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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 22:50

gaz-de-schiste.jpg

Vous vous souvenez qu'il y a quelques mois nous avions parlé de l'exploitation des gaz de schiste dans cet article. J'étais déjà sceptique quant à l'intérêt qu'il y avait à se lancer dans cette aventure. Notamment pour al bonne et simple raison que ces exploitations n'auraient qu'une durée limitée et qu'il faudrait tôt ou tard apprendre faire de l'énergie avec autre chose que des hydrocarbures. D'ailleurs, ces matières nobles et rares ne devraient être utilisées que dans des productions où elles sont indispensables et pour des activités plus nobles que le chauffage ou comme carburant. Et bien, il se trouve que le New York Times vient de donner un coup de matraque supplémentaire à cette technologie. En effet, il s'avère d'après les multiples ingénieurs indépendants qui ont étudié le sujet que le gaz de schiste est présent dans des quantités largement inférieures aux prévisions d'origine aux USA. Pour le NYT le gaz de schiste et son succès financier sont une nouvelle bulle prête à éclater, rien que çà. D'après l'un des spécialistes interrogés, les puits s'épuisent de moitié dès la première année, ce qui veut dire qu'il faut en creuser un autre  après seulement un an d'exploitation ce qui change complètement le coût de production.

 

 

Ceux qui espéraient faire du gaz de schiste une alternative même momentanée au gaz classique ou au pétrole peuvent donc revoir leur copie. Cet article du NYT est un argument supplémentaire pour la non-exploitation de ces technologies en France. Car le jeu n'en vaut vraiment pas la chandelle comme on dit. Si ce n'est pour tous les petits escrocs qui espéraient pouvoir surfer sur la bulle. Après le nucléaire civil à fukushima, on peut dire que cette année 2011 n'est pas seulement violente pour nos économies, mais aussi pour le secteur de l'énergie. Le marché a d'ailleurs une fois encore prouvé sa capacité à s'autoaveugler. Puisque bon nombre d'investisseurs ont englouti des sommes faramineuses dans un secteur qui risque en grande partie de ne pas être rentable, surtout s'il faut changer les puits tous les ans.

 

Le marché seul çà ne fonctionne pas

 

Le fait est que le marché s'est emballé tout seul sur ces techniques ignorant les avertissements de spécialistes qui mettaient en doute la viabilité de la chose, et surtout de sa rentabilité économique. Comme à chaque fois les forces financières laissées à elle même ont perdu leur rationalité qui n'existe que dans la tête des économistes libéraux. Ceux qui faisaient les études devaient certainement avoir intérêt à montrer les données sous un jour avantageux. La privatisation totale de l'expertise scientifique aux USA a dû faire le reste. On a oublié les vertus du secteur public dès qu'il s'agit d'avoir un avis scientifique indépendant. Comme dans le cas de la crise des subprimes les juges étaient aussi les acteurs de sorte qu'un système de corruption croisée poussait chaque acteur à truquer les chiffres ou à créer des mécanismes pour les cacher. Et ce afin que les prix et les investissements montent sans arrêt. Jusqu'au jour où la réalité revient violemment en faisant s'effondrer le marché qui s'est avéré largement surestimé. À chaque fois c'est la même chose, mais personne ne veut revenir sur cette conception des choix d'investissement.

 

La rentabilité à court terme produite par l'excès d'investissement a produit ici des dégâts très importants à l'écosystème américain. Sans parler du fait que cet argent n'a finalement pas servi à grand-chose puisque ce gaz de schiste n'aura fait que retarder de quelques années la nécessaire sortie de l'énergie hydrocarbonée. Il est temps que les états reprennent la commande des opérations en matière énergétique, car le marché seul ne fera que produire bulle sur bulle dans des secteurs, sans mesurer vraiment si ce qu'il fait est bénéfique pour l'intérêt général. Il n'a jamais été plus urgent qu'aujourd'hui de faire appel à un état stratège visant des retours sur investissement à plus long terme. Je rappelle sur ce sujet de l'énergie que vous pouvez toujours consacrer ce texte sur le pétrole à micro algue ou encore celui-ci consacré à l'énergie de fission au thorium.

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Published by Yann - dans écologie
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commentaires

gaz 24/02/2012 17:44


TANT MIEUX


 


car c est vraiment trop moche.

Jean-Louis Beaufils 08/07/2011 02:42



Yann, tout dépend à quelle échéance on se place.


Sur le court/moyen terme, le premier rapport officiel prédisant la fin du pétrole "dans vingt ans" date de 1914. Depuis, on nous prédit la même chose en permanence et il y a encore du pétrole.


 


Pourquoi? tout simplement parce que les réserves annoncées par les compagnies pétrolières correspondent à ce qui a été identifié dans les gisement en exploitation. Les gisements non encore
exploités pour quelque raison que ce soit ne sont pas comptabilisés. C'est par exemple le cas des gisements considérables présents en Alaska mais dont la mise en exploitation est aujourd'hui
interdite par l'agence de l'environnement américaine.


 


Les gisements de boues et sables bitumineux, économiquement rentables aujourd'hui et très supérieurs à tout le pétrole brut extrait depuis le début de l'industrie pétrolière, ne sont pas
comptabilisés non plus.


 


Il est vrai que tout cela n'est peut-être pas inépuisable. Ce n'est pas l'avis des russes qui pensent que le pétrole en nappes profondes est d'origine géologique et non biologique, ce qui semble
une hypothèse raisonnable dans la mesure où plus l'on creuse profond et plus on trouve de pétrole. Mais ce n'est qu'une hypothèse, controversée de surcroit.


 


Même si toutes ces réserves ne sont pas éternelles, elles correspondent plus - pour ce qui est aujourd'hui identifié - à 200 ans qu'à 20 ans de consommation. Le fameux pic pétrolier correspond
lui plus à une gestion des mises en exploitation privilégiant la hausse des cours sur les investissements, la demande de pétrole étant peu élastique au prix, il n'est pas dans l'intérêt des
pétroliers de dépenser des milliards d'euros pour augmenter une capacité de production qui freinerait la croissance de leurs marges.


 


200 ans, c'est long, très long. Le problème énergétique d'il y a 200 ans c'était la pénurie de bois dûe à la déforestation.


 


Il n'y a pas de pénurie de ressources énergétiques aujourd'hui, il y a pénurie d'investissements. On dispose de près de 400 ans de réserves d'uranium dans une hypothèse de croissance de la
demande d'électricité et de production de 80% de cette électricité par le nucléaire. Au moins 200 ans de réserves de pétrole et assimilés, et autant de charbon qui s'il ne sert plus à produire de
l'électricité peut être converti en pétrole.


 


En 200 ans on a le temps de construire des centrales solaires orbitales et de mettre au point la fusion nucléaire.


 


Il n'y a pas de problème énergétique réel, sauf à le créer sciemment ou par bêtise.



La Gaule 04/07/2011 02:52



Yann, votre sagesse vous honore mais je constate aussi que ni Al gore, ni Arthus Bertrand, ni Cécile Duflot et bien d’autres ne sont pas non plus
des climatologues, ce qui ne les empêche pas eux de trancher. Là où il est encore impossible de se prononcer entre des travaux scientifiques qui sont tous de très haute valeur, il est par contre
déjà possible de récuser le dogmatisme de certains politiques au bénéfice du doute.


 


@ Olaf


 


Ce qui me fascine chez tous ces inventeurs, chercheurs, bricoleurs, du haut en bas de la gamme prométhéenne, c’est leur évidente faculté de
pouvoir encore s’émerveiller par la connaissance. Cette capacité d’émerveillement est désormais morte autant chez nos compositeurs compulsifs, que nos artistes de la banalité ou nos romanciers
nombrilistes. Là où elle existait encore il n’y a pas si longtemps. C’est surtout à ce niveau là qu’il n’y a plus que le marché qui compte.



yann 03/07/2011 21:23



@La Gaule

C'est intéressant comme théorie, mais n'étant pas climatologue j'aurai bien du mal à trancher. Cependant il est évident pour moi que le soleil est un facteur extrêmement important du climat
terrestre. Ses cycles semblent effectivement avoir une forte corrélation avec les évolutions du climat à plus ou moins long terme.



@olaf

Oui l'état peut se trompé, il s'est trompé avec le plan calcul et Bull par exemple. Je ne suis pas pour le tout état, l'état doit encourager les initiative individuel et parfois faire jouer la
concurrence. Mais pas tout le temps, c'est une affaire de dosage. PAr contre les instituts de mesure et d'approbation scientifiques doivent impérativement être indépendant de toute pression
économique ou relationnel, donc être public ce qui n'est pas toujours le cas.

@Jean-Louis Beaufils

 Autant que je sache même l'AIE reconnait l'épuisement du pétrole et des hydrocarbures. Le pic de Hubbert n'est pas un fantasme. Les nouvelles techniques ne feront que retarder l'échéance et
de toute façon nous avons besoin de beaucoup plus d'énergie si la Chine et l'Inde doivent atteindre notre niveau de vie. Mais il y a d'autres pistes tout à fait viables à plus ou moins longue
échéance. Et puis la France de toute manière, a intérêt à développer des énergies qui la rendent vraiment indépendante.



Jean-Louis Beaufils 03/07/2011 14:15



La fin des hydrocarbures? alors qu'il y des centaines d'années de réserves dans les boues et sables bitumineux du Canada, de la Sibérie et d'Israël - pour ne citer que les zones qui me viennent à
l'esprit?


Et avec des coûts de production en baisse constante depuis que des chercheurs se penchent sérieusement sur le sujet: cf http://opinion.financialpost.com/2011/06/10/israels-new-energy/