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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 16:40

Le_Malade_imaginaire.jpg

L'Europe ne perd jamais de temps à révéler ses vraies intentions. Vous pensez que la construction européenne cherche sérieusement un moyen de sortir les peuples d'Europe de la crise? Et bien vous vous trompiez. En réalité, l'Europe, et l'idéologie qui la mène ne cherche qu'une seule chose. Utiliser au maximum la crise pour justifier de plus en plus la démolition du niveau de vie de la population la plus pauvre. Car il faut être complètement demeuré pour croire que dans une crise de surproduction et de demande neurasthénique la baisse des salaires soit une solution appropriée. Vouloir étendre les politiques allemandes suicidaires en matière de demande intérieure ne pourra en définitive que produire un effondrement général de la solvabilité des ménages et donc un effondrement de la demande. C'est pourtant bien ce que réclame aujourd'hui l'Europe. Partout elle veut la saignée quitte à provoquer une hémorragie fatale au patient qu'elle est censée soigner.

 

C'est à se demander ce que cherchent à provoquer les "élites" qui dirigent aujourd'hui le continent. Il est vrai que leurs croyances sont en règle générale fondées de telle sorte que leurs politiques ne puissent nuire à leur propre milieu économique. L'atmosphère idéologique de nos élites étant essentiellement mue par l'intérêt de leur propre classe sociale. La crise ne saurait résulter de leurs choix politiques ou de leurs orientations macroéconomiques. Mais uniquement des choix des classes sociales qui pourtant sont dominées et ne choisissent pas les politiques en vigueur. On parle souvent de bouc émissaire lorsque l'on traite des sujets de l'immigration et des problèmes que cela soulève dans nos sociétés. Les problèmes que provoque l'immigration sont pourtant souvent bien réels. L'idée que cette question serve d'échappatoire aux autres questions est  donc partiellement fausse. Par contre, l'acharnement sur les classes pauvres et les soi-disant assistés qui ne représentent en réalité qu'un pourcentage ridicule du PIB, voilà bien un phénomène de bouc émissaire qui vise à dédouaner les élites économiques de leur choix.

 

Si l'euro n'est pas viable, ce n'est pas la faute aux Smicards français, ou aux chômeurs grecs. Ils n'y sont pour rien eux si leurs dirigeants ont organisé une monnaie unique totalement en contradiction avec le bon sens élémentaire. Quant au coût présumé des salaires, c'est oublier bien vite le prix que représente le système financier actuel sur les entreprises. Parce qu'il ne faudrait tout de même pas oublier qu'aujourd'hui ce sont bien les entreprises qui financent la bourse et non l'inverse. De sorte que la finance et ses prétentions de rémunération pèsent de plus en plus lourd sur les épaules de nos entreprises. Ce sont des coûts qui sont d'autant plus dommageables que contrairement aux salariées les rentiers et les actionnaires n'ont aucune utilité pratique pour faire fonctionner les entreprises qu'ils ponctionnent. S'il existe une définition du parasitisme c'est bien la finance qui y correspond le mieux, elle prend sans rendre. Il est donc étrange que pour améliorer la sacro-sainte compétitivité ce soit toujours les salariés qui soient mis à contribution alors que leur part n'a cessé de décroitre ces trente dernières années dans la richesse. C'est bien la finance qui a accru son poids de façon délirante. Limité les rendements d’investissement serait par exemple une bien meilleure politique pour améliorer les comptes d’entreprises que de baisser les salaires comme le souhaite la commission européenne sans oser le dire.



C'est d'autant plus vrai que la baisse des salaires va comprimer un peu plus la demande donc in fine la profitabilité des entreprises. Alors que la baisse des rendements des actions ou des gains financiers n'aura aucun impact sur la consommation. En effet, ces catégories de la population étant, soit pingre, soit largement repues, toute augmentation de leur revenu se traduit juste par une augmentation de leur épargne. On en conclut fort logiquement que la baisse de leur rendement actionnariale n'aura que peu d'effet sur la consommation globale du pays. Plus on est riche et moins la propension à consommer est forte, donc plus on a tendance à épargner le revenu supplémentaire. À l'inverse les pauvres consacrent une plus grande part de leur revenu à l'augmentation de leur pouvoir d'achat. C'est ce qui explique qu'un plan de relance, pour être efficace, doit avant tous se centrer sur les revenus les plus faibles. Car c'est la partie de la population qui remet la plus forte proportion de son revenu dans l'échange économique plutôt que de le stériliser dans l'épargne. J'espère avoir bien expliqué ainsi en quoi la proposition de la commission européenne est particulièrement idiote.

 

La France la mauvaise élève de l'inégalité occidentale

 

Mais cette fixation sur les salaires français a peut-être aussi une explication différente liée à l'évolution économique de l'occident de ces trente dernières années. En effet, la France a curieusement assez bien résisté à la montée des inégalités qui ont traversé l'occident depuis le début des années 80. C'est probablement pour cette raison qu'il y a un tel acharnement en France à vouloir impérativement adapter notre société aux critères de la supermondialisation. La France est effectivement un cas à part sur la question de l'inégalité salariale. On peut avoir une idée de l'évolution inégalitaire en se rendant sur ce très bon site qui montre les niveaux de vie de chaque pays par tranche de la population. C'est de ce site que je tire les graphiques suivants :

 

inegalite-des-1--les-plus-riche-en-europe.png

Inégalité en Europe évolution de la part des 1% des plus riches dans le PIB national

 

inegalite-pays-riches.png

 

  Evolution de la part des 1% les plus riches dans les PIB des principaux pays riches  

 

inegalite-en-France.png

  Evolution de la part de la population française la plus riche en % du PIB (les premiers10%, 5%, 1% etc jusqu'au 0.1% les plus riches)

 

 

Comme on le voit sur ces différents graphiques, la France fait figure d'exception surtout chez les grands pays. Le niveau d'inégalité des revenus ayant relativement stagné ces trente dernières années. Il y a eu une légère augmentation chez nous, mais elle n'est en aucun cas comparable avec l'évolution de nos voisins ou pire des états anglo-saxons qui sont sur une autre planète en terme d'inégalité. Évidemment en France une bonne part des inégalités se fait sur le patrimoine et n'entre donc pas dans le cadre de ces mesures. Il se pourrait que notre pays rattrape ses voisins si l'on prenait en compte les inégalités de patrimoine. Cependant, nous nous intéressions dans ce texte au SMIC et donc aux revenus du travail. Et l'on constate que les mesures comme le SMIC ont participé à éviter une évolution trop inégalitaire sur le plan de la rémunération du travail. Et cela malgré l'énorme pression produite par la mondialisation. Il est vrai en même temps que la France a produit aussi un énorme chômage, mais un pays comme l'Allemagne par exemple qui est nettement plus inégalitaire et avec une démographie nettement plus dépressive n'a pas non plus évité le chômage de masse.

 

Nos voisins allemands qui n'ont pas de SMIC, mais des salaires qui sont fixés par branche, sont en fait nettement plus inégalitaires que l'économie française. Et cela en ayant un chômage tout à fait comparable au notre sur les deux dernières décennies. Cependant, les derniers chiffres concernant l'Allemagne datant de 1998, il est difficile donc de conclure sur l'évolution récente. Mais si l'on se fit à l'évolution générale il est probable que l'Allemagne a encore accentué ses inégalités. D'autant que la politique allemande a consisté essentiellement à maintenir ses salaires ces 15 dernières années pour accumuler son excédent commercial. On voit également que les pays anglo-saxons largement plus inégalitaires que la France n'ont pas pour autant moins de chômeurs non plus. L'idée que le chômage français serait le fruit de la trop grande égalité ou le fruit du SMIC montre ici tout son caractère idéologique. En fait, il semble que chômage et inégalité ne soient pas forcement lié. Tout dépend en réalité des politiques macroéconomiques maintenues par les dirigeants.

 

 D'autre part, il faut rappeler que si le SMIC est trop fort c'est parce que l'on a choisi de mettre en concurrence les salariés français avec d'autres régions du monde où, à productivité égale, les salaires sont ridicules. Il s'agit là encore d'un choix politique, et non d'une évolution naturelle qui nous tomberait subitement sur la tête. Comme aimeraient le faire croire les défenseurs des rentiers et des actionnaires. Que le libre-échange soit remis en cause et la question du SMIC devient une non-question. À vrai dire si l'on regarde la part des salariés dans la richesse nationale il s'avère que les salaires n'ont pas assez augmenté ces vingt dernières années. Donc que le SMIC n'est en fait pas assez élevé au contraire de ce qu'affirme la commission européenne. La vraie question à se poser ici est donc de savoir quel est le but de l'économie. Est-ce que c'est d'augmenter indéfiniment la rente de parasites qui gagnent de l'argent en dormant sur leur capital? Ou bien. Est-ce que c'est de faire en sorte d'avoir le chômage le plus bas possible et des revenus convenables pour ceux qui font fonctionner l'économie? On sait déjà quelle est la réponse de la commission européenne à cette question.

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

yann 15/06/2011 12:58



@La Gaule


Le libéralisme fera peut-être la guerre indéfiniment mais ses contradiction finiront forcement par le tuer. J'espère tout de même que l'instinct de conservation nous préservera de la destruction
totale.  . S'il s'agit d'une guerre pour l'instant il n'y a que les libéraux qui l'a font c'est peut-être là qu'est
le problème. Le degrès de tolérance denotre sociétés à l'égard des aberration économiques qu'elle subit est promptement stupéfiant. Comme disait Bourdieu ce qui étonne ce n'est pas qu'il y est
que les gens se révoltant ci ici ou là, mais bien que la société fonctionne telle qu'elle le fait tant elle est injuste et absurde. Nous ne sommes finalement pas si différent des égyptiens qui
consacraient leur temps à construire d'immenses tas de cailloux sans intérêt. L'euro c'est un peu notre pyramide monderne çà sert à rien, çà fait souffrir ceux qui la construisent, mais personne
n'ose mettre en doute son utilité.



La gaule 15/06/2011 01:47



@ olaf


 


Non, je ne pensais pas du tout à vous, vous ne m’obsédez pas à ce point là !


Le moins que l’on puisse dire est que vous avez des convictions, mais je ne vous ai jamais perçu non plus comme un doctrinaire, figé «
tripalement » sur des principes gravés dans le marbre pour mille ans (ici, en plus du Spasfon, je prescris du Sorbitol et des suppositoires à la glycérine).  


L’explosion de l’Euro par contre cela ne va pas être pour dans mille ans, et les conséquences au quotidien pour le commun des mortels non plus.
Cette fois la potion TF1 n’y changera rien, et le conflit avec l’oligarchie de l’Union européenne et les banques explosera aussi en plein jour.


Celui ou celle qui assumera clairement et frontalement ce conflit remportera la timbale, peu importe sa coloration politique affichée, car il est
tout aussi clair que nous avons changé de siècle, à tout point de vue.


Les états d’âme et les certitudes des intellos du passé apparaîtront alors pour ce qu’ils sont, des détails (ces gens de toute façon retourneront
tout simplement la queue basse chez ceux sur lesquels ils auront craché l’espace d’une crise pubertaire, du cordon sanitaire au cordon familial il n'y a jamais bien loin).


Quant à l’état de vos voies digestives, vous m’avez l’air bien sûr de vous ! Je vous perçois aussi comme un bilieux… Hum… Vous avez fait une
fibro et une colo récemment ? Surveillez-moi tout ça et tenez-moi au courant (le transit, c’est mon truc).



olaf 14/06/2011 21:05



Rosa : «L'euro est un contresens économique»


http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2011/06/10/01006-20110610ARTFIG00817-l-euro-est-un-contresens-economique-il-faut-s-en-debarrasser.php


Vous inquiétez pas La Gaule, j'ai l'estomac pas si mal accroché, il vaut mieux par les temps actuels.


 



La Gaule 14/06/2011 04:31



Les élites continentales (et les nôtres en particulier) ont précisément la conviction qu’elles ne provoqueront rien du tout en allant au bout de
leur logique anti peuple. La seule perception qu’elles ont du peuple est d’ailleurs celle qu’elles fabriquent elles-mêmes à travers le cirque médiatique. De la France profonde elles n’ont
l’impression que de recueillir les applaudissements et les vivats, lesquels saluent sans réserve les exhibitions de tous les clowns culturels mondains chargés de répandre leur catéchisme.
(Exemple celui-ci, parmi ce que l’ont fait de mieux en matière de coproculture buccale, il semble que son « contradicteur » arrive encore, lui au moins, à se répandre par les voies
classiqueshttp://www.dailymotion.com/video/x7tj6h_zemmour-face-a-andre-bercoff_news)..


J’en remets une couche avec mes obsessions, mais il y a quelque chose de théologique dans cette offensive libérale tout azimut, et qui a quelque
chose à voir avec la guerre perpétuelle des croyances collectives qu’a décrit Todd. Le libéralisme économique théologique fera la guerre jusqu’au dernier sang aux paradigmes qui l’ont précédés et
à leurs acteurs symboliques, classes moyennes républicaines ou prolétariat social. Tout l’y invite.


Je rappelle encore et plus qu’il s’agit d’une guerre et que, n’en déplaise aux estomacs sensibles qui babillent ici et ailleurs, tous les coups
vont être permis. Qu’ils prennent du Spasfon, c’est en vente libre.