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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 23:53

 

EURSS.pngLes médias qui ont largement soutenu François Hollande pendant la campagne continuent sur leur lancée en défendant inlassablement les politiques qu'ils pratiquent même si elles sont contradictoires avec les idées mêmes des médiacrates. Voici donc nos médias trouvant superbe une idée qu'ils rejetteraient immédiatement si elle était défendue à l'échelle française. Mais il est vrai que c'est le propre des religions que de ne pas voir les contradictions qui sont inscrites dans leurs propres raisonnements. Il suffit de sortir le mot magique Europe et alors tout devient merveilleux. Je crois que jamais le continent européen n'avait été à ce point religieux ce qui peut paraître paradoxal puisque bon nombre d'intellectuels s'inquiètent de l'effondrement des croyances collectives, politiques ou religieuses. La foi européenne dogmatique et folle est pourtant bien installée. On accepte tout en son nom, même l'abolition de la démocratie. Démocratie que l'on dit pourtant défendre grâce à l'UE. Ainsi nos médias et amis européistes se battent pour recevoir la pauvre Daw Aung San Suu Kyi, l'icône de nos pseudodémocrates pendant que l'on conduit le continent vers le totalitarisme bureaucratique.

 

On croit rêver. L'Europe aime la démocratie quand elle ne s'impose pas à elle, sinon c'est du populisme. En attendant, les difficultés s'amoncellent et le pauvre président français se comporte exactement comme je l'avais prévu lors de l'élection et même avant. Son fond intellectuel libéral et pro-européiste lui fait prendre le pire chemin imaginable pour le continent européen à court terme. En même temps, son dogmatisme, et son incapacité à comprendre l'évolution réelle des choses, font de lui le candidat idéal pour provoquer la dernière grande crise, celle qui poussera l'Allemagne a mettre fin à l'expérience digne de du monstre de Marie Shelley, la construction européenne. Car je le rappellerai ici, pour moi il n'y a aucune chance pour que l'Europe soit victime des élections. Le système est bien trop installé et violent pour pouvoir être brisé par une élection dans un état membre. Ce sont les intérêts contraires et les égoïsmes nationaux provoqués par les quelques restes de patriotisme en Europe qui permettront la mise à mort de ce golem monstrueux qu'est l'UE. Il faut rappeler d'ailleurs que les peuples d'Europe sont soumis à une propagande phénoménale visant à présenter toujours l'UE ou l'euro comme la seule voie possible. Dès les petites classes l'Europe c'est formidable et le nationalisme c'est la guerre. Comme à la grande époque de l'URSS nul ne peut imaginer l'écroulement de la superstructure postnationale et pourtant elle s'est effondrée. Il en ira de même pour l'UE, mais les chemins seront probablement différents de ceux de l'URSS.

 

L'apparente victoire de notre président sur la question du plan de relance est typiquement un mécanisme qui va nourrir la crise plutôt que l'arrêter. Car l'important ce n'est pas que Merkel, une dame aussi peu brillante que notre actuel président, ait cédé sur cette question. L'important c'est l'opinion allemande. Les Allemands jouent aujourd'hui le même rôle que la France dans les années 30, un pays dont Keynes disait qu'il était peuplé de petits paysans assis sur leurs tas d'or. Ils accumulent les excédants et sont obsédés par le maintien de la valeur de leur monnaie. Ils pratiquent ainsi des politiques déflationnistes aggravant la crise du continent. Ils sont également pétris d'un certain sentiment de supériorité qui les fera prendre toute politique de solidarité, ici avec les plans de relance, comme une spoliation de la richesse allemande. Je ne discute bien évidemment pas ici du bien-fondé de ce type de réaction, je constate juste que toute orientation allant vers plus de solidarité en Europe conduira à ce phénomène. De sorte que la victoire de Hollande ne fera que précipiter les Allemands vers un plus grand rejet de l'Europe, et ce alors même que le patronat de ce même pays a lui bien conscience de l’origine de la croissance allemande. À savoir qu'elle est elle même le fruit d'une politique de spoliation de la richesse de ses voisins par excédent commercial interposé. Mais nous savons bien que ce n'est guère leurs intérêts réels qui guident les hommes et les peuples, mais leurs croyances dans ce qu'ils pensent être leurs intérêts. La nuance est de taille. De fait, ce n'est pas par intérêt réel que les Allemands mettront fin à l'UE, mais par intérêt imaginaire produit de l'idéologie qui domine, l'idéologie libérale.

 

Les Allemands tout comme les Français sont idéologiquement libéraux. Ils pensent tout comme les Français que l'état doit dépenser moins et que la dépense publiques, ou la hausse des salaires sont les ennemis de la croissance. On n’effacera pas quarante ans de propagande libérale rapidement, la crise n'a d'ailleurs pas conduit à une destruction de l'idéologie libérale dans la tête de nos concitoyens, mais à la réaffirmation des principes libéraux. La plupart des Français sont ainsi contre toute hausse des dépenses publiques. Il en va de même en Allemagne et plus rares encore sont les citoyens qui remettent en cause la dette publique et son mécanisme absurde d’auto-engendrement par intérêt composé. Ainsi les pays latins sont-ils des laxistes qui méritent leur châtiment. Le fait que ces pays tout comme l'Irlande aient été les meilleurs élèves du néolibéralisme n'entame pas la foi de charbonnier de nos citoyens dans la Sainte Trinité des dépenses publiques minimales, du marché libre et de la modération salariale. Le plus drôle est que c'est cette croyance néolibérale qui est à la fois à l'origine de l'UE et qui va maintenant la tuer. Car si c'est au nom de l'efficacité des marchés et de la marginalisation de l'intervention étatique que l'Europe réelle a été fabriquée, c'est aussi au nom de la Sainte Trinité libérale que les Allemands voudront la peau de l'UE. Le pauvre Hollande pourra toujours psalmodier son discours profédéral au nom de la solidarité européenne, il y aura en face de lui le rouleau compresseur de l'idéologie libérale allemande et française. En ce cas, je dirai « vive le libéralisme » s'il peut nous débarrasser de la mécanique européenne. Tout comme le rouleau européen nous a imposé le libéralisme.

 

 

Un plan de relance Européen uniforme ne pourra jamais marcher

 

Mais vous me direz: « la relance çà peut marcher à l'échelle de l'Europe, c'est même Todd qui l'a dit ». Il se trouve qu'un plan de relance européen c'était l'idée subversive de Todd dans « Après l'Empire », mais à cette époque le continent n'avait pas les déficits commerciaux actuels. La Chine se suffisait alors de la carcasse américaine. Il faut bien voir que dans la tête de nos dirigeants cette relance ne pourra être qu'égalitaire. Le syndrome universaliste français interdisant la proposition d'un plan adapté aux économies locales et à leurs grands déséquilibres. De fait nous aurons un plan qui touchera tous les pays en particulier les plus sinistrés comme la Grèce ou l'Espagne. Le problème c'est que ces relances ne transformeront pas ces économies en pays productif. Et ce pour les mêmes raisons que les plans de relance aux USA n'ont jamais réparé le tissu industriel du pays. François Hollande avec son plan stupide me fait penser à un type qui essaierait de planter un clou avec une perceuse, la perceuse c'est un très bon outil, mais pas pour planter les clous. Il en va de même pour les plans de relance. Ils sont adaptés pour résoudre des problèmes de demande insuffisante lorsque l'appareil productif est fortement ralenti. Mais dans les pays latins comme en France d'ailleurs il n'y a plus de tissu industriel. Les problèmes de ces pays sont les déficits commerciaux dus aux importations. Un plan de relance seul ne fera qu'aggraver la situation.

 

Heureusement pour nous le plan de Hollande est totalement sous-dimensionné. C'est d'ailleurs la preuve que sa solution il n'y croit pas. Il suffit de voir les décisions prises sur l'emploi dans la fonction publique en France. Si Hollande pensait faire une relance réelle de la demande: pourquoi donc contracter l'emploi dans la fonction publique ? Sans parler de la ridicule hausse du SMIC. Hollande devait faire mumuse devant les caméras pour faire croire à son électorat qu'il faisait quelque chose. Je rappelle au passage que la hausse des salaires c'est encore mieux que les plans de relances surtout dans des pays aussi saturés que les nôtres d'infrastructures en tout genre. Pour stimuler réellement la demande, la hausse des salaires et celle du pouvoir d'achat sont les seuls mécanismes réellement probant. Mais évidement on se heurte ici directement à la question du libre-échange et de la mondialisation. Ce choix là Hollande l'a fait depuis bien longtemps. Il l'a même affirmé devant les caméras de télévision « les salariés français il s'en fiche ». Il ne peut pas y avoir de croissance tant que l'on considère le libre-échange comme une nécessité ontologique. On peut l'affirmer aujourd'hui pour les pays les plus avancés. Le libre-échange et la croissance sont exclusifs l'un de l'autre. Et ce n'est pas le ralentissement rapide de la croissance des BRICS qui va arranger les choses de ce point de vue.

 

 

Relancer la croissance

 

Pour fonctionner à minima un plan de relance européen devrait prendre en compte les grands déséquilibres qu'ils soient intraEuropéens ou extraEuropéens. Disons-le tout net. La première chose qui devrait être entreprise avant la relance serait une dévaluation massive couplée à une mise en place d'un protectionnisme européen. Deux choses qui sont impensables pour nos élites qui considèrent cela comme des ignominies. On le voit, un plan de relance réel et effectif à l'échelle de l'Europe aura bien du mal à commencer avec ces deux conditions indispensables à son fonctionnement. Sans une dévaluation et une forme de protectionnisme, la relance européenne fera exactement comme la relance US, une petite étincelle en Europe et une relance de la croissance en Asie où toute la demande sera absorbée à travers les excédents commerciaux qu'ils ont vis-à-vis de nous. Il suffit de regarder les courbes de croissance en Asie pour s'apercevoir que les plans de relance américains ont surtout fait croître leurs déficits commerciaux et la croissance chinoise. Il en ira de même en Europe.

 

Mais même ces précautions prises, nous aurons toujours le problème des déséquilibres internes à la zone euro. Un plan de relance appliquée à la Grèce accroitra les importations de ce pays plus que la production locale, car l'Allemagne et les pays de l'Est seront exclus des mesures de protection et de dévaluation. La seule solution en restant dans la zone euro serait alors une régulation du commerce interne de la zone euro. En permettant aux pays déficitaires de se protéger. Ou alors en faisant en sorte que la relance soit plus forte dans les pays excédentaires. Il faudrait donc un plan asymétrique et inégalitaire par essence. Paradoxalement, il faudrait que l'Allemagne fasse un plan de relance et augmente ses salaires. En espérant que cette relance tire les importations et rééquilibre les pays dont la balance est déficitaire avec elle. Nous entraînerions alors par ricochet les pays déficitaires. Cependant, je vois mal le président français, tout socialiste et égalitariste qu'il est, proposer un plan de relance et d'augmentation des salaires en Allemagne. Cela serait « injuste » pour les pays qui souffrent. Mais comme on dit, l'enfer est pavé de bonnes intentions. L'Europe est une idée qui pouvait séduire les générations qui ont vécu la guerre, mais le fait est qu'elle est la plus grande horreur que le continent a connue depuis la Seconde Guerre mondiale. Elle nous ramène la misère, les crises et peut-être demain la guerre. Tout comme le communisme elle voulait changer les peuples, changer le monde, elle l'a finalement défiguré. Il ne nous reste plus qu'à espérer que les Allemands soient suffisamment égoïstes pour mettre fin à notre agonie collective.

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

clovis simard 25/09/2012 13:40


Blog(fermaton.over-blog.com)No.2- THÉORÈME PISIX. - L'Évolution des idées.

Trubli 02/07/2012 22:30


Il y a deux types de relance :


la relance par la consommation

la relance par l'investissement



Dans le premier cas, je donne du pouvoir d'achat supplémentaire par les salaires ou les prestations sociales. 


Dans le second cas, je dépense de l'argent pour moderniser l'appareil productif, améliorer les infrastructures, financer la recherche, former la population.


Le premier cas de figure, a eu ces 30 dernières années, la préférence de la gauche compassionnelle. J'achète la paix sociale en creusant le déficit de la balance des transactions courantes. La
base électorale de la gauche compassionnelle est contente parce qu'elle peut continuer à consommer des produits importés, et les classes populaires sont calmées à coûts d'emplois jeunes, de
prestations sociales et d'assistantes sociales. 


Quant à la droite libérale, elle préfère creuser le déficit public, en sabrant les impots, pour affaiblir l'état. 

La Gaule 02/07/2012 04:09


Les déséquilibres externes ou internes de la zone euro sont bien les deux faces de la même pièce, ce qui renvoie d’ailleurs les
« alter » de toute obédience, sur la question de l’union européenne, dans le même bas de laine monétaire, si l’on peut dire.


Il me semble qu’Alphonse (Edgar, mais j’aime bien l’appeler Alphonse, cela fait vieux militant du PH, Parti de la Haine, ce qu’il adorerait
probablement), l’avait mieux exprimé que vous dans son billet du 22 mai dernier :


 


http://www.lalettrevolee.net/article-l-impasse-du-protectionnisme-europeen-ou-les-continents-forteresse-de-naomi-klein-105579350-comments.html#anchorComment


 


Mais je sais que c’est très dur « de rester le numéro un », Alain Bashung l’avait d’ailleurs magistralement chanté :


 


http://www.youtube.com/watch?v=K1mfIa4EyeM


 


L’Union européenne ne s’effondrera pas bien sûr par une quelconque voix légale, sauf si cette voix est allemande et qu’elle proclame :
« Cela suffit, tirons-nous vite ».


 Ailleurs, pas de danger, il n’y a plus que des préfets de province (par cooptation présidentielle)
et des commis aux écritures de préfecture (par cooptation législative).


 


Quant aux « intérêts contradictoires » et autres « égoïsmes nationaux », je vous trouve bien vague.


Les égoïsmes nationaux ne concernent de toute façon plus la France, où les intérêts contradictoires ont depuis longtemps phagocytés toutes les
couleuvres de la rancœur, le serpent de mer de la lutte des classes inclus.


A ce sujet, ce n’est pas par coup de foudre pour le libéralisme que les français plébiscitent (statistiquement s’entend) le gel des dépenses
sociales, mais bien parce qu’ils ne veulent plus raquer un radis pour « les autres ».


Vous devriez sortir humer l’air parfumé qui embaume certains blogs plus souvent.


« Les autres », de leur côté, ne demandent qu’à s’insurger contre ce casus belli du vivre ensemble.


Les apprentis sorciers -increvables piliers du bloc des centres libéral et raisonnable- qui ont tout fait jusqu’à présent pour diluer le social
et le national dans le sociétal ethnique- ne manqueront pas de verser une larme de crocodile sur ce grand vent de révolte légitime contre les idées des extrêmes.


Au besoin, ils demanderont un coup de main aux forces irrésistibles et désintéressées du vivre ensemble eurolandais (celle-là je la dois à
Biancheri).


 


Il reste la fuite dans les grands mythes, l’éternel retour, le « lève-toi et marche » des illustres cadavres. Même morte, la
république -brave fille- sera toujours prête à défiler de la Bastille à la Nation :


 


http://www.youtube.com/watch?v=GZwh7l1ZL1A


(Ne cherchez pas Pinsolle dans le défilé, il a trouvé que les nouveaux républicains des deux rives faisaient vraiment mauvais genre. En fait, il
n’a pas vu la nouvelle pancarte à l’entrée du Pont d’Austerlitz : Le Styx).


 


A ces réserves près, vous restez pour moi l’une des vedettes incontestées du rock artisanal, le seul qui compte. Rien à voir en tout cas avec
une vieille icône crachoteuse de la déjà ancienne New Wave comme Todd.


Une mine d’or d’analyse et une valeur sûre, à cette image :


 


http://www.youtube.com/watch?v=SifH-4E98R8


 


C’est à ce titre que je pars me zoner. A la prochaine attaque de train…

Di Girolamo 01/07/2012 20:28


Toujours intéressant parce qu'en complet décalage avec le discours ambiant ; manque toujours l'aspect écologique de mise en lien de l'économie  et la raréfaction des ressources énergétiques
, en matières première; en biodivertsité etc  Le monde physique a sa réalité et jusqu'à nouvel ordre l'ingéniosité humaine et la croissance économique en ont toujours dépendu rigoureusement.


On reste donc dans un système similaire , mais économiquement organisé différemment.