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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 19:40

irlande.jpgUn seul chiffre 32%, c'est le déficit irlandais pour 2010, je ne parle pas de la dette publique, mais bien du déficit courant sur cette seule année. Un déficit fabriqué directement pour sauver le système bancaire, il n'y a guère de plus grande démonstration de privatisation des gains et socialisation des pertes. Le gouvernement irlandais aura bien du mal à cacher  pour qui il travail, c'est maintenant manifeste, du moins c'est ce que la population va croire. Dans les faits le gouvernement irlandais ne fait que rester dans un cadre qu'il croit indépassable. L'apparente liaison incestueuse qu'il y a ente les états et le système bancaire provient du fait qu'un état ne peut en aucun cas laisser le système bancaire s'effondrer. Or nos états ont renoncé depuis longtemps à émettre des crédits publiques, ils se sont, de fait, dépossédés des moyens pour faire des politiques publiques non contraintes par le système financier international. En cas de crise monétaire et financière, comme celle qu'ont subi les banques dernièrement, les états auraient dû nationaliser le système  bancaire pour stabiliser la situation et éviter une panique des épargnants, situation dommageable pour l'économie. Ils n'en ont rien fait, car ils n'en avaient pas les moyens financiers, puisque eux mêmes doivent emprunter sur les marchés pour pouvoir faire des dépenses exceptionnelles.  Les états ont donc dû emprunter l'argent qu'ils ont investi dans les banques, et le résultat nous le connaissons c'est une explosion des dettes publiques qui ont transféré le coût de la crise financière sur le dos des états. A cela s'ajoute bien sûr les effets de la crise, elle même, qui en érodant les recettes fiscales, a accru les déficits publiques des pays développés.

 

          Les liens incestueux que croit percevoir le publique est en fait le résultat d'un système de croyance et d'organisation qui ne pouvait en aucun cas survivre à une crise grave. Et l'Irlande est exemplaire en la matière, voilà un pays qui a connu une croissance économique de type asiatique ces 15 dernières années. Ce pays était un vrai paradis fiscal, et accueillait sur son sol des entreprises de pointe qui y produisaient des emplois très qualifiés. L'Irlande bénéficiait de son coût de main d'oeuvre faible, couplé à la proximité d'un grand marché complètement ouvert l'Europe. Avec sa fiscalité très basse l'Irlande a pu croitre à un rythme délirant de plus de 8% par an. Mais le tigre celtique était complètement dépendant de ses exportations, de sa bulle financière et immobilière, il était un parasite sur le dos de l'Europe, or il est évident qu'un parasite ne peut survivre à son hôte. Quand la crise mondiale a éclaté, il était naturel que les principaux bénéficiaires de la mondialisation néolibérale pâtissent en premier des effets de la crise. Ce fut donc le cas des grands pays exportateurs comme l'Allemagne, la Chine ou pire le Japon, mais aussi des petits comme l'Irlande. L'économie de ce pays est devenue complètement extravertie, à l'image de l'Islande, l'économie y est déconnectée des capacités et des besoins locaux réels.C'est une économie hors sol, un peu comme ces pays du tiers-monde qui développent des agricultures exportatrices et qui sont, au final, incapable de nourrir leur propre population. Les exportations enrichissent une partie de la population au détriment d'une autre, et contrairement à la théorie, l'amplification du PIB  qui en résulte ne bénéficie pas à tous bien, au contraire.  L'Irlande nous montre le danger mortel, qu'il y a à développer une structure économique complètement dépendante de l'extérieur que ce soit par les exportations ou par ses importations. La réalité est ainsi faite que l'interdépendance accroit peut-être la richesse, du moins à court terme, mais fait s'amplifier exponentiellement les dangers.  Il faut se poser la question, au final ne vaut-il pas mieux une croissance plus lente mais plus équilibrer?

 

  Car la pseudo-croissance des années fastes du néolibéralisme a eu de graves conséquences sur la structure sociale irlandaise. Là où la population se contentait des produits locaux , on s'est mis à avoir des goûts de luxe, à importer des denrées. Les anciens producteurs ont périclité remplacé par l'importation, ce n'était pas grave puisque les nouveaux secteurs hitech permettaient d'équilibrer la balance commerciale et même d'avoir des excédents. La formation des jeunes s'est spécialisée dans les métiers qui étaient porteurs à la grande époque, et bien peu de ces jeunes aujourd'hui voudront reprendre la pêche ou les métiers qui existaient avant la grande croissance.  C'est d'ailleurs la même situation en Islande, il est dur de perdre des habitudes qui vous ont conduit à la facilité. Les secteurs hypertrophiés de la finance, des services, et des industries exportatrices hitech, devront se rétracter et ne retrouveront jamais leur taille excessive en regard du poids de ce pays. D'autant que à court terme, l'Europe et les USA vont entrer dans une phase de compression des dépenses publiques dans le but complètement fou de rembourser leurs dettes respectives. Donc la stratégie de l'Irlande qui consiste à améliorer l'économie par les exportations va  être en contradiction avec les politiques des zones vers laquelle elle exporte. Si la zone euro réduit sa demande intérieure ont ne voit pas comme les exportations irlandaises pourraient augmenter. Mais l'Irlande dont le tissu industriel et économique est tout entier tourner vers l'extérieur ne voit pas d'autre solutions. En effet elle a ce que l'on pourrait appeler un problème de découplage industriel  endogènique , il y a une divergence entre ce qu'elle produit et ce qu'elle consomme du fait de sa sur-spécialisation économique. C'est le prix extrêmement lourd à payer pour faire partie de la mondialisation, les pays importateurs perdent leur indépendance, mais les pays exportateurs aussi. Faire partie de la mondialisation c'est perdre sa liberté fondamentale de faire des politiques macroéconomiques de régulation keynésienne.  Ainsi sorte que si l'Irlande relance sa demande intérieure ses capacités de production ne seront pas pour autant employées. Par contre d'autres secteurs entreront sous tension et la relance pourrait produire de l'hyperinflation dans certains secteurs, pendant que les producteurs spécialisés dans l'exportation ne repartiront pas  car le marché locale sera insuffisant pour employer tout la capacité de production. L'inadéquation entre ce que que le marché locale peut produire et ce que le marché locale veut et peut consommer est la maladie au stade terminale des pays trop spécialiser dans l'exportation. L'Irlande a mon avis ne fait que nous montrer ce qui arrivera à l'Allemagne lorsque celle-ci sera sans marché d'exportation et que l'UE aura implosé.

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

yann 04/10/2010 22:04



@Joe


 


A croire que mes commentaires sont plus interessant que mes textes sur mon blog. Sinon le texte de reversus aligne les
poncifs du genre, en réalité sans le protectionnisme qui a permis le découplage des économies, les états n'auraient pas pu relancer la machine. Le protectionnisme fut une réponse aux conséquences
d'une libéralisation excessive rendant impossible toute forme de régulation économique. Nous sommes effectivement exactement dans la même situation, mais au lieu de condamné le libre-échange qui
nous a conduit à la catastrophe, on tape sur le seul mécanisme qui puisse permettre le retour d'une croissance saine. C'est incroyable le nombre de pseudo-alternatifs qui chérissent les causes
des catastrophes qu'ils prétendent combattre.



Joe Liqueur 03/10/2010 11:42



J'approuve, cela rejoint en effet ce que dit Malakine dans son dernier billet (au
fait vos commentaires là-bas sont très intéressants), et je trouve que c'est aussi une bonne réponse au dernier billet de Reversus…