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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 16:25

  carte_danemark_fr.gifUne dépêche AFP vient d'annoncer que le petit pays des Vikings vient de valider à son parlement la remise  en place de ses douanes. On en avait parlé dans ce texte, le Danemark est ainsi le premier pays de l'UE à rompre avec la sainte liberté de circulation des hommes des marchandises et des capitaux. On peut dès lors se poser une question. Pourquoi est-ce que les danois ne sortent tout simplement pas de l'UE puisqu'ils ont décidé de rompre avec l'un des piliers de base de la construction européenne actuelle ? Cela montre également qu'un pays s'il le désire peut très bien prendre des décisions unilatérales au sein de l'UE et cela même si c'est contre l'avis de ses voisins. C'est d'autant plus remarquable que le Danemark n'est franchement pas un grand pays avec seulement 5.5 millions d'habitants. Si la sortie officielle de l'UE n'est pas pour tout de suite, on constate que l'on peut en réalité violer les traités sans que le ciel nous tombe sur la tête, comme le crois la majorité des français. Le temps ne s'arrêtera pas, si nous remettons des frontières. Et non une pluie de flamme ne viendra pas bruler nos maisons. Il est vrai cependant que le Danemark a eu l'intelligence de rester en dehors de l'euro ce qui facilite quand même les choses. 

 

L'UE n'a aucun pouvoir de contrainte réel

 

  Le Danemark met ici l'UE face au fait accompli et l'on rit déjà de l'énervement des bureaucrates bruxellois face à ce pays qui n'en est pas à sa première rébellion antieuropéenne. Rappelons-nous que les danois avaient eu la sagesse de ne pas ratifier le traité de Maastricht la première fois et que leurs élites tout aussi arrogantes que les nôtres les ont fait revoter pour qu'ils craquent. En effet, c'est en produisant  des changements cosmétiques que les élites ont fini  par faire voter "oui" au danois. Le pays par contre n'est pas rentré dans l'euro. Cet ancien mauvais élève retrouve donc ici son rôle historique de frein antieuropéen. Sauf que cette fois-ci il s'agit d'un retour en arrière, d'une véritable claque donnée à tous les européistes. On va pouvoir admirer également la force réelle de l'UE. Elle n'en a aucune et heureusement lorsque l'on voit avec quel dédain ses représentants traitent la démocratie. Nous aurions eu les chars sur Paris en 2005 vu les réactions folles, que le rejet du traité constitutionnel européen a alors produites. L'Europe n'a donc heureusement aucun moyen de rétorsion réel surtout sur un pays relativement peu dépendant de ses bonnes grâces économiques. La force de l'Europe tient surtout à l'adhésion des élites des pays membres bien plus qu'un d'un pouvoir réel. La légitime violence et le pouvoir de coercition ultime qu'est la force militaire restant aux mains des états nations qui ne sont pas allés jusqu'à remettre les clefs de l'armement aux bureaucrates bruxellois. De ce fait, il suffit que les élites locales changent d'avis pour que la formidable puissance bureaucratique de Bruxelles soit défaite. C'est véritablement un titan aux pieds d'argiles.

 

 

 936197-1110307 L'histoire semble maintenant s'accélérer et tout concourt à la destruction brutale de l'UE. Comme je l'avais expliqué dans mon texte précédent sur cette affaire au Danemark, il semble plus que probable que ce soit les pays les plus autonomes et les plus riches qui mettent fin à la construction européenne et non ceux qui souffrent le plus de ses effets macroéconomiques dévastateurs. La fin de l'Europe arrivera par le Nord en commençant par le Danemrk puis des pays comme la Suède. Cette dernière non membre de la zone euro se porte d'ailleurs à merveille, en effet le pays connait une croissance quasi asiatique cette année avec 6%. Pour un pays avec un niveau de vie aussi élevé, c'est spectaculaire. Là aussi la Suède nous montre que l'on peut être en dehors de l'euro et avoir un sacré dynamisme économique. Mais bien évidemment la vraie claque pour le système européen viendra de l'Allemagne. Même si le pays a bénéficié à court terme de l'euro et de la disparition des protections monétaires de ses voisins. La population allemande acceptera de moins en moins de payer pour ce qui lui semble être une affaire de mauvaise gestion. Le rejet de l'euro par les Allemands est d'ailleurs de plus en plus fort. Le magasine allemand, Der Spiegel, en a fait l'épatante démonstration, en consacrant pas moins de 25 pages à la fin de l'euro. Il n’y a en fait qu'en France où le débat reste confiné à un petit groupe d'intellectuels et de politiques minoritaires. Ailleurs, on parle ouvertement de la mauvaise structure monétaire que constitue l'euro. Les pays en crise comme la Grèce sont en fait bien mal placé pour mettre fin à cette énorme farce monétaire même s'il est certain que c'est bien leurs pays qui auraient le plus besoin d'une autre politique. Psychologiquement, les élites grecques sont dominées et persuadées qu'elles ne peuvent rien faire parce que justement elles croient à leur petitesse. À l'inverse les pays du nord, les grands gagnants de l'UE et de l'euro dans le cas de l'Allemagne, sont plus sûrs d'eux. Ils n'ont pas intérêt en fait à l'éclatement de l'Europe actuelle. Mais leur confiance en eux et leur méprise sur l'origine de leurs avantages, leur raison étant étouffée par une hubris commerciale démentielle, va les pousser à déconstruire l'Europe.

 

 

Il ne faut donc pas attendre grand-chose de la France ou des pays qui souffrent le plus de la construction européenne, c'est bien d'en haut de l'Allemagne, du Danemark ou de la Hollande que viendront les attaques les plus violentes contre la construction européenne. Car ces pays sont persuadés d'être victimes de la nullité des économies du sud. Même s'ils ne le disent pas ainsi. À l'inverse les élites des pays du sud ont une image bien trop dégradée de leur propre nation pour tenter des aventures en solitaires afin de mieux manœuvrer leur barque dans la chienlit de la mondialisation néolibérale. On est là dans le domaine de la psychologie des dirigeants, pour sortir de l'euro et des diverses mauvaises habitudes économiques qui nous détruisent, il faut au préalable disposer d'une certaine force psychologique. Il faut savoir où l'on veut aller et il faut avoir un minimum confiance en son propre pays. Ces conditions ne sont malheureusement pas réunies dans les pays du sud. C'est particulièrement vrai en France où les élites ont en plus une grande tradition d'autodénigrement national qui en fait une véritable particularité politique française. La peur maintient donc ces nations dans une politique économique qui manifestement les tue. C'est ainsi que l'on se retrouve avec le vote des pseudo-aides européennes qui ne sont en fait qu'une fuite en avant dans l'endettement, une fuite qui ne mènera nulle part puisque tout le monde a compris que la dette ne pourra jamais être remboursée dans sa totalité. L'on cherche ici surtout à protéger les banques privées de l'Allemagne et de la France sur le dos des Grecques et des contribuables européens.

 

 

Cette nouvelle du retour des frontières et des douanes au Danemark est probablement l'un des événements majeurs de cette année. La boite de pandore des protections et des frontières étant désormais ouverte on voit mal comment l'Europe pourrait empêcher d'autres nations de suivre la stratégie danoise. On remarque d'ailleurs que cela valide au passage la stratégie du fait accompli prôné par Jacques Sapir. En prenant des décisions unilatérales non seulement on retrouve rapidement des moyens d'action au niveau national, mais en plus on peut faire bouger la vieille Europe embourbée dans sa bureaucratie décadente. On peut espérer en effet que ce type d'action menée dans un pays aussi central que la France entrainerait des mouvements à travers toute l'Europe. Comme naguère, la politique de la chaise vide avait fait avancer les choses sur la question de l'agriculture et de la PAC. Les politiques unilatérales peuvent faire changer les choses là où la paperasse et les pseudoconcertations n'amènent que la stagnation et l'enlisement.

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

LaurentD 13/07/2011 15:14



Merci Yann pour la réponse.



yann 12/07/2011 22:09



@LaurentD


Je ne pense pas vu la raison de base de ce retour au frontière qui semble surtout motivé par des question de sécurité et de migration. Du moins officiellement. Mais ce n'est qu'un début rien ne
dit que cela n'ira pas dans un sens de contrôle des capitaux.



LaurentD 12/07/2011 19:41



Est ce que le Danemark remet en question la libre circulation des capitaux également??



yann 03/07/2011 21:31



@Jacques


Olaf a répondu à ma place.


@Olaf


Peut-être qu'à court terme c'est jouable pour l'Allemagne mais à long terme elle va souffrir si elle pense pouvori longtemps dominer dans les technologies de pointes. Je n'y crois pas une minute.
Dans dix ans la Chine dominera même les biens d'équipements c'est inéluctable que ce soit pour des raison démographique ou pour des raisons d'orientations scientifiques. Les jeunes chinois sont
nombreux à devenir ingénieur ou scientifiques. LA chine sera le coeur de la science mondiale durant au moins une génération avant que l'Inde ne la dépasse. Nous nous devrons copier pour ne pas
être totalement largué. Les pays occidentaux devrait regarder le nombre d'ingénieurs formé chaque année dans ces pays. Ils y réfléchiraient à deux fois avant de croire que nous pourront maintenir
notre avance, et c'est valable aussi pour l'Allemagne.


@A-J Holbecq


Les autres pays n'enverront pas leur armé il feront de même à mon avis .


@albert


J'avoue qu'on a pas trop de précisions sur la question. A premièe vue l'objectif d'origine était le contrôle des personnes. Mais ce qui est important à mon sens c'est le symbole et le choc
psychologique que cela engendre.


 



albert 02/07/2011 18:23



Il faudrait avoir plus d’informations sur ce retour des frontières au Danemark. Est-ce provisoire ? quel en est le motif ? Je crois
que les accords de Schengen permettent de restaurer les frontières momentanément, la France avait même failli le faire pour se protéger des Tunisiens qui voulaient entrer en France par l’Italie.
Ensuite, tous les pays européens ne sont pas signataires de Schengen, et il est tout de même beaucoup plus facile de remettre des frontières que de sortir de l’Euro.