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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 18:21

  parabolemulticolor.jpgAvez vous déjà remarqué le nombre d'antennes satellites présentent sur les immeubles modernes? Ne vous êtes vous jamais posés la question de savoir si avoir une antenne par appartement n'était pas  finalement idiot? En effet une seule antenne et des répétiteurs suffiraient à alimenter tout les appartements de l'immeuble moyennant l'usage d'un répétiteur de signal. Je dis cela parce que j'ai toujours trouvé incroyablement moche ces antennes, toutes tournées dans la même direction. Dans les grands ensembles tel que les HLM cela saute littéralement aux yeux et pour cause il y en a partout, comme sur l'image de l'article, même si celles-ci sont colorées. C'est en un sens représentatif du modèle économique qui s'est imposé ces trente dernières années. Lorsque la France s'est équipée pour recevoir la télévision hertzienne tout le monde aurait trouvé incongrue le fait d'avoir une antenne hertzienne par appartement. Dans la France gaulliste on cherchait l'efficacité collective, si la construction d'une seule antenne pouvait fournir l'accès pour tous de la petite lucarne alors à quoi bon en construire plusieurs. C'est ainsi que les appartements des immeubles recevaient chacun leur prise liée à l'antenne collective de l'immeuble.

 

            Les antennes satellites sont apparues dans une période économiquement à l'opposé de celle des trente glorieuses, les années 90. On ne cherchait déjà plus l'efficacité collective, mais la maximisation de la consommation individuelle quel qu'en soit le prix et le gaspillage collectif. Comment l'économie, la science économique qui prétend  faire de la science avec toute la rigueur à laquelle ce principe doit se référer, a-t-elle pu aboutir à une logique où une consommation gaspilleuse soit considérée comme économique plus efficiente car fondé sur le désir individuel. Comment ne pas voir que l'argent qui aurait pu être économisé en achetant des antennes collectives aurait pu servir à autre chose. Nous avons là l'exemple parfait de l'inefficacité des mécanismes économiques  purement individualistes. On peut voir la même chose pour des secteurs comme la santé par exemple, on sait que les assurances publiques et collectives comme la Sécu sont largement plus économique que les systèmes privés fondés sur les choix individuels  comme aux USA.  Et pour cause on fait une économie liée à l'effet classique révélé par Adam Smith lui même, celui de la division du travail. On pourrait également épiloguer sur l'inefficacité totale des systèmes de retraite par capitalisation, dont le fonctionnement est à des années lumière du fonctionnement réel de l'économie et du transfère entre génération. Au moment où nous doutons de notre système collectif regardons, un peu la catastrophe des retraites par capitalisation en Grande-Bretagne ou aux USA. La retraite par répartition collective est infiniment supérieure aux systèmes de ces pays quoiqu'en pense notre président et son frère... Plus le travail est large et partagé, plus il est efficace. On réduit les coûts individuels grâce aux économies d'échelles.  Je parle ici bien sûr à l'intérieur d'un cadre nationale, où l'esprit collectif peut exister ainsi que les solidarités qui lui sont attachées, ou plutôt, qui lui étaient attachées vue l'évolution catastrophique des mentalités sur ce plan.

 

    Le seul intérêt que l'on peut avoir dans la privatisation et le fonctionnement des marchés c'est l'innovation, le changement de paradigme produit par la rapidité des transformations de structures et de productions. Après guerre nos anciens ont eu bien du mal à choisir un système d'organisation qui soit à la fois plus efficace et plus juste que l'ancien. Les gaullistes et les communistes membre du CNR ont du fortement se disputer pour voir dans quel orientation le pays pourrait éviter à l'avenir les problèmes inhérents au tout collectif ou au tout marché.  Ils ont alors tranché, et défini les monopoles publiques comme étant le fruit de la contrainte technique, on parlait de monopoles publiques naturels. Le reste était laissé au jeu du marché dans un cadre tout de même réguler pour permettre une concurrence saine, c'est à dire dans laquelle on évitait la formation de monopoles ou d'oligopoles privés. L'état servait d'arbitre au marché pour lui permettre d'éviter la loi de la jungle que nous connaissons aujourd'hui.

 

Individualisme et richesse comptable

 

      Les solutions employés après guerre ont été lentement abandonnés, le départ des anciennes générations et la monté de la génération 68, plus individualiste, a lentement remis en cause l'organisation collective, de plus en plus considérée comme une contrainte pour la liberté individuelle. Le résultat nous l'avons aujourd'hui, la destruction du système sociale, de l'état , la remise en cause de l'impôt et ces antennes horribles présentent partout, qui sont les symptômes de l'époque. Nous pourrions y ajouter l'éclatement familiale, tout le monde veut vivre séparément même les couples aujourd'hui se mettent à vivre séparément c'est dire l'évolution. Au rythme où cela va les gens n'arriverons même plus à vivre avec eux même. Tout ceci est bien sûr bon pour le commerce parce que deux individus vivants séparément consommeront à l'unité plus qu'un couple, rien que le loyer et la nourriture représentent une charge plus légère lorsque l'on partage avec autrui.  

 

      Le paradoxe c'est que cette inefficacité réel semble nourrir le PIB et donc accroitre la richesse, du moins d'un point de vue comptable.  Bon nombre des effets collatéraux de ces mécanismes de consommation individualistes n'étant pas comptabilisés, le système semble enrichir la population alors qu'en fait il l'appauvrit. A l'image de ces services qui naissent de l'éclatement familiale. Là où le grand père gardait les enfants quand les parents étaient occupés, nous avons une garderie payante ou une nounou pour les plus aisés. La solution du grand père était économique non comptabilisé, alors que la garderie, elle, l'est. Puisque le moderne met son vieux à la maison de retraite et fait garder ses enfants par des inconnus, ce manque d'humanité, de solidarité collective a produit une hausse du PIB prodigieuse. Nous sommes numérairement plus riche de notre appauvrissement sociale. Ce que nous perdons de relations humaines directes, nous le transformons en richesse comptable. La prostitution fait grimper le PIB, pas l'amour. La délinquance enrichit le PIB par ses destructions nécessitant la reconstruction alors que la bienséance le fait stagner. Ainsi l'entre-aide, le don, sont nuls économiquement, l'égoïsme et la solitude sont eux  pleinement profitables et font exploser la consommation et la croissance. Je crois qu'une bonne part de l'efficacité économique d'un pays provient de toutes ces relations sociales impossibles à numériser, à comptabiliser. Si nous pouvions les mesurer je suis certains que nous nous retrouverions nettement moins riche qu'il y a trente ans. 

 

    Pour sortir de la crise il ne faudra pas seulement changer de politique économique, il faudra sortir de l'économisme. Il faudra réapprendre à penser sans l'économie, du moins sans l'économie telle que nous l'avons pensé jusqu'à présent. Nous devons arrêter de ne mesurer la richesse qu'en terme comptable. Nous devons réapprendre la complexité de la réalité celle-ci ne peut pas être résumé à quelques chiffres ou quelques tableaux. Il nous également nous reposer la question du pourquoi, et plus simplement du comment. Réapprendre également à vivre avec les autres et avec les contraintes que cela suscite. Car la société individualiste qui maximise la consommation est derrière nous, elle n'a pas d'avenir ne serait qu'à cause de l'épuisement des matières premières, la consommation va devoir être limité. Il faudra donc retrouver une certaine efficacité dans cette consommation, efficacité qui passera nécessairement par plus de collectif. En fait nous devons, nous occidentaux, nous reciviliser et réapprendre ce que nos ancêtres trouvaient naturelle, le bien commun et l'action collective.     

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

yann 29/10/2010 21:07



@RST


Et bien moi j'ai du mal à commenter les commentaires chacun son truc.


Sinon moi qui ne suis toujours pas inscrit à  fesse bouc, tu a peut-être des nouvelles de Malakine. Il a supprimé son dernier texte et semble s'être fâché sur les commentaires mais je n'en
sais pas plus.


 


@xavier


Ne vous inquiétez pas même si il n'y avait pas de commentaire je continuerai à écrire histoire de mettre mes idées au clair. Mais que cela ne vous encourage pas à la fainéantise quand même.
 Et quand j'en aurai mare j'arrêterai qu'il y est des commentaires ou pas.


@La Gaule


Je ne crois pas non plus à des agrégats même sophistiqués et basé sur de bonnes idées c'est trop subjectif. L'économie devrait s'en tenir à des trucs très terre à terre, il nous faut tant de
tonnes d'aciers démerdons nous pour les produire. Le reste il faut le laisser aux philosophes et aux écrivains. L'économie doit juste revenir à ses fondement, avant les économiste utiliser les
quantité de production. Le pays avait tant de besoin, il fallait les remplir et puis c'est tout.L'économie doit redevenir ce qui permet de faire des politique et non être la politique elle même.


On doit investir dans l'homme pour l'homme et non pour l'économie ou la croissance. La laideur des villes modernes, la destruction de la création artistique et des sciences sont le résultat de
cet esprit de banquier comme le décrivait Keynes. L'économie doit redevenir la dernière roue du carrosse, la vulgaire intendance qui doit suivre comme disait le général. 


 


Sur les retraites je répond dans mon prochain texte.


 


@valuebreak


Pareil les retraites c'est au prochain texte que je vous réponds.


@Stan


Il y a énormément de choses qui ne sont pas mesuré par le PIB. La façon dont on éduque les enfants qui ne dépend pas que de la quantité d'argent que l'on dépense par exemple. La gentillesse et
l'entre-aide qui va faire basculer bon nombre de destins individuels. Tout çà ce n'est pas mesurable, cela fait pourtant partie de l'économie et c'est même essentiel. Un amis qui te tend la main,
une bonne relation familiale et la vie peut être changé. La famille joue d'ailleurs un rôle très important dans la production économique, la Chine par exemple s'appuie sur la solidarité familiale
dans ses PME, même chose en Allemagne. Rare sont les destins réellement individuels même si les parvenues chante souvent les seules louages de leurs propres talent, oubliant tous ceux qui leur on
permis d'être là où ils sont.


 


LE PIB ne représente que ce qui est monétisé par l'échange marchand tout le reste est laissé de coté. Il ne représente donc qu'une fraction de ce qui fait la société. La curiosité qui pousse un
chercheur à agir tu la mesure comment? La passion de la musique qui fait un musicien ? Et la joie de vivre? Pourquoi nos pays si riches font-ils si peu d'enfants? Sommes nous si riche que cela
pour autant en baver? 



RST 28/10/2010 19:24



« Le paradoxe des antennes » aussi connu sous l’appellation « Le paradoxe de Yann » :


 « Nous sommes numérairement plus riche de notre appauvrissement
sociale »


Désolé mais c’est tout ce que j’ai trouvé à écrire pour commenter ce texte excellent.


Malakine ne se rend pas compte combien c’est dur le métier de commentateur. Tu as vu qu’il a fermé les commentaires sur son
blog ?



Stan 28/10/2010 18:39



Il est clair que le PIB a énormément de défault. On a remis un rapport à Sarkozy pour en finir avec cet indicateur et se pencher sur d'autres comme l'IDH. C'est Stiglitz je crois d'ailleurs. Ou
Galbraith. Bref je pense que tu le sauras. Mais en tout état de cause, les exemples de limites sont nombreux : Consommation d'antidepresseurs, embouteillage font grimper le PIB mais pas le
bien-être. En réalité, le PIB est un indicateur pûrement comptable qui permet de recenser les richesses créées par les entreprises françaises. Après qu'elles fabriquent de l'Arsenic ou des
fraises, ça ne le regarde pas.


Néanmoins, il reste un indicateur important dans la mesure ou le SMIC par exemple dépend de lui. En plus, il indique la bonne santé d'une économie, et d'une économie seulement. Donc le PIB a de
l'importance que parce que nous sommes dans un climat ou l'homme est au service de l'économie. C'est d'ailleurs l'économisme dont tu parles : tout est économique. Donc tout est PIB, au final...



valuebreak 28/10/2010 09:21



bonjour à tous.


 


excellent paragraphe sur le PIB ...


je partage le bémol émis par La Gaule sur l'efficacité de la répartition, aainsi d'ailleurs que sur "la solidarité entre générations" régulièrement mise en avant pour défendre ce système. si les
anciens avaient besoin de subsides provenant des actifs en 1941, ce n'est plus le cas désormais puisqu'ils ont un revenu moyen supérieur de 6% à celui des actifs (je me demande de  combien
plus par rapport à celui des jeunes actifs ..), et qu'ils ont un patrimoine équivalent à celui des 40-60 ans ...


certains libéraux ont une idée de système de retraite que j'aime bien, à savoir qu'on consacrerait chaque année un % défini de la masse salariale réelle aux retraites. il n'y aurait jamais par
définition ni déficit ni excédent, et les vieux comme les jeunes bénéficieraient des bonnes années et souffriraient les mauvaises ... 



La Gaule 28/10/2010 01:38



Vous parlez de l’amour en particulier (mais le divorce comme la prostitution fait monter le PIB, donc divorçons tous les mois !) et des
relations humaines en général (les homicides par arme à feu sont également à mettre au crédit du PIB, donc mort à aux voisins !) et vous mettez bien le doigt sur l’inutilité de toute théorie
quantitative lorsqu’il s’agit de mesurer ce que nous sommes déjà bien maladroits à conceptualiser : qu’est-ce qui fait la cohésion d’une société et qu’est-ce qui vaut vraiment la peine que
l’on y vive ? En tout cas, le seul souci de rentabilité est impuissant à répondre à des questions aussi fondamentales.


Pour sortir de l’économisme il ne faudra donc pas trop s’égarer non plus du côté d’une improbable « révolution des agrégats » visant à
intégrer à la chèvre des anciens le chou symbolique de tout ce qui n’a rien à y faire. Je suis par exemple plutôt sceptique sur la fiabilité du fameux « indice de développement
humain », concocté aux nations unies sous l’impulsion d’Amartya Sen, l’un de ces gentils économistes prêt à battre éternellement le pavé de toutes les bonnes intentions.


Vous rejoignez finalement l’interrogation d’Hervé Juvin : Quelle stratégie adopter après avoir livré sans retenue depuis un demi-siècle
toutes les clés de la machinerie humaine à la seule économie ? Le drame est que les générations actuellement en vie, sinon aux commandes de la société, et qui ont toutes été élevées
(dressées) dans ce paradigme, vont devoir prendre pour la première fois depuis très longtemps des décisions capitales non pas seulement malgré l’économie, mais aussi contre elle. Elles sont très
mal préparées pour le faire.


 


Juste un bémol sur votre allusion à l’efficacité des systèmes de retraite par répartition (c’est d’actualité). Dans un contexte de libre échange
globalisé, il me semble que cette efficacité est à peu aussi nulle que celle des systèmes par capitalisation, avec peut-être la différence que l’état sera un meilleur filet de sécurité pour
assurer la soupe populaire des vieux et la propreté des dortoirs collectifs. Par des canaux à peine différents (l’intermédiation de l’état fait juste en principe défaut dans le système par
capitalisation) les deux systèmes concourent également à renforcer les gros nuages de la dette et les jet-streams obligataires qui hurlent au dessus de nos têtes.