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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 21:25

  C'est le journal les Échos qui nous l'apprend, pour la première fois la totalité des commerces de détail ont vu leurs ventes reculer cet été. Une telle synchronisation est une nouvelle historique. Car jamais les services de vente n'avaient enregistré un recul simultané de toutes leurs activités. D'habitude même pendant les crises graves, il y avait toujours quelques secteurs pour résister. Mais là rien n’y fait. On avait vu il y a peu l'effondrement des ventes dans l'informatique en Europe, dans un secteur aussi dynamique et innovant c'était déjà un symbole. Mais ces chiffres-là confirment la récession qui commence et qui sera bien plus brutale que celle qui l'a précédé. Et cette fois les politiques sont directement responsables, car ils n'ont fait que multiplier les erreurs et aggraver une situation en répétant inlassablement les mêmes politiques inefficaces. Bien sûr, cet article des échos journal d'obédience libéral ne s'est pas risqué à sortir des cadres de pensés habituelles, mettant sur le dos de la psychologie des masses cette baisse. Celle-ci n'étant dû qu'à une petite déprime collective ou à une paranoïa vis-à-vis de l'avenir. Il ne serait pas venu à l'idée du journal de voir dans ces chiffres le révélateur de la gravité de la situation sur l'emploi les salaires et les perspectives d'avenir. Sans oublier le prix des logements qui reste à des niveaux délirants et qui permet aux rentiers de ponctionner des revenus astronomiques sur le dos de la société productive. Une ponction qui, bien évidemment, pèse aussi lourdement sur la consommation des ménages. Et qui comme le dit Jean-Michel Quatrepoint nuit aussi énormément à la compétitivité française. En effet, le prix du logement augmente mécaniquement le coût du travail, l'absence de bulle immobilière en Allemagne pour des raisons démographiques évidentes expliquant en partie l'acceptation plus facile de la modération salariale de ces dix dernières années. En France la simple hausse des prix du logement empêche la modération salariale et pousse à une hausse des salaires, même si celle-ci n’a pas suivi la hausse du logement. On rappellera également que des prix trop élevés réduisent fortement la mobilité salariale.

 

 Chutede laconsommationMais passons. Tout ceci n'intéresse pas les Échos qui risquerait de mettre en doute les croyances libérales bien établies du journal si l'analyse était portée trop loin. Le fait est que la crise est bien là. Les chiffres du commerce de détail sont bien plus importants que ceux de la bourse. Car comme tout le monde le sait maintenant la bourse ne représente qu'elle-même tant les valeurs sont déconnectées de la réalité économique du pays. La bourse de Paris a d'ailleurs connu sa hausse ces trente dernières années alors même que le pays détruisait tout sa substance économique réelle. Pendant les trente glorieuses, la bourse ne pesait rien et faisait du surplace, ce fut pourtant la période la plus prospère de l'histoire de France. Bref, ne regardons pas trop la bourse, les chiffres y ont peu d'importance à part bien évidemment ceux des taux de change. Mais la France n'est pas la seule à voir ses ventes de détails chuter comme vous pouvez le voir sur le graphique suivant provenant du site Gecodia. Le fait est que comme pour la France toute l'Europe connait une baisse de la demande intérieure. Il n'est donc pas étonnant de voir que la production en Allemagne commencer à plonger comme nous l'avions vu dans un texte récent.

Europe-copie-1.jpg

 

Il n'y a plus de consommateur en dernier ressort

 

Le fait est que la contradiction fondamentale de l'économie mondiale est arrivée à maturité. Maintenant que tout le monde cherche à rééquilibrer la balance des paiements par la contraction de la demande intérieure, plus personne ne consomme les produits fabriqués dans les deux usines du monde l'Allemagne et la Chine. S'ajoute à cela les absurdités manifestes en Europe puisque maintenant même l'Allemagne appelle à recapitaliser les banques toujours sans contre-partie, histoire d'endetter toujours plus les états. On constatera que l'Allemagne veut bien s'endetter pour les acteurs privés alors qu'elle prône la vertu dès qu'il faut s'endetter pour d'autres nations. C'est une étrange conception de la vertu en vérité. On attend toujours que les états prennent enfin leurs responsabilités et qu'ils nationalisent purement et simplement le système bancaire qui a bien montré son incapacité ces dernières années. Si la vertu comptable consiste à dilapider l'argent public sans rien obtenir en retour c'est que le monde ne tourne plus tout à fait rond. De toute façon, la seule nationalisation des banques ne suffira pas à redresser la barre, il faut reconstruire le système économique mondial.

 

 Cette note récente du site geocodia montre que le ralentissement est mondial pas seulement français ou même européen. Aux USA les plans de relances ne fonctionnent plus comme le montre ce graphique ci-dessous le multiplicateur keynésien c'est amoindri avec l'ouverture aux échanges. Plus les USA importent et moins les plan de relance ont d'effet sur l'économie réelle. C'est normale puisque le supplémente de demande s'addresse de plus en plus à des sites de production situés à l'étranger et que donc ces relances produisent surtout des déficits commerciaux. Encore une fois tant que les USA et les pays en déficit pouvait s'endetter le système pouvait faire semblant de marcher, ce n'est plus le cas aujourd'hui.

creditUSA.jpg

transmission.jpg

Ci-dessus le graphique représentant la transmission de l'impulsion monétaire, cependant si l'on se fit à WIKIPEDIA il n'y a pas de M0:

M1 correspond aux billets, pièces et dépôts à vue (515 000 000 000 de billets et de pièces en 2005 dans la zone euro).
M2 correspond à M1 plus les dépôts à termes inférieurs ou égaux à deux ans et les dépôts assortis d'un préavis de remboursement inférieur ou égal à trois mois (comme, par exemple, pour la France, le livret jeune ou le CODEVI, les livrets A et bleu, le compte d'épargne logement, le livret d'épargne populaire...).
M3 correspond à M2 plus les instruments négociables sur le marché monétaire émis par les institutions financières monétaires (IFM), et qui représentent des avoirs dont le degré de liquidité est élevé avec peu de risque de perte de capital en cas de liquidation (ex : OPCVM monétaire, certificat de dépôt, créance inférieure ou égale à deux ans).
M4 correspond à M3 plus les Bons du Trésor, les billets de trésorerie et les bons à moyen terme émis par les sociétés non financières.

 

On supposera en toute logique que M0g est en fait M1, M1g est M2, et M2g est M3. Donc ce graphique représente l'évolution de l'effet des injections monétaires sur le volume de crédit en circulation dans l'économie. C'est une mesure indirecte du multiplicateur d'investissement keynésien. Si le rapport entre M2/M1 et M3/M1 passe à 1 voir moins cela signifie que l'augmentation de la masse monétaire n'a plus d'effet multiplicatif. Donc qu'il y a de fortes chances pour que l'endettement supplémentaire ne puisse être remboursé grâce à une augmentation de PIB supplémentaire qui permettrait à terme du désendettement. Je rappellerai ici qu'à la base Keynes n'a jamais dit "endettez-vous, endettez-vous!". Dans la théorie keynésienne, l'endettement avait pour but de réactiver une économie en sous-production par une demande supplémentaire. Une fois, un cercle vertueux réenclenché le PIB se met à croire plus vite que l'endettement et l'état peut sans hausse d'impôt diminuer l'endettement grâce à des recettes supplémentaires. Mais il faut rappeler que cette théorie ne fonctionne qu'en circuit FERME! Ce que nos élites ont complètement oublié. Il faut, pour que cela marche, que l'essentielle de la demande se fasse sur des produits fabriqués dans le pays faisant la relance, sinon c'est un autre pays qui en profite. Une politique de relance doit donc forcément être accompagnée de mesure de protection ou de dévaluation voir les deux si possible pour éviter les fuites. Sur le graphique précédent, on voit les effets d'une politique keynésienne sans protectionnisme et sans dévaluation. Et cela se traduit par des déficits de la balance des paiements toujours croissants.

 

Et la France alors?

 

  C'est exactement la même situation qu'aux USA avec un léger retard comme d'habitude. C'est d'autant plus grave en France que le pays a la même monnaie que son principal ennemi commercial à savoir l'Allemagne. Je parle ici d'ennemi commercial, car on ne saurait parler d'échange quand le déséquilibre est aussi important. L'Allemagne est notre premier déficit bilatéral devant la Chine avec un beau 27milliards d'euros de déficit l'année dernière. À ce stade on ne parle plus d'échange. Toute politique de relance en France est donc condamnée à échouer. Mais plutôt que de décider de mettre fin à cette situation par des mesures de protection, comme nos amis d'Amérique du Sud, nous préférerons réduire notre demande intérieure. Il faut dès lors ne pas s'étonner de voir les ventes de détail s'effondrer, il n'y a pas de magie. On ne voit pas d'où pourrait venir la demande si les salaires baissent, le chômage augmente, et que le crédit stagne à cause d'un endettement excessif des ménages. Ajoutons à cela le fait qu'effectivement l'inquiétude pousse les Français à épargner et l'on se retrouve avec la fameuse déflation à la japonaise. Cependant, le Japon qui connait une déflation depuis vingt ans pouvait compter sur son commerce extérieur pour compenser, ce qui lui a évité une dépression. Aujourd'hui, tout l'occident devient japonais et il n'y a pas d'autre consommateur de masse pouvant tirer ses exportations, on va donc bien vers une grosse dépression.

 

Le plus drôle c'est que les élites françaises semblent vouloir appuyer sur l'accélérateur pour produire une crise encore plus grave. Des délires sur la retraite à 67 ans,des chiffres identiques à l'Allemagne alors que les Français n'ont pas du tout le même problème démographique, aux fous comme Alain Juppé, le plus nul d'entre nous, qui prône un fédéralisme européen. Alors que la seule chose qui unit les Européens entre eux c'est la stupidité économique de leurs élites. Mais il est vrai que Juppé est un grand spécialiste de l'aggravation de crise, lui qui a considérablement aggravé la dette française en augmentant la TVA et en cassant la maigre croissance du pays en 95. Que voulez-vous? Il fallait bien faire le Franc fort pour pouvoir faire la monnaie unique qui devait ensuite tous nous sauver et réduire le chômage à zéro... J'ose espérer que les Français ont enfin compris que ce n'est pas en sacrifiant les plus pauvres et en réduisant sans arrêt le niveau de vie de la population pour avoir des excédents que l'on « sauve » une économie. Trente ans de sortie du tunnel à la Raymond Barre les auront peut-être enfin vaccinés contre ce restant de pseudovertu chrétienne. En attendant que les Français jugent enfin correctement leurs élites en nettoyant au karcher électoral cette bande d'attardés pourtant diplômés, on va pouvoir rire en voyant l'accélération de la crise de l'euro. Nos cousins italiens viennent en effet de voir leur note dégradée par Moody's ( le LEAP va encore y voir un complot anglo-saxon, associé aux méchants souverainistes infiltrés par les Chinois du FBI). Le prochain pays de la zone euro à voir sa note dégrader va donc surement être la France. Je suis sûr que nos brillantes élites trouveront ici l'occasion d'encore une fois appeler à la « vertu » des Français, eux qui en font tellement preuve lorsqu'il s'agit d'arroser les entreprises des copains d'école avec de l'argent public.

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

Djemaa 12/11/2011 22:47



Bonne soirée, continuez d'écrire pour les blogueurs ! Pascal.



ºC 17/10/2011 23:38



C'est un billet très fouillé et intéressant qui mériterait donc d'être fragmenté en deux billets. Ma seule critique concerne la partie monétaire. La critique formulée (les fuites de la relances
vers les produits d'importations) devrait s'adresser à la politique keynésienne de relance budgétaire. Pas monétaire. Si la relance monétaire ne marche pas, c'est pour une autre raison, elle
aussi analysée par Keynes, la trappe à la liquidité.



Max 07/10/2011 14:09



Le plus effrayant dans cette situation est encore de penser que si le système actuel s'effondrait, aucun menbre de l'"élite" en place ne serait compétent pour affronter la situation.


Imaginer la réaction de Hollande ou Sarkozy si l'euro disparaissait, ils n'ont absolument aucune vision de ce que devrait être ou faire la France dans ce cas.Tous nous promettent l'apocalyspe
dans une telle situation, prophétie  auto-réalisatrice, on, devrait plutot dire que tous nous améneraient l'apocalypse dans ce cas là.


La fin de l'euro ne sera pas une catastrophe en soi, elle sera une catastrophe car un vide politique sidéral lui succédera alors même que des solutions existent. 


Effrayant on vous dit



olaf 06/10/2011 21:19



La zone euro doit donc choisir entre se dissoudre ou se réformer de façon à garantir les dettes publiques des États membres, qui retrouveraient leur « souveraineté monétaire ». Les
dettes publiques européennes doivent redevenir des actifs sans risques, faiblement rémunérés mais totalement garantis (par la solidarité européenne et fondamentalement par la BCE).


http://www.ofce.sciences-po.fr/blog/?p=440



Di Girolamo 06/10/2011 19:43



La connerie consiste à la fermeture sur soi ou son clan et produit une vision figée ,étriquée et partisanne du monde ; son contraire est l'ouverture sur les autres dans leur diversité ; en ce
sens l'organisation politique en partis et qui plus est composés "d'élites " est fondatrice de visions étriquées , partisannes et connes ; cela n'est  pas trop gênant quand tout va bien et
qu'une simple gestion de la société suffit. Par contre en ces temps de crise systémique cela peu s'apparenter à un crime contre l'humanité .


C'est donc bien le fonctionnement , l'organisation politique qu'il faut changer afin qu'au lieu d'être génératrice de connerie elle devienne imaginative , capable d'inventer une nouvelle société.
Il faut donc mettre en place au sein de notre république un espace de rencontre des diversités , un outil public de débat et recherche sociétal ,ouvert.


 


C'est une revendication fondamentale qui brise cette citation que j'ai recueilli récemment sur Agora Vox : la dictature c'est ferme ta gueule , la démocratie c'est cause toujours .


Des débats comme ceux des primaires PS participent à l'inculture et la confusion des esprits ; il faut créer un espaece public de débat ouvert à tous  ,doté de moyens et de règles de
fonctionnement .