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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 16:20

625461_0203104741331_web_tete.jpgL'action gouvernementale continue sur sa ligne visant à améliorer la compétitivité du pays par d'autres moyens que l'instrument monétaire. Instrument dont il s'est débarrassé par idéologie et conformisme sociologique plus par la rationalité économique. Encore une fois, l'euro n'est qu'un des multiples problèmes qui empêche la France de retrouver un semblant de dynamisme économique. Un dynamisme nécessaire pour absorber une population active qui s’accroît contrairement à des pays comme l'Allemagne par exemple. Mais même si la dévaluation n'est pas la solution absolue à nos problèmes, elle reste infiniment préférable aux politiques actuellement mis en œuvre et dont on connaît le peu d'efficacité. Rappelons que les politiques de compétitivité et de baisse des charges sont pratiquées à des périodes régulières depuis plus de trente maintenant. Déjà à l'époque de Raymond Barre, l'homme qui a introduit le néolibéralisme en France, on disait qu'il fallait passer le tunnel pour trouver la lumière. Il semble malheureusement que le tunnel libéral n'ait pas de sortie.

 

L'anticipation des acteurs économiques

 

L'idée que l'action des individus et des entreprises soient mues par une certaine rationalité économique n'est pas une idée fausse en soi, même si l'on exagère assez largement l'intelligence des acteurs économiques. Mais cette rationalité individuelle ne signifie nullement que l'action collective qui en découle soit elle rationnelle. Les comportements moutonniers des marchés ont prouvé qu'un amoncellement de décisions individuelles peut accoucher d'un comportement collectif complètement absurde. Comme l'avait si bien expliqué Keynes à son époque la somme des intérêts individuels n'a aucune raison d'être égale à l'intérêt collectif. Nous savons tous que le pétrole s'épuise, nous n'avons pourtant à titre individuel aucune possibilité de réellement nous en passer. Sans une action collective externe provenant d'une logique différente de la logique du marché nous continuerons à en utiliser jusqu'à l'effondrement complet de notre civilisation. De la même manière si en tant de crises du point de vue individuel il est logique et rationnel d'épargner et de réduire ses dépenses. D'un point de vue collectif, ce comportement individuel pratiquait par la majorité de la population, aggrave la crise et produit à long terme une déflation. Surtout si cette épargne est stérilisée ou exportée à l'étranger.

 

Cette contradiction fondamentale entre l'intérêt individuel et l'intérêt collectif donne tout son sens et son intérêt aux politiques macro-économiques. Des politiques qui ont malheureusement été abandonnées en Europe pour un retour à des politiques économiques dignes du 19e siècle le fameux « laissez-faire ». Les politiques macro-économiques consistent essentiellement à combattre des comportements individuels qui collectivement peuvent faire s'effondrer la société. Il n'y a là rien d'abominable ou de dictatorial. Mais l'individualisme libéral qui a fini par se muer en égoïsme totalisant et grégaire, pousse jusqu'à l’absurde aujourd'hui l'inaction collective. L'interdiction de l'action collective allant jusqu'à justifier des comportements contraires à l'intérêt général le plus évident. Ainsi voit-on des ministres conseillers aux jeunes d'aller travailler à l'étranger, promulguant l'inverse du bon sens collectif qui consisterait plutôt à fournir aux jeunes de quoi s'employer et rendre ainsi à la collectivité ce qu'elle leur a fourni durant leur jeunesse. Mais le principe de responsabilité collective est évidemment l'un des premiers piliers de la civilisation à avoir été scié par l'idéologie libérale.

 

Quoi qu'il en soit et pour revenir à mon propos, comprendre les comportements individuels fait aussi partie de la boîte à outils nécessaires pour pratiquer de bonnes politiques macro-économiques. Et l'un des concepts fondamentaux est le principe de l'anticipation. Les acteurs de l'économie anticipent généralement les évolutions de la société et du marché. Mais ces anticipations ne sont pas forcément fondées sur des concepts très rationnels ou scientifiques. Mais plutôt sur des croyances et des phénomènes de suivisme comportementaux. Exactement comme dans le célèbre exemple du concours de beauté de Keynes. Les gens ne votent pas pour la plus belle femme, mais pour la femme qu'il pense que la majorité élira. Et ce comportement moutonnier est en faite extrêmement rationnel, car dans le domaine économique il vaut mieux avoir tort avec la foule que raison contre elle. Ce raisonnement est encore plus vrai pour des individus élevés dans la logique pure de l'intérêt personnel. Il faut une force de caractère bien trempé pour s'opposer seul au mouvement populaire. Étrangement plus l'individu devient égoïste, plus son comportement est moutonnier. C’est un des multiples paradoxes de l'effet du libéralisme. Ceci explique peut-être l'incroyable faiblesse de la pensée individuelle au royaume du libéralisme triomphant. De la même manière, il était impossible pour une banque américaine d'éviter les prêts Subprimes aux USA avant la crise de 2007. Pour la bonne et simple raison que les banques plus rationnelle et timorée se faisaient racheter par les plus grosses qui gonflaient grâce à la bulle spéculative. Il était tout simplement rationnel individuellement d'être irrationnel collectivement. Il ne faut donc guère compter sur le marché pour s'autoréguler.

 

D'un point de vue macro-économique les conséquences sont multiples.Je vais donner un exemple en critiquant les politiques dites de compétitivité. Une telle politique vise à améliorer les bénéfices des entreprises, et suppose que l'amélioration de ces bénéfices va s'accompagner d'un retour à l'investissement. Et ce retour à l'investissement devrait logiquement enclencher un retour positif à la croissance par la création d'emploi et par ricochet à une augmentation de la demande. Il s'agit au passage d'une vieille croyance des libéraux qui consiste à penser que l'offre crée sa propre demande, ce qui suppose que l'épargne est égale à l'investissement. Hypothèse qui est fausse, et qui si elle s'avérait empêcherait toute crise économique par définition. Ignorons cela et passons à la conséquence des anticipations sur l'efficacité des politiques dites de compétitivité. Un chef d'entreprise qui verrait ses bénéfices s'accroître en France grâce à la baisse des charges, la baisse d'impôt ou ce type de technique, aurait-il réellement intérêt à investir ces bénéfices nouveaux sur notre territoire ? Ou au contraire devrait-il utiliser ces bénéfices pour accélérer la délocalisation de sa production hors de la zone euro en prenant en compte l'évolution macro-économique de ces dix dernières années ?

 

Poser cette question c'est déjà y répondre. Pratiquer une politique de compétitivité dans un pays qui est en crise depuis des années c'est exactement faire une politique de la terre brûler dans le domaine économique. Loin de ralentir les délocalisations, cela va les accélérer parce que les chefs d'entreprises n'ont d'un point de vue rationnel et historique aucune raison d'anticiper autre chose qu'une faible croissance et une faible demande pour les dix ans qui viennent. Une telle politique pourrait éventuellement marcher, si elle s'accompagner de mesures de relance de la demande et d'une dévaluation. En changeant les perspectives de long terme des chefs d'entreprises, on pourrait pousser les entreprises à investir sur notre territoire, mais dans le cadre actuel c'est exclu. Ignorer le contexte de l'économie c'est passer à côté d'une solution viable de relancer l'investissement.

 

 

Vidéo que j'avais déjà posté où l'on voit à la fin que le dirigeant de l'usine explique que l'usine aurait délocalisé encore plus vite si les bénéfices avaient été plus grands. 


Les effets de l'anticipation rationnelle : l'exemple de la déflation

 

De la même façon, l'anticipation des consommateurs peut produire la déflation à l'image de l'économie japonaise qui n'en finit pas de stagner depuis vingt ans. Mais qu'est ce que la déflation si ce n'est l'anticipation d'une baisse continue ? Pourquoi acheter un bien aujourd'hui puisque demain on pourra l'acheter pour moins cher ? Pourquoi dépenser notre épargne aujourd'hui puisque demain grâce aux taux d'intérêt et à la baisse des prix nous pourrons avoir plus en dépensant moins ? En tant qu'industriel, pourquoi augmenter les capacités de production puisque demain on vendra moins qu'aujourd'hui ? La déflation est l'une des pires catastrophes produites par les anticipations rationnelles des acteurs individuels de l'économie, et s'il est facile d'y renter par de mauvaises politiques macro-économiques, il est bien difficile d'en sortir comme nous le montre ce pauvre Japon. L'on pourrait également ajouter que des phénomènes démographiques peuvent aussi produire et encourager la déflation. La contraction de la démographie n'étant pas de nature à encourager l'optimisme sur la demande intérieure.

 

 

Comme nous le voyons si laisser fonctionner la société en roue libre en supposant que la société va naturellement remonter la pente grâce à l'action individuelle est un doux rêve au mieux, une idiotie au pire. Agir collectivement en ne prenant pas en compte les anticipations des individus et des entreprises est tout aussi malvenu. L'action collective doit favoriser les comportements bénéfiques à la société en jouant sur les désirs des acteurs de l'économie. Vouloir favoriser les bénéfices des entreprises n'est pas en soi une ignominie. Quoiqu'il faudrait au passage rappeler à quel point c'est l'extirpation des revenus financiers qui pèsent le plus aujourd'hui sur les bénéfices. Et que peu d'efforts sont demandés aux actionnaires en regard des efforts que l'on exige sans arrêt des salariés qui eux ont une réelle utilité pour la production. Mais permettre aux entreprises d'avoir plus de marges ne produira pas nécessairement un retour à l'investissement local. À moins bien évidemment de vouloir aller très loin dans la dégradation des conditions de vie des salariés, et d'aligner la France sur les niveaux de vie de l'Europe de l'Est ou d'Asie. Et encore même dans ces conditions les effets dévastateurs sur la demande intérieure annihileraient toute forme d’enthousiasme entrepreneurial dans le pays. Dois-je vraiment le rappeler, les entreprises n'investissent pas pour créer des emplois, mais pour accroître leur part de marché et leurs bénéfices. Elles ne le feront donc que si nous réunissons les conditions pour permettre à ces investissements d'être rentable. L'accroissement à court terme des bénéfices n'encouragera dans les conditions actuelles qu'une accélération des délocalisations. En permettant à des entreprises de délocaliser alors qu'elles n’avaient pas les moyens jusque là. Par contre si l'importation de produits et de services de l'étranger deviennent plus onéreux à long terme, alors les anticipations peuvent changer. Dévaluation et protection commerciale sont les seuls outils qui puissent permettre à ces bénéfices nouveaux de s'investir sur notre sol. Sans cela ces politiques ne feront qu'accélérer notre déclin.  

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

bob 19/02/2014 23:38


Simple et clair. Merci.


 


Quelques fautes par contre : 


 


idéologie et conformisme sociologique plus QUEpar la rationalité économique.


 


politiques actuellement misESen œuvre et dont


 


depuis plus de trente ANS maintenant.


 


De la même manière si en TEMPS de crises du point de vue individuel


 


collectif, ce comportement individuel pratiquÉpar


 


Ainsi voit-on des ministres conseilleR aux jeunes


 


les banques plus rationnelleSet timoréeS se faisaient


 


faire une politique de la terre brûleE


 


éventuellement marcher, si elle s'accompagnAIT de mesures de relance


 


Vidéo que j'avais déjà
postéE


 


individuels de l'économie, et s'il est facile d'y rentRer par de mauvaises


 


investissements d'être rentableS


 


Si tu veux corriger et effacer ça du message, vu que ça a pas beaucoup d'intérêt..




P { margin-bottom: 0.21cm; }

yann 19/02/2014 22:17


@Claude


Aucun risque de ce côté-là.


@Olaf 


Je reviens sur l'euro dans mon prochain texte, mais le problème de
fond c'est la divergence entre les nations européennes. Et justement l'euro pousse les états à se faire concurrence au lieu de les pousser à collaborer. C’est l'une des grandes erreurs de la
monnaie unique.


@claude (2)


Je parlerai de l'euro au prochain texte, mais le problème de l'euro
ce n'est pas uniquement l'obsession anti-inflationniste. Le problème c'est qu'on ne peut pas avoir une seule politique monétaire pour des pays ayant des divergences économiques naturelles. L'euro
est trop fort pour la France et les pays latins, mais il est trop faible pour l'Allemagne. L'inflation augmente en Allemagne alors que la déflation pointe dans l'Europe du sud. Quelles politiques
monétaires doit suivre la BCE ? Celle qui est dans l'intérêt de la France ou de l'Italie, ou bien celle des intérêts allemands ? Il faut bien comprendre que la gestion de l'euro c'est
la quadrature du cercle. C'est comme si on avait le volant d'une voiture qui fasse aller les roues avant dans des directions opposées. C'est ingouvernable. Et même avec le meilleur type du monde
à la tête de la BCE, on aurait le même problème.






@trucmuche






Je pense que le libre-échange ralentit même l'évolution
technologique. Si les pays étaient obligés de faire avec les moyens du bord ils seraient plus en clin à faire des politiques rationnels sur le plan technique. C'est parce que l'on peut acheter
des matières premières que l'on n’a pas grâce à la mondialisation que les industriels n'hésitent pas à les gaspiller dans des technologies le plus souvent inutiles et dont on pourrait
probablement trouver des ersatz d'ailleurs.






@TeoNeo






 


C'est parce qu'il y a une partie du patronat français, celui qui vit
de l'import-export qui défend fort bien ses intérêts dans les médias. Il y a aujourd'hui toute une classe économique qui vit de la prédation de notre pauvre territoire. À les écouter, les
Français seront toujours trop chers tant qu'on ne sera pas aligné sur le Vietnam ou le Sénégal. 

TeoNeo 19/02/2014 21:25


C'est vrai que l'opinion qui affirme que c'est les profits qui generent les embauches est assez repandue. C'est quand même dingue cette capacité à fausser la reflexion pour justifier sa
cupidité...


Car il suffit de reflechir deux minutes pour comprendre que les ayants droits des benefices n'ont aucun interêt à investir et embaucher si il n'y a pas de demande supplementaire.


Et a contrario, des entreprises en difficulté financiere peuvent très bien embaucher, et parfois massivement, si un beau contrat vient d'être signé puisque là on a une perspective de profit
futur. Ce n'est donc pas le profit du passé qui fait les emplois Mr Schmidt...


Quand à l'argument tiré par les cheveux qui dit qu'a long terme, tout ces profits finiront un moment ou un autre dans le circuit réel il donne tout son sens à la fameuse reaction de Keynes qui
dit que notre seule certitude sur le long terme c'est que nous serons tous morts.


 


 

trucmuche 17/02/2014 19:21


Actuellement les technologies ne sont pas prêtes, mais elles pourraient arriver plus vite que prévu pour remplacer les matériaux non renouvelables comme fer, terres rares...


A base de nanostructures carbone, du carbone c'est pas ca qui manque, y en a même trop dans l'atmosphère. Les NBIC comprennent ce type de recherches.


 

claude 17/02/2014 17:20

Je suis d'accord sur le fait que les statuts de la BCE posent un problème : tant qu'ils auront pour seul objectif une inflation à +/- 2%, il sera difficile de lancer quelque politique que ce
soit... Mais ces statuts ont été votés et entérimés par des (hommes/femmes) politiques ! C'est donc avant tout un pb de politique. L'austérité est un choix et ce choix-là a été fait sciemment.
Après, on voit bien que les uns et les autres se contorsionnent pour faire croire que c'est la Commission Européenne, Bruxelles, l'Allemagne... qui sont responsables, mais leur danse du ventre ne
sert qu'à endormir le poisson (nous, en fait). Pour ce qui est de la transition énergétique, je ne sais pas où tu as été pêcher que Melenchon ne s'en rend pas compte : voir par exemple
www.ecosocialisme.com ou le programme du Front de Gauche. Pour la sortie de l'Euro, aux dernières nouvelles, sa position est qu'elle doit être envisagée en dernier recours (et qu'on doit donc s'y
préparer - là-dessus, les économistes du PG ou Jacques Sapir tablent sur un délai de +/- 6 mois : le temps d'imprimer les billets, changer les statuts de la BdF, les lois, etc.). L'option No 1
reste toute de même une réorientation en profondeur de la politique de l'UE : - Introduire dans les statuts de la BCE une clause de recherche de plein-emploi (ce qui existe pour la Fed américaine),
prioritaire sur l'objectif d'inflation ; - réorienter les fonds de la Banque Européenne de Dévelopement en faveur de la transition écologique de l'économie ; - sortir des critères de déficits les
investissements des Etats ; - ... Culbuto ou pas, je pense (comme un certain nombre d'économiste tel Jean Gadray) qu'il vaut mieux faire une croix sur la croissance : non seulement elle fait défaut
depuis 40 ans (la croissance de la CEE/UE est minable depuis les années 80 si on la compare à la moyenne mondiale), mais la mesure par le PIB est une aberration dont il faut sortir. On peut très
bien mieux vivre et créer des emplois sans pour autant augmenter le PIB (et donc sans croissance)...