Les remèdes libéraux ont produit ce qu'ils produisent en général c'est-à-dire une aggravation de la maladie par un affaiblissement de la croissance intérieure, et une absence de résultat sur la balance des paiements du pays. En réalité, ce que je dis n'est pas tout à fait exact, il y a bien eu une forte baisse des importations, mais aucune hausse des exportations. Le déficit commercial s'est réduit par la simple mise au chômage d'une grande partie de la population du pays, et par les coupes budgétaires réalisées dans le pays. Si l'on se place uniquement sur le plan du déficit commercial c'est donc une demi-victoire, la Grèce réduisant son besoin de financement à l'extérieur. Cependant pour espérer rembourser ses créanciers il lui faudrait un excédent et non uniquement un déficit moins important. Or il sera difficile d'engranger un excédent uniquement par la baisse de la consommation locale d'autant que des tensions sociales sont de plus en plus fortes, et pourraient à terme provoquer un effondrement du système politique Grecque. Qui plus est, le but d'une politique économique n'est pas par nature l'équilibre de la balance commerciale, si c'est une contrainte bien réelle elle peut-être obtenue même en situation de plein emploi et de dynamisme économique. Seulement, il ne faut pas oublier pour cela que la demande intérieure et le chômage ne sont pas les seules variables sur lesquelles un état peut jouer. La monnaie, les quotas, les douanes autant d'outils tout à fait essentiels qui permettent d'obtenir des équilibres commerciaux sans en passer par un chômage de masse et une forte précarité. Cependant, il est vrai aussi que ces outils ont la fâcheuse tendance de produire des hausses de salaire, de l'inflation et une meilleure répartition des richesses,qu'elle drame pour les actionnaires.

 

Balance-commerciale.png

(source Gecodia)

 

Equilibrer la balance commerciale par le chômage plutôt que par la monnaie est une absurdité

 

En réalité ce que cette situation Grecque démontre c'est que l'abandon des politiques monétaires et douanières a condamné nos économies à ne s'ajuster que par la demande intérieure. Le seul moyen d'équilibrer les comptes extérieurs étant de produire des récessions plus ou moins fortes suivant la situation locale. Cette tendance à réguler le commerce par le taux de chômage et la baisse salariale n'est pas nouvelle. En France c'est un modèle que nous avons adopté depuis 1983-84 et l'ouverture de la fameuse parenthèse libérale qui ne s'est jamais refermée. Mais pendant toute la période des années 80, la France avait encore la possibilité de dévaluer sa monnaie, c'était le cas jusqu'à la politique du franc fort dans les années 90. Depuis, le taux de chômage reste à des niveaux insupportables malgré un déclin démographique important et de faibles hausses des salaires. La France avait heureusement une industrie de pointe qui s'étiole d'année en année, mais qui avait permis jusque-là de maintenir une certaine prospérité malgré les aberrations monétaires des politiques menées par le pays. Mais, la Grèce n'est pas la France, et elle n'a même pas quelques industries de pointe pour compenser les délires monétaristes de ses dirigeants, c'est dans ce genre de pays que la régulation par la violence sociale fait le plus de victimes. Les marchés ont bien raison d'anticiper un effet boule de neige dans toute l'Europe si la Grèce décide qu'elle a atteint les limites de l'acceptable en matière de souffrance sociale. Car il ne fait aucun doute qu'après la Grèce viendra le tour du Portugal de l'Irlande ou le plus gros morceau l'Espagne. Une Espagne qui connaît un taux de chômage encore plus fort que la Grèce et dont on sait que près de la moitié des jeunes de moins de 30 ans se retrouvent actuellement au chômage, une véritable bombe à retardement dont apparemment tout le monde se fiche en Europe.

 

chomage.png

  (Taux de chômage en Grèce, source Indexmundi)

 

La fin de l'euro commencera en Grèce

 

  J'avais titré un texte il y a quelque temps "La fin de  la mondialisation commence par l'Argentine", on peut dire que la fin de l'euro, elle, se fera en premier par la sortie de la Grèce. Paradoxalement, le premier effet de la sortie des pays les plus faibles de la zone euro pourrait à court terme produire un effet de baisse sur l'euro. Je dis que c'est paradoxal parce qu'en toute logique une sortie des pays les plus déficitaires ne pourrait que produire une balance excédentaire à l'échelle de la zone euro, ce qui au contraire devrait plutôt produire une hausse de la valeur de l'euro. Cependant, c'est sans compter sur l'irrationalité naturelle des marchés qui eux s'inquièterons d'une explosion définitive de la zone et donc se sépareront de leurs avoir en euro. Étrangement donc, la sortie de la Grèce de l'Espagne ou d'autres pourrait produire un repli de l'euro et un mouvement d'accalmis pour les pays membres les plus faibles restant, à l'image de la France ou de l'Italie.  Les pays sortants seront rapidement avantagés par des dévaluations importantes, la Grèce par exemple aurait besoin de retrouver un taux inférieur de 40% au taux actuel de l'euro. Ce qui pourrait nuire à la France et à l'Italie, mais comme l'euro pendant quelque temps devrait lui aussi baisser, les dégâts ne seront pas aussi importants que l'on pourrait le craindre. Non, le vrai problème viendra ensuite quand le marché aura compris que la zone euro grâce aux excédents allemands pourrait voir sa monnaie gonflée à des niveaux plus importants que ceux auxquels nous avons droit à l'heure actuelle. Qui sait où une zone euro sans l'Espagne, la Grèce, ou le Portugal pourrait voir sa monnaie grimper grimper 1,6 ou 1,7 $, voir plus. Là effectivement ce serait dramatique pour les derniers membres à déficit chronique de la zone euro.

 

On peut donc estimer dans ce cadre que la Grèce en sortant, si elle sort évidemment, pourrait nous donner une fenêtre d'ouverture idéale pour quitter l'euro sans provoquer trop de remous monétaires.  En effet si le taux de l'euro tombe à 1,2 ou 1,1 $ c'est un niveau dont la France peut tout à se satisfaire si l'on regarde historiquement l'évolution de la balance commerciale française en parallèle à l'évolution du niveau de notre monnaie face au dollar. Une sortie dans ces conditions nous permettrait d'éviter d'avoir à faire une trop forte dévaluation une fois en dehors de la zone euro. De quoi rassurer tous les imbéciles qui tremblent à l'idée d'une dévaluation. Cependant, cette fenêtre de tire, si elle se crée, ne sera que de courte durée, les marchés pouvant par la suite faire grimper l'euro à des niveaux totalement insupportables pour notre pays. Dans ce cas-là nous nous retrouverions avec les pays latins armés de monnaies sous-évaluées et un euro à des niveaux plus élevés qu'à l'heure actuelle. Nous serions alors dans la plus mauvaise situation qui soit pour sortir de la zone, même si ces conditions rendront dans le même temps encore plus insupportable le fait de rester dans la zone euro devenue une nouvelle zone Mark. Pour résumer si la Grèce sonne la fin de la récréation européiste, il faudra impérativement que la France la suive le plus vite possible si nous voulons minimiser les problèmes liés à cette transition.

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

Gilbert 12/06/2011 17:44



la fin d'un monde mais surtout le début d'un nouveau....



yann 09/05/2011 21:31



@Laurent Pinsolle


Ne sous-estime pas l'irrationalité des marchés, ils pourraient faire baisser pendant une longue période l'euro simplement par peur d'un éclatement de la zone. Cependant comme je l'ai écris d'un
point de vue strictement logique l'euro devrait grimper avec la sortie des PIGS de la zone.


 


@Emmanuel B


 Les grècques ne sont pas encore sortie ce n'est encore qu'une hypothèse ou peut-être un coup de bluff pour faire pression qui sait? Mais il est vrai que cela rassurerait peut-être nos
concitoyens. Pour ma part je pense qu'en fait le plus probable reste une éventuelle rupture de la part de l'Allemagne qui est aujourdh'ui le seul pays du continent a avoir encore une attitude de
nation. Et même si ce serait désastreux pour ce pays, la pression populaire pourrait engager l'Allemagne dans cette voie. Il faudrait que j'écrive un texte sur cette hypothèse d'ailleurs.


@valuebreak


Ce que vous dites est vrai mais il ne faut pas oublier les tensions intérieures. Un gouvernement ne peut pas indéfiniment faire pourrir une situation économique et les grècques ont déja montré
qu'ils pouvaient se mobiliser fortement.


 


@Damien


 Oui les chiffres espagnoles sont terrifiants. Mais même le chômage global du pays est incroyable il est à 22 ou 23 %  et c'est le taux officiel conçu pour minimiser les chiffres comme
on le fait en France. Le calme apparent de la société espagnole provient probablement du vieillissement du pays qui l'un des plus rapide au monde. Malgré une souffrance terrible la société civile
semble ne pas réagir ce qui confirme l'hypothèse todienne de paralysie par vieillissement.


 


@Olaf


 


Je suis toujours méfiant vis-à-vis des sondages. Sinon c'est probablement du à l'effet du conservatisme naturel des français. Ils préfèrent un situation catastrophique qu'il connaissent à une
situation moins catastrophique mais dont ils ne peuvent prévoir l'évolution. Ca doit provenir de notre foutu raisonnement cartésien, or de toute prévision possible point de salut.



olaf 09/05/2011 18:17



Il y a un hic, c'est que les français préfèrent l'euro :


http://www.leparisien.fr/economie/sondage-une-majorite-de-francais-souhaitent-garder-l-euro-09-05-2011-1441249.php



Damien 08/05/2011 22:39



Je suis surpris que ce taux hallucinant du chomage chez les jeunes espagnoles n'ait pas encore provoqué de "printemps latin " ou d'exode migratoire...effet coupe du monde ?eheh


L'effet balancier sur l'euro j'en avais jamais entendu parlé jusqu'a maintenant ,du coup je me demande si la BCE a envisagée ce cas de figure ?Et quelle genre de mesures elle pourrait adopter
pour y remedier ?



valuebreak 08/05/2011 19:38



bj à tous.


Yann, il y a un point que vous n'abordez pas ici, à savoir celui des IDE, qui peuvent améliorer largement une balance courante même avec une balance commerciale difficile.


pour la Grèce, depuis 3 ans, c'est la BCE qui se substitue aux IDE défaillants à coup de ligne de crédit à la banque centrale grecque, via le programme Target.


Si la Grèce choisissait de sortir de la zone € (et la raison principale en est le refus de la BCE de prolonger le système Target pour refiler le bébé aux conribuables européens), il serait
tentant pour elle d'ouvrir grand les bras aux chinois qui pourraient regonfler les IDE en Grèce, secteur chimie notamment.


Je doute que l'EU voit celà d'un bon oeil. Et donc l'EU préférera probablement avaler son chapeau et en rabattre sur la prétendue austérité imposée aux grecs. donc ré-échelonnement de la dette et
baisse des taux exigés ...


un autre paramètre, géopolitique celui là, pour le maintien de la Grèce en zone Euro : les US y ont une base militaire navale en crète. drôlement utile donc dans le conflit libyen .. argument de
poids pour les Grecs pour le maintien en UE


 


bon en résumé, je crois que la supposition grecque de "je sors de l'€" ressort du bien connu "retenez moi ou je fais un malheur". Que c'est le combat entre la BCE et les états de l'EU qui
décidera du maintien ou non de la Grèce en zone €. Que c'est la boite de Pandore vis à vis de l'Irlande et du Portugal ... que l'OTAN (càd les USA) va peser là dedans ...


bref : renégociation peu glorieuse en vue ... la suite dans un an ou deux quand on verra que ça suffit pas ...